Le diagnostic tardif des cancers du sein et du col n’est pas une singularité malienne. Dans une grande partie de l’Afrique, les patientes consultent alors que la maladie a déjà progressé.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), entre 60 et 70% des femmes atteintes d’un cancer du sein ou du col sont diagnostiquées tardivement. Pour le seul cancer du sein, une revue systématique publiée le 10 juin 2026 a analysé 125 études menées entre 2014 et 2025 dans 28 pays d’Afrique subsaharienne. Sur 42 689 patientes, 63,1% avaient reçu leur diagnostic aux stades III ou IV. Cette proportion atteignait 71% en Afrique de l’Ouest.
Le retard réduit les chances de survie et rend les soins plus lourds. D’après l’OMS, environ une Africaine sur deux atteinte d’un cancer du sein survit cinq ans après le diagnostic, contre plus de 90% dans les pays à revenu élevé. Les écarts tiennent notamment aux difficultés d’accès au diagnostic rapide et aux traitements spécialisés.
Cibles
L’Initiative mondiale de l’OMS contre le cancer du sein fixe trois repères, résumés par la formule 60-60-80. Elle recommande de diagnostiquer au moins 60% des cancers invasifs aux stades I ou II, d’achever la confirmation du diagnostic dans les 60 jours suivant la première consultation et de permettre à au moins 80% des patientes de suivre l’intégralité du traitement recommandé.
Pour le cancer du col de l’utérus, la stratégie 90-70-90 prévoit, d’ici 2030, la vaccination de 90% des filles contre le papillomavirus humain avant 15 ans. Elle vise aussi le dépistage de 70% des femmes à 35 ans, puis à 45 ans, avec un test performant, ainsi que la prise en charge de 90% des lésions précancéreuses et des cancers invasifs. L’élimination correspond à moins de quatre nouveaux cas pour 100 000 femmes par an.
Le 21 septembre 2026, l’OMS Afrique a publié un manuel destiné aux personnels des soins primaires. Le document explique comment reconnaître les signes suspects du cancer du sein, réaliser une première évaluation et orienter rapidement les patientes vers l’imagerie, l’anatomopathologie et le traitement. Il recommande aussi le suivi des rendez-vous manqués pour limiter les abandons. Selon l’organisation, des délais de six mois ou davantage entre les premiers symptômes et des soins appropriés restent fréquents sur le continent.
Mohamed Kenouvi

