Après les attaques de septembre, Médecins sans frontières (MSF) a alerté le 20 octobre 2026 sur les besoins des déplacés de Macina. Les témoignages et les réponses recueillis par Journal du Mali racontent une assistance confrontée au manque de ressources, aux difficultés d’accès et à la persistance des besoins.
À Ségou, Mama Follé et Ba Oumou Diarra ont reçu des vivres et des kits non alimentaires. Originaires de Founou, dans le cercle de Ké-Macina, elles racontent avoir fui l’insécurité sans pouvoir emporter leurs biens. L’alimentation et les abris restent leurs priorités. Toutes deux saluent les autorités et les humanitaires, particulièrement la Croix-Rouge malienne, tout en décrivant une aide encore insuffisante.
Elles évoquent de nombreuses femmes et des enfants parmi les déplacés, ainsi que des arrivées récentes. Certaines familles sont installées depuis quelque temps, d’autres viennent de rejoindre les localités d’accueil. Selon les deux femmes, les possibilités de reprendre une activité restent limitées.
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L’alerte publiée par MSF le 20 octobre, actualisée le lendemain, décrit l’urgence à Macina. Après les attaques contre Souleye le 1er septembre et Touara le 15, plus de 3 400 personnes ont rejoint une ville qui accueillait déjà plus de 5 000 déplacés. L’organisation signale le retrait de plusieurs acteurs internationaux de cette zone, faute de financements.
La majorité des déplacés sont hébergés par des familles d’accueil, tandis que d’autres vivent dans la rue, rapporte MSF. Ces ménages doivent partager des ressources déjà limitées. L’accès à l’eau, les latrines et les abris figurent parmi les besoins signalés par l’organisation.
Pour les arrivées enregistrées du 30 juillet au 16 septembre, Modibo Diarra, Coordinateur du projet humanitaire d’ALPHALOG, fait état de 475 ménages, soit 2 586 personnes, recensés par les services sociaux. Parmi elles figurent 439 enfants de moins de 5 ans. Ces familles, venues de Mérou-Daga, Souleye, Kèllè et Touara, se sont installées dans la ville de Macina.
Financement largement déficitaire
À l’échelle nationale, le Plan des besoins et de la réponse humanitaire 2026 cible 3,8 millions de personnes sur 5,1 millions ayant besoin d’assistance. Selon les données OCHA citées par AMSODE, le plan nécessitait l’équivalent d’environ 338,7 milliards de francs CFA. Au 28 septembre, 79,5 milliards avaient été mobilisés, soit 23,5%. Il restait donc 259,2 milliards à trouver.
Les conséquences sont déjà décrites par le Programme alimentaire mondial. Dans sa réponse d’urgence, le PAM indique que les contraintes financières l’ont empêché d’assister plus de 200 000 personnes vulnérables en 2026. La durée de l’aide a également été ramenée de 6 à 3 mois.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) signalait pour sa propre opération au Mali un financement de 22% au 30 septembre, dans son bilan publié le 20 octobre.
ALPHALOG a vécu une interruption suivie d’une reprise. Selon Modibo Diarra, l’arrêt des financements de l’USAID a entraîné la suspension du projet le 25 janvier 2025. Les distributions et les activités de protection ont été interrompues. Les interventions ont repris le 1er avril grâce à un financement du gouvernement américain passant par son ambassade à Bamako.
Dans le cadre de son partenariat avec CECI Mali, dont la dernière période d’intervention s’est achevée le 31 mars 2026, l’ONG a réalisé d’autres distributions. À Macina, 558 ménages ont notamment reçu en janvier des rations couvrant 3 mois. Des kits de cuisine ont été distribués en février dans les communes de Macina et de Kokry.
Accès difficile
Les difficultés d’accès renchérissent aussi les interventions. ALPHALOG décrit les obstacles rencontrés pour atteindre les villages situés hors de Macina. Des activités ont été déplacées vers la ville et des distributions organisées dans les chefs-lieux de commune jugés plus sûrs. Faire venir les bénéficiaires occasionne des coûts supplémentaires, initialement absents du budget.
Pour maintenir le lien, l’organisation utilise des radios partenaires et des jeunes points focaux formés dans les villages difficiles d’accès. Les déplacements des équipes suivent un protocole de sécurité.
Un nouveau projet multisectoriel pour 2026 – 2027 doit soutenir les déplacés et les communautés d’accueil de Macina. Financé par le Fonds humanitaire régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, géré par OCHA, il a déjà donné lieu au versement d’une première avance de 40%, précise Modibo Diarra. Les préparatifs sont achevés. L’organisation dit attendre l’avis de non-objection de l’Administration territoriale pour démarrer.
Soins médicaux cruciaux
À Macina, AMSODE intervient avec une équipe mobile intégrée. Dr Traoré Aminata Simpara, Coordinatrice Santé et Nutrition, explique que ce dispositif rapproche les services des populations, pour lesquelles l’accès aux structures de soins est difficile.
La clinique mobile de MSF a de son côté pris en charge 2 131 personnes du 23 septembre au 7 octobre. Les équipes décrivent notamment des infections respiratoires et des cas de paludisme, dans un environnement marqué par le manque d’abris et d’équipements sanitaires.
Entre février et septembre 2026, une intervention d’AMSODE a permis d’assurer 13 269 consultations curatives gratuites dans 7 régions, de Tombouctou à Ségou. Elle a également appuyé 272 urgences obstétricales et néonatales et dépisté 1 545 enfants pour la malnutrition.
L’appui financier peut aussi permettre un suivi médical auparavant inaccessible. Dans un témoignage transmis par AMSODE, Boura Guindo explique avoir reçu 105 000 francs CFA pour accompagner sa grossesse. Cette somme lui a permis de réaliser 3 échographies et d’autres analyses. « Sans cette somme, je n’aurais pas pu assurer correctement le suivi de ma grossesse », témoigne-t-elle.
Alimatou Karembé, dont le témoignage a également été transmis par l’organisation, a reçu le même montant. Elle explique avoir réalisé 3 échographies pendant sa dernière grossesse, alors qu’elle n’avait jamais pu bénéficier d’un suivi médical lors des précédentes.
La Coordinatrice rappelle toutefois qu’« une assistance peut également prendre fin alors que les ménages concernés n’ont pas encore retrouvé leur autonomie ». Elle insiste aussi sur les familles d’accueil, qui partagent leurs ressources et peuvent elles-mêmes vivre dans la précarité.
Mobilisation tous azimuts
La Croix-Rouge malienne indique assister actuellement plus de 300 ménages déplacés dans les zones de Macina et de l’interfleuve entre Mopti et Ségou. Originaires notamment de Macina et de Niono, ils reçoivent des kits d’hygiène et d’assainissement, des kits de dignité et des moustiquaires.
Les interventions s’étendent à d’autres foyers de déplacement. À Ménaka, 600 ménages ont récemment reçu une assistance financière. À Diré, dans la région de Tombouctou, 2 000 ménages ont bénéficié de transferts de 50 000 francs CFA chacun, pour une enveloppe totale de 100 millions.
Nouhoum Maïga, Directeur général de la Croix-Rouge malienne, annonce plus de 10 milliards de francs CFA mobilisés sur des besoins estimés à 12 milliards pour 2026. Parmi les appuis cités figure une contribution américaine de 3 millions de dollars au troisième trimestre, soit environ 1,8 milliard de francs CFA. Les démarches de mobilisation se poursuivent auprès de partenaires en Europe et dans les pays arabes.
Avec plus de 10 200 volontaires, l’organisation s’appuie sur ses branches et ses unités locales pour maintenir sa présence. Son Directeur plaide pour des financements prévisibles et souples, adaptés à l’évolution des besoins, ainsi que pour un soutien accru aux acteurs nationaux présents auprès des communautés.
Pour AMSODE, l’accompagnement doit aussi couvrir la protection et le soutien psychosocial. Les pertes de biens et de revenus, les séparations familiales et les difficultés d’accès à l’école prolongent les conséquences du déplacement. La Coordinatrice demande de soutenir les familles d’accueil autant que les nouveaux arrivants.
Le soutien aux moyens d’existence figure également parmi les demandes d’AMSODE. À Ségou, les deux déplacées rencontrées évoquent l’appui à la scolarisation et les petites activités que certaines femmes tentent de développer grâce aux organisations. Elles saluent ces soutiens. Mais, pour leur quotidien, elles citent toujours les mêmes priorités : des vivres et des abris.
Massiré Diop




