Étiquette : cancer du sein
Dr Seydou Diallo : « Nous avons dépassé le seuil de 70% de dépistage »
Chef du service de santé mère-enfant à l’Office national de la santé de la reproduction (ONASR), le Dr Seydou Diallo revient sur les efforts engagés dans le dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus. Il évoque la progression du recours au dépistage, les difficultés persistantes dans certaines zones et le dispositif de prise en charge mis en place au CHU du Point G. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi
Amina Dicko : « Nous constatons une banalisation des premiers symptômes et, chez certaines femmes, une gêne face à l’examen médical »
Amina Dicko est la présidente de l’association Solidaris 223. Elle nous donne son regard sur la lutte contre les cancers du col de l’utérus et du sein. Elle revient sur les raisons du diagnostic tardif et les actions à mener pour une meilleure sensibilisation.
Quelles sont les principales raisons qui expliquent encore les consultations ou les diagnostics tardifs des cancers du sein et du col de l’utérus ?
Nous constatons notamment une banalisation des premiers symptômes et, chez certaines femmes, une gêne face à l’examen médical. Cela peut retarder la consultation jusqu’à ce que la maladie devienne beaucoup plus difficile à traiter.
Dans quelle mesure les conditions de vie et l’environnement des femmes influencent-ils leur décision de se faire dépister ?
La situation est particulièrement difficile pour les femmes déplacées ou vivant dans des conditions de vulnérabilité. L’éloignement des structures sanitaires et l’absence d’accompagnement constituent des obstacles supplémentaires qui peuvent retarder leur accès au dépistage.
Quelles actions faudrait-il renforcer en priorité pour favoriser un diagnostic plus précoce ?
Il faut renforcer la sensibilisation de proximité en associant les associations, les leaders communautaires et les professionnels de santé, avec des messages diffusés dans les langues comprises par les femmes. Le dépistage doit également être rendu plus accessible et abordable grâce à des campagnes gratuites ou subventionnées, notamment pour les personnes les plus vulnérables. Enfin, il faut développer les partenariats entre les structures sanitaires, la société civile et les autorités afin de mieux coordonner la prévention et la prise en charge.
Cancers du sein et du col : Le diagnostic tardif persiste en Afrique
Le diagnostic tardif des cancers du sein et du col n’est pas une singularité malienne. Dans une grande partie de l’Afrique, les patientes consultent alors que la maladie a déjà progressé.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), entre 60 et 70% des femmes atteintes d’un cancer du sein ou du col sont diagnostiquées tardivement. Pour le seul cancer du sein, une revue systématique publiée le 10 juin 2026 a analysé 125 études menées entre 2014 et 2025 dans 28 pays d’Afrique subsaharienne. Sur 42 689 patientes, 63,1% avaient reçu leur diagnostic aux stades III ou IV. Cette proportion atteignait 71% en Afrique de l’Ouest.
Le retard réduit les chances de survie et rend les soins plus lourds. D’après l’OMS, environ une Africaine sur deux atteinte d’un cancer du sein survit cinq ans après le diagnostic, contre plus de 90% dans les pays à revenu élevé. Les écarts tiennent notamment aux difficultés d’accès au diagnostic rapide et aux traitements spécialisés.
Cibles
L’Initiative mondiale de l’OMS contre le cancer du sein fixe trois repères, résumés par la formule 60-60-80. Elle recommande de diagnostiquer au moins 60% des cancers invasifs aux stades I ou II, d’achever la confirmation du diagnostic dans les 60 jours suivant la première consultation et de permettre à au moins 80% des patientes de suivre l’intégralité du traitement recommandé.
Pour le cancer du col de l’utérus, la stratégie 90-70-90 prévoit, d’ici 2030, la vaccination de 90% des filles contre le papillomavirus humain avant 15 ans. Elle vise aussi le dépistage de 70% des femmes à 35 ans, puis à 45 ans, avec un test performant, ainsi que la prise en charge de 90% des lésions précancéreuses et des cancers invasifs. L’élimination correspond à moins de quatre nouveaux cas pour 100 000 femmes par an.
Le 21 septembre 2026, l’OMS Afrique a publié un manuel destiné aux personnels des soins primaires. Le document explique comment reconnaître les signes suspects du cancer du sein, réaliser une première évaluation et orienter rapidement les patientes vers l’imagerie, l’anatomopathologie et le traitement. Il recommande aussi le suivi des rendez-vous manqués pour limiter les abandons. Selon l’organisation, des délais de six mois ou davantage entre les premiers symptômes et des soins appropriés restent fréquents sur le continent.
Mohamed Kenouvi
Cancers du sein et du col : Le poids du diagnostic tardif
Malgré les campagnes de sensibilisation et de dépistage, les cancers du sein et du col de l’utérus restent encore souvent découverts tardivement au Mali. Faible recours au dépistage, contraintes sociales et financières et difficultés dans le parcours de soins continuent de retarder le diagnostic.
Parmi 964 patientes diagnostiquées entre 2019 et 2022 dans trois CHU de Bamako et suivies jusqu’en 2024, environ une sur quatre l’avait été à un stade précoce. Cette étude d’Epicentre, menée auprès de femmes prises en charge par Médecins Sans Frontières (MSF) et le ministère de la Santé et du Développement social, montre cependant une amélioration pour le cancer du col : la proportion de diagnostics précoces est passée de 14,3% en 2019 à 28,4% en 2022.
Dans les services spécialisés, les formes avancées continuent de dominer. Selon le Dr Madani Ly, cancérologue au Centre international d’oncologie de Bamako, les patientes arrivent le plus souvent aux stades III et IV, lorsque la maladie a déjà considérablement évolué.
Une seconde analyse du même programme, présentée en 2025, porte sur 1 757 femmes prises en charge entre 2018 et 2023 dans les CHU du Point G, Gabriel Touré et l’Hôpital du Mali. Pour le cancer du sein, 67% présentaient une tumeur classée T4, signe d’une maladie localement avancée. Pour celui du col, 53% étaient au stade IV et 22% au stade III.
Faible dépistage
Ces diagnostics tardifs interviennent dans un contexte où le recours au dépistage demeure limité. Selon l’Enquête démographique et de santé du Mali (EDSM-VII) 2023-2024, seulement 10% des femmes de 15 à 49 ans ont déclaré avoir déjà été examinées par un professionnel de santé pour le cancer du sein. La proportion tombe à 9% en milieu rural, contre 15% à Bamako. Le recours à cet examen augmente également avec le niveau d’instruction et les conditions économiques des femmes interrogées.
Pour le cancer du col de l’utérus, l’écart est encore plus marqué. Si 36% des femmes interrogées en ont entendu parler et que 26% connaissent l’existence d’un test, seulement 5% ont déclaré en avoir effectué un. Elles sont 9% à Bamako contre 4% en milieu rural.
Les campagnes organisées ces dernières années ont élargi l’offre. En 2024, 91 027 femmes ont été dépistées pour les deux cancers confondus : 43 236 pour le sein et 47 791 pour le col. Parmi les femmes examinées pour le sein, 384 cas suspects ont été détectés et 134 orientés vers une structure de référence. Ces données montrent aussi l’importance de suivre les cas suspects après le premier examen afin qu’ils puissent accéder aux analyses complémentaires.
La multiplication des campagnes ne suffit toutefois pas à installer une culture durable du dépistage. Pour Mme Amina Dicko, Présidente de Solidaris 223, association engagée dans la lutte contre ces deux cancers, le manque d’information est l’un des premiers freins.
« Beaucoup de femmes ne connaissent pas suffisamment les signes d’alerte et certaines pensent qu’en l’absence de symptômes, il n’est pas nécessaire de se faire dépister », observe-t-elle.
Freins persistants
Le retard ne s’explique pas uniquement par un déficit d’information. Le Dr Madani Ly cite également « les croyances socioculturelles, les difficultés financières et l’accessibilité aux soins dans les services spécialisés ».
Solidaris 223 observe les mêmes obstacles. À la peur du diagnostic s’ajoutent les pesanteurs socioculturelles, la gêne face à certains examens et la banalisation des premiers signes. « Malheureusement, certaines femmes ne consultent que lorsque la maladie devient difficile à supporter », souligne Amina Dicko.
La précarité peut reléguer la santé au second plan. Pour une femme confrontée aux dépenses quotidiennes et aux charges familiales, financer une consultation ou des examens sans ressentir de symptômes importants n’est pas toujours prioritaire. La possibilité de décider seule de se soigner compte également. « Dans certaines familles, les décisions concernant les soins peuvent dépendre du soutien du conjoint ou de l’entourage », relève Mme Dicko.
Les femmes déplacées ou vivant loin des structures sanitaires cumulent ces difficultés. Manque de moyens, distance, transport et absence d’accompagnement peuvent repousser le dépistage ou la consultation.
Diagnostic sous contraintes
La première consultation ne met pas nécessairement fin aux délais. Entre la suspicion d’un cancer, les examens complémentaires, la confirmation du diagnostic et l’orientation vers une structure spécialisée, plusieurs étapes ralentissent encore le parcours. Le rapport Epicentre relève aussi l’éparpillement des soins entre plusieurs établissements de Bamako, qui oblige certaines patientes à multiplier les déplacements. Dans la cohorte étudiée, le délai médian entre le résultat anatomopathologique et le premier traitement atteignait 66 jours pour le cancer du col et 44 jours pour celui du sein.
Le Dr Madani Ly pointe notamment « le manque d’informations et aussi de formation continue des agents de santé ». Une meilleure identification des signes suspects permettrait une orientation plus rapide vers les services appropriés.
Les contraintes matérielles retardent également la confirmation du diagnostic. « Les femmes sont souvent confrontées à plusieurs difficultés telles que le coût des examens complémentaires, les frais de transport, l’accès aux spécialistes et parfois les délais d’attente », détaille Amina Dicko.
La peur du résultat et le choc émotionnel compliquent aussi le parcours. Certaines femmes l’interrompent faute de moyens ou de soutien, tandis que d’autres ignorent vers quelle structure se tourner.
« Le véritable défi n’est donc pas seulement de dépister, mais de garantir à chaque femme un parcours de soins complet, de la détection précoce jusqu’à la prise en charge », insiste la Présidente de Solidaris 223.
Suivi à renforcer
La confirmation du diagnostic ne garantit pas la continuité des soins. Il faut encore que la patiente soit orientée, accompagnée et maintenue dans le circuit jusqu’au début puis à la poursuite de sa prise en charge. Le rapport Epicentre illustre l’ampleur du problème : 31,9% des patientes atteintes d’un cancer du col et 29,8% de celles atteintes d’un cancer du sein avaient été perdues de vue.
Amina Dicko préconise « un système d’accompagnement et de référencement afin qu’aucune femme ayant un résultat suspect ou positif ne soit laissée sans orientation ». Elle appelle aussi à renforcer le soutien psychosocial et financier pour permettre la poursuite des examens et des traitements.
Pour elle, une meilleure coordination entre structures sanitaires, organisations de la société civile et autorités réduirait les ruptures entre le diagnostic, l’orientation vers les spécialistes et le traitement.
Des acquis à consolider
Entre 2021 et 2025, MSF et ses partenaires ont pris en charge plus de 2 300 patientes à Bamako. Leur bilan de septembre 2026 relève des difficultés d’accès au diagnostic, aux traitements et à la radiothérapie. Dans la cohorte Epicentre, la survie à trois ans atteignait 72% pour le cancer du sein et 55% pour celui du col.
La prévention du cancer du col a franchi une nouvelle étape avec l’introduction, en novembre 2024, du vaccin contre le papillomavirus humain (VPH). Entre janvier et septembre 2025, plus de 145 000 filles âgées de 10 ans avaient été vaccinées au Mali, dont plus de 113 000 scolarisées et environ 32 400 non scolarisées.
Lors d’Octobre Rose 2025, l’Office national de la Santé de la Reproduction avait fixé un objectif de 100 000 femmes à dépister. La campagne prévoyait aussi la prise en charge d’au moins 70% des lésions précancéreuses détectées et l’orientation d’au moins 95% des cas de cancer vers les sites spécialisés.
Présenté en juin 2026, le Plan triennal du Projet Oncologie 2026-2028 repose sur six axes, à savoir la surveillance épidémiologique, la prévention et le dépistage précoce, le renforcement des capacités diagnostiques, l’amélioration de l’accès aux traitements, les soins de support et les soins palliatifs, ainsi que la gouvernance. Il vise à augmenter d’au moins 25% d’ici 2028 la proportion de patientes bénéficiant d’une prise en charge précoce et équitable à Bamako et dans ses environs.
Mohamed Kenouvi
Lutte contre les cancers féminins : Le Mali progresse mais reste vulnérable
En ce mois d’Octobre Rose, le Mali dresse un état des lieux contrasté de la lutte contre les cancers féminins. Malgré des progrès notables en matière de sensibilisation, de dépistage et de traitement, le pays reste confronté à d’importantes limites structurelles et socio-économiques.
Les cancers du sein et du col de l’utérus demeurent les deux formes de cancer les plus répandues chez les femmes au Mali. En 2020, le pays a recensé plus de 14 000 nouveaux cas de cancers, dont près de 4 400 cas de cancers du sein et du col de l’utérus.
En 2022, ces chiffres ont encore grimpé, avec 2 278 nouveaux cas de cancer du sein et 2 436 cas de cancer du col, selon les données officielles du ministère de la Santé. Cette progression, bien qu’inquiétante, s’explique en partie par l’amélioration du dépistage et une plus grande visibilité des campagnes de prévention menées à l’échelle nationale.
Ces deux cancers, longtemps restés silencieux dans l’espace public, sont désormais au cœur des politiques de santé et des programmes de lutte contre les maladies non transmissibles.
Sensibilisation en hausse
Selon le Dr Madani Ly, cancérologue au Centre international d’oncologie de Bamako et Président de l’association Onco-Mali, les dix dernières années ont marqué un tournant dans la sensibilisation.
« Il y a une avancée énorme sur le plan de la sensibilisation. De plus en plus de femmes ont l’information. Dans presque toutes les structures sanitaires, à Bamako ou à l’intérieur du pays, elles sortent en grand nombre pour se faire dépister. Cela a fait baisser, par exemple, le nombre de cas du cancer du col de l’utérus, parce que beaucoup de lésions précancéreuses ont été dépistées et traitées », affirme-t-il.
Les statistiques confirment cette tendance. En 2024, plus de 91 000 femmes ont été dépistées dans le pays, dont 43 236 pour le cancer du sein et 47 791 pour celui du col de l’utérus.
Parmi elles, 384 cas suspects de cancer du sein ont été enregistrés, dont 134 référés pour un suivi spécialisé. Concernant le col de l’utérus, 751 cas suspects ont été identifiés, aboutissant à 284 biopsies, 394 lésions précancéreuses détectées et 22 cas traités.
« Octobre Rose », une initiative impactante
Cette progression est aussi le fruit des campagnes annuelles « Octobre Rose », initiées par le ministère de la Santé et du Développement social, en partenariat avec l’Office national de la santé de la reproduction (ONASR) et diverses associations de femmes.
Depuis sa première édition, cette campagne vise à informer, dépister et accompagner les femmes à travers des actions concrètes de proximité. Placée sous le thème « Inclusion et engagement pour atteindre les groupes vulnérables », l’édition 2025, organisée du 1er au 31 octobre, ambitionne de toucher un million de femmes, en mettant l’accent sur celles vivant dans des conditions précaires : femmes déplacées, handicapées ou issues de zones enclavées.
Cette campagne s’inscrit dans le thème mondial choisi cette année par l’OMS : « Closing the Care Gap » (Réduire les inégalités d’accès aux soins).
Prise en charge renforcée
Outre les hausses de la sensibilisation et du dépistage, le Mali a aussi accompli des avancées considérables dans la prise en charge. « Il faut noter l’apport du gouvernement du Mali, qui a subventionné en partie depuis des années la chimiothérapie, facilitant ainsi l’accès au traitement, même si cela reste encore largement insuffisant », explique le Dr Madani Ly. Un autre acquis majeur est la création du centre de radiothérapie à l’Hôpital du Mali, offrant des traitements pour les cancers du sein et du col. « Il y a parfois quelques difficultés techniques, mais cela reste une avancée majeure », souligne-t-il.
La formation du personnel médical s’est également renforcée. Selon notre interlocuteur, le Mali compte de nos jours huit oncologues médicaux, qui exercent à Bamako, et de plus en plus de chirurgiens cancérologues et de radiothérapeutes sont formés, tandis que d’autres sont en cours de formation, suscitant un grand espoir de délocalisation du traitement des cancers vers les régions dans les prochaines années.
L’introduction du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) en novembre 2024, soutenue par l’OMS et l’Alliance GAVI, constitue elle aussi un jalon important. Elle vise à réduire à long terme les nouveaux cas de cancer du col de l’utérus, particulièrement chez les jeunes filles âgées de 9 à 14 ans.
MSF en appui
À ces efforts s’ajoute l’appui déterminant de Médecins Sans Frontières (MSF), qui depuis 2018 intervient dans le domaine de la lutte contre les cancers féminins. L’organisation a mis en place des programmes de dépistage et de traitement gratuits du cancer du col de l’utérus et du cancer du sein à Bamako, notamment au Centre de santé de référence de la Commune I.
Grâce à MSF et à son centre d’oncologie pilote, plusieurs femmes ont pu bénéficier d’un dépistage précoce et de soins adaptés. L’organisation contribue également à la formation du personnel soignant, à la fourniture d’équipements de diagnostic et à la mise à disposition de médicaments essentiels.
Ces actions ont permis, selon les données de MSF, de doubler le nombre de diagnostics précoces entre 2019 et 2022 et de réduire sensiblement la part des patientes arrivant à un stade terminal de la maladie.
Des obstacles structurels et sociaux encore tenaces
Malgré ces progrès, les défis restent considérables. Le taux de survie à trois ans du cancer du sein demeure extrêmement faible, estimé à seulement 12,69% selon une étude menée en 2015.
Cette situation s’explique par un diagnostic souvent tardif et par le fait que la majorité des patientes arrivent en soins à un stade avancé de la maladie. Les formes agressives, notamment les cancers triples négatifs, compliquent encore la prise en charge.
Les contraintes logistiques et financières aggravent la situation. « L’une des principales difficultés est d’ordre financier. La chimiothérapie coûte excessivement cher, même si le gouvernement en subventionne une partie », souligne le Dr Ly. Par ailleurs, le Mali ne dispose que d’un seul appareil de radiothérapie et l’accès aux analyses histochimiques et aux laboratoires d’anatomopathologie est très limité.
Les barrières socioculturelles jouent aussi un rôle majeur. « Souvent, les femmes ont peur de se rendre à l’hôpital parce qu’elles craignent la biopsie du sein. D’autres, en raison de la pudeur ou de convictions religieuses, évitent le dépistage du col de l’utérus. Nous devons faire des efforts de sensibilisation pour que ces tabous ne soient plus un frein », insiste le cancérologue.
Ces freins, combinés à la pauvreté et au manque de structures de proximité, expliquent le faible recours au dépistage préventif dans les zones rurales.
Renforcer le financement et décentraliser les soins
Pour améliorer la situation, les experts s’accordent sur plusieurs leviers d’action. D’abord, renforcer le diagnostic précoce et promouvoir une prise en charge multidisciplinaire afin d’assurer un meilleur suivi des patientes. Ensuite, développer l’offre de radiothérapie dans les régions et améliorer l’accès aux analyses histochimiques.
Le Dr Madani Ly plaide également pour un meilleur financement public. « Concernant l’accessibilité au traitement, l’idéal serait d’inclure dans la liste de l’Assurance Maladie Obligatoire les médicaments spécifiques du cancer, qui coûtent très cher. Nous ne gagnerons jamais la bataille contre les cancers sans ce mécanisme », déclare-t-il.
Au-delà de la question des ressources, le renforcement de la formation continue du personnel de santé et la sensibilisation communautaire est indispensable. Car, comme le rappelle le cancérologue, « les avancées sont encourageantes, mais la bataille est loin d’être terminée ».
Mohamed Kenouvi
Lutte contre les cancers féminins au Mali : Solidaris223 célèbre son 10e anniversaire en réaffirmant son engagement
L’association Solidaris 223 a célébré, le samedi 2 novembre, son 10ᵉ anniversaire en organisant la cinquième édition de sa conférence annuelle dédiée aux cancers du sein et du col de l’utérus.
City Tour Rose : Découverte de Bamako et sensibilisation au cancer du sein lors de la 1ère édition
Pour allier la découverte de la ville de Bamako et la sensibilisation au cancer du sein durant ce mois d’octobre dédié à la lutte contre cette maladie, l’agence de voyage et de tourisme Galaxy Travel & Tour Services a organisé, le 26 octobre 2024, une journée de visite guidée de quelques monuments et lieux emblématiques de la capitale.
Cancer du sein : le combat d’une vie pour Kadidiatou
Chaque année, au mois d’octobre, une campagne mondiale de sensibilisation est menée pour lutter contre le cancer du sein et celui du col de l’utérus. Au Mali, plus de 2270 cas de cancer du sein sont détectés chaque année, avec 1348 décès, contre 2436 cas de cancer du col de l’utérus et 1431 décès, selon Globocan 2022.
Mme Faye Kadidiatou Kanté avait 52 ans lorsqu’elle a appris qu’elle était atteinte d’un cancer du sein. Tout a commencé en juin 2015, comme elle l’explique : « J’ai senti une petite boule dans mon sein gauche, mais je n’y ai pas prêté grande attention, croyant que c’était une piqûre de fourmi. Cependant, la boule continuait de grossir et en septembre, j’ai décidé d’aller à l’hôpital ». Là-bas, elle apprend la nouvelle qui changera sa vie. Le médecin lui révèle : « Mme Faye, vous êtes atteinte d’un cancer ». Kadidiatou raconte qu’à ce moment-là, elle a senti son monde s’écrouler. Son docteur l’a alors orientée vers l’hôpital du Mali, qui reçoit environ 350 cas de cancer du sein par an, selon l’oncologue Fatoumata Sidibé. Mme Faye révèle avoir pleuré tout le trajet. Elle confie qu’elle se sentait partir, elle qui avait déjà perdu son premier mari quelques décennies plus tôt.
« Lors de ma consultation, j’ai vu des tas de dossiers empilés sur le bureau de l’oncologue. Voyant mon anxiété, il m’a expliqué : « Ce sont les dossiers des patients atteints de cancer, enfin ceux qui sont déclarés » », précise-t-elle. Mme Faye s’est alors fait une promesse : « J’ai prié le Bon Dieu que si je m’en sortais, je créerais une association pour lutter contre ce fléau ». Se méfiant du système de santé du pays, elle a tenté d’obtenir un visa, sans succès. Après cet échec, elle est partie au Sénégal pour recevoir des soins de « qualité ». Après des examens approfondis, on lui a confirmé la présence d’une tumeur. Mme Faye a alors décidé de revenir au Mali, près de sa famille, pour se battre. De retour, elle a rencontré plusieurs spécialistes, dont M. Bassirou Drabo, qui a su la rassurer. Quelques examens plus tard, le docteur lui a annoncé qu’elle devait subir une mastectomie. Laquelle consiste à enlever la totalité ou une partie du sein en raison de cellules cancéreuses ou pour éviter le risque de récidive du cancer du sein.
Elle explique que cette opération a grandement affecté sa fille aînée, mais pas elle, car elle ne pouvait plus avoir d’enfants. Par la suite, les chimiothérapies ont débuté et ont duré six mois. « Après chaque chimio, pendant quatre jours, je me sentais mal, je vomissais, j’avais des douleurs et je ne mangeais rien. Tous mes cheveux sont tombés ». De toutes ses forces, elle a combattu la maladie. Entre manque de sommeil et problèmes familiaux, elle est restée forte et debout. Quelque temps après la chimiothérapie, son médecin lui a annoncé qu’elle avait vaincu le cancer. « J’étais tellement heureuse que j’ai prévenu tout le monde, car après tant de batailles, je me sentais enfin libérée ».
Une joie de courte durée, cependant. Quatre mois plus tard, de nouvelles analyses ont révélé une anomalie aux poumons. On lui a suggéré une autre opération, qu’elle a d’abord refusée : « J’étais démoralisée, je n’avais plus envie de rien, mais mon docteur m’a envoyée voir une psy, qui m’a convaincue ». Après cette opération, Kadidiatou a repris la chimiothérapie pendant six autres mois. « Tous les 15 jours, on me perfusait. Imaginez cette souffrance, mais je me suis battue ». Heureusement, après cela, notre battante n’a plus entendu parler de la maladie et a finalement remporté son combat.
L’après-cancer fut très difficile, confie-t-elle : « La maladie m’a diminuée de 60 %. Sans le soutien de ma famille, je ne m’en serais pas sortie. J’avais très peur que la maladie ne revienne, mais Dieu a entendu mes prières ». Aujourd’hui, âgée de 62 ans, Mme Faye a ouvert une association de lutte contre le cancer du sein dénommée « Combattantes du cancer », qui compte déjà 200 membres. Depuis qu’elle a appris qu’elle était atteinte de cette maladie, elle en a fait une force et a commencé à promouvoir son association. Elle explique que celle-ci est présente presque partout au Mali et mène des campagnes de sensibilisation contre le cancer du sein.
Fatouma Cissé






