Cinq ans de Transition : Abdoulaye Diop dresse le bilan diplomatique

À l’instar de ses collègues du gouvernement, Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a présenté, mercredi 15 juillet, le bilan de ses cinq années à la tête de la diplomatie malienne. Cet exercice d’évaluation lui a permis de revenir sur les perspectives et les principales réalisations de son département, articulées autour de quatre axes majeurs. 

C’est devant un parterre de diplomates et de partenaires que le chef de la diplomatie a exposé les orientations de la politique extérieure conduite depuis 2021. Celle-ci s’articule, selon lui, autour de la souveraineté nationale, de la remise en cause des rapports de dépendance et d’un panafricanisme plus affirmé.

Le ministre a rappelé que la Transition s’est déroulée dans un contexte marqué par d’importants défis sécuritaires, politiques et diplomatiques. Face à cette situation, il estime que le gouvernement a renforcé l’engagement patriotique des Maliens, illustré notamment par la mobilisation populaire du 14 janvier 2022, organisée après les sanctions économiques et financières imposées au Mali par la CEDEAO et l’UEMOA. Il a également insisté sur le rôle joué par son département dans la défense des intérêts du pays.

« Pour cet exercice d’évaluation, nous devons garder à l’esprit que la diplomatie, pendant cette période de Transition, a constitué, aux côtés de l’armée, l’une des premières lignes de défense de notre pays », a-t-il soutenu.

En cinq ans, selon Abdoulaye Diop, le Mali a redéfini sa politique étrangère autour d’un paradigme décomplexé et pragmatique. Celui-ci vise à défendre la souveraineté, la dignité et l’autonomie stratégique du pays, notamment dans le domaine sécuritaire, sans rechercher l’isolement ni la confrontation. Guidée par ses trois principes clés et la recherche de partenariats « gagnant-gagnant » alignés sur les priorités nationales, l’action diplomatique malienne reste profondément ancrée dans l’idéal panafricain, a-t-il estimé. Cette orientation s’est notamment matérialisée par la création de l’Alliance des États du Sahel en 2023, puis de la Confédération AES le 6 juillet 2024, parallèlement au retrait effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO le 29 janvier 2025.

Un bilan articulé autour de quatre axes majeurs

Le premier axe concerne une diplomatie offensive et lisible, fondée sur trois principes cardinaux : le respect de la souveraineté du Mali, celui de ses choix souverains et la défense des intérêts du peuple malien. Selon le ministre, cette doctrine a permis au pays de mieux faire entendre ses positions sur la scène internationale et de développer des partenariats fondés sur le respect mutuel.

« Aujourd’hui, nous nous réjouissons qu’après un début souvent marqué par l’incompréhension, une vaste majorité de nos partenaires adhèrent à ces principes édictés », a-t-il déclaré, rappelant que ces principes, bien que définis par le Mali, ont vocation à s’appliquer à tous les États.

Le deuxième axe met en avant une diplomatie au service de la sécurité et du développement. Abdoulaye Diop a affirmé que le Mali avait diversifié ses partenaires afin de renforcer les capacités des Forces armées et de promouvoir un développement reposant davantage sur les ressources nationales. Il a également insisté sur la recherche d’accords prévoyant la formation, le partage d’expertise et le transfert de technologies.

Le troisième volet est consacré à une diplomatie innovante, marquée par la promotion de la culture comme instrument d’influence internationale, la lutte contre la désinformation et une communication diplomatique plus active. Parmi les avancées citées figurent l’élection du Mali au Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO pour la période 2026-2030 et la valorisation du patrimoine national. Abdoulaye Diop s’est également félicité de la proclamation, en 2023, de la Journée internationale de la langue soninké, une initiative soutenue par plusieurs États concernés par cet espace culturel et célébrée pour la première fois au siège de l’UNESCO le 25 septembre 2024.

« Nous sommes en train de travailler à développer une stratégie de diplomatie culturelle. Nous considérons la valorisation du patrimoine culturel comme un outil de soft power extrêmement important, qui peut permettre à notre pays de ne pas seulement faire parler de lui à travers les attaques, les attentats, les problèmes de sécurité ou les questions de pauvreté, mais de changer la conversation dans ce domaine », a déclaré le ministre.

Le quatrième et dernier volet met l’accent sur le renforcement des relations avec plusieurs partenaires stratégiques, notamment la Russie, la Chine et la Turquie, ainsi qu’avec des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. La création de l’Alliance des États du Sahel, devenue la Confédération des États du Sahel, est présentée par Abdoulaye Diop comme l’une des principales réalisations diplomatiques de la Transition.

« Nous avons développé des liens solides avec les pays et les peuples africains qui partagent notre vision de souveraineté et d’émancipation réelle », a-t-il soutenu.

Le ministre a conclu en assurant que cette nouvelle orientation stratégique vise à préserver durablement les intérêts supérieurs du Mali, tout en maintenant le pays ouvert au reste du monde et à des coopérations conformes aux priorités définies par les autorités nationales.

Joseph Amara Dembélé

Force unifiée de l’AES : un statut pour encadrer les opérations communes

Les 9 et 10 juillet 2026 à Ouagadougou, les ministres de la Défense du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont consolidé le cadre juridique applicable aux troupes confédérales. Cette structuration accompagne une force déjà opérationnelle, dont l’état-major intégré et le poste de commandement sont installés à Niamey et appelée à accroître ses effectifs comme ses capacités d’intervention.

Après une réunion préparatoire des experts militaires le jeudi 9 juillet, les ministres chargés de la Défense de la Confédération des États du Sahel se sont retrouvés le lendemain à Ouagadougou autour du statut de la Force unifiée. Les travaux ont réuni le général de division Célestin Simporé pour le Burkina Faso, le général d’armée Salifou Mody pour le Niger et le général de division Oumar Diarra, ministre délégué chargé de la Défense du Mali.

Leur principal dossier portait sur l’accord définissant les droits, les obligations, les protections et les responsabilités des personnels appelés à servir au sein de cette force multinationale. Présenté comme le dernier texte nécessaire pour compléter son architecture juridique, il doit fournir des règles communes aux contingents issus de trois armées nationales et faciliter leur engagement sur l’ensemble du territoire confédéral.

Les trois ministres ont également été reçus par le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso et président en exercice de la Confédération. Selon Célestin Simporé, cette réunion s’inscrit dans la mise en œuvre de la feuille de route de l’An II de l’AES et dans le renforcement des capacités humaines, matérielles et opérationnelles de la Force unifiée.

Des règles communes pour les contingents

Le statut examiné à Ouagadougou intervient au moment où la Force unifiée passe d’une coopération militaire fondée sur des décisions politiques et des opérations coordonnées à une organisation permanente. Pour les militaires déployés hors de leur pays d’origine, ce cadre fixe leur position au sein de la structure commune, les obligations liées à leur mission et les protections attachées à leur engagement.

Il doit aussi harmoniser l’action de troupes soumises, à l’origine, à trois législations et à trois chaînes administratives nationales. La force pourra ainsi employer des unités burkinabè, maliennes et nigériennes sous des règles partagées, tout en maintenant les engagements souverains de chaque État. Le ministère burkinabè de la Défense présente ce dispositif comme une condition de la légalité, de l’interopérabilité et de l’efficacité des opérations conjointes.

Derrière les formulations juridiques, le texte concerne donc directement la vie des personnels sur le terrain. Il détermine le cadre dans lequel un soldat envoyé au-delà de sa frontière nationale reçoit ses ordres, accomplit sa mission et engage sa responsabilité au sein d’un dispositif confédéral.

De 5 000 à 15 000 hommes

La première configuration rendue publique en janvier 2025 prévoyait un effectif de 5 000 hommes. Le ministre nigérien de la Défense, Salifou Mody, avait alors annoncé une force disposant de son propre personnel, de moyens terrestres, de capacités de renseignement et d’un système autonome de coordination, avec la possibilité d’intervenir partout dans l’espace AES.

Les réunions des chefs d’état-major organisées en avril 2026 à Ouagadougou ont ensuite fait apparaître un objectif de 15 000 hommes à terme. Cette évolution traduit le passage d’un premier noyau opérationnel à un format plus large, destiné à assurer des déploiements simultanés sur plusieurs théâtres et à soutenir des opérations d’une durée plus importante. Le chiffre correspond à une cible de montée en puissance, distincte du volume de troupes effectivement engagé à une date précise.

Les responsables militaires ont aussi travaillé sur les règles d’engagement, le service en campagne et les budgets de fonctionnement. Le statut étudié en juillet complète ainsi des documents opérationnels déjà examinés par les états-majors au cours des mois précédents.

Niamey au centre du commandement

L’état-major de la Force unifiée est installé à Niamey. Ce choix place le commandement dans la zone centrale de l’espace formé par les trois États et à proximité du Liptako-Gourma, région frontalière où se concentrent une partie importante des opérations contre les groupes armés.

Depuis le 19 juin 2026, la force est commandée par le général de brigade malien Makan Alassane Diarra. Il a pris ses fonctions lors d’une cérémonie organisée sur la Base aérienne 101 de Niamey, sous la présidence du chef d’état-major des armées du Niger, représentant le Comité des chefs d’état-major de la Confédération. Il a succédé au général Daouda Traoré, premier commandant de la structure.

Cette passation, intervenue moins d’un mois avant la réunion ministérielle de Ouagadougou, a accompagné la consolidation du commandement. La Force unifiée dispose désormais d’un état-major permanent, d’un responsable opérationnel et d’un projet de statut applicable à ses personnels.

Une construction engagée en 2023

La création de la force découle de la Charte du Liptako-Gourma, signée le 16 septembre 2023 par le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Ce traité a établi une architecture de défense collective et d’assistance mutuelle, avec l’engagement de lutter ensemble contre le terrorisme, la criminalité organisée et les atteintes à l’intégrité territoriale des États membres.

La Charte prévoit qu’une agression visant l’un des États engage l’assistance des deux autres, y compris par l’emploi de la force armée. Elle confie également aux membres la création des organes et mécanismes nécessaires à la mise en œuvre de cette solidarité militaire.

L’Alliance a été transformée en Confédération le 6 juillet 2024 à Niamey. Le 23 décembre 2025 à Bamako, les trois gouvernements ont signé des protocoles additionnels consacrés à la défense, à la sécurité, à la diplomatie, au développement et au fonctionnement des sessions parlementaires confédérales. Ces textes précisent les compétences exercées au niveau commun et les mécanismes de pilotage des actions collectives.

Trois jours auparavant, le 20 décembre 2025, le président Assimi Goïta avait remis son étendard à la Force unifiée à Bamako, marquant son entrée officielle en activité. Le général Daouda Traoré avait alors été installé à la tête de la nouvelle structure militaire.

Un modèle distinct du G5 Sahel

La Force unifiée se développe après le retrait progressif des trois États du cadre militaire du G5 Sahel. Le Mali avait quitté l’organisation et sa force conjointe en 2022, suivi par le Burkina Faso et le Niger en 2023. L’ancien dispositif associait également la Mauritanie et le Tchad et reposait sur des secteurs d’opérations principalement concentrés autour des frontières.

Le modèle retenu par l’AES repose sur un commandement intégré et sur la possibilité de déployer les unités dans la totalité des territoires burkinabè, malien et nigérien. La Force conjointe du G5 Sahel fonctionnait, pour sa part, dans des fuseaux géographiques déterminés, avec des droits de poursuite transfrontalière limités.

Le financement suit également un mécanisme confédéral. La Charte fondatrice attribue cette responsabilité aux États membres. Depuis mars 2025, un prélèvement de 0,5 % sur certaines importations provenant de pays tiers alimente les institutions, projets et programmes communs de l’AES, parmi lesquels figure la montée en puissance de la force.

Des opérations déjà coordonnées

Avant même la remise de l’étendard, les trois armées avaient acquis une expérience commune à travers des opérations synchronisées et des exercices multinationaux. Les opérations Yéréko 1 et Yéréko 2 ont été conduites entre 2024 et 2025 dans la région des trois frontières. L’exercice Taha Nakal, organisé au centre de formation des forces spéciales de Tillia, au Niger, a également permis de travailler sur la coordination des unités et des commandements.

Le statut adopté à Ouagadougou doit désormais donner une base permanente à ces pratiques. Il accompagne le passage d’opérations ponctuellement coordonnées à une capacité commune susceptible d’être mobilisée à tout moment sous une même autorité opérationnelle.

La réunion s’est tenue dans un environnement marqué par de nouvelles attaques au Mali et par le renforcement récent de la coopération militaire entre l’AES et la Russie. Devant le président Ibrahim Traoré, Célestin Simporé a évoqué la préparation à un conflit de longue durée et de haute intensité, tout en présentant la Force unifiée comme le fer de lance de la réponse confédérale.

Après l’installation de son état-major, le lancement officiel de ses activités et le renouvellement de son commandement, la Force unifiée complète ainsi son organisation par un statut commun. Les décisions prises à Ouagadougou doivent permettre aux contingents du Burkina Faso, du Mali et du Niger d’opérer sous les mêmes règles dans l’ensemble de l’espace confédéral.

Union africaine : le président de la Commission en visite à Bamako

Mahmoud Ali Youssouf effectue depuis dimanche sa première visite officielle au Mali depuis son accession à la présidence de la Commission de l’Union africaine. Ce déplacement de 48 heures intervient alors que le pays reste suspendu des instances de l’organisation continentale.

Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, est arrivé dimanche 12 juillet à Bamako pour une visite officielle de deux jours, consacrée au renforcement du dialogue et de la coopération entre le Mali et l’organisation continentale. Accueilli par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, il a tenu avec ce dernier un premier entretien sur les dossiers d’intérêt commun.

Le programme prévoit également une audience avec le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta. Le ministère malien des Affaires étrangères présente ce déplacement comme la première visite au Mali de Mahmoud Ali Youssouf depuis son élection à la tête de la Commission, le 15 février 2025. Ancien ministre des Affaires étrangères de Djibouti, fonction qu’il a occupée pendant près de vingt ans, il dirige depuis mars 2025 l’organe exécutif de l’Union africaine pour un mandat de quatre ans.

Une visite préparée depuis janvier

La venue de Mahmoud Ali Youssouf prolonge une démarche engagée plusieurs mois auparavant par la Commission. Le 29 janvier 2026, le président Assimi Goïta avait reçu à Koulouba le nouveau représentant spécial du président de la Commission et chef de la Mission de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, la MISAHEL, Mamadou Tangara. Celui-ci avait alors annoncé une tournée prochaine de Mahmoud Ali Youssouf au Mali et dans d’autres pays du Sahel afin d’examiner les formes que pourrait prendre la coopération avec l’organisation continentale.

Ancien ministre gambien des Affaires étrangères et diplomate d’origine malienne, Mamadou Tangara avait placé sa mission sous le signe d’une collaboration adaptée aux nouvelles réalités régionales. Il avait notamment évoqué la nécessité de prendre en compte l’existence de la Confédération des États du Sahel et de définir un cadre permettant à l’Union africaine de travailler avec les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

La visite de 48 heures traduit ainsi le passage des échanges menés par les représentants spéciaux à un dialogue direct entre le chef de l’État malien et le président de la Commission. Elle donne également une dimension politique à l’action de la MISAHEL, qui conserve une présence au Mali et assure la liaison entre Bamako, Addis-Abeba et les mécanismes africains de paix et de sécurité.

La suspension et la coopération

Le Mali est suspendu de la participation aux activités, organes et institutions de l’Union africaine depuis le 1er juin 2021. Le Conseil de paix et de sécurité avait adopté cette décision après les événements du 24 mai 2021 ayant conduit à l’éviction du président de la Transition Bah N’Daw et du Premier ministre Moctar Ouane. La mesure devrait rester en vigueur jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel.

Cette suspension porte sur la participation institutionnelle du pays. Elle coexiste avec le maintien de son appartenance à l’Union africaine, les contacts entre la Commission et les autorités maliennes, ainsi que les activités de la MISAHEL. Le représentant malien auprès de l’UA a d’ailleurs participé à plusieurs consultations organisées par la Commission depuis 2021, tandis que les organes chargés de la paix et de la sécurité ont continué à examiner régulièrement la situation du pays.

Le déplacement de Mahmoud Ali Youssouf constitue donc un rapprochement de haut niveau dans un cadre où la suspension reste distincte de la coopération opérationnelle. Il permet aux deux parties d’aborder directement les questions politiques et sécuritaires qui conditionnent l’évolution de leurs relations.

Une transition au cadre renouvelé

Quelques semaines après son entrée en fonction, Mahmoud Ali Youssouf avait reçu, le 27 mai 2025 à Addis-Abeba, les ambassadeurs du Mali, du Burkina Faso et du Niger accrédités auprès de l’Union africaine. Les échanges avaient porté sur les transitions politiques et sur les voies d’un engagement renouvelé en faveur du retour à l’ordre constitutionnel. Le président de la Commission avait également adressé des invitations aux ministres des Affaires étrangères des trois pays pour poursuivre les consultations.

Depuis cette rencontre, le cadre institutionnel malien a évolué. La Charte de la Transition révisée en juillet 2025 prévoit une période de cinq ans renouvelable à partir de 2025, liée au rétablissement de la paix et de la stabilité nationales. Elle autorise également le président de la Transition, les membres du gouvernement et ceux du Conseil national de Transition à participer aux futures élections.

Ce dispositif constitue désormais le cadre politique dans lequel se déroule le dialogue avec l’Union africaine. Du côté continental, le Conseil de paix et de sécurité continue de rattacher la levée de la suspension au retour à un ordre constitutionnel conforme aux instruments africains sur la démocratie et les changements anticonstitutionnels de gouvernement. Les entretiens de Bamako mettent ainsi en présence la feuille de route définie par les autorités maliennes et les principes institutionnels portés par l’UA.

La sécurité au premier plan

La visite intervient dans une période marquée par de nouvelles attaques contre plusieurs localités maliennes. Le 5 juillet, Mahmoud Ali Youssouf avait condamné les opérations coordonnées menées la veille dans le nord, le centre et le sud du pays. Il avait exprimé la solidarité de l’Union africaine avec les autorités et la population maliennes, tout en appelant au renforcement des efforts collectifs contre le terrorisme et à la protection des civils.

Le Conseil de paix et de sécurité avait déjà consacré sa réunion du 28 avril 2026 à la dégradation de la situation au Mali. Il avait réaffirmé son soutien à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale du pays, tout en préconisant une réponse associant l’ensemble de la société et des États de la région. La réunion avait notamment entendu un exposé de Mamadou Tangara au nom de la MISAHEL.

Ces positions placent la lutte contre le terrorisme au cœur des domaines où le dialogue peut se poursuivre malgré la suspension. La Commission a déjà identifié le partage de renseignements, la coopération régionale, l’assistance technique et financière, la protection des populations et le rétablissement de l’autorité de l’État comme des dimensions complémentaires de la réponse sécuritaire au Sahel.

L’AES dans le dialogue continental

Le déplacement à Bamako s’inscrit également dans le rapprochement engagé entre l’Union africaine et les trois pays de l’AES. En avril 2026, le président en exercice de l’Union africaine, le chef de l’État burundais Évariste Ndayishimiye, s’était rendu à Ouagadougou pour rencontrer le président burkinabè Ibrahim Traoré, alors président en exercice de la Confédération. Les discussions avaient porté sur le renforcement des liens entre l’organisation continentale et les États sahéliens, ainsi que sur la lutte contre le terrorisme.

Cette orientation répond à la nouvelle architecture régionale construite par Bamako, Ouagadougou et Niamey autour de la Confédération. L’Union africaine conserve un cadre continental auquel appartiennent les trois États, tandis que l’AES développe ses propres mécanismes politiques, diplomatiques et militaires. La MISAHEL se trouve ainsi chargée de faciliter le contact entre ces deux niveaux d’organisation.

À Bamako, la visite réunit désormais les principaux niveaux qui structurent la relation entre le Mali et l’Union africaine, avec le dialogue politique entre les autorités, l’action de terrain de la MISAHEL et la concertation régionale avec l’AES. Elle constitue la première mise en œuvre au Mali de la démarche de rapprochement portée par Mahmoud Ali Youssouf depuis son accession à la présidence de la Commission.

 

Mali-Algérie : le retour des ambassadeurs relance le dialogue bilatéral

Le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens, décidés le 10 juillet, relancent les relations entre Bamako et Alger. Après quinze mois de tensions, les deux voisins rétablissent les principaux canaux du dialogue bilatéral.

Trois jours après leurs annonces simultanées, Bamako et Alger renouent avec le dialogue politique après plus d’un an de crise diplomatique. Vendredi 10 juillet, les autorités maliennes ont annoncé le retour à Alger de leur ambassadeur ainsi que la réouverture de l’espace aérien national aux aéronefs civils et militaires assurant des vols en provenance ou à destination de l’Algérie.

Alger a adopté le même jour des mesures équivalentes. Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour à Bamako de Kamel Retieb, ambassadeur d’Algérie au Mali, rappelé pour consultations le 7 avril 2025. Le ministère algérien de la Défense a parallèlement rouvert l’espace aérien national à l’ensemble des vols liés au Mali, y compris ceux empruntant les routes internationales.

Les deux communiqués présentent cette reprise sous le signe de la continuité historique. Le gouvernement malien évoque une « redynamisation des relations de coopération et d’amitié », tandis qu’Alger inscrit sa décision dans la volonté de ramener les rapports entre les deux pays vers leur cours « historique et naturel », fondé sur le respect mutuel et les intérêts partagés.

Deux décisions parfaitement synchronisées

Le parallélisme des mesures prises le 10 juillet constitue le premier fait marquant de ce rapprochement. Les deux capitales rétablissent au même moment leurs ambassadeurs et lèvent les restrictions aériennes instaurées durant la crise d’avril 2025. Cette symétrie replace les échanges politiques directs au centre de la relation et rétablit les outils diplomatiques permettant de traiter les questions frontalières, consulaires, économiques et sécuritaires.

La relation diplomatique était restée formellement en place pendant la crise, avec des ambassades toujours ouvertes, mais les rappels avaient réduit le niveau de représentation politique. Le retour des chefs de mission permet désormais aux deux gouvernements de disposer, dans chaque capitale, d’un interlocuteur directement chargé de transmettre les positions officielles et d’accompagner les consultations bilatérales.

Ce rétablissement concerne deux ambassadeurs déjà accrédités. Kamel Retieb reprend ses fonctions à Bamako, tandis que le général de brigade Mohamed Amaga Dolo regagne Alger. Ce dernier avait été nommé par le Conseil des ministres malien en octobre 2024, puis reçu le 20 février 2025 par le président de la Transition, Assimi Goïta, avant sa prise de fonction. Il avait alors placé sa mission sous le signe des liens historiques, géographiques et économiques entre les deux pays.

Une relation éprouvée depuis 2023

Les tensions entre Bamako et Alger avaient commencé à s’accentuer à la fin de l’année 2023. Les autorités maliennes avaient dénoncé des rencontres organisées en Algérie, sans information ni implication de Bamako, avec des personnalités présentées comme hostiles au gouvernement malien, dont l’imam Mahmoud Dicko, ainsi qu’avec des responsables de mouvements signataires de l’Accord de 2015. Ces griefs avaient conduit à la convocation de l’ambassadeur algérien, puis au rappel du représentant malien à Alger.

Le 25 janvier 2024, les autorités maliennes avaient annoncé la fin, avec effet immédiat, de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Signé en 2015 entre l’État malien et plusieurs mouvements armés, ce texte avait longtemps constitué le principal cadre politique de gestion du conflit dans le Nord. Bamako avait ensuite privilégié un processus de dialogue conduit sous la responsabilité directe des autorités nationales.

La nomination de Mohamed Amaga Dolo et son installation à Alger au début de 2025 avaient donné un premier signal de reprise. Cette dynamique avait été interrompue quelques semaines plus tard par la destruction d’un drone militaire malien dans la zone frontalière de Tinzaouatène, durant la nuit du 31 mars au 1er avril 2025.

Alger avait affirmé que l’appareil avait pénétré de 1,6 kilomètre dans son espace aérien. Bamako avait présenté une version différente, situant les débris à 9,5 kilomètres au sud de la frontière, sur le territoire malien. Les deux lectures avaient déclenché une série de mesures de réciprocité entre les deux voisins.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger avaient alors rappelé leurs ambassadeurs accrédités en Algérie au nom de la solidarité entre les membres de la Confédération des États du Sahel. Alger avait rappelé ses représentants à Bamako et Niamey, puis les espaces aériens malien et algérien avaient été fermés aux appareils liés à l’autre pays.

Le ciel comme premier effet concret

La réouverture des espaces aériens constitue l’effet le plus immédiatement perceptible des décisions du 10 juillet. Elle permet aux compagnies aériennes, aux appareils officiels et aux opérateurs autorisés de préparer à nouveau des vols directs ou des itinéraires empruntant les deux espaces nationaux.

Air Algérie desservait Bamako avant la crise. La compagnie avait repris ses liaisons avec la capitale malienne le 2 décembre 2024, après une précédente interruption, avant que les restrictions d’avril 2025 ne suspendent de nouveau cet axe aérien. La levée des interdictions crée désormais le cadre réglementaire nécessaire au retour des services commerciaux, selon les programmes qui seront établis par les transporteurs.

La reprise des liaisons concerne directement les familles établies de part et d’autre, les étudiants, les commerçants, les responsables publics et les voyageurs utilisant Alger comme point de correspondance. Pendant la fermeture, les déplacements entre les deux pays imposaient des itinéraires indirects, généralement plus longs et plus coûteux.

Le champ de la décision dépasse la seule liaison Alger-Bamako. Le communiqué algérien couvre les vols en provenance ou à destination du Mali à travers les différentes routes internationales. Le texte malien inclut pour sa part l’ensemble des aéronefs civils et militaires assurant des vols liés à l’Algérie.

Une frontière qui structure la relation

Le Mali et l’Algérie partagent environ 1 376 kilomètres de frontière à travers le Sahara. Cet espace relie des communautés, des marchés et des itinéraires anciens, tout en concentrant des enjeux liés aux groupes armés, aux trafics, aux migrations et aux déplacements de populations.

Les échanges entre les régions septentrionales du Mali et le sud algérien reposent en partie sur des circuits commerciaux informels. Une étude de la Banque mondiale consacrée au commerce entre les deux pays souligne l’importance de ces flux, souvent supérieurs à ce que reflètent les seules statistiques douanières, dans des zones où les distances et la faible densité de population compliquent le contrôle administratif.

La frontière possède aussi une dimension humaine. Les crises successives dans le nord du Mali ont entraîné des mouvements de familles vers l’Algérie, notamment autour de Tinzaouatène. Les routes transfrontalières servent également aux échanges de produits alimentaires, de carburant, de bétail et de biens de première nécessité pour des localités éloignées des grands centres urbains.

Le retour des ambassadeurs offre un canal direct pour les questions consulaires et la coordination administrative autour de ces mouvements. Il rétablit également un cadre politique entre deux États dont les préoccupations sécuritaires se rejoignent sur une vaste zone désertique.

Le Nord du Mali au cœur des échanges

Le rapprochement intervient alors que le nord du Mali demeure le théâtre d’importantes opérations militaires. Au moment des annonces du 10 juillet, les Forces armées maliennes affirmaient avoir desserré la pression exercée sur le camp stratégique d’Anéfis après des affrontements avec des groupes armés, avec l’appui de partenaires russes d’Africa Corps et de forces locales.

Anéfis se situe sur l’axe reliant Gao à Kidal, plus au nord, tandis que Tinzaouatène se trouve à proximité immédiate de la frontière algérienne. Les évolutions militaires dans cette partie du territoire malien ont donc une portée transfrontalière, notamment en matière de circulation des combattants, de protection des populations et de surveillance aérienne.

L’Algérie avait longtemps occupé une place centrale dans les médiations entre Bamako et les mouvements du Nord. Le nouveau contexte repose sur une stratégie malienne privilégiant la reconquête territoriale, le dialogue inter-Maliens et la coopération sécuritaire avec les pays de l’AES et la Russie. Le rétablissement des ambassadeurs permet aux deux voisins de reprendre leurs échanges dans cette configuration régionale profondément transformée.

Alger relance les liens avec les pays sahéliens

Le retour de Kamel Retieb à Bamako s’inscrit dans une reprise plus large des contacts entre l’Algérie et les pays de l’AES. En février 2026, Abdelmadjid Tebboune avait ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Niamey, tandis que le représentant nigérien reprenait ses fonctions à Alger. Cette décision avait été suivie par une visite officielle du président nigérien Abdourahamane Tiani en Algérie.

Les discussions algéro-nigériennes avaient porté sur les infrastructures, l’énergie, la santé, la formation et les questions de voisinage. Le rapprochement avec Bamako complète cette reprise progressive des relations entre Alger et son environnement sahélien.

Depuis le 10 juillet, le Mali et l’Algérie disposent à nouveau des principaux instruments d’un dialogue régulier. Les ambassadeurs retrouvent leurs postes, les espaces aériens sont ouverts et les échanges officiels peuvent reprendre directement entre les deux capitales.

Après quinze mois de tensions, Bamako et Alger retrouvent un cadre de coopération sur leurs dossiers frontaliers, consulaires, économiques et sécuritaires.

Accès à l’eau : le quotidien éprouvant à Koulouba et Sogonafing

À Koulouba, Sogonafing et Sogonafing Plateau, obtenir de l’eau est devenu une épreuve quotidienne. Entre réveils avant l’aube, longues files d’attente et transport de lourds bidons, des centaines de familles s’organisent pour répondre à leurs besoins essentiels. Alors que les robinets restent souvent à sec, les châteaux d’eau constituent le principal recours de nombreux habitants. Reportage réalisé le vendredi 10 juillet 2026, au cœur d’un quotidien rythmé par la recherche de quelques litres d’eau.

Il est à peine six heures du matin. À Koulouba, le soleil n’a pas encore totalement percé le ciel que la rue est déjà animée. Des femmes, des enfants et quelques hommes avancent lentement, bidons jaunes sur la tête, seaux à la main ou brouettes chargées de jerricans.

Les conversations sont discrètes, parfois interrompues par un soupir de fatigue. Au pied d’un château d’eau, la file s’allonge de minute en minute. Chacun attend son tour avec patience. Ici, personne ne vient par plaisir : tous sont là parce qu’ils n’ont pas d’autre choix.

Des robinets à sec

La pénurie s’est aggravée au début de la semaine après de fortes perturbations simultanées de l’approvisionnement en eau et en électricité à Bamako. Selon la SOMAGEP-SA, un incident technique majeur et le sabotage d’une ligne électrique alimentant la capitale depuis Manantali ont affecté le fonctionnement des stations de pompage, de traitement et de distribution. Malgré une reprise progressive annoncée à partir du mercredi 8 juillet, plusieurs quartiers restaient encore confrontés à de longues coupures au moment de ce reportage.

À Koulouba et Sogonafing, les difficultés ne datent toutefois pas uniquement de cet incident. Depuis plusieurs mois, des habitants signalent des interruptions prolongées, parfois aggravées par la forte demande, les problèmes de pression et la situation en hauteur de certains secteurs.

« Nous n’avons plus le luxe d’ouvrir un robinet pour remplir un verre d’eau », raconte Assitan Diarra, mère de quatre enfants. « Chaque goutte compte. Nous faisons attention à tout. Sans ce château d’eau, je ne sais pas comment nous aurions fait ».

La quête commence à l’aube

À quelques mètres, un adolescent pousse difficilement une brouette chargée de six bidons de vingt litres.

« Avant, je révisais mes cours le matin. Aujourd’hui, je viens chercher de l’eau pour la maison. C’est devenu notre priorité », confie-t-il.

Les robinets des maisons étant restés silencieux pendant plusieurs jours, les habitants ont développé un nouveau réflexe : rejoindre les points d’approvisionnement dès les premières heures du jour, avant que la foule ne devienne trop importante.

Malgré les difficultés, les usagers gardent leur calme. Les regards se croisent, les seaux se remplissent lentement et chacun repart avec la quantité qu’il a pu obtenir.

L’entraide face à la pénurie

Quelques rues plus loin, à Sogonafing, la scène est presque identique. Autour d’un château d’eau, les bidons forment une mosaïque de couleurs. Les plus âgés s’assoient à l’ombre en attendant leur tour, tandis que les plus jeunes se chargent des récipients les plus lourds.

La pénurie a aussi renforcé la solidarité entre les habitants. Certaines familles prêtent leurs brouettes à leurs voisins. D’autres aident les personnes âgées à transporter leurs réserves jusqu’à leur domicile.

« Quand quelqu’un obtient un peu plus d’eau que prévu, il partage souvent avec le voisin », explique Modibo Doumbia. « Dans ces moments-là, on comprend que personne ne peut s’en sortir seul ».

Mais derrière cette entraide se cache une fatigue profonde.

« Nous passons parfois plusieurs heures ici. Ensuite, il faut rentrer, préparer le repas, laver les enfants et nettoyer la maison. Toute notre journée tourne autour de l’eau », souffle Aïssata Diallo en essuyant la sueur sur son front.

Les habitants reconnaissent néanmoins que les châteaux d’eau leur ont permis de traverser cette période difficile.

« Sans eux, la situation aurait été catastrophique », résume un ancien du quartier.

À mesure que la route grimpe vers Sogonafing Plateau, le relief ajoute une difficulté supplémentaire. Les maisons sont dispersées sur les pentes de la colline et, lorsque la pression du réseau diminue, l’eau atteint plus difficilement les secteurs situés en hauteur.

Les habitants disposent également de points d’approvisionnement sur le Plateau, mais doivent attendre leur tour, multiplier les déplacements et transporter leurs réserves sur des voies en pente. Pour certaines familles, le moindre aller-retour devient une véritable épreuve physique.

Bintou, plusieurs trajets avant le travail

Il est six heures lorsque Bintou ouvre les yeux. À dix-neuf ans, cette aide-ménagère ne connaît presque plus les grasses matinées. Avant même de penser au petit-déjeuner, elle prend son pousse-pousse, le charge de bidons et rejoint le seul château d’eau ouvert à cette heure.

Elle effectue parfois le trajet deux ou trois fois avant de partir travailler chez ses employeurs.

« Si je ne viens pas très tôt, il y a trop de monde et je risque de ne pas avoir suffisamment d’eau », raconte-t-elle avec un léger sourire qui masque difficilement son épuisement.

Ses mains portent les marques des poignées des bidons et son dos la fait régulièrement souffrir.

« Le plus difficile, ce n’est pas seulement la fatigue. C’est la peur de rentrer sans eau. Une maison peut attendre qu’on la nettoie, mais une famille ne peut pas vivre sans eau » souligne-t-elle.

Malgré tout, Bintou reprend le même chemin chaque matin, parce qu’une famille compte sur elle.

Autour du château d’eau du Plateau, les témoignages se ressemblent.

« Nous avons souffert », résume un père de famille.

« Certains jours, nous faisions plusieurs allers-retours avant d’avoir assez d’eau pour cuisiner et nous laver », ajoute une riveraine.

Tous expriment cependant le même soulagement d’avoir trouvé ces points d’approvisionnement pendant la crise.

« Heureusement que les châteaux d’eau étaient là. Sans eux, nous aurions vécu une situation encore plus difficile ».

La crainte d’une nouvelle pénurie

À Koulouba, Sogonafing et Sogonafing Plateau, la pénurie n’a pas seulement bouleversé les habitudes. Elle a redistribué les priorités des familles et rappelé la valeur d’un geste aussi ordinaire qu’ouvrir un robinet.

Derrière chaque bidon rempli se cachent des heures d’attente, des trajets répétés et une fatigue qui pèse particulièrement sur les femmes et les enfants. Mais les files d’attente révèlent également une solidarité discrète, faite de brouettes prêtées, de réserves partagées et de mains tendues.

Dans ces trois quartiers, les habitants espèrent désormais que le rétablissement progressif de la distribution sera durable. Après avoir organisé leurs journées autour des châteaux d’eau, des files d’attente et des allers-retours, ils redoutent surtout de devoir reprendre bientôt le même rythme éprouvant.

Salimata Wagué

Au Mali, la souveraineté commence à l’école

Analyse. On débat du drapeau à hisser et du partenaire à choisir. Pendant ce temps, la fondation dont dépendent toutes les souverainetés — un peuple instruit — s’érode. Et le vrai obstacle n’est pas, comme on le dit trop vite, un peuple inapte : ce sont des institutions qui n’ont jamais fini de le former.

En novembre 2025, près de 2 300 écoles maliennes étaient fermées ou non fonctionnelles, privant d’enseignement environ 700 000 enfants et tenant à l’écart près de 14 000 maîtres. Dans 74 % des cas, la cause est l’insécurité, selon le bulletin du Cluster Éducation publié en janvier 2026. Les régions de Bandiagara, Kidal, Taoudénit, Douentza et Ménaka sont les plus touchées. Le chiffre n’a cessé de croître depuis 2023. Voilà le fait que masquent les débats sur la rupture : tandis que l’on discute des symboles de la souveraineté, la fondation qui les rendrait tous solides — une population éduquée — est, dans des pans entiers du pays, en train d’être méthodiquement démantelée.

Il faut le dire nettement, car c’est l’angle mort du débat malien : la dernière frontière de la souveraineté n’est ni la monnaie, ni la diplomatie, ni même le territoire. C’est celle du capital humain. Depuis l’indépendance, aucun régime n’a véritablement réussi à en faire le socle de la puissance nationale.

L’ampleur du déficit

Les ordres de grandeur donnent le vertige. Au Mali, à peine plus d’un adulte sur trois, environ 37 %, sait lire et écrire dans une langue quelconque, et un adulte sur quatre seulement en français. L’écart entre les sexes est béant : autour de 50 % d’alphabétisés chez les hommes, 33 % chez les femmes. La jeunesse fait mieux, près de 58 % des 15-24 ans, signe que la tendance s’améliore, mais le nombre moyen d’années d’études d’un adulte plafonne autour de cinq. Dans les campagnes du Nord, où l’État s’est retiré, ces taux s’effondrent au point que les enquêtes statistiques elles-mêmes n’y parviennent plus.

Deux remarques préalables sont nécessaires. D’abord, ce déficit n’est pas l’œuvre de la transition : il est structurel et ancien. Le taux d’alphabétisation tournait déjà autour de 26 % en 2010, et l’école monolingue héritée de la colonisation échouait dès les années 1980, ce qui avait justement conduit le Mali à expérimenter, avant beaucoup d’autres, un enseignement bilingue en langues nationales.

Ensuite, l’effort budgétaire est réel et mérite d’être crédité : les investissements publics dans l’éducation sont passés de 233 milliards de francs CFA en 2010 à 558 milliards en 2025, et les autorités de la transition ont tenu, en 2023-2024, des États généraux de l’éducation. La volonté et les moyens ont augmenté. Ce sont les résultats qui ne suivent pas, parce que le problème est de fond, et parce que la crise sécuritaire détruit les capacités plus vite qu’on ne les bâtit.

Pourquoi tout en dépend

Que le capital humain soit le verrou décisif n’est pas une intuition : c’est l’acquis le plus solide de l’économie du développement. Theodore Schultz et Gary Becker ont montré, voici un demi-siècle, que l’éducation est le multiplicateur de toutes les autres ressources. On peut relever de 20 à 30 % la part de l’État dans les mines ; encore faut-il des ingénieurs, des juristes, des inspecteurs pour négocier les contrats et contrôler les flux. On peut rêver d’une monnaie souveraine, mais une banque centrale crédible suppose des cadres formés et une administration capable. On peut proclamer la reconquête du territoire ; une armée moderne, un renseignement, une justice de proximité réclament d’abord des hommes instruits. La souveraineté positive — la capacité effective de gouverner, par opposition au simple droit de le faire — repose tout entière sur cette base. Un État ne s’administre pas à 37 % d’alphabétisation.

L’économiste Amartya Sen a poussé l’idée plus loin : le développement n’est pas l’accumulation de biens, c’est l’élargissement des capacités humaines, dont l’éducation est à la fois le moyen et la fin. Dans cette perspective, l’école n’est pas un secteur parmi d’autres : c’est la matrice de tous les autres. La frontière ultime de la souveraineté malienne n’est donc pas tracée dans le désert du Nord ni dans les coffres d’une banque centrale. Elle passe dans une salle de classe.

Le piège qu’il faut refuser

Devant ces chiffres, une conclusion vient trop facilement à l’esprit : et si le problème, au fond, c’était le peuple lui-même, une fatalité, une paresse, une incompatibilité avec le développement ? Cette conclusion doit être rejetée, non par convenance, mais par rigueur, car elle est fausse.

Les travaux de Daron Acemoglu et James Robinson l’ont établi : les écarts de développement entre nations ne s’expliquent ni par les cultures, ni par la prétendue nature des peuples, mais par les institutions. Mêmes hommes, institutions opposées, destins inverses. Les deux Corées en sont la démonstration. La preuve est d’ailleurs sous nos yeux : le Malien qui émigre, placé dans un cadre institutionnel qui fonctionne, réussit comme n’importe qui. Un peuple n’est jamais inapte au développement ; ce sont les institutions qui sont, ou non, aptes à développer un peuple. Le déficit n’est pas dans les têtes maliennes : il est dans les écoles qu’on n’a pas construites, les maîtres qu’on n’a pas formés, les budgets qu’on n’a pas tenus.

Une intuition voisine mérite d’être corrigée, parce qu’elle circule beaucoup : l’idée que l’ignorance nourrirait l’extrémisme. La recherche ne la confirme pas. Les travaux de Krueger et Malečková n’établissent aucun lien robuste entre faible éducation et engagement violent, et d’autres ont même relevé une surreprésentation de diplômés parmi les militants. Le vrai facteur de risque n’est pas l’inculte, c’est le diplômé sans avenir, l’attente déçue. Ce qui déplace l’enjeu : le danger n’est pas un peuple inéduqué, c’est une jeunesse éduquée sans horizon. La réponse n’est donc pas seulement l’école, mais l’école qui mène quelque part.

Pourquoi la fondation ne se bâtit jamais

Reste à comprendre pourquoi ce chantier, en soixante ans et sous tous les régimes, n’aboutit pas. Quatre causes, structurelles et non morales, se conjuguent.

La démographie d’abord : avec l’une des fécondités les plus élevées du monde et une population qui pourrait doubler en une génération, le système éducatif doit courir à perdre haleine pour ne pas reculer. Le legs colonial ensuite : une école jamais véritablement refondée depuis 1960, inadaptée dans sa langue comme dans ses contenus. L’instabilité chronique, qui disperse les efforts à chaque soubresaut. Et aujourd’hui la guerre, qui ferme physiquement les écoles et referme un cercle vicieux implacable : l’insécurité prive d’école une jeunesse rurale qui, sans instruction ni emploi, devient plus vulnérable aux économies de guerre, aux pressions locales et aux recrutements armés, lesquels nourrissent à leur tour l’insécurité.

À cela s’ajoute un courant plus diffus, qu’il serait malhonnête de taire : une certaine dévalorisation du savoir et de l’intellectuel, qui se pare aujourd’hui du langage de l’entrepreneuriat — « l’école ne sert à rien, seul compte l’argent ». Ce courant n’est pas malien, il est mondial ; l’historien Richard Hofstadter en décrivait déjà la version américaine. Mais il coûte plus cher à un pays qui peut le moins se permettre ce luxe, et il prospère sur une vieille ambivalence malienne envers son élite instruite. Valoriser la rupture spectaculaire au détriment de la construction patiente, c’est risquer d’aggraver ce penchant au moment où il faudrait l’inverser.

La refondation qui ne se décrète pas

La transition a fait de la refondation son mot d’ordre. Or la refondation la plus profonde est aussi la moins spectaculaire et la moins inscriptible sur un drapeau : c’est l’école. L’historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo le résumait d’une formule devenue célèbre : « éduquer ou périr », et rappelait qu’« on ne développe pas, on se développe », ce qui suppose précisément la capacité que seule l’instruction édifie.

Le geste le plus souverain qu’un gouvernement malien puisse accomplir n’est pas d’expulser une force ni de battre monnaie. C’est de faire en sorte que, dans vingt ans, l’enfant de Douentza ou de Kidal sache lire, écrire et choisir. La souveraineté qu’on proclame est l’affaire d’un jour ; celle qui se construit est l’affaire d’une génération, et elle passe par une salle de classe qui reste ouverte. En 1962 déjà, le Mali croyait conquérir sa souveraineté en battant sa propre monnaie ; il l’a perdue faute de fondations. Le pays risque de revivre la même leçon, sur un autre terrain, s’il continue de confondre les symboles de l’indépendance avec ses conditions réelles. La dernière frontière n’est pas au-dehors. Elle est dans ce que nous transmettons ou non à nos enfants. Et c’est celle qui vaut toutes les autres.

Dr. Oumar SIDIBE

 

AES : les ministres veulent une diplomatie coordonnée

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger veulent mieux coordonner leur action diplomatique au sein de la Confédération des États du Sahel. Réunis le 20 juin 2026 à Bamako, leurs ministres des Affaires étrangères ont mis l’accent sur les positions communes, les partenariats internationaux, la sécurité et la communication.

Bamako a accueilli, vendredi 20 juin, une réunion des ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel. La rencontre s’inscrit dans la mise en œuvre de la Feuille de route de l’An II de l’AES, précisément dans son pilier Diplomatie. Elle intervient dans un contexte où le Mali, le Burkina Faso et le Niger cherchent à donner plus de cohérence à leur présence extérieure et à porter davantage de positions communes sur les grands dossiers régionaux et internationaux.

La réunion était présidée par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré. La délégation malienne était conduite par Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, tandis que celle du Niger était conduite par Bakary Yaou Sangaré, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’Extérieur. Avant la rencontre ministérielle, les hauts fonctionnaires des trois pays s’étaient réunis les 17 et 18 juin pour préparer les dossiers soumis aux ministres.

Parler d’une seule voix

L’un des principaux enseignements de cette rencontre est la volonté des trois États de renforcer leur coordination diplomatique. Le communiqué final insiste sur la nécessité de consolider les mécanismes existants afin de permettre au Mali, au Burkina Faso et au Niger de “parler d’une seule voix” sur les sujets d’intérêt commun.

Cette orientation traduit la volonté de faire du cadre de dialogue diplomatique de l’AES un outil plus régulier de concertation. Pour les trois capitales, l’objectif est de mieux préparer les positions défendues dans les rencontres internationales et de réduire les écarts de discours entre les représentations des États membres.

La réunion a aussi porté sur la diversification et le raffermissement des partenariats internationaux de la Confédération. Dans la vision portée par les autorités des trois pays, l’AES doit pouvoir défendre ses propres priorités, élargir ses relations extérieures et organiser ses alliances en fonction de ses intérêts politiques, sécuritaires et économiques.

Des représentations extérieures mieux organisées

Les ministres ont également abordé la coordination entre les missions diplomatiques et les postes consulaires des trois pays. Les chefs de missions diplomatiques et consulaires sont invités à renforcer les initiatives communes dans leurs pays de résidence, afin de donner plus de visibilité aux positions de l’AES.

Un autre point important concerne l’étude d’une carte diplomatique confédérale. Cette réflexion vise à améliorer la couverture du monde par les trois États, en tenant compte de leurs moyens, de leurs priorités et de la nécessité d’être présents dans les espaces jugés stratégiques.

La 81e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies, prévue en septembre 2026 à New York, apparaît comme l’un des prochains rendez-vous majeurs pour cette coordination. Les trois pays entendent y poursuivre leur synergie diplomatique et défendre des positions mieux concertées dans une enceinte internationale de premier plan.

Le communiqué évoque aussi les progrès réalisés dans la construction institutionnelle de la Confédération, notamment la ratification et l’entrée en vigueur de plusieurs instruments juridiques confédéraux. Ces avancées sont présentées comme une étape dans la mise en œuvre des orientations données par les chefs d’État du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Sécurité et communication au cœur des échanges

La rencontre de Bamako a également accordé une place importante aux questions sécuritaires. Les ministres ont condamné les actions terroristes et de déstabilisation visant les trois États membres de l’AES. Ils ont notamment évoqué les attaques du 25 avril 2026 au Mali, présentées dans le communiqué comme des attaques contre les institutions de la Transition, et ont salué la réaction des Forces armées maliennes ainsi que la mobilisation des populations civiles.

Le Niger a aussi été mentionné après la tentative d’incursion contre l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, survenue le 18 juin 2026. Les ministres ont condamné cette attaque et salué le professionnalisme des Forces armées nigériennes.

La communication constitue un autre axe de travail. Les ministres ont dénoncé les campagnes de désinformation et de manipulation visant les pays de la Confédération. Ils ont convenu de renforcer la coordination entre les structures chargées de la communication dans les trois États, afin d’apporter des réponses plus concertées aux discours jugés hostiles à l’AES.

À Bamako, les ministres des Affaires étrangères ont donc cherché à poser les bases d’une action extérieure plus organisée. Pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, l’enjeu est désormais de faire fonctionner cette coordination dans la durée, aussi bien dans les chancelleries que dans les grandes tribunes internationales.

Contrôle fiscal : Marcel Dembélé publie un guide pratique pour les entreprises maliennes

Le paysage éditorial malien s’enrichit d’une nouvelle référence en matière de fiscalité. L’auteur et spécialiste du droit fiscal Marcel Dembélé vient de publier Fiscalité des entreprises au Mali – Le contrôle fiscal des entreprises : techniques et pratiques, un ouvrage qui se veut à la fois pédagogique, pratique et ancré dans les réalités du terrain.

Cette deuxième édition, parue en ce mois de juin 2026 aux Bandama Éditions, s’inscrit dans la continuité d’un premier volume publié en 2024 et consacré à une présentation générale de la fiscalité applicable aux entreprises au Mali. Cette fois, l’auteur choisit de concentrer son analyse sur une question devenue centrale pour les acteurs économiques : le contrôle fiscal.

Dans un environnement réglementaire en constante évolution, où les exigences de conformité prennent une importance croissante, l’ouvrage entend fournir aux entreprises les clés nécessaires pour comprendre les procédures de vérification, anticiper les risques fiscaux et mieux appréhender les méthodes mises en œuvre par l’administration fiscale.

Au plus près du terrain

L’une des principales originalités du livre réside dans son approche résolument opérationnelle. À travers 21 cas pratiques corrigés, couvrant notamment les secteurs bancaire, assurantiel, minier, pétrolier, industriel, commercial, des télécommunications ou encore de la monnaie électronique, Marcel Dembélé met en lumière les situations concrètes auxquelles peuvent être confrontées les entreprises lors d’un contrôle fiscal.

L’ouvrage aborde notamment les procédures de rectification et de taxation d’office, les méthodes de reconstitution du chiffre d’affaires, les techniques de contrôle appliquées à différents secteurs économiques, ainsi que les modalités de calcul des principaux impôts et taxes. Des recommandations destinées à renforcer l’efficacité du contrôle fiscal y sont également développées.

Inspecteur des Impôts, docteur en droit privé spécialisé en fiscalité pétrolière et enseignant dans plusieurs universités maliennes, Marcel Dembélé s’appuie sur une solide expérience professionnelle et académique pour proposer un contenu accessible aux praticiens comme aux universitaires.

Actuellement chargé de la législation fiscale à la Direction générale des Impôts du Mali, il signe avec cette publication un guide de référence destiné aux entreprises, aux administrations, aux experts-comptables, aux juristes et à l’ensemble des acteurs concernés par les enjeux fiscaux.

 

Rapport ITIE 2024 : 978,3 milliards de FCFA de revenus miniers injectés dans les finances publiques

À travers une séance d’échanges avec les médias, le 17 juin 2026 à Bamako, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-Mali) a présenté les principaux résultats de son rapport 2024. Revenus miniers, contribution à l’économie nationale, retombées pour les collectivités et contenu local : les chiffres confirment le poids stratégique du secteur extractif dans l’économie malienne.

Présidée par Rakiatou Arbi, conseillère technique représentant le ministre des Mines, la séance de dissémination du rapport ITIE 2024 a permis aux journalistes de prendre connaissance des principaux indicateurs du secteur extractif malien. Production minière, revenus publics, retombées pour les collectivités territoriales, dépenses sociales et contenu local figuraient au cœur des échanges.

À l’ouverture des travaux, la représentante du ministre a rappelé que les ressources minières du pays appartiennent à l’ensemble de la population et que leur exploitation doit s’effectuer dans la transparence et la redevabilité. Elle a également souligné le rôle de l’ITIE dans la mise à disposition d’informations fiables sur les paiements effectués par les sociétés extractives, les revenus perçus par l’État ainsi que les bénéfices générés pour les communautés.

Le secteur extractif demeure un pilier de l’économie malienne. En 2024, il a représenté 9,5% du produit intérieur brut (PIB), 40,9% des recettes fiscales de l’État et 78,8% des recettes d’exportation du pays.

Des revenus miniers en nette progression

L’un des faits marquants du rapport est la progression significative des revenus miniers collectés par le Trésor public. Ceux-ci sont passés de 641,6 milliards de FCFA en 2023 à 978,3 milliards de FCFA en 2024, soit une hausse de plus de 52%.

La quasi-totalité de ces ressources a été orientée vers le budget national, qui a reçu 954,19 milliards de FCFA. D’autres prélèvements ont alimenté notamment l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Fonds national de logement ainsi que plusieurs structures liées au secteur.

Présentant la synthèse du rapport, le secrétaire permanent par intérim de l’ITIE-Mali, Boureima Cissé, a insisté sur l’importance de ces ressources pour le fonctionnement de l’État.

« Dire que l’or ne brille pas pour les Maliens, il faut relativiser. Sur les 978 milliards, 90% sont partis au budget national », a-t-il affirmé.

Pour illustrer son propos, il a ajouté : « Si on paye les salaires des fonctionnaires, si on équipe l’armée nationale et qu’on est fier aujourd’hui de notre armée, il y a la part du secteur minier. »

Le rapport révèle également que les collectivités territoriales des zones minières ont bénéficié de 10,56 milliards de FCFA au titre de la patente et de la taxe de voirie. Avec plus de 8,5 milliards de FCFA, la région de Kayes concentre l’essentiel de ces transferts, loin devant Sikasso (1,56 milliard de FCFA) et Bougouni (près de 486 millions de FCFA).

Une production en baisse mais un secteur toujours dominant

Si l’activité extractive continue de soutenir fortement l’économie nationale, la production aurifère a toutefois enregistré un recul en 2024. La production déclarée s’est établie à 54,88 tonnes contre 66,42 tonnes en 2023, soit une baisse d’environ 21%.

L’or reste néanmoins la substance largement dominante du secteur. À lui seul, il représente près de 95% de la valeur totale de la production minérale nationale, estimée à plus de 1 719 milliards de FCFA. La région de Kayes demeure le principal bassin de production avec 79% du volume national, devant Sikasso (20%) et Koulikoro (1%).

Les exportations du secteur industriel ont dépassé 52 tonnes d’or pour une valeur avoisinant 1 600 milliards de FCFA. L’Afrique du Sud demeure la principale destination de l’or malien, suivie de l’Australie, de la Suisse et des Émirats arabes unis.

Au-delà des recettes fiscales, le rapport met également en lumière les retombées économiques et sociales du secteur. Les entreprises extractives ont déclaré près de 2,8 milliards de FCFA de dépenses sociales en 2024 au profit des communautés.

Dans le même temps, leurs achats auprès des fournisseurs locaux ont atteint 556 milliards de FCFA, dont 112 milliards réalisés auprès d’entreprises répondant aux critères du contenu local définis par la législation malienne.

Le rapport couvre un périmètre de 37 entreprises extractives et 10 administrations publiques, avec un taux de couverture de 90%. Pour les responsables de l’ITIE-Mali, ces données doivent désormais nourrir le débat public sur la gouvernance des ressources naturelles, le développement des collectivités minières et la contribution réelle du secteur à l’économie nationale. Les échanges avec les journalistes ont d’ailleurs permis d’ouvrir la réflexion sur ces enjeux, au cœur des préoccupations des populations.

Mohamed Kenouvi

 

Vaccination : la Croix-Rouge malienne capitalise les acquis du projet Gavi

Après deux ans de mise en œuvre du Projet de soutien à la vaccination financé par l’Alliance mondiale pour la vaccination (Gavi), la Croix-Rouge malienne a réuni, le 11 juin 2026 à Bamako, les principaux acteurs impliqués dans l’initiative, lors d’un atelier national de capitalisation. Objectif : évaluer les résultats obtenus, identifier les défis rencontrés et dégager des pistes pour les futures interventions.

Entre bilan et projection, les participants ont examiné les enseignements tirés de la mise en œuvre du projet. Les discussions ont porté à la fois sur les résultats enregistrés et sur les obstacles ayant affecté certaines activités, dans la volonté de transformer les expériences accumulées en recommandations concrètes pour les prochaines interventions.

Organisé au siège de la Croix-Rouge malienne, l’atelier a réuni des représentants des services techniques de l’État, du ministère de la Santé, de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), ainsi que des responsables des structures régionales de la Croix-Rouge malienne.

À l’ouverture des travaux, le Directeur général de la Croix-Rouge malienne, Nouhoum Maïga, est revenu sur l’ampleur du programme conduit avec l’appui de la FICR et le financement de Gavi. Selon lui, le projet a été déployé dans six régions du pays, à travers 12 districts sanitaires et 225 aires de santé. Il a indiqué que près de 100 000 bénéficiaires ont été touchés par les activités menées et que près de 40 000 enfants dits « zéro dose » ont pu être vaccinés grâce à l’engagement des différents partenaires.

Le représentant du ministère de la Santé, Dr Allaseini Balam, président de la Cellule de planification et de statistique (CPS), a insisté, pour sa part, sur l’importance de tirer les leçons de cette expérience. Il a invité les participants à mener une analyse objective des acquis et des insuffisances afin d’alimenter la conception des futurs projets.

Des acquis significatifs malgré un contexte difficile

Les échanges ont également permis de revenir sur les défis rencontrés au cours de la mise en œuvre. Insécurité, déplacements de populations, chocs climatiques répétés et contraintes logistiques ont constitué autant d’obstacles auxquels les équipes ont dû faire face sur le terrain.

Malgré ce contexte, les résultats présentés témoignent d’avancées notables. Plus de 39 000 enfants zéro dose ont été identifiés, dont plus de 31 000 vaccinés, soit plus de 90 % de l’objectif fixé. Le projet a aussi permis de rattraper plus de 18 000 enfants sous-vaccinés.

Pour les responsables du programme, ces performances reposent notamment sur l’engagement des quelque 400 volontaires mobilisés dans les communautés, mais aussi sur la collaboration étroite entre la Croix-Rouge malienne, le Centre national d’immunisation, les structures sanitaires locales et les partenaires techniques et financiers.

Au-delà des chiffres, les participants ont souligné que cette expérience a contribué à renforcer la confiance des populations envers les services de vaccination et à améliorer l’accès des enfants les plus vulnérables aux soins préventifs.

L’atelier a ainsi débouché sur plusieurs recommandations portant notamment sur le renforcement de l’engagement communautaire, la formation continue des agents, l’amélioration de la chaîne du froid et la poursuite des investissements en faveur de la vaccination dans les zones les plus difficiles d’accès.

Mohamed Kenouvi

Chahana Takiou placé sous mandat de dépôt

Le journaliste Chahana Takiou, directeur de publication du bihebdomadaire Le 22 Septembre, a été placé sous mandat de dépôt ce lundi 8 juin 2026 par le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité.

Selon le communiqué de la Maison de la presse et des organisations professionnelles des médias, les faits reprochés à notre confrère portent sur une présumée « atteinte au crédit de l’État » à travers l’institution judiciaire. La même source indique que les propos en cause auraient été tenus lors des activités du Forum panafricain des médias, FOPAME, organisé à Bamako du 3 au 6 juin 2026.
Dans leur réaction, la Maison de la presse et les organisations professionnelles des médias disent avoir accueilli cette incarcération avec « incompréhension » et « profonde préoccupation ». Elles estiment que cette situation constitue « un signal particulièrement préoccupant pour l’ensemble de la profession », surtout après la tenue de la première édition du FOPAME, qui avait réuni à Bamako plusieurs acteurs des médias venus du continent.
Le communiqué condamne également « avec fermeté » le mandat de dépôt décerné contre le journaliste. Pour la Maison de la presse, cette affaire risque de ternir l’image de la justice, de la presse et du pays, à un moment où les professionnels des médias venaient d’échanger sur les défis du secteur, la souveraineté informationnelle, la sécurité des journalistes et le rôle des médias africains.
La Maison de la presse appelle par ailleurs les acteurs des médias à rester mobilisés en vue des actions futures qu’elle entend entreprendre contre ce qu’elle qualifie d’« atteinte flagrante et grave à la liberté d’opinion et de presse ».
Chahana Takiou est une figure connue de la presse écrite nationale. À travers Le 22 Septembre, il fait partie des responsables de publication régulièrement présents dans le débat public et dans la vie des organisations professionnelles de médias.
Cette affaire relance, une nouvelle fois, le débat sur le traitement judiciaire des propos ou publications de journalistes, dans un environnement où la profession appelle à la fois au respect de la loi, à la responsabilité dans l’exercice du métier et à la préservation de la liberté d’informer.

Canal+ Mali renforce son dialogue avec la presse et mise sur l’innovation

Canal+ Mali a réuni, le jeudi 21 mai 2026, des professionnels des médias autour d’un petit déjeuner d’échanges à Bamako. La rencontre a permis de présenter ses innovations, dont le nouveau décodeur connecté, tout en réaffirmant la volonté de l’entreprise de renforcer ses partenariats avec la presse et les acteurs audiovisuels maliens.

Le rendez-vous s’est tenu tôt dans la matinée au restaurant Garden, à l’ACI 2000, près du monument de l’Obélisque. Dans un cadre convivial, la direction de Canal+ Mali a convié des représentants des médias à un moment d’échanges destiné à partager, dialoguer et consolider une collaboration déjà ancienne. Autour d’Idrissa Diallo, directeur général de Canal+ Mali, étaient notamment présents Moussa Amadou Cissé, Head of Communication de Canal+ Mali, ainsi qu’Aïssata Guindo, chargée de communication.

Derrière le format détendu de ce petit déjeuner, les messages étaient précis. Canal+ Mali entend renforcer son ancrage dans l’écosystème médiatique national, non seulement à travers ses offres commerciales, mais aussi par des actions de formation, de promotion des contenus locaux et de partenariat avec les médias. Les échanges ont ainsi porté sur les activités menées autour de la presse, notamment l’achat d’espaces dans la presse écrite et en ligne, les investissements publicitaires, les collaborations avec les radios partenaires et les initiatives destinées à rapprocher davantage la marque de ses publics.

L’un des axes forts de cette stratégie repose sur le renforcement des capacités dans les métiers de l’audiovisuel. À travers Canal+ University, le groupe développe depuis plusieurs années des programmes de formation destinés aux professionnels du secteur. Au Mali, cette dynamique se traduit notamment par l’accompagnement de journalistes, de techniciens et d’acteurs de la production. Une équipe de journalistes sportifs a ainsi été formée à Dakar, dans une logique de professionnalisation et d’amélioration de la qualité des contenus proposés aux téléspectateurs.

La valorisation des contenus locaux a également occupé une place importante dans les discussions. Canal+ Mali affirme vouloir donner davantage de visibilité aux productions maliennes, qu’il s’agisse de contenus audiovisuels, de chaînes locales ou de projets éditoriaux capables de refléter les réalités du pays. Les responsables ont rappelé que l’intégration d’une chaîne dans un bouquet ou sa montée en puissance technique exige du temps, de la régularité, une qualité de diffusion et une capacité à fidéliser le public. Certaines chaînes peuvent ainsi mettre plusieurs mois, voire deux ans, avant de trouver pleinement leur place dans l’offre.

Cette volonté d’accompagnement s’exprime aussi sur le plan technique. Canal+ Mali intervient, selon les explications données, dans des domaines comme la location de capacités satellitaires ou les contributions internet, autant d’éléments souvent invisibles pour le grand public, mais essentiels au fonctionnement et à la diffusion des chaînes. En mettant en avant cet aspect, l’entreprise cherche à montrer qu’elle ne se limite pas à distribuer des programmes, mais participe aussi à la structuration d’un environnement audiovisuel plus solide.

La rencontre a surtout été marquée par la présentation du nouveau décodeur connecté de Canal+, lancé récemment sur le marché malien. Présenté comme fin, léger et facile à manier, ce nouvel équipement s’inscrit dans l’évolution des usages télévisuels. Il répond à une tendance de plus en plus forte : regarder la télévision autrement, avec davantage d’interactivité, de souplesse et de personnalisation. L’expérience proposée met l’accent sur la connexion internet, l’accès enrichi aux programmes et la possibilité pour l’abonné de mieux contrôler ce qu’il regarde.

Le sport, domaine central dans l’identité de Canal+, occupe une place particulière dans cette innovation. Le nouveau décodeur permet notamment d’accéder à des fonctionnalités comme le Multi-Live, qui offre la possibilité de suivre plusieurs événements en même temps, avec une subdivision de l’écran pouvant aller jusqu’à quatre affichages. Le mode Expert ajoute une autre dimension à l’expérience, en donnant accès à des statistiques détaillées sur les matchs. Pour les passionnés de football, ces outils transforment la manière de suivre une rencontre, en rapprochant le téléspectateur d’une expérience plus immersive et plus analytique.

La compétition continentale de football a aussi servi d’exemple concret de cette stratégie de proximité. À travers un challenge radio organisé avec ses partenaires, Canal+ Mali a misé sur la créativité des animateurs locaux pour faire vivre l’événement auprès du public. La distinction remise à Joliba FM, accompagnée d’un chèque de 400 000 F CFA et d’un maillot des Aigles du Mali, a illustré cette volonté d’associer les médias nationaux aux grands rendez-vous sportifs.

La rencontre a également permis d’aborder les collaborations prévues avec la presse écrite, le web et les radios, notamment à travers l’achat d’espaces, les campagnes de promotion, les actions de formation et les initiatives éditoriales. Les responsables ont aussi évoqué l’intégration progressive de chaînes locales, l’appui technique à certains diffuseurs et la valorisation de contenus maliens, dans un secteur où la visibilité dépend autant de la qualité des productions que de leur capacité à fidéliser le public.

Au terme des échanges, le nouveau décodeur connecté est apparu comme le produit phare présenté aux médias, mais non comme le seul sujet de la rencontre. Les discussions ont surtout mis en évidence une démarche plus large, articulée autour de l’innovation technologique, de l’accompagnement des acteurs audiovisuels et du renforcement des liens avec les professionnels de la presse.

 

Yèlè Awards : le rendez-vous de l’humour sahélien officiellement lancé à Bamako

Le Palais de la Culture de Bamako a abrité, le 22 mai 2026, la conférence de presse de lancement des « Yèlè Awards », une initiative dédiée à la promotion des humoristes et comédiens des pays de l’AES. Organisée par l’agence de communication KTEC Sarl, avec l’accompagnement du ministère de la Culture, la première édition de cette cérémonie de récompenses se tiendra le 27 juin prochain au CICB.

Prévue comme une célébration du talent humoristique sahélien, la cérémonie des Yèlè Awards ambitionne de créer un cadre véritable de valorisation des artistes de la comédie issus des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Lors de cette rencontre avec la presse, les organisateurs ont dévoilé les grandes lignes de l’évènement ainsi que les activités prévues avant la grande nuit de récompenses.

Les inscriptions des candidats ont été ouvertes depuis février 2026. Outre la cérémonie du 27 juin au Centre international de conférences de Bamako (CICB), plusieurs activités sont annoncées, notamment une session de formation sur la cybercriminalité destinée aux comédiens, organisée avec le ministère de la Justice le 4 juin, ainsi qu’un match de gala opposant des artistes humoristes à une équipe du ministère de la Jeunesse le 13 juin.

Au total, 11 distinctions seront décernées, dont deux prix spéciaux hors compétition. Parmi les catégories retenues figurent notamment le prix du meilleur imitateur, les récompenses des meilleures interprétations masculine et féminine, le prix du meilleur groupe comédien de l’année, ainsi qu’un prix international AES.

Professionnaliser et exporter les talents

Pour Abdel Kader Sylla, co-promoteur de KTEC Sarl, ce projet répond à une volonté de mieux structurer et promouvoir le secteur de l’humour au Mali et dans l’espace AES.

« Yèlè Awards est un projet conçu depuis 2022. Nous nous sommes inspirés de la qualité des spectacles dans certains pays voisins, qui sont un peu en avance sur nous en matière de comédie », a-t-il expliqué.

Selon lui, l’initiative vise à offrir davantage de visibilité aux artistes afin qu’ils puissent « exporter leur talent » et accéder à plus de professionnalisme grâce aux formations prévues dans le cadre du projet.

Même ambition affichée par la présidente de la Commission d’organisation, Mariam Jean Bittard, qui voit dans cette première édition « le début d’une grande aventure », portée par « une équipe jeune et ambitieuse ».

Elle a souligné la volonté des organisateurs de faire des Yèlè Awards un événement incontournable dans l’univers de la comédie africaine, tout en offrant « une véritable opportunité » aux humoristes et créateurs de contenus humoristiques de faire connaître leur travail et d’encourager la relève.

Président du jury, l’acteur comédien malien Hamadoun Kassogué a tenu à rassurer sur la crédibilité des distinctions qui seront attribuées. « Il n’y aura ni camaraderie ni favoritisme. Ce sont les meilleurs qui gagneront », a-t-il affirmé.

Les candidats seront évalués sur plusieurs critères, notamment l’originalité, l’authenticité, la qualité de la prestation scénique ainsi que l’exportabilité des numéros présentés.

Mohamed Kenouvi

Tentative de blocus du GSIM : Amnesty alerte sur les effets dévastateurs

Dans un communiqué publié le 15 mai 2026, Amnesty International alerte sur les conséquences du blocus de Bamako annoncé par le GSIM le 28 avril. L’organisation appelle le groupe armé à respecter le droit international humanitaire et à garantir la sécurité des civils.

Dans son communiqué intitulé « Mali. Le GSIM doit respecter le droit international humanitaire et garantir la sécurité des civil·e·s alors que Bamako est sous blocus », Amnesty International affirme que « le blocus actuel de Bamako a des conséquences inacceptables sur la liberté de circulation des civil·e·s » et pourrait entraîner de graves atteintes aux droits à la sécurité alimentaire, à la santé et à la vie.

Selon Amnesty, le blocus a été annoncé le 28 avril 2026 par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, également connu sous les sigles GSIM ou JNIM, groupe armé affilié à Al-Qaïda. L’organisation indique qu’à la date du 15 mai, trois des six principales routes menant à Bamako étaient perturbées, affectant les axes d’approvisionnement reliant la capitale aux ports régionaux.

Amnesty souligne que ce blocus diffère de celui annoncé en septembre 2025, qui visait principalement les camions-citernes transportant du carburant vers Bamako. Le blocus actuel semble, selon l’organisation, s’appliquer plus largement aux camions entrant dans la capitale, y compris ceux transportant des marchandises civiles.

Le communiqué cite notamment l’attaque du 6 mai 2026 contre un convoi de camions transportant des marchandises civiles, dont des fruits, entre Bamako et Bougouni. D’après Amnesty, ces véhicules « n’étaient pas escortés par l’armée » et « ne transportaient ni personnel ni matériel militaire ».

L’organisation rappelle que « les attaques contre des véhicules civils utilisés à des fins civiles sont illégales ». Elle précise qu’en vertu du droit international humanitaire, toutes les parties au conflit doivent distinguer en permanence les civils et les combattants, ainsi que les biens civils et les objectifs militaires.

Amnesty affirme également que les attaques contre les biens nécessaires à la survie de la population civile, notamment les véhicules transportant des vivres ou d’autres produits essentiels, sont interdites. L’organisation demande au GSIM de veiller à ce que les habitants de Bamako aient accès « à de l’eau potable, à de la nourriture et à d’autres produits de première nécessité en quantité suffisante ».

Cette alerte intervient après les attaques coordonnées du 25 avril 2026, qui ont touché plusieurs localités, dont Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal. Le 5 mai, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avait aussi appelé à la cessation immédiate des combats et au respect du droit international humanitaire.

Amnesty rappelle enfin un précédent lié au blocus du carburant lancé en septembre 2025. L’organisation dit avoir recueilli le témoignage d’un chauffeur de camion-citerne attaqué le 29 janvier 2026 entre Diboli et Kayes, dans un convoi sous escorte militaire, au cours duquel plusieurs chauffeurs et apprentis auraient été capturés puis exécutés.

Le communiqué précise que le 6 mai, le GSIM a annoncé un assouplissement du blocus pour les personnes ayant besoin de soins médicaux à Bamako, mais Amnesty indique ne pas avoir pu vérifier l’application effective de cette annonce. L’organisation appelle le GSIM à « cesser immédiatement toutes les attaques visant des civil·e·s » et demande aux autorités maliennes d’enquêter sur les faits pouvant relever de crimes de guerre.

Attaques terroristes simultanées : l’État maintient sa ligne de fermeté

Deux jours après les attaques terroristes coordonnées du 25 avril 2026, qui ont endeuillé le Mali et coûté la vie au ministre de la Défense, le Premier ministre Abdoulaye Maïga s’est exprimé ce 27 avril à la Primature pour rassurer et réaffirmer la détermination des autorités.

Face à ces attaques simultanées, le chef du gouvernement a dénoncé des actes « lâches et barbares », soulignant qu’ils n’auraient pu être menés « sans l’appui de sponsors ». Selon lui, les assaillants poursuivaient trois objectifs majeurs : « semer la peur et le doute », « briser la cohésion nationale » et « affaiblir notre détermination ». Une stratégie qui, affirme-t-il, a échoué : « nous n’avons pas eu peur, ni douté, et nous n’aurons jamais peur ».

Le Premier ministre a rendu hommage au ministre de la Défense, le général Sadio Camara, ainsi qu’aux autres victimes civiles et militaires, saluant leur engagement et exprimant ses vœux de rétablissement aux blessés.

Au-delà de l’attaque elle-même, Abdoulaye Maïga estime que l’ambition des groupes terroristes était de « conquérir le pouvoir » en démantelant les institutions et en interrompant la Transition.

Il a assuré que la riposte des Forces armées maliennes a permis de « neutraliser des centaines de terroristes sur l’ensemble du territoire national », saluant leur professionnalisme et leur engagement.

Reconnaissant toutefois la nature asymétrique de la menace terroriste, le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’adapter en permanence le dispositif sécuritaire. « Tirer les enseignements des incidents terroristes du 25 avril 2026 est une obligation. Les facteurs de succès seront renforcés et les correctifs nécessaires seront apportés pour une meilleure sécurisation », a-t-il déclaré.

Dans un ton mêlant fermeté et appel à l’unité, il a également salué la résilience de la population malienne, tout en réaffirmant que « le combat pour notre dignité et notre honneur n’est pas négociable ».

Ce combat, a-t-il martelé, sera mené « jusqu’à l’éradication totale du terrorisme et l’édification du Mali Kura ».

Mohamed Kenouvi

Canicule au Mali : les écoles réaménagent leurs horaires face à la forte chaleur

Face à une vague de chaleur marquée en ce mois d’avril, les autorités éducatives maliennes ont décidé de réorganiser les horaires de cours dans les écoles fondamentales. La mesure, annoncée le 17 avril 2026, vise à limiter l’exposition des élèves et des enseignants aux températures élevées.

Le ministère de l’Éducation nationale a instruit un réaménagement temporaire des emplois du temps dans l’ensemble des écoles fondamentales du pays. Les cours sont désormais dispensés de 7h30 à 12h30, sur une plage horaire recentrée sur la matinée, afin d’éviter les heures les plus chaudes de la journée.

Selon les données relevées au cours de la première quinzaine d’avril, plusieurs localités ont enregistré des températures comprises entre 41 et 44 degrés en journée, avec des pointes plus élevées dans certaines zones du nord et de l’ouest. Cette période correspond traditionnellement à la phase la plus chaude de la saison sèche dans la bande sahélienne, avant l’installation progressive de l’hivernage.

Le ministère précise que cette réorganisation n’affecte pas le volume horaire hebdomadaire. Les cours prévus dans l’après-midi doivent être redistribués sur les autres jours de la semaine ou faire l’objet de séances de récupération, selon un calendrier établi par chaque établissement. Les structures pédagogiques locales sont chargées d’en assurer le suivi.

Dans de nombreux établissements, cette décision intervient dans des conditions matérielles limitées, les salles de classe étant rarement équipées pour atténuer la chaleur en milieu de journée. La mesure vise ainsi à adapter le fonctionnement des écoles aux contraintes climatiques observées sur l’ensemble du territoire.

 

Nécrologie – Mahamane Hamèye Cissé, une voix majeure de la presse s’éteint

Le monde médiatique malien est en deuil. Mahamane Hamèye Cissé, journaliste, formateur et acteur clé de la régulation des médias, est décédé aujourd’hui, laissant derrière lui une carrière marquée par l’engagement, la rigueur et une profonde conviction du rôle social de la presse.

Titulaire d’une maîtrise en Droit public, il s’était imposé au fil des années comme l’un des défenseurs les plus constants de l’amélioration des conditions d’exercice du journalisme au Mali. Son parcours l’avait conduit à multiplier les formations spécialisées — gestion d’entreprises de presse, droit de la presse, communication institutionnelle, régulation et autorégulation — avant de devenir lui‑même formateur, transmettant son expertise à plusieurs générations de professionnels.

En 2014, alors directeur de publication du Scorpion, il avait intégré le premier collège de la Haute Autorité de la Communication (HAC). Cette nomination faisait suite au choix conjoint du Groupement Patronal de la Presse Écrite (GROUPE) et de l’Association des Éditeurs de la Presse Privée (ASSEP), qui voyaient en lui un représentant naturel de la profession. Déjà à l’époque, ses pairs saluaient un homme « à la taille de l’emploi », capable de porter les enjeux de la presse avec hauteur et constance.

Son engagement dépassait le cadre national.

Mahamane Hamèye Cissé fut notamment : membre fondateur de Net Peace Africa et coordinateur pour l’Afrique de l’Ouest, membre du Conseil d’administration du Réseau des Journalistes Africains pour la Paix et la Sécurité auprès de la Commission de l’Union africaine, ancien membre du Conseil supérieur de la Communication

À travers ces responsabilités, il a contribué à renforcer la place des médias dans la prévention des crises, la promotion de la paix et la consolidation démocratique.

Homme de principes, respecté pour sa droiture et son sens du devoir, il laisse l’image d’un professionnel exigeant, profondément attaché à la dignité du métier et à la formation des jeunes journalistes.

Sa disparition constitue une perte majeure pour la presse malienne. Le Journal du Mali présente ses condoléances les plus attristées à sa famille, à ses proches et à l’ensemble de la communauté médiatique.

 

Tempête de poussière : le Mali sous un ciel chargé jusqu’à la fin de la semaine

Une vaste brume de poussière venue du Sahara recouvre progressivement le Mali depuis le 31 mars et devrait se maintenir jusqu’à vendredi. La baisse de visibilité, la dégradation de l’air et les perturbations du trafic aérien figurent parmi les premières conséquences observées.

Depuis mardi, un voile de poussière s’est installé sur une grande partie du territoire malien. D’abord signalé dans les régions de Taoudéni, Kidal, Tombouctou et Gao, le phénomène gagne progressivement les autres zones du pays, avec par endroits une visibilité tombant sous le seuil d’un kilomètre. Selon l’Agence nationale de la météorologie, cette situation devrait durer jusqu’à la fin de la semaine.

Les premiers effets se ressentent déjà dans les transports. La compagnie Sky Mali a annoncé le réaménagement de plusieurs vols à destination de Mopti, Gao et Tombouctou. Certains appareils ont été reportés, d’autres annulés, la compagnie invoquant des conditions météo défavorables à la sécurité des opérations aériennes.

Sur le terrain, le phénomène s’explique par l’arrivée de vents secs venus du Sahara. En cette fin de saison sèche, les sols désertiques et sahéliens, très exposés et peu humides, libèrent facilement de fines particules sous l’effet de rafales parfois soutenues. Ces poussières sont ensuite transportées sur de longues distances et finissent par envelopper une grande partie du pays.

Ce type d’épisode est bien connu dans l’espace sahélien. Il est généralement lié aux flux de nord-est qui traversent les zones désertiques avant de descendre vers le centre et le sud du Mali. À cette période de l’année, la combinaison entre chaleur, sécheresse des sols et circulation des vents favorise ce genre de situation.

Les conséquences dépassent la seule question de la visibilité. L’air devient plus lourd, avec une concentration importante de particules fines susceptibles de gêner la respiration. Les enfants, les personnes âgées ainsi que les personnes souffrant de maladies respiratoires sont les plus exposés.

Les autorités recommandent le port du masque ou, à défaut, d’un foulard couvrant le nez et la bouche, tout en appelant à limiter les déplacements non indispensables. La prudence est également recommandée sur les routes, notamment sur les axes interurbains où la visibilité peut se dégrader brusquement.

Cet épisode rappelle la forte exposition du Mali aux aléas climatiques liés à sa position géographique entre Sahara et Sahel. Chaque année, à cette période, les vents désertiques peuvent transformer rapidement le ciel en un épais écran de poussière, avec des répercussions directes sur les transports, la santé et les activités quotidiennes.

Si les prévisions actuelles se confirment, le retour à des conditions plus favorables n’est pas attendu avant la fin de la semaine.

 

Bilan février‑mars : le ministère de la Jeunesse et des Sports met en avant ses avancées

Le ministre Abdoul Kassim Ibrahim Fomba a présenté, le 30 mars 2026 au Palais des Pionniers, les principales actions menées par son département au cours des deux derniers mois, entre engagement citoyen, insertion des jeunes et performances sportives.

Le ministère en charge de la Jeunesse, des Sports, de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne affiche une activité soutenue sur la période février‑mars. Au cœur de ce bilan : le renforcement du Service national des jeunes (SNJ), considéré comme un levier stratégique de formation et de cohésion nationale.

1 936 jeunes fonctionnaires ont ainsi été mobilisés dans le cadre de la 7e cohorte, deuxième vague, au centre de formation de Bapho. Cette dynamique s’accompagne de sessions de formation destinées aux agents déclarés inaptes, notamment à la Maison des jeunes de Bamako.

Au‑delà de l’aspect quantitatif, les autorités insistent sur la portée qualitative du SNJ. Le programme vise à forger une jeunesse disciplinée, patriote et apte à contribuer activement au développement du pays. Il intègre également des modules d’insertion socio‑professionnelle afin de renforcer l’employabilité des bénéficiaires.

Une citoyenneté structurée et des initiatives renforcées

Sur le plan institutionnel, plusieurs chantiers ont été lancés ou poursuivis : l’élaboration d’une réglementation dédiée à la construction citoyenne et l’institutionnalisation de la Semaine nationale d’éducation à la citoyenneté et d’éveil patriotique (SNECEP). Autre moment fort : l’inauguration, le 10 mars 2026, du Palais des Pionniers, désormais présenté comme un centre moderne de formation civique destiné à accompagner la refondation du pays.

Le programme « À l’École de la Citoyenneté » prépare sa cinquième cohorte, tandis que l’opération « Sounkalo Solidarité » a relancé le dialogue direct entre les jeunes et les autorités grâce à des cadres d’échanges organisés à Bamako et dans plusieurs localités.

Dans le volet « Village des opportunités », le Conseil national de la jeunesse a marqué sa proximité avec les autorités de la Transition, tout en poursuivant ses activités de formation, notamment dans le cadre du programme de gouvernance locale redevable. Une mission d’étude sur la consolidation de la paix et de la cohésion sociale dans les régions de Ségou et de Koutiala a également été menée en partenariat avec le PNUD.

Des performances sportives encourageantes

Sur le plan sportif, les résultats enregistrés sont jugés prometteurs. L’équipe nationale masculine de basket‑ball a réalisé un parcours sans faute lors de la première fenêtre des éliminatoires de la Coupe du monde 2027, en Égypte, laissant entrevoir de réelles chances de qualification. De son côté, la sélection féminine a validé son ticket pour la phase finale mondiale à l’issue d’une campagne disputée en Chine.

Parallèlement, une réforme du cadre réglementaire du sport est engagée, avec la relecture des textes encadrant les activités physiques et sportives, notamment les dispositions relatives aux primes et à la gestion des infrastructures.

« Nous avons plusieurs textes en relecture aujourd’hui. Cela va nous permettre de donner de plus en plus le service adéquat dans le cadre de notre mission car parfois nous avons envie de bien faire, mais nous sommes freinés par des problèmes de texte », a expliqué le ministre Fomba.

« Ces relectures vont nous aider à avancer et à lever certaines incompréhensions qui existent dans certains groupements, notamment au sein des fédérations », a‑t‑il ajouté.

Enfin, le ministère a multiplié les échanges avec plusieurs partenaires internationaux. Des accords ou perspectives de collaboration ont été actés avec le HCR, le PNUD, l’UNICEF, l’OMS, la Chine et le Royaume‑Uni, dans une logique affirmée de respect de la souveraineté nationale et des priorités stratégiques du Mali.

Mohamed Kenouvi

 

Assistance humanitaire : la Croix‑Rouge malienne vise 2,7 millions de bénéficiaires en 2026

La Croix‑Rouge malienne a officiellement lancé, le 24 mars, son plan unifié 2026 avec une ambition claire : apporter une assistance à 2,7 millions de personnes à travers le pays.
Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante, les déplacements de populations et les effets du changement climatique, ce plan se veut une réponse structurée et coordonnée aux multiples crises que traverse le Mali.
La cérémonie, présidée par le représentant du ministre de la Santé et du Développement social, a réuni plusieurs acteurs majeurs du secteur humanitaire, dont le directeur général du Développement social, le chef de la délégation du Comité international de la Croix‑Rouge (CICR), ainsi que des représentants de la Fédération internationale et du corps diplomatique.
Dans son intervention, le directeur général de la Croix‑Rouge malienne, Nouhoum Maïga, a souligné l’importance de cette approche unifiée. Selon lui, depuis plusieurs années, l’institution s’attache à harmoniser les contributions des partenaires autour d’un plan unique, élaboré chaque année en fonction des besoins réels des populations.
Un contexte humanitaire toujours préoccupant
Le Mali continue de faire face à des défis humanitaires majeurs. « Aujourd’hui, plus de 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance humanitaire à travers le pays et plus de 400 000 sont déplacées », a rappelé le Dr Abdoulaye Keïta, représentant du ministre de la Santé, soulignant que les effets combinés de l’insécurité, des crises climatiques et des pressions économiques fragilisent fortement les moyens de subsistance des communautés.
Selon lui, le plan unifié 2026 apparaît comme un outil stratégique pour renforcer la réponse nationale. Il complète les efforts du gouvernement dans des domaines essentiels tels que la santé publique, la nutrition, l’accès à l’eau potable, la protection sociale et le soutien aux populations vulnérables.
La représentante de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix‑Rouge et du Croissant‑Rouge, Dorien Irène Dolman, a insisté sur la nécessité d’un engagement collectif. Elle a décrit ce plan comme bien plus qu’un simple document opérationnel, le qualifiant d’« engagement commun pour répondre de manière plus efficace à des besoins humanitaires en constante augmentation ».
Dans le même sens, le chef de la délégation du CICR au Mali, Nicolas Lambert, a souligné la pertinence de ce cadre structuré. Selon lui, les crises actuelles exigent des réponses coordonnées, durables et adaptées aux réalités du terrain, notamment dans des secteurs clés comme la santé, la gestion des catastrophes, le climat, la migration et l’inclusion.
Un plan ambitieux
Le plan unifié 2026 prévoit de toucher 2,7 millions de bénéficiaires à travers plusieurs axes d’intervention. Parmi eux : 930 000 personnes concernées par les actions liées aux catastrophes et crises, 608 000 par les initiatives sur le climat et l’environnement, 483 000 dans le domaine de la santé et du bien‑être, 366 000 dans les programmes de valeur et d’inclusion, et 159 000 dans les actions liées à la migration et aux déplacements.
Pour atteindre ces objectifs, un financement global de 21,8 milliards de FCFA est requis. À ce stade, 56 % de ce budget devrait être mobilisé par les partenaires traditionnels, notamment le CICR, la Fédération internationale et les sociétés nationales partenaires. Les 44 % restants constituent un appel direct aux partenaires techniques et financiers.
« Le plan unifié 2026 de la Croix‑Rouge malienne traduit notre vision opérationnelle annuelle, fondée sur les besoins réels des populations, l’expérience du terrain et l’exigence de redevabilité envers les partenaires et les communautés », a précisé Assitan Coulibaly, présidente de la Croix‑Rouge malienne. Elle a insisté sur la nécessité « d’améliorer la qualité des services rendus, de renforcer l’impact des interventions et de consolider les mécanismes de suivi et de coordination ».
Les autorités maliennes ont, pour leur part, lancé un appel aux partenaires afin de soutenir la mise en œuvre du plan. Elles estiment qu’il s’agit d’un investissement stratégique dans une réponse humanitaire portée par un acteur national crédible, capable d’intervenir rapidement et efficacement auprès des populations.
Mohamed Kenouvi