Mali – Égypte : Le pari d’un axe économique ambitieux

Le premier Forum économique Mali–Égypte, tenu à Bamako les 24 et 25 juillet 2025, a posé les fondations d’un partenariat sud-sud plus structuré. Si les chiffres restent modestes, les ambitions affichées sont claires et visent à diversifier, investir et bâtir.

Pendant deux jours, les délégations ministérielles et patronales des deux pays ont échangé autour d’une vision commune, à savoir faire de la coopération économique un levier de développement partagé. Un mémorandum d’entente a d’ailleurs été signé, prévoyant des mécanismes de dialogue régulier et d’appui technique. L’Égypte, représentée par une trentaine de dirigeants issus des secteurs industriel, minier, énergétique ou pharmaceutique, a exprimé sa volonté d’approfondir sa présence économique au Mali.

Les échanges commerciaux, pour l’instant déséquilibrés, traduisent un potentiel largement inexploité. En 2024, les exportations égyptiennes vers le Mali ont atteint 22,8 millions de dollars, contre moins de 200 000 dollars d’importations maliennes vers l’Égypte. À titre de comparaison, les échanges du Mali avec la Chine dépassaient les 300 millions de dollars sur la même période, soulignant le retard des flux bilatéraux avec l’Égypte. Aucun investissement structurant n’a encore été enregistré, mais les discussions ouvertes à Bamako visent à changer cette donne.

Le Mali espère ainsi accélérer cette dynamique en s’appuyant sur un cadre juridique rénové, à travers un Code des investissements actualisé et des incitations fiscales ciblées pour les partenaires étrangers. L’Égypte dispose d’atouts économiques majeurs susceptibles d’accompagner les priorités maliennes. Le secteur agroalimentaire, notamment la transformation des mangues, du sésame et du karité, représente aussi un axe stratégique à explorer avec les industriels égyptiens.

Leur expertise en infrastructures et travaux publics pourrait accélérer la modernisation des routes, barrages et zones industrielles. Leur solide industrie pharmaceutique offrirait des perspectives pour la production locale de médicaments génériques. Leur savoir-faire en agriculture irriguée serait particulièrement précieux pour les zones arides du Mali.

De plus, le pays des Pharaons excelle également dans la transformation du coton, un secteur clé pour le Mali, deuxième producteur africain. Son expérience dans les énergies renouvelables, notamment le solaire, est une opportunité pour améliorer l’accès à l’électricité, notamment dans les zones rurales. Enfin, l’économie numérique égyptienne – fintechs, cybersécurité, e-gouvernement – pourrait inspirer la digitalisation des services maliens.

Les deux États misent ainsi sur des complémentarités claires, dans l’objectif de bâtir un corridor économique afro-arabe. Si la volonté politique semble acquise, l’essentiel reste à faire. Il s’agira de mobiliser des capitaux, de sécuriser les projets et de démontrer par des résultats concrets que cette coopération peut devenir un véritable accélérateur de développement.

Massiré Diop

Femmes maliennes :  Des droits en marche malgré des défis persistants

À l’occasion de la 35ème Journée panafricaine des Femmes (31 juillet), le Mali dresse un bilan contrasté de la situation des droits de ses citoyennes. Malgré un cadre légal solide, les inégalités sociales et économiques persistent, freinant la pleine réalisation de l’égalité. Cette journée rappelle l’urgence d’agir pour transformer les avancées juridiques en droits concrets pour toutes les Maliennes.

Le Programme 2030 des Nations unies sur le développement durable est un engagement mondial fondé sur le respect des droits de l’Homme et de l’environnement. Une boussole à travers laquelle on mesure désormais les progrès pour une égalité de chances. Si le Mali dispose d’un cadre législatif propice, la réalisation d’une justice sociale, notamment en faveur des femmes, reste confrontée à des défis importants.

Le cadre législatif relatif à l’égalité des sexes est riche de plusieurs textes nationaux et internationaux auxquels le Mali a souscrit. Il comprend entre autres la Convention internationale de l’ONU sur les droits économiques sociaux et culturels, qui a été ratifiée par le Mali le 16 juillet 1974, ainsi que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ratifiée par le Mali le 10 septembre 1985.

Le Mali a souscrit à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples le 21 juin 1981 et à son Protocole facultatif relatif aux droits des femmes en Afrique. À cela s’ajoute la Constitution adoptée le 22 juillet 2023, qui prône l’égalité. Ces instruments juridiques nationaux, internationaux et régionaux s’inscrivent donc dans le cadre de l’établissement d’une justice sociale, afin que toutes les personnes jouissent de leurs droits en termes de participation à la vie publique. C’est dans ce cadre que, pour favoriser la participation à la prise de décision, la loi N°2015-052 du 18 décembre 2015 instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives a été adoptée.

L’adoption de ces textes peut donc être considérée en soi comme une « avancée », estime Diarra Djingarey Maïga, Présidente du Mouvement féministe du Mali (MFM). Mais si les lois permettent la participation de tous, la pratique limite la jouissance équitable de leurs droits par les citoyens, en fonction notamment de leur sexe et des stéréotypes associés.

Inégalités de fait

Malgré l’existence de ces lois, les inégalités persistent dans la pratique. En raison d’une tradition de forte oralité, où les interdits et les permissions sont plus forts que les lois, ajoute Mme Maïga. Si on y ajoute le poids des religions, cela accentue les disparités. Une personne s’identifie d’abord par sa famille, son ethnie, sa communauté ou sa religion. Et lorsque les interprétations « erronées » se mêlent aux difficultés d’analyse, les femmes sont souvent peu nombreuses à faire la part des choses. Dans la plupart des cas, les rôles souvent dévolus aux femmes limitent leurs compétences et capacités. Mais c’est aussi dans les textes mêmes que subsistent les « injustices ». L’ordonnance n° 02-02/PRM du 22 mars 2000 portant Code domanial et foncier a reconnu la coutume comme mode d’accès à la propriété foncière. Or, de façon coutumière, les femmes n’ont généralement pas accès à la propriété, ce qui limite de fait leur jouissance de ce droit.

« L’emploi constitue l’un des domaines dans lesquels les inégalités entre femme et homme sont les plus prononcées », relève le livret homme-femme de l’Institut national de la statistique (INSTAT), publié en février 2024. « Le travail de la femme est en général sous-évalué, notamment dans les pays en développement, la raison principale est le fait que les activités ménagères, presque entièrement assumées par les femmes, sont improductives et ne sont généralement pas perçues comme du travail ».

Selon le rapport, les femmes sont moins rémunérées que les hommes, quels que soient le milieu de résidence, le groupe d’âge et le niveau d’instruction. En 2020, en milieu urbain, 35,1% des femmes étaient payées en dessous du SMIG, contre 6,3% des hommes. Même si cette proportion a diminué en milieu rural, où 31,2% des femmes sont rémunérées contre 9,8% des hommes, toujours en dessous du SMIG.

Au niveau du groupe d’âge, les femmes âgées de 15 à 24 ans sont beaucoup plus nombreuses que les autres tranches d’âge, avec 72% payées en dessous du SMIG, contre 31,4% chez les hommes. Les femmes n’ayant aucun niveau d’instruction (86%) sont plus nombreuses que les autres niveaux d’éducation qui n’atteignent pas le SMIG. Chez les hommes, les sans niveau sont plus importants, avec 19,4%, que les autres niveaux d’instruction.

Le niveau d’éducation est également l’un des domaines où l’on observe cette inégalité. Selon les résultats de l’enquête, environ six personnes sur dix (60,4%) sont sans instruction, une petite portion de la population a atteint le niveau universitaire (1,3%) et seulement 5,1% a atteint le niveau d’éducation secondaire. La partie restante, qui représente près d’un tiers de la population, n’a pas dépassé le niveau primaire. Les résultats selon le sexe montrent que les hommes sont plus scolarisés que les femmes à partir du secondaire. En effet, 5,9% des hommes ont un niveau secondaire contre 4,3% des femmes. Au primaire, 30,5% ont accès à l’éducation, contre 35,9% pour les hommes, alors qu’ils sont 1,8% au niveau supérieur contre 0,9% pour les femmes.

Violences et mariages précoces

De façon globale, la remise en cause des droits humains, en particulier ceux des femmes, se manifeste à travers la violence sous plusieurs formes, des violences physiques aux violences émotionnelles, en passant par les mariages précoces et forcés. En Afrique de l’Ouest, 44% des femmes de 20 à 24 ans sont mariées avant l’âge de 15 ans. Au Mali, cette proportion atteint 61%, en contradiction avec les engagements internationaux du pays, qui fixent l’âge du mariage à la majorité civile.

« Violations perpétuées »

En raison d’une peur de la stigmatisation, certaines victimes « préfèrent souffrir que de dénoncer », déclare Mme Diawara Bintou Coulibaly, Présidente de l’Association pour la défense et le progrès des femmes (APDF). Mais elle note tout de même un changement dans ce domaine. « En 2023, nous avons géré 475 dossiers », témoigne-t-elle. Ce qui prouve que « petit à petit les femmes dénoncent et c’est une avancée ». Malgré les préjugés, certaines femmes acceptent de « se jeter à l’eau », parce qu’elles « n’ont pas où s’exprimer », ajoute Mme Diawara. Souvent invitées à endurer, les victimes de violences ont parfois un choix difficile entre dénoncer ou renoncer, au prix de leur santé ou de leur vie. Un dilemme face auquel les organisations de défense des droits humains prônent la sensibilisation et une application effective des textes.

Sensibiliser

Pour changer la donne, il faut faire comprendre sur l’égalité des sexes et adopter un langage uniforme qui permettra à tout le monde d’appréhender les concepts, quels que soient son niveau et sa langue, suggère Mme Diarra. L’égalité des genres doit devenir une réalité. Au-delà des lois, des politiques et des décideurs, un lobbying est nécessaire pour aboutir au changement de comportement sur l’égalité des sexes.

La lutte doit être plus ancrée, reconnaissent les défenseurs des droits de la femme. Les communautés locales doivent s’engager afin d’amener les décideurs à opter pour le changement. Parallèlement, les efforts doivent se poursuivre pour les changements et la « relecture des lois inégalitaires du niveau local au niveau national ».

D’après l’Indice de l’Égalité des genres en Afrique produit par la Banque Africaine de Développement (BAD), qui mesure trois dimensions : économique, sociale, représentation et autonomisation, le score régional du Sahel est de 32,4% pour 5 pays dont le Mali. Il en résulte un écart entre les femmes et les hommes de 67,6% sur ces trois dimensions. Ce qui indique un fort taux d’inégalités dans la région. Des efforts doivent donc être faits afin de réduire ces inégalités, selon le Bulletin des droits des femmes au Mali de l’UNFPA publié en mars 2024. Le Mali compte aujourd’hui une population d’environ 22,40 millions d’habitants, répartie quasi équitablement entre 11,26 millions d’hommes et 11,14 millions de femmes.

Fatoumata Maguiraga

Développement humain : L’IA comme facteur de progrès

Le Mali a conjointement lancé, le 17 juillet 2025, le Rapport mondial et le Rapport national sur le Développement humain. En collaboration avec le PNUD, le Rapport national sur le Développement durable (RNDH), intitulé « Impact de la digitalisation des soins de santé sur la couverture sanitaire universelle au Mali », explore les progrès technologiques et leur apport pour l’atteinte des objectifs de l’Agenda 2063.

L’étude sur la digitalisation des soins de santé au Mali entend s’approprier les possibilités de ces nouveaux outils pour l’avenir. L’objectif est d’analyser les potentialités institutionnelles actuelles et les outils numériques, tout en tenant compte des réalités locales. Pour le Secrétaire général du ministère de la Santé, ces deux rapports « constituent des instruments de sensibilisation et de plaidoyer à l’intention de différents publics cibles ».

Le Rapport mondial sur le Développement humain explore les transformations induites par l’Intelligence Artificielle, analyse la manière dont cette technologie redéfinit le développement humain et aborde les opportunités ainsi que les risques de l’IA.

Quant au RNDH 2025, il s’inscrit dans cette dynamique de digitalisation et dans l’ère de l’Intelligence Artificielle. Selon le Secrétaire général du ministère de la Santé, l’analyse menée à cet effet révèle des tendances significatives liées à l’adoption de la digitalisation des soins au Mali. Environ 65,9% des répondants à cette étude indiquent que la digitalisation est principalement mise à profit pour renforcer les Systèmes d’information sanitaires (SIS).

Transformations lentes

Si la digitalisation des soins offre plusieurs options pour l’accès à la santé au Mali, elle comporte des défis importants pour lesquels des efforts d’anticipation sont nécessaires afin d’en tirer un meilleur parti.

Le Rapport mondial met l’accent sur les opportunités, mais aussi sur les risques liés à l’utilisation de l’IA. C’est pourquoi il évoque la liberté de choix pour une mobilisation éthique de ces progrès. Le RDH 2025 note un ralentissement des progrès dans les domaines de la santé, de l’éducation et du niveau de vie. Si ce rythme devient la norme, « les objectifs de développement pourraient être retardés de plusieurs décennies », s’alarme le PNUD.

Au-delà de ces progrès lents, le rapport souligne l’aggravation des inégalités entre pays riches et pays pauvres. Il prône une approche de l’IA centrée sur l’humain pour redéfinir les approches sur le développement. Dans les pays à IDH faible ou moyen, 70% des personnes sondées attendent que l’IA augmente leur productivité et s’apprêtent à utiliser cette technologie dans la santé, l’éducation ou le travail au cours de l’année à venir.

SAMAC : Bamako capitale de l’architecture durable et innovante

Le Salon Malien de l’Architecture et de la Construction (SAMAC) ouvre sa première édition à Bamako du 31 juillet au 3 août 2025. Dans un pays confronté à une urbanisation rapide, un déficit de logements massifs et une pression foncière croissante, il veut être un rendez‑vous économique majeur pour repenser le secteur du bâtiment.

Le secteur de la construction contribue significativement à la création d’emplois et représente une part importante des investissements privés dans le pays. Le Salon Malien de l’Architecture et de la Construction se tiendra au Centre International de Conférences de Bamako, sous le haut patronage du Général Assimi Goïta. L’événement, initié par l’Ordre des Architectes du Mali, fondé en 1989 et réunissant aujourd’hui 250 membres, prévoit la participation d’environ 2 000 visiteurs et 30 exposants, dont des architectes, urbanistes, ingénieurs et décideurs économiques. Le thème choisi, « Habitat durable, culture et innovation », illustre la volonté de positionner l’architecture comme un moteur de développement économique et social.

Avec 47% de la population vivant en milieu urbain et une croissance urbaine estimée à 4,7% par an, la demande en logements et infrastructures ne cesse de croître. Selon le ministère de l’Habitat et le CAHF, le déficit en logements atteindra environ 1,5 million d’unités dans les cinq prochaines années. Pourtant, le coût du foncier reste prohibitif, représentant parfois jusqu’à 50% du coût final d’une maison et le prix d’un sac de ciment dépasse les 6 000 francs CFA, alourdissant la facture pour les ménages. Cette pénurie alimente la croissance des quartiers informels, fragilise la cohésion sociale et pèse sur les finances publiques, contraintes d’intervenir en urgence.

Impact environnemental

Face à ces défis, le SAMAC valorise les innovations locales, écologiques et résilientes. En 2024, près de 30% des constructions neuves incorporaient déjà des matériaux locaux et des techniques traditionnelles pour réduire leur impact environnemental et leur coût. Ces approches locales permettent aussi de limiter l’importation de matériaux coûteux, réduisent l’empreinte carbone des constructions et favorisent l’économie circulaire. Cependant, 41,9% des foyers urbains vivaient encore dans des conditions précaires la même année, traduisant l’ampleur du chemin à parcourir.

Le salon ambitionne aussi de dynamiser davantage les partenariats régionaux, notamment avec l’AES et l’UEMOA. En 2024, la CRRH‑UEMOA a mobilisé plus de 340 milliards de francs CFA pour soutenir le logement social, démontrant l’importance économique d’un secteur qui génère des milliers d’emplois et structure durablement les villes.

Cette première édition du SAMAC veut inscrire durablement l’architecture malienne dans une dynamique où la durabilité, la performance économique et la qualité iront de pair.

Massiré Diop

Paix et réconciliation : Un texte ambitieux face à la réalité du terrain

Officiellement remise au Président de la Transition le 22 juillet 2025 à Bamako, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation incarne l’espoir d’un Mali souverain, uni et apaisé. Fruit d’un an et demi de consultations nationales et de contributions de la diaspora, elle entend restaurer la cohésion sociale et la confiance entre l’État et les citoyens. Mais, derrière la solennité, la question de son adoption et de sa mise en œuvre reste posée.

Le mardi 22 juillet 2025, au Centre international de conférences de Bamako (CICB), le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, a reçu des mains d’Ousmane Issoufi Maïga, Président de la Commission de rédaction, le projet de Charte nationale pour la paix et la réconciliation. Ce document structurant comprend 16 titres et 106 articles.

La cérémonie, en présence des corps constitués, des forces vives, de la diaspora et du public, a mêlé solennité et symboles, puisqu’elle a été marquée par des ballets aux couleurs de la paix, des chants patriotiques et des hommages aux efforts collectifs. Les journées de restitution des 20, 21 et 22 juillet ont permis d’amender et de valider le texte avant sa remise. À cette occasion, le CICB a même été symboliquement rebaptisé « Centre international de la paix ».

Des valeurs fortes

Dans son contenu, la Charte fixe des objectifs ambitieux, tels que la restauration de la paix, la justice, la cohésion sociale, la souveraineté et la lutte contre la corruption et l’impunité. Elle insiste sur la jeunesse comme moteur de l’avenir, sur le rôle des médias dans la guerre informationnelle et sur la nécessité d’utiliser les mécanismes endogènes de règlement des conflits en plus des institutions modernes.

Le préambule célèbre « la fierté d’être les héritiers d’une histoire millénaire » et le texte appelle à une gestion transparente des ressources et à la réhabilitation de la confiance entre l’administration et la population.

Pour Ousmane Issoufi Maïga, la Charte est « le témoignage d’une promesse populaire », et selon le Président Assimi Goïta, elle exprime « le rêve collectif d’un Mali réconcilié », tout en marquant « la souveraineté retrouvée du pays ».

Critiques et des défis

Si la Charte cristallise des espoirs, elle suscite également des réserves. D’abord sur la méthode. Malgré les consultations régionales et avec la diaspora, certains acteurs politiques et de la société civile jugent le processus trop contrôlé et fermé aux critiques. Certains ont souligné le manque de débat public élargi et l’absence d’implication de certains partis, dissous en juin 2025.

Ensuite, la légitimité populaire est interrogée. Certes, l’adoption doit passer par le Conseil national de Transition (CNT), avant une promulgation présidentielle, mais plusieurs voix réclament un référendum pour valider le texte. Aucun calendrier officiel n’a été communiqué sur cette possibilité.

La Charte est aussi floue sur ses mécanismes de mise en œuvre. Elle proclame des principes, mais sans calendrier ni mesures précises pour les réaliser. Certains juristes estiment également qu’elle fait double emploi avec la Constitution ou l’Accord d’Alger, aujourd’hui caduc.

La remise de la Charte intervient dans un climat tendu. La dissolution des partis politiques en juin 2025 a renforcé le contrôle central de la Transition, mais aussi nourri des contestations. Dans le nord, la reprise des hostilités par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et l’intensification des combats contre les groupes armés compliquent la perspective de réconciliation.

Le choix d’une approche exclusivement militaire contre les groupes qualifiés de terroristes, alors que des voix locales plaidaient pour des discussions avec certains chefs maliens, semble en contradiction avec l’esprit de la Charte, qui appelle à des solutions endogènes et inclusives.

Une étape cruciale mais inachevée

Le texte constitue néanmoins un jalon historique. Il synthétise les aspirations des Maliens à la paix et à la justice, mais la confiance et l’adhésion populaire restent à conquérir. Les autorités ont annoncé une campagne nationale de vulgarisation et la traduction du texte en langues nationales pour faciliter son appropriation.

Il faut désormais un plan d’action concret pour que la Charte dépasse le symbole et devienne la base d’une véritable politique de réconciliation et de développement. Comme l’a dit le Président Goïta, « les épreuves traversées doivent constituer le ciment de notre unité ». Encore faut-il traduire cet espoir en actes.

Massiré Diop

Coopération sécuritaire : Bamako et Washington amorcent une nouvelle relance

Après des années de rupture, la coopération sécuritaire entre le Mali et les États-Unis connaît une relance progressive, marquée par des visites diplomatiques de haut niveau. Au-delà du symbole politique, cette reprise soulève d’importants enjeux sécuritaires et stratégiques pour Bamako, qui cherche à diversifier ses partenariats dans la lutte contre le terrorisme.

La coopération militaire entre le Mali et les États-Unis reprend vie après plus de quatre années de gel. Entre réunions diplomatiques, séances de travail sécuritaires et engagements mutuels affichés, les signes d’un rapprochement se multiplient. Washington affiche sa volonté de redevenir un acteur sécuritaire clé au Sahel, dans un contexte de concurrence géopolitique accrue, tandis que les autorités maliennes semblent prêtes à réactiver un partenariat jadis structurant.

Ce retour intervient alors que l’armée malienne est engagée sur plusieurs fronts contre les groupes terroristes qui continuent de mener des attaques dans différentes régions du pays. À travers cette relance, le Mali pourrait renforcer ses capacités opérationnelles et techniques, tout en diversifiant ses partenariats stratégiques pour affronter la complexité de la crise sécuritaire.

Un retour américain qui se précise

Ce mois de juillet 2025 marque un tournant significatif dans la coopération sécuritaire entre le Mali et les États-Unis, avec deux visites diplomatiques majeures traduisant un réchauffement des relations entre les deux pays.

Le 8 juillet, lors de la célébration du 249ème anniversaire de l’indépendance américaine à l’ambassade des États-Unis à Bamako, le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a salué cette dynamique naissante. Il a estimé que ces visites de haut niveau constituaient « un signal pour un renouveau du dialogue politique, fondé sur le réalisme, le pragmatisme et les intérêts mutuels ».

Dans cette perspective, la visite du 9 juillet de Rudy Atallah, Directeur adjoint principal de la lutte contre le terrorisme au Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, a posé un acte fort. Accompagné de l’Ambassadrice des États-Unis au Mali, Mme Rachna Korhonen, il a tenu une séance de travail avec les ministres maliens des Affaires étrangères et de la Sécurité.

Cette mission visait à « s’imprégner des réalités maliennes » et à relancer la coopération bilatérale sur des bases renouvelées. Plusieurs points ont été abordés, notamment la reprise en main de la sécurité nationale par les autorités de la Transition, le renforcement des capacités opérationnelles de l’armée, la prise en compte de la Confédération AES dans la lutte antiterroriste, ainsi que la nécessité d’une action sincère et globale contre le terrorisme.

Ce rapprochement s’est consolidé avec la visite le 21 juillet de William Stevens, Sous-Secrétaire d’État adjoint américain pour l’Afrique de l’Ouest et Envoyé spécial au Sahel. Reçu à Bamako par le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop, il a insisté sur la vision du Président Trump « de travailler avec les pays amis » et a évoqué les opportunités de coopération économique et sécuritaire, ainsi que l’amélioration du climat des affaires au Mali. Les deux parties ont souligné leur convergence de vues sur des questions stratégiques, notamment la lutte contre les groupes armés terroristes et la promotion des intérêts mutuels dans le respect de la souveraineté.

Plus tôt, en février dernier, une rencontre avait eu lieu à Bamako entre des officiers maliens et des officiers américains, représentants de l’US Africa Command.

Enjeux stratégiques

La relance progressive de la coopération sécuritaire entre le Mali et les États-Unis soulève plusieurs enjeux majeurs. Sur le plan opérationnel, l’armée malienne reste confrontée à la résistance des groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Le retour américain pourrait se traduire par un accès aux renseignements satellitaires et aux drones de surveillance américains, particulièrement précieux pour le suivi des déplacements terroristes transfrontaliers, la remise à niveau des systèmes de communication sécurisés de l’armée malienne, la formation d’officiers supérieurs à la planification stratégique et aux opérations combinées, ainsi qu’un appui à la sécurisation des frontières — domaine dans lequel les États-Unis disposent d’une expertise régionale avérée.

Par ailleurs, selon une analyse du Centre Awdagust d’Études Régionales, un institut de recherche indépendant spécialisé dans l’analyse des dynamiques géopolitiques au Sahel et au Maghreb, en plus de renforcer les capacités maliennes face aux organisations extrémistes, les États-Unis cherchent à rétablir une présence de leur renseignement dans le Sahel central après leur retrait du Niger, tout en contrecarrant l’influence russe à Bamako sans confrontation directe avec Moscou.

« Pour Bamako, cette relance pragmatique élargit ses marges de manœuvre : tout en consolidant ses liens stratégiques avec Moscou et Ankara, le Mali cherche à diversifier ses partenariats afin d’éviter toute dépendance exclusive et bénéficier des expertises américaines en matière de renseignement et de logistique », avance l’institut.

La note d’analyse du Centre Awdagust souligne également que, bien que le Mali ait bénéficié du soutien russe et ait étendu ses collaborations avec la Turquie, le gouvernement de transition est conscient que les États-Unis possèdent des capacités techniques et de renseignement « difficiles à compenser ».

Enfin, au plan symbolique, la relance de la coopération américaine consolidera la légitimité internationale du Mali après des années d’isolement partiel. Elle pourrait même faciliter un retour progressif des financements multilatéraux conditionnés à un cadre sécuritaire stable.

Vers un équilibre incertain ?

Dans un contexte où la Russie est devenue depuis 2021 un allié stratégique central du Mali — avec la livraison d’avions de combat Sukhoï, de blindés et le déploiement massif de formateurs militaires — la relance de la coopération sécuritaire américaine pose la question de la compatibilité entre ces deux appuis stratégiques.

D’un point de vue strictement militaire, la cohabitation pourrait être bénéfique si elle est bien coordonnée, estiment certains analystes. Les Russes assureraient l’appui direct au sol et l’armement lourd, tandis que les Américains apporteraient la logistique, la formation ciblée et le renseignement stratégique, domaine où leur expertise est reconnue.

Toutefois, au plan géopolitique, Washington est très critique vis-à-vis de la présence russe en Afrique de l’Ouest, qu’elle considère comme une menace pour ses intérêts et ceux de ses alliés européens. « Pour le Mali, l’enjeu sera d’éviter que cette rivalité ne vienne parasiter sa stratégie sécuritaire. Une coopération équilibrée nécessitera une diplomatie agile afin de préserver l’appui de chaque puissance sans être perçu comme un terrain d’affrontement géopolitique », souligne Dramane Diarra, expert en relations internationales et géopolitique.

Un historique dense de coopération sécuritaire

Avant la rupture de 2021, les États-Unis entretenaient avec le Mali une coopération militaire et sécuritaire étroite. Après la chute du régime dictatorial en 1991, Washington avait progressivement accru son appui à Bamako, notamment à travers la formation d’officiers maliens dans les académies militaires américaines et la fourniture de matériels logistiques.

Entre 2002 et 2012, la coopération s’est intensifiée dans le cadre de l’Initiative Pan-Sahel, puis du Trans-Saharan Counterterrorism Partnership (TSCTP), un vaste programme américain visant à renforcer les capacités antiterroristes des pays du Sahel et du Maghreb. Les États-Unis ont ainsi formé des unités spéciales maliennes, fourni des véhicules blindés légers, financé l’équipement en communication sécurisée et renforcé les structures de renseignement militaire.

Après la crise sécuritaire de 2012, consécutive à l’occupation du nord du Mali par les groupes terroristes, l’appui américain s’est réorienté vers la stabilisation et la reconstruction des capacités de l’armée malienne. Le Mali bénéficiait également d’aides budgétaires destinées à l’armée, ainsi que de formations sur la lutte contre les engins explosifs improvisés et la sécurisation des zones rurales vulnérables.

Cependant, après le renversement de la Transition dirigée par le Colonel-major Bah N’daw en mai 2021, Washington avait décidé de suspendre toute assistance militaire directe, conformément à ses lois interdisant de coopérer avec des régimes issus de putschs jusqu’au retour à un ordre constitutionnel normal.

Alors que Bamako et Washington s’engagent dans ce nouveau chapitre de coopération sécuritaire, l’avenir dépendra de leur capacité à naviguer avec finesse entre ambitions stratégiques et réalités politiques, dans un Sahel où chaque alliance pèse lourd et où la stabilité reste fragile.

Mohamed Kenouvi

Coton : Une campagne déjà fragilisée par les retards et les ravageurs

Malgré un objectif ambitieux de production pour 2025-2026, la filière cotonnière est minée par des retards de paiements, des livraisons d’intrants insuffisantes et une nouvelle invasion de jassides. À quelques semaines des premières récoltes, les producteurs redoutent une nouvelle chute des rendements.

En ce mois de juillet 2025, la campagne cotonnière affiche un contraste saisissant entre les ambitions de l’État et les réalités des champs. Alors que le gouvernement a fixé un objectif de 682 000 tonnes de coton-graine, sur 672 000 hectares emblavés (+7,8% par rapport à la saison précédente), les difficultés s’accumulent sur le terrain. Pourtant, ces ambitions placeraient le Mali parmi les tout premiers producteurs africains, derrière le Bénin mais devant le Burkina Faso, consolidant son rôle stratégique dans la sous-région. Elles s’appuyaient sur une relance progressive de la production après la baisse de 17% enregistrée en 2024-2025, où seuls 569 300 tonnes ont été récoltées, contre 690 000 tonnes un an plus tôt.

La menace la plus immédiate est celle des jassides (Amrasca biguttula), déjà signalés début juillet dans la zone de Kadiolo. Ce ravageur, connu pour détruire le feuillage et freiner la croissance des plants, fait craindre aux producteurs une baisse significative des rendements, comme en 2021-2022. Leur présence a été confirmée dans les zones de Kadiolo et Yorosso, où l’espèce avait déjà provoqué d’importants dégâts lors d’épisodes antérieurs.

En parallèle, les retards de paiement continuent de peser. Au 24 juin 2025, la CMDT avait réglé seulement 63,4% des montants dus aux producteurs, soit plus de 36% d’arriérés encore en attente. Un décaissement de 23 milliards de francs CFA, effectué en fin de mois, visait à accélérer les paiements.

Des mesures pour la relance

Les intrants, indispensables à la bonne santé des cultures, connaissent également de sérieux retards. Fin juin, seulement 43% des engrais complexes et 39% des autres intrants avaient été distribués. Les organisations paysannes rappellent que ces livraisons auraient dû être finalisées dès avril pour garantir leur efficacité.

Pour apaiser la colère des exploitants et compenser partiellement les pertes attendues, le ministère de l’Agriculture a annoncé une annulation ciblée des crédits d’intrants pour les producteurs les plus touchés par les jassides. Cette mesure ne compense toutefois ni les pertes déjà observées sur le terrain, ni l’incertitude persistante dans les campagnes.

Sans réponses rapides sur les paiements, la lutte contre les ravageurs et les intrants, l’objectif 2025-2026 pourrait bien rester hors d’atteinte. La filière, qui emploie directement et indirectement près de quatre millions de personnes, représente plus de 15% des recettes d’exportation du pays, ce qui en fait un pilier vital pour l’économie nationale.

Diaspora malienne : un levier de développement à mieux organiser

Reconnue comme l’un des piliers du développement économique et social du Mali, la diaspora malienne joue un rôle central dans l’équilibre des communautés d’origine. Les fonds envoyés par les Maliens établis à l’extérieur soutiennent à la fois la consommation des ménages et la réalisation d’infrastructures de base. Pour mieux structurer cette participation et répondre aux attentes croissantes des acteurs, le ministère en charge de la diaspora organise la première édition du Forum international de la diaspora (FID), du 17 au 19 juillet 2025, à Bamako.

Pays de forte tradition migratoire, le Mali compte entre 4 et 6 millions de ressortissants vivant à l’extérieur selon les estimations disponibles, malgré l’absence de données exhaustives. Depuis la création en 2004 du ministère en charge de la diaspora, l’État malien a multiplié les efforts pour structurer les liens avec ses ressortissants expatriés. Aujourd’hui, cette communauté représente un atout économique, humain et symbolique essentiel pour le pays.

En 2023, selon la Banque mondiale, les transferts de fonds de la diaspora malienne ont atteint 1,15 milliard de dollars, soit environ 700 milliards FCFA, correspondant à 5 % du PIB national. D’après l’Institut national de la statistique (INSTAT), 18,3 % des ménages ruraux maliens ont reçu des fonds envoyés par un proche à l’étranger en 2022. Mais au-delà du soutien à la consommation, l’enjeu est désormais de canaliser ces envois vers des investissements durables.

Mobiliser l’épargne diasporique

Lancée en 2014, la Politique nationale de migration (PONAM) ambitionne de transformer la migration en levier de développement durable. Dotée d’un besoin de financement de 120 milliards FCFA, la PONAM vise notamment la valorisation du capital humain, la reconnaissance des compétences des migrants, le renforcement des relations institutionnelles et la lutte contre la migration irrégulière.

Parallèlement, de nombreuses organisations de la diaspora développent des projets dans leurs localités d’origine : électrification rurale, forages, écoles, centres de santé, ou encore coopératives agricoles. Ces dynamiques s’inscrivent souvent dans une logique communautaire ou thématique et traduisent une volonté de s’engager au-delà des simples transferts de survie. Le gouvernement malien prévoit d’actualiser la PONAM à l’horizon 2025 pour l’adapter aux défis contemporains liés aux crises sécuritaires, au changement climatique et à l’essor de la diaspora des jeunes diplômés. Cette nouvelle orientation vise aussi à inclure la migration interne, notamment les mobilités entre zones rurales et urbaines, de plus en plus observées ces dernières années.

Vers des investissements productifs

Selon une étude du Fonds international de développement agricole (FIDA) publiée en 2022, 82 % des organisations et 84 % des individus interrogés souhaitent réduire les transferts dédiés à la consommation directe, au profit d’investissements pérennes. Cette recherche, menée auprès de 90 associations et 210 particuliers établis en France, en Espagne et en Italie, montre un intérêt marqué pour les secteurs agricoles (préféré par 83 % des répondants), éducatifs, sanitaires, commerciaux ou encore immobiliers.

Certains villages maliens disposent aujourd’hui de centres de santé fonctionnels, de puits modernes et même de connexions solaires grâce à l’appui structuré d’associations diasporiques. À Kayes, Koulikoro ou Sikasso, plusieurs dizaines d’initiatives de cofinancement entre villages et ressortissants expatriés ont vu le jour, avec le soutien d’ONG internationales. Ces réussites restent cependant trop localisées et parfois peu visibles à l’échelle nationale.

Le potentiel global d’investissement annuel est estimé à 9 millions d’euros, mais reste largement sous-exploité, en raison du manque de produits financiers adaptés, d’un déficit d’accompagnement technique et d’un accès limité à l’information économique. Le FIDA plaide pour la mise en place de guichets d’investissement spécifiques, d’outils de garantie, et d’initiatives communes entre migrants, institutions et investisseurs professionnels.

Attentes et perspectives

Pour des entrepreneurs issus de la diaspora comme Abdrahamane Kébé, franco-malien dans le secteur du BTP, le forum international constitue une opportunité attendue. « Ce type de rencontre permet de créer des synergies entre ceux d’ici et ceux de là-bas, de favoriser les échanges d’expériences et de détecter des idées porteuses », explique-t-il. Lui-même a choisi d’investir au Mali après y avoir passé une partie de son enfance, une expérience qu’il qualifie de « globalement positive, malgré les obstacles ».

Selon lui, pour garantir la pérennité des investissements de la diaspora, il est indispensable de disposer de structures crédibles capables d’orienter les porteurs de projet, d’évaluer la viabilité des startups et d’assurer un accompagnement dans la durée. « Beaucoup ont tenté de monter des affaires ici, mais faute de repères fiables ou de partenaires sérieux, cela s’est mal terminé », regrette-t-il.

Défis structurels persistants

Les défis sont nombreux : déficit d’infrastructures (routes, énergie), incertitude sécuritaire, lenteur administrative, rareté de profils qualifiés dans certains secteurs. Ces facteurs freinent la croissance des entreprises locales et dissuadent certains investisseurs potentiels. Toutefois, le dynamisme d’une partie de la diaspora, notamment des jeunes, redonne espoir. « Il y a une nouvelle génération, formée, consciente des réalités des deux côtés, qui veut agir », estime Abdrahamane Kébé.

Le Forum de Bamako devrait ainsi offrir un cadre de discussions, d’opportunités et de solutions partagées. Il pourra aussi marquer un tournant dans la relation entre diaspora et institutions publiques, en posant les bases d’un partenariat mieux structuré. Des jeunes entrepreneurs de la diaspora investissent aussi dans les technologies numériques : applications de santé, plateformes éducatives, ou services financiers innovants. Ces initiatives, bien qu’encore embryonnaires, témoignent d’un changement de paradigme dans les formes d’engagement diasporique.

Un enjeu économique majeur

Selon la Banque mondiale, le Mali se classe au 9e rang des pays africains recevant le plus de transferts de sa diaspora, et à la 3e place dans l’espace francophone. Ces envois soutiennent non seulement les dépenses courantes, mais également l’agriculture familiale, la santé, la scolarisation et plus récemment des initiatives collectives à portée locale.

Le rôle des femmes de la diaspora, souvent sous-estimé, mérite une attention particulière. Très impliquées dans les transferts de fonds et les projets sociaux, elles contribuent activement à la solidarité familiale, à la scolarisation des enfants, à l’accès aux soins et à la stabilité des communautés d’origine. Leur engagement dans les coopératives, la santé ou les microfinances peut constituer un levier puissant de transformation locale, si des dispositifs adaptés sont mis en place pour structurer leur action.

Selon les économistes, près de 10 % des transferts sont désormais orientés vers des projets générateurs de revenus. Au-delà du montant, c’est donc l’impact socio-économique de ces flux qui doit être consolidé.

Le FIDA, en partenariat avec l’Union européenne, soutient ainsi le financement d’initiatives agricoles « climato-compatibles », associant migrants et entreprises locales. L’exemple de « Ciwara Capital », fonds de capital-risque détenu par des Maliens de l’étranger, est souvent cité. Il investit régulièrement dans SOPROTRILAD, une entreprise nationale de 400 employés, active dans la transformation du riz, et partenaire de plus de 160 coopératives.

Migration et gouvernance

Pour inscrire ces efforts dans une stratégie plus globale, le Mali souhaite parvenir à une gestion ordonnée de la migration. Il s’agit d’éviter les pertes humaines, les ruptures sociales et les déséquilibres dans les zones d’origine. La sensibilisation contre la migration irrégulière, notamment via des campagnes initiées en 2024, s’inscrit dans cette logique.

D’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le monde comptait en 2024 plus de 304 millions de migrants, dont plus de 83 millions déplacés de force. Ce fut aussi l’année la plus meurtrière jamais enregistrée : 8 938 décès sur les routes migratoires. Au Mali, 402 167 personnes déplacées internes ont été recensées en décembre 2024, ainsi que 88 783 rapatriés et 863 697 retournés.

Ces chiffres rappellent l’urgence d’encadrer les flux et de créer des alternatives viables sur place, afin que la migration ne soit plus un exil imposé, mais un choix volontaire.

Le Forum international de la diaspora de Bamako intervient à un moment stratégique. Les attentes sont fortes, les opportunités réelles, mais les défis restent immenses. Entre volonté politique, mobilisation des acteurs et renforcement des outils existants, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre dans le partenariat entre le Mali et ses ressortissants établis à l’étranger. À condition que les promesses soient suivies d’actions concrètes.

Crise d’eau à Bamako : Un retour progressif à la normale

Depuis début juillet, Bamako fait face à une crise d’eau potable qui a durement éprouvé les habitants de plusieurs quartiers. Coupures prolongées, dégradation de la qualité de l’eau, inquiétudes sanitaires, etc. la capitale a vécu des jours difficiles avant un retour progressif à la normale ces derniers jours.

« La semaine dernière, nous avons passé trois jours sans une goutte d’eau dans les robinets. Nous étions obligés d’aller chercher de l’eau à la fontaine publique, après de longues heures d’attente », raconte avec amertume Aminata Tounkara, une habitante de Kalaban Coura.

Djénébou Doumbia, mère de famille à Lafiabougou, témoigne d’un autre aspect de la crise : « l’eau du robinet présentait des couleurs inhabituelles. Nous avions même peur de l’utiliser pour la cuisine. C’était vraiment préoccupant ».

Selon Mamadou Dembélé, Directeur de la Production d’eau à la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP – SA), cette situation résulte essentiellement de deux facteurs. D’abord, en saison des pluies, les matières en suspension et certains produits liquides sont drainés vers le fleuve Niger, source principale d’approvisionnement de Bamako. Ensuite, ce phénomène est aggravé par les activités d’orpaillage, notamment les dragues, qui polluent davantage l’eau.

« Pour renforcer le traitement et garantir la conformité aux recommandations de l’OMS, nous avons réduit le débit d’entrée afin de mieux traiter l’eau avant de la distribuer à la population », explique-t-il.

Une amélioration progressive

Depuis quelques jours, la situation s’améliore. Abdoul Karim Koné, Chargé de Communication de la SOMAGEP, se veut rassurant. « Il y a une grande amélioration, car la turbidité de l’eau du fleuve a commencé à baisser. Comme l’eau était très dégradée, presque jaune, nous étions obligés de réduire la quantité traitée. Mais présentement la qualité de l’eau brute s’est améliorée, ce qui nous a permis de reprendre un peu la vitesse de croisière », nous confie-t-il.

Koné précise par ailleurs que « le niveau de production est revenu à la normale », même si la distribution complète prend du temps. « Quand le réseau est déstabilisé, il faut un moment pour qu’il se regonfle. Avec la réduction de la production, le réseau s’est vidé. Même si la production est redevenue normale, il faut du temps avant que l’eau n’arrive chez tous les consommateurs », souligne-t-il.

Dans plusieurs quartiers de Bamako, les habitants confirment un retour progressif de l’eau potable depuis le week-end dernier. Toutefois, la crise aura dévoilé la vulnérabilité de l’approvisionnement de Bamako alors que la saison des pluies ne fait que commencer.

Mohamed Kenouvi

Dissolution des partis politiques : Quelle issue pour les procédures en justice ?

Alors que la justice malienne continue d’examiner la légalité de la dissolution des partis politiques décrétée le 13 mai dernier, l’issue des procédures engagées par les anciens responsables des formations politiques dissoutes est très attendue.

Plus de deux mois après la décision gouvernementale de dissoudre l’ensemble des partis politiques, le sort de cette mesure est, depuis quelques semaines, suspendu aux différentes juridictions nationales.

Cinq requêtes ont été introduites devant les tribunaux de grande instance des Communes I, III, IV, V et VI du District de Bamako, pour faire constater une atteinte grave aux libertés fondamentales, notamment la liberté d’association et le droit de participation politique garantis par la Constitution du 22 juillet 2023. Selon les requérants, il ne s’agit pas de contester un acte administratif, mais plutôt de protéger des droits fondamentaux que le juge civil est compétent à garantir.

Cependant, l’avancée de ces procédures varie selon les communes. Si les tribunaux des Communes III, IV et V se sont déclarés incompétents, orientant les affaires vers la section administrative de la Cour suprême, les tribunaux des communes I et VI avaient fixé des audiences aux 7 et 8 juillet derniers, avant que celles-ci ne soient finalement reportées aux 28 et 29 juillet 2025.

En Commune I, l’absence des avocats de l’État a entraîné le report, tandis qu’en Commune VI, malgré la présence de toutes les parties, le juge a estimé nécessaire de poursuivre l’examen avant de rendre un jugement.

Au-delà des juridictions civiles, une requête a été déposée devant la Section administrative de la Cour suprême. Conformément aux règles, elle a été transmise au Contentieux de l’État pour permettre au gouvernement d’apporter ses observations.

La Cour constitutionnelle en arbitre final

Quelle que soit l’issue devant les juridictions civiles ou la Section administrative de la Cour suprême, la dernière étape sera la saisine de la Cour constitutionnelle, seule habilitée à juger de la conformité d’une loi ou d’une décision aux dispositions de la Constitution du 22 juillet 2023.

Cette Cour constitutionnelle, qui sera alors face à sa propre crédibilité, confirmera-t-elle la dissolution, au risque d’être perçue comme un instrument politique ? Ou bien osera-t-elle l’invalidation, ouvrant ainsi une crise institutionnelle majeure ?

Depuis l’annonce de la dissolution des partis politiques, la question n’est plus seulement celle de l’avenir des formations concernées, mais celle de la capacité du système judiciaire à se positionner face à une décision politique d’une telle ampleur, même si très peu d’observateurs s’attendent à une décision de justice qui contredirait les autorités de la Transition.

Quel aboutissement ?

Pour Soumaila Lah, analyste politique, « il est difficile de se prononcer sur l’issue de cette affaire, car nous n’avons pas tous les éléments entre nos mains ». Il souligne cependant que la décision des tribunaux des Communes I et VI de juger l’affaire sur le fond constitue « une bonne avancée », rappelant qu’« il n’aurait pas été orthodoxe de laisser croire aux Maliens qu’un individu ou une poignée d’individus peut décider de dissoudre tous les partis politiques du pays par simple volonté ».

Par ailleurs, certains analystes soulignent que l’enjeu dépasse la question juridique. Une annulation de la dissolution relancerait immédiatement les anciennes formations, rétablirait leur capacité d’action et redonnerait vie aux oppositions politiques, dans un contexte sécuritaire et économique déjà tendu.

À l’inverse, une validation ouvrirait la voie à un système politique radicalement repensé, où la refondation annoncée prendrait forme par la création de nouveaux partis et la mise à l’écart des acteurs traditionnels.

Même si le droit est clair quant à la protection de la liberté d’association et du pluralisme politique, le contexte, marqué par une transition prolongée et les réformes institutionnelles et politiques issues des Assises nationales de la Refondation, ainsi que par les recommandations des forces vives de la Nation lors des consultations nationales en avril dernier, risque de peser sur la décision finale de la justice.

Mohamed Kenouvi

Mercato : Les Aigles en mouvement

Depuis début juillet, plusieurs joueurs maliens ont animé le marché des transferts européens, entre nouvelles signatures et départs actés.

L’attaquant Wilson Samaké, 21 ans, a officialisé son engagement avec Bandirmaspor, club turc de deuxième division, pour trois saisons. Formé au Stade Rennais, où il évoluait avec l’équipe réserve, Samaké a porté les couleurs maliennes aux Jeux Olympiques de Paris 2024 et récemment lors du tournoi Maurice Revello. Ce transfert marque une étape importante dans la carrière du jeune buteur, qui cherchera à s’imposer comme titulaire en Turquie.

Autre international malien du tournoi Revello, Souleymane Sagnan, défenseur, a signé son premier contrat professionnel avec le RC Lens. Il s’est engagé pour trois ans, jusqu’en juin 2028, un signal fort de la confiance placée en lui par les Sang et Or.

Soumaila Traoré, formé à l’Olympique de Marseille, devait initialement rejoindre Montpellier, relégué en Ligue 2, mais c’est finalement un retour au FC Versailles qui s’est concrétisé. Il y arrive sous forme de prêt avec option d’achat, après avoir déjà été prêté au club francilien en seconde partie de la saison dernière. L’international malien U23 devrait y bénéficier d’un temps de jeu plus conséquent.

Transferts et repositionnements en vue

Parmi les transferts les plus remarqués figure celui de Gaoussou Diarra, qui rejoint Feyenoord Rotterdam en provenance d’Istanbulspor. Le club néerlandais a officialisé l’opération début juillet pour un montant estimé à 3,5 millions d’euros. À 22 ans, l’attaquant malien va découvrir l’élite néerlandaise et pourrait participer à la prochaine Ligue des Champions, une belle vitrine pour ses ambitions internationales.

Dans un autre registre, Fousseyni Doumbia, défenseur de l’Eintracht Francfort, a signé son premier contrat professionnel avec l’équipe première après ses belles performances au tournoi Maurice Revello 2025. Régulier avec la réserve, il franchit un cap dans sa carrière en intégrant la Bundesliga.

Mauvaise nouvelle en revanche pour Moussa Djenepo. Le joueur de 27 ans et le Standard de Liège ont trouvé un accord à l’amiable pour résilier son contrat. Si le club belge réalise ainsi une économie salariale de 1,6 million d’euros annuels, l’attaquant malien se retrouve désormais sans club et libre sur le marché.

Quant à Yves Bissouma, milieu de terrain de Tottenham, il est très convoité. Fenerbahçe a ouvert des discussions, tandis que la Roma et la Juventus suivent également son dossier de près.

Mohamed Kenouvi

Moustapha Siby : « La légitimité d’un pouvoir repose sur le respect des libertés fondamentales »

Dans cet entretien, l’analyste politique Moustapha Siby livre son regard sur la révision de la Charte de la Transition et la crise sécuritaire persistante. Propos recueillis par Massiré Diop

Pourquoi jugez-vous que la nouvelle loi autorisant les membres de la Transition à se présenter est une rupture avec « le moindre bon sens » ?

Une période de transition repose sur un principe cardinal : celui de la neutralité institutionnelle. Elle constitue une étape exceptionnelle, destinée à restaurer l’ordre constitutionnel et à garantir l’organisation d’élections libres, transparentes et inclusives. Dès lors, l’adoption d’une loi autorisant les membres de la Transition à se porter candidats aux scrutins à venir constitue une entorse grave à l’éthique démocratique. Une telle disposition crée en effet un conflit d’intérêts manifeste. Les autorités de la Transition, en position de contrôle des leviers de l’État, disposent d’un pouvoir disproportionné leur permettant d’orienter le processus électoral à leur avantage – que ce soit à travers l’accès privilégié aux médias publics, l’usage détourné des ressources administratives ou la manipulation potentielle des règles électorales.

Pensez-vous qu’une solution durable à la crise sécuritaire peut exister sans passer par le dialogue avec certains groupes armés ?

Il serait illusoire de croire qu’une solution durable à la crise sécuritaire peut être trouvée en excluant systématiquement le dialogue avec certains groupes armés, qui sont en majorité nos compatriotes, dans un conflit d’une complexité asymétrique rarement égalée. L’histoire mondiale montre que ces conflits ne sont jamais gagnés uniquement par la force militaire, même par les armées les plus puissantes. Souvent, ces groupes s’enracinent dans des revendications locales, un sentiment d’abandon ou des fractures communautaires non résolues, recrutant au sein de populations marginalisées victimes d’injustices socio-économiques. Le dialogue peut alors permettre de désamorcer les tensions, d’instaurer des cessez-le-feu locaux et de favoriser la réintégration progressive dans le tissu social.

Quelle responsabilité les élites communautaires peules devraient-elles concrètement assumer face au discours djihadiste ?

Les élites communautaires peules occupent une position centrale dans la lutte contre le discours djihadiste. Elles ont la responsabilité d’être à la fois des relais de prévention et des agents de cohésion sociale. Elles doivent, en des termes sans équivoque, condamner fermement les idéologies extrémistes qui menacent la paix et la stabilité de leurs – nos – communautés. Leur parole, écoutée et respectée localement, peut contribuer à affaiblir la propagande djihadiste et à promouvoir des valeurs de tolérance, de dialogue et de vivre-ensemble.

À vos yeux, quel serait le seuil minimal de progrès économique permettant de légitimer la prolongation du pouvoir actuel ?

À mes yeux, aucun progrès économique, aussi significatif soit-il, ne peut justifier la prolongation d’un pouvoir qui suspend les partis politiques, interdit tout débat contradictoire et emprisonne des citoyens pour leurs opinions. La légitimité d’un pouvoir repose d’abord sur le respect des libertés fondamentales et le rétablissement d’un cadre démocratique. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer les indicateurs économiques, mais aussi de garantir l’expression libre des citoyens, la pluralité politique et la transparence des institutions.

Djibo Service : L’innovation agricole qui change la donne

Face à l’urgence climatique, à la baisse de la fertilité des sols et à la cherté des engrais chimiques, le Mali a besoin de solutions locales et durables. C’est dans cette dynamique que s’inscrit Djibo Service, une entreprise malienne née en 2022 et dirigée par Baba Abdoulaye Djibo et Aboubacar Traoré. Leur innovation phare ? Un activateur agricole capable d’accélérer le compostage en seulement 10 jours, contre plus d’un mois pour la méthode traditionnelle.

Dans un pays où plus de 70% de la population vit de l’agriculture, chaque innovation permettant de gagner du temps et de renforcer la productivité est précieuse. L’activateur de Djibo Service, à base de jus stomacal animal, permet de produire un compost riche et naturel, améliorant la qualité des sols et réduisant la dépendance aux intrants chimiques. C’est une solution écologique, économique et adaptée aux réalités du terrain.

Le produit est particulièrement bien accueilli dans les zones rurales. Il permet la multiplication des microorganismes pour accélérer le processus de compostage en seulement 10 jours, comparativement au compostage traditionnel, dont le processus s’étale sur un mois et quelques jours. Grâce à lui, les petits exploitants réduisent leurs dépenses en fertilisants, écourtent leurs cycles agricoles et améliorent leurs rendements, même dans un contexte de pluies irrégulières et de sols appauvris. Ce compost rapide offre une matière organique dense qui retient mieux l’eau et nourrit durablement les cultures.

Ce projet n’est pas le fruit du hasard. Baba Djibo a consacré sa thèse à cette innovation, transformant son mémoire en une entreprise fonctionnelle. C’est une démarche rare dans un pays où peu de recherches universitaires aboutissent à des projets concrets. Aujourd’hui, Djibo Service écoule plus de 600 litres d’activateur par mois et emploie plus d’une dizaine de personnes, preuve de son utilité sur le terrain.

Mais le chemin reste semé d’embûches, comme l’accès limité aux financements, la logistique coûteuse et le manque de reconnaissance. Malgré tout, Djibo Service avance, convaincu que la solution locale est la meilleure arme contre les difficultés agricoles. Son modèle, centré sur la durabilité et l’autonomie, incarne le futur de l’agriculture malienne.

Ibrahim Baby

CAN féminine 2024 : Entrée en lice réussie pour les Aigles Dames

Pour leur premier match, le 7 juillet 2025, à la Coupe d’Afrique des Nations féminine au Maroc 2024, les Aigles Dames du Mali ont battu la Tanzanie (1-0). Une victoire précieuse avant d’affronter le Ghana puis l’Afrique du Sud dans ce groupe C très relevé.

Les Aigles Dames du Mali ont parfaitement lancé leur campagne à la Coupe d’Afrique des Nations féminine 2024 face à la Tanzanie. Au bout d’une première période disputée, c’est Saratou Traoré qui a libéré ses coéquipières en inscrivant l’unique but de la rencontre dans le temps additionnel (45 +1), d’un tir précis qui n’a laissé aucune chance à la gardienne tanzanienne.

Les Maliennes, bien organisées tactiquement, ont ensuite géré leur avantage au retour des vestiaires, malgré quelques poussées adverses, et se sont offert trois précieux points pour la suite de la compétition. Cette victoire permet aux joueuses de Mohamed Saloum Houssein d’aborder la deuxième journée avec confiance, même si le défi s’annonce plus relevé.

Le Ghana en difficulté, l’Afrique du Sud en patronne

Dans l’autre match du groupe C disputé le même jour, l’Afrique du Sud a dominé le Ghana sur le score de 2 buts à 0, confirmant son statut de favorite de la poule. Les Championnes d’Afrique en titre ont scellé la victoire dès la première mi-temps, en inscrivant les 2 buts dans un intervalle de 6 minutes, laissant les Black Queens ghanéennes sans solution.

Au classement, le Mali et l’Afrique du Sud comptent chacun trois points, mais les Banyana Banyana disposent d’une meilleure différence de buts grâce à ce succès net. Cette configuration rend le prochain match des Aigles Dames particulièrement décisif. Elles affronteront en effet le Ghana ce vendredi 11 juillet 2025 pour la deuxième journée. Un résultat positif face aux Black Queens leur offrirait la qualification, avant de terminer la phase de groupe contre l’Afrique du Sud, un adversaire d’un tout autre calibre, le 14 juillet.

Avec cette entrée réussie dans la compétition, les Aigles Dames conservent toutes les chances d’atteindre l’objectif initial de faire au moins aussi bien qu’en 2018, où le Mali avait atteint le dernier carré de la compétition. Mais, pour cela, elles devront montrer plus de réalisme offensif et conserver leur solidité défensive lors des prochaines rencontres.

Mohamed Kenouvi

Sommet Afrique – Espagne : Madrid défend une approche plus humaine des migrations

À Madrid, le Sommet Afrique – Espagne a réuni cette semaine vingt-sept pays africains autour d’une feuille de route pour renforcer la coopération. L’Espagne y a défendu la nécessité d’humaniser la gestion migratoire, à rebours d’une Union européenne trop répressive, alors que ses côtes et enclaves paient le prix fort des traversées clandestines.

.Du 6 au 8 juillet 2025, le One Africa Forum a servi de cadre à ce dialogue entre le gouvernement espagnol et ses partenaires africains. La feuille de route Espagne – Afrique 2025 – 2028 consacre la migration comme enjeu prioritaire, avec l’ambition de traiter ses causes profondes, de sécuriser les routes et de renforcer les droits des migrants. Elle vise à renforcer la coopération avec les pays africains pour créer des opportunités économiques et éducatives, encourager des migrations légales et combattre les trafiquants. En misant sur les infrastructures, la connectivité et l’insertion des jeunes, Madrid espère réduire la pression migratoire et sauver des vies. Cette approche rompt avec la logique répressive européenne.

En 2024, 63 970 migrants ont atteint l’Espagne, dont 46 843 par la route des Canaries, un record depuis 2006. Dans les enclaves de Ceuta et Melilla, les autorités ont recensé 8 247 franchissements irréguliers l’an dernier, selon le ministère de l’Intérieur. Caminando Fronteras a comptabilisé 10 457 morts ou disparus en mer en 2024, dont 9 757 sur la seule route des Canaries, soit une moyenne de 30 vies perdues chaque jour.

Le premier semestre 2025 a enregistré une baisse de 28% des arrivées irrégulières, avec environ 18 000 passages, à cause de la chute de 41% à destination des Canaries, même si la route algérienne vers les Baléares a triplé à 3 000 personnes. Depuis le 15 juin, l’opération « Passage du Détroit » a déjà assuré le retour de 348 315 passagers et de 89 104 véhicules. Les centres d’accueil aux Canaries et en Andalousie affichent une saturation record, tandis que la part des femmes et des enfants parmi les traversées a sensiblement augmenté. La Croix-Rouge espagnole et Caminando Fronteras rappellent que sans leurs interventions le bilan humain serait bien plus lourd.

Quelques jours avant ce sommet, à Séville, en marge de la Conférence internationale sur le financement du développement durable, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, avait rencontré son homologue espagnol José Manuel Albares. Ils ont évoqué la migration et la coopération bilatérale, confirmant l’importance d’une approche conjointe pour réduire les drames en mer et stabiliser les régions d’origine.

MD

Célia d’Almeida : « Nos Alumni doivent contribuer positivement à la vie de la Nation »

La première édition du Symposium des Alumni de l’Institut néerlandais pour la démocratie multipartite (NIMD) s’est tenue à Bamako du 3 au 5 juillet 2025. Dans cet entretien, Mme Célia d’Almeida, Représentante pays du NIMD au Mali, évoque les Écoles démocratiques et citoyennes de l’Institut, qui ont formé plus de 800 jeunes maliens depuis 2021. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quel sentiment vous anime après la clôture de ce symposium, une première consacrée à vos Alumni ?

Je me sens extrêmement honorée de la confiance que ces Alumni nous font depuis le début de ce programme en 2021. Ces quelque 800 jeunes qui sont passés dans nos écoles à Bamako, Sikasso et Mopti ont vraiment démontré que nous avons eu une ambition noble en proposant ce programme. Quand je les vois pendant trois jours venir partager ce que ce parcours, à la limite initiatique, a changé en eux, l’interaction avec d’autres jeunes qui ont des idées et une façon de voir la vie différentes, ce que ce brassage a pu leur apporter, je crois qu’au NIMD, nous pouvons être extrêmement fiers de ce petit quelque chose que nous avons apporté. Nous espérons vraiment que, de ce qu’ils ont partagé et de cette énergie que nous avons vue en eux, ils auront envie de continuer à faire des propositions pour participer positivement à la construction de la Nation.

Combien de promotions des Écoles démocratiques et citoyennes comptez-vous et quelle sera la suite ?

Aujourd’hui, nous avons 25 promotions qui sont sorties de nos Écoles. La suite est d’abord entre leurs mains. Nous sommes un soutien, un appui, une proposition. Nous avons une offre, mais nous souhaitons que nos Alumni transforment l’essai à partir de ce qu’ils ont appris pendant trois mois. Les cours sont dispensés par des formateurs locaux, qui parlent dans les langues locales, rendant accessibles ces concepts qu’on entend beaucoup dans les discours mais dont on ne sait pas forcément ce qu’ils veulent dire. C’est une balle que nous avons envoyée dans le camp des jeunes, c’est à eux de marquer le but. Ce but, c’est d’avoir une contribution positive à la vie de la Nation.

D’autres Écoles sont-elles prévues ?

C’est notre souhait. Nous travaillons à cela. Vous savez que le contexte est un peu difficile pour les organisations, mais nous faisons de notre mieux. Cependant, il y a déjà énormément d’initiatives au niveau national qui sont en train d’être prises. Ces Alumni sont en train, eux-mêmes, de créer des choses et nous espérons que nous pourrons les accompagner encore plus et renforcer le réseau. Aujourd’hui, c’est une famille, les Écoles existent également au Burkina Faso et au Niger. Nous avons donc dans la zone AES un potentiel pour créer une dynamique afin que ces jeunes puissent contribuer à créer des nations fortes, parce que ce n’est que comme cela  que nous pourrons atteindre les objectifs de développement et d’épanouissement de la population et aussi construire une sous-région forte, avec une stabilité durable.

 

Lutte contre la corruption : Un manuel pour plus de transparence

La lutte contre la corruption au Mali est une œuvre de longue haleine que mènent ses acteurs depuis plusieurs années. Le manuel sur la gestion des finances publiques et la lutte contre la corruption, fruit d’un projet financé par l’Union européenne et mis en œuvre par la Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) et le CERM, dans le cadre du PROLAC‑GFP, est une contribution à ce combat. Publié en juin 2025, il est destiné à offrir aux acteurs une meilleure compréhension du phénomène et des clés pour une lutte plus efficace et plus rigoureuse.

Au total, 1 200 élèves fonctionnaires, étudiants et jeunes de la société civile ont bénéficié d’un renforcement de capacités sur la gestion des finances publiques et la lutte contre la corruption à travers 40 séminaires organisés à Bamako. Ces formations, dispensées en trois sessions de 7h30 chacune et articulées autour de huit chapitres, ont servi de base à l’élaboration du manuel. Celui-ci est destiné à un public encore plus large, comprenant également des acteurs sociopolitiques et des enseignants chercheurs, à qui il permettra d’approfondir leurs recherches et d’enrichir leurs pratiques en matière de bonne gouvernance.

En 300 exemplaires, le manuel sera disponible dans les bibliothèques universitaires, mais aussi remis aux acteurs sociopolitiques, « parce que le manuel a un caractère éducatif », souligne Gaoussou Dagnoko, le Coordinateur du projet. Conçu comme un outil pédagogique, il présente de façon accessible mais rigoureuse les principes, acteurs, outils et réformes en matière de gestion financière, établissant les liens entre corruption et mauvaise gouvernance et proposant des solutions pour mieux prévenir ce fléau.

Une lutte biaisée ?

« La lutte contre la corruption ne se fait pas dans les règles de l’art depuis 2021 », estime pour sa part Moussa Touré, membre du Réseau des associations maliennes de lutte contre la corruption et la délinquance financière (RAMLCDF). Il déplore une lutte sélective, entachée de non respect des procédures et parfois perçue comme instrumentalisée.

Chaque année, le Vérificateur général révèle des irrégularités de plusieurs milliards de francs CFA dans la gestion publique. Pourtant, malgré les dénonciations et l’existence de mécanismes institutionnels, le phénomène persiste. Le manuel identifie notamment l’insuffisance de la volonté politique et un manque de coordination entre structures comme obstacles majeurs à la lutte.

Le rapport 2023 de l’OCLEI souligne aussi la faiblesse des déclarations de biens. Ainsi, sur 151 responsables centraux répartis entre 29 ministères, seuls 7 ont déposé leur déclaration en 2023 (soit 4,64%, contre 3,6% en 2022 et 15,23% en 2021), illustrant le long chemin qui reste à parcourir pour renforcer la transparence et la reddition des comptes au Mali.

Fatoumata Maguiraga

Attaques terroristes en hausse : Le Mali étranglé sur ses routes

Depuis un certain temps, les attaques terroristes se multiplient au Mali, ciblant de plus en plus délibérément les principales routes, bureaux des douanes et infrastructures économiques vitales. Cette stratégie d’asphyxie économique et logistique menace l’approvisionnement du pays et fragilise ses régions les plus exposées.

Le 1er juillet 2025 restera gravé dans la mémoire des Maliens comme un jour où plusieurs routes stratégiques ont été piégées. Dès l’aube, des combattants armés, se réclamant de la filiale sahélienne d’Al-Qaïda, ont attaqué simultanément plusieurs points dans la région de Kayes. Il s’agit entre autres du poste frontalier de Diboli sur la RN1, de la douane de Gogui sur la RN3, ainsi que de Nioro du Sahel, de Diéma, de Bafoulabé et de sites industriels à Gangontéry, Karaga et Gouroundapé. Selon l’UNHCR, cette violence s’inscrit dans une escalade inquiétante. L’agence onusienne relève que 242 incidents sécuritaires ont été enregistrés à Kayes au premier semestre 2025, contre 46 en 2024, faisant 222 victimes civiles. À Sikasso, Ségou et Tombouctou, les chiffres sont tout aussi sombres avec respectivement 194, 736 et 394 victimes civiles, totalisant au moins 1 546 morts ou blessés dans ces quatre régions en six mois.

Quand les routes deviennent des cibles

Le choix des cibles est stratégique. Pour le chercheur Bréhima Ely Dicko, cette stratégie vise également à asphyxier l’économie nationale en contrôlant les principaux axes routiers, en imposant des taxes et des blocus et en instaurant la peur pour contraindre les communautés locales à se soumettre.

Le Mali, pays enclavé, dépend de ses frontières terrestres pour ses importations. La RN1, reliant Bamako à Dakar via Diboli, assure près de 30% des importations terrestres, avec près de 39 milliards de francs CFA de recettes en 2024. La RN3, par Gogui vers Nouakchott, a rapporté 48 milliards de francs CFA en 2023. Ces deux axes traversent Kayes, qui concentre plus de 40% du trafic terrestre malien. Ulf Laessing, de la Fondation Konrad Adenauer, le souligne : « la région frontalière avec le Sénégal est une porte d’entrée majeure pour le commerce et les importations depuis Dakar, longtemps stable, aujourd’hui vulnérable ».

Près de 4 500 camions traversent la frontière à Diboli chaque mois, acheminant carburants, céréales, ciment et produits de première nécessité. Après les attaques, l’Union des transporteurs routiers du Sénégal (UTRS) a suspendu les trajets vers le Mali dès le 3 juillet, pour protéger la sécurité des chauffeurs. Ce corridor Dakar – Bamako, avec environ 400 camions par jour et 2,7 millions de tonnes de marchandises annuelles, représente plus de 60% du tonnage régional. Cette paralysie menace importations, exportations et plusieurs milliers d’emplois sénégalais liés au fret.

Par ailleurs, le 1er juillet, les assaillants ont aussi incendié trois sites industriels : la Carrières et Chaux du Mali (CCM) à Karaga, la cimenterie Diamond Cement Mali (DCM‑SA) à Gangontéry et l’usine Stones à Gouroundapé. Ces entreprises, situées sur la RN22, exportent vers le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Burkina Faso. Leur destruction prive des centaines de familles de revenus et paralyse des secteurs clés. Quatre expatriés – trois Indiens et un Chinois – ont été enlevés. Des villageois affirmaient que la présence des assaillants avait été signalée plusieurs semaines auparavant.

Des voix étouffées sous les balles

Pour les habitants, la peur est quotidienne. Kayes, Sikasso, Ségou et Tombouctou ne sont pas que des zones de passage : ce sont les poumons économiques du pays. Entre janvier et mars 2025, près de 2 000 écoles ont été fermées pour raisons de sécurité, privant d’éducation un grand nombre d’enfants dans les zones de Kayes et Ségou.

À Sikasso, la RN7 et les routes vers la Guinée assurent l’importation de pétrole et de denrées. En 2023, la Côte d’Ivoire a exporté pour 1,59 milliard de dollars vers le Mali, majoritairement via Sikasso. Plus à l’ouest, le poste frontalier de Kouremalé, à la frontière guinéenne, est un point important pour l’approvisionnement en produits agricoles et manufacturés depuis le port de Conakry. Fréquenté par des milliers de camions chaque mois, il reste sous pression sécuritaire à cause de trafics et de  violences dans la zone de Kangaba.

À Ségou, les axes vers le Burkina Faso, notamment Bobo Dioulasso et Ouagadougou, sont vitaux. Tombouctou ouvre vers l’Algérie, avec un commerce informel estimé entre 30 et 85 millions de dollars par an. À l’est, la région de Ménaka, malgré son instabilité chronique, est une porte vers le Niger. Elle sert de passage pour convois humanitaires, bétail, carburant et médicaments, mais est aussi l’un des corridors les plus dangereux, sous la menace constante du JNIM et de l’EIGS.

Arthur Banga, chercheur ivoirien, analyse : « ces attaques sont plus qu’une démonstration de force, elles envoient un message politique au pouvoir malien en ciblant des symboles économiques et militaires ».

Une stratégie d’asphyxie

Les conséquences sont déjà visibles : prix en hausse, ruptures d’approvisionnement, pertes douanières, destruction des infrastructures et exode des populations. Selon Bréhima Ely Dicko, cette stratégie s’inscrit dans une logique insidieuse d’occupation de l’espace par étapes, depuis le Nord, vers le Centre, puis l’Ouest et le Sud, visant à pousser les populations à tourner le dos à l’État et à conclure des « pactes de reddition » avec les groupes armés, qui imposent ensuite leur propre gouvernance et prélèvent la zakat.

En juin 2025, le PAM relevait une augmentation de 26% du prix du mil à Kayes et Tombouctou. Les douanes perdent des milliards et les transporteurs désertent les routes. Selon la Matrice de Suivi des Déplacements (DTM) de juin 2025, 402 167 personnes déplacées internes (PDI) étaient recensées, dont 58% d’enfants et 38% d’adultes, majoritairement dans les régions les plus touchées par l’insécurité : Gao, Ménaka, Mopti, Bandiagara, Ségou et Tombouctou.

La FAO signale une hausse des prix du mil et du sorgho entre 15% et 30% entre janvier et mai 2025. OCHA rapporte que des centaines de tonnes de marchandises sont bloquées aux frontières suite aux attaques.

Bakary Samb, Directeur du Timbuktu Institute, explique : « le JNIM a accru ses activités dans la région de Kayes, infiltrant illégalement des secteurs économiques clés pour faciliter le mouvement de ses affiliés vers la Mauritanie et le Sénégal ». Il estime que ces attaques s’inscrivent dans une stratégie visant à isoler Bamako et à étendre l’influence jihadiste vers l’ouest.

Quand le pays suffoque

Pourtant, Kayes incarne le paradoxe malien. Générant plus de 800 milliards de francs CFA d’or en 2024 et couvrant 40% des besoins électriques grâce à ses barrages, Kayes connaît également un taux de pauvreté de 71% et un chômage des jeunes dépassant 60%. Dans ce contexte, les routes du Mali sont devenues des lignes de front. Les convois humanitaires doivent être escortés, les commerçants hésitent et les villages se vident.

La FAO estime que 1,52 million de personnes souffriront d’insécurité alimentaire à Ménaka pendant la saison sèche, dont environ 2 600 en phase « catastrophe ». Pour beaucoup, la stratégie du JNIM consiste à frapper les artères vitales du pays pour le paralyser.

Dicko note aussi que les groupes n’ont pas besoin de rester en permanence dans les villes. Ils maintiennent leur emprise grâce à des indicateurs, aux marchés hebdomadaires et à la peur qu’ils inspirent, tout en infiltrant les activités économiques locales et en se présentant comme une alternative à l’État.

Perspectives

Face à cette menace, experts et populations s’accordent à reconnaître que la seule réponse militaire ne suffira pas. Il faut sécuriser les axes, reconstruire, mais aussi engager des réformes sociales et économiques. Pour Bakary Samb, « ces routes ne sont pas seulement des axes économiques, ce sont des lignes de vie pour les populations ». Ulf Laessing avertit : « la stabilité de ces corridors est la clé pour éviter une paralysie économique. » Arthur Banga conclut : « ces attaques sont autant un défi militaire qu’un défi politique ».

Selon Bréhima Ely Dicko, l’objectif ultime est d’instaurer une forme de califat local, avec une gouvernance islamique et des qadis chargés de rendre la justice, remplaçant progressivement l’État malien. Un chef de village de la région déclarait : « on ne peut pas vivre sans ces routes. Les terroristes le savent mieux que nous ». Un avertissement que le pays ne peut plus ignorer.

MD

Accord de paix entre RDC et Rwanda : L’espoir sous haute vigilance

Signé à Washington fin juin 2025, l’accord de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda marque une avancée diplomatique majeure. Mais, derrière l’engagement affiché, les cicatrices des conflits passés, la méfiance mutuelle et les intérêts croisés rendent l’avenir incertain. Selon le HCR, plus de 118 500 personnes ont fui l’est de la RDC depuis janvier 2025, s’ajoutant aux 6,7 millions de déplacés internes recensés dans le pays.

Le texte prévoit le respect mutuel de l’intégrité territoriale, la neutralisation du FDLR par Kinshasa et le désengagement militaire rwandais de l’est congolais. Le FDLR compterait encore entre 1 000 et 1 500 combattants actifs dans les Kivu, selon une estimation de l’ONU datant de décembre 2024, ce qui complique toute neutralisation effective. Pour autant, ce texte institue un Mécanisme conjoint de sécurité incluant les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine, pour superviser les engagements sous 90 jours. Le plan d’action, issu du « CONOPS » d’octobre 2024, fixe quatre phases, à savoir le désengagement, la démobilisation, l’évaluation et la stabilisation. Le retour volontaire des réfugiés et un cadre économique régional complètent l’ensemble.

Mais l’accord n’aborde pas directement le cas du M23, groupe rebelle au cœur des violences actuelles. Kigali nie tout lien avec lui, malgré des preuves documentées par l’ONU. Pour Kinshasa, ce silence est une faille majeure. « On ne peut pas traiter un abcès en contournant la plaie », glisse un diplomate congolais. Faute de dialogue direct avec les groupes armés, le risque de reprise des hostilités demeure élevé.

Ce n’est pas le premier accord entre les deux pays. De Pretoria (2002) à Addis-Abeba (2013), plusieurs engagements ont échoué faute d’application réelle. Le contexte sécuritaire a certes changé, mais la méfiance est tenace. « La paix ne se décrète pas, elle se construit avec du courage politique », rappelle un responsable de l’Union africaine.

Les États-Unis, très présents dans la négociation, ne cachent pas leurs intérêts. Ils cherchent à contenir le FDLR, classé comme groupe d’extrême dangerosité, et sécuriser l’accès aux minerais critiques dont regorge le sous-sol congolais. Le cobalt, le coltan et le lithium sont devenus des ressources stratégiques pour les industries occidentales.

Cet accord fait écho aux tensions entre États voisins au Sahel : Mali et Algérie, Niger et Bénin, Burkina Faso et Côte d’Ivoire. Le même syndrome de défiance bilatérale menace la stabilité régionale.

Accès à l’eau : Un levier de croissance structurant pour le Mali

Le Mali vient de faire un pas majeur dans la sécurisation de l’accès à l’eau potable, un enjeu économique et social important. Le projet d’appui à la sécurité de l’eau, financé à hauteur de 100 millions USD (environ 60 milliards de FCFA) par l’Association internationale de développement (IDA), a récemment été approuvé par le Conseil national de transition.

Ce financement servira à moderniser les infrastructures hydriques dans six grandes villes, dont la capitale Bamako, Mopti, San, Ouélessébougou, Dioïla et Bafoulabé.

À Bamako, l’accent sera mis sur le renforcement du système d’approvisionnement en eau, avec la construction de nouvelles stations de pompage, d’un château d’eau de 2 000 m³ et la modernisation des réseaux existants. Ce projet ambitieux prévoit également la production de 24 400 m³ d’eau par jour pour les villes secondaires. Un réservoir semi-enterré de 1 000 m³ et des bornes fontaines seront installés afin de garantir l’accès à l’eau pour une population croissante, notamment en milieu urbain et rural.

Le projet vise directement 500 000 personnes, dont près de 50% de femmes et 19% de jeunes, apportant une réponse significative à la demande en eau potable. Il aura également des retombées positives pour les 227 000 bénéficiaires d’un service de base en eau, tout en améliorant la qualité de service pour environ 270 000 personnes supplémentaires. En outre, des actions de restauration des écosystèmes touchant les bassins hydrographiques des fleuves Niger et Sénégal bénéficieront à 30 000 personnes vivant en zone rurale.

D’un point de vue économique, le projet affiche des indicateurs positifs. Le taux de rentabilité interne (TRI) atteint 11,3%, avec une valeur actuelle nette (VAN) de 44,9 millions USD. Les bénéfices attendus pour la productivité agricole et l’emploi sont considérables, notamment pour les femmes, qui représentent une part importante de la population bénéficiaire. L’amélioration de l’approvisionnement en eau permettra également de renforcer la stabilité économique, en réduisant les coûts liés aux pénuries et aux pertes d’eau.

Ce projet s’inscrit pleinement dans les objectifs de Vision 2063 du Mali, visant à stabiliser les finances publiques et à stimuler la croissance économique. Il représente un levier majeur pour assurer l’accès universel à l’eau potable et pour soutenir le développement durable du pays à long terme. Le Mali montre ainsi qu’il peut se saisir des défis du climat et de l’eau pour construire une économie plus résiliente, inclusive et prospère.