Cyanure : six tonnes et une filière à remonter

Deux opérations douanières ont permis de saisir 6,1 tonnes de cyanure en deux mois. Au-delà des cargaisons interceptées, l’enquête doit maintenant remonter les circuits d’approvisionnement et identifier leurs destinataires.

Dans la nuit du 22 août, vers 1 h 30, la Brigade mobile d’intervention des Douanes a découvert à Badalabougou 22 sacs contenant 1 100 kilogrammes de cyanure. Cette interception survient exactement deux mois après une saisie beaucoup plus importante effectuée à Sécoro, dans la région de Ségou.

Le 22 juin, les douaniers avaient retrouvé 100 sacs de 50 kilogrammes, soit environ cinq tonnes, dans un véhicule. La marchandise avait été dissimulée sous des cartons de poissons séchés et des colis de tapis. Les deux opérations portent à 6,1 tonnes le volume de cyanure retiré de circuits présentés comme frauduleux.

Le cyanure n’est pas interdit dans tous ses usages. Il est employé légalement dans certaines activités industrielles, notamment pour le traitement du minerai d’or. Son importation au Mali est néanmoins soumise à une autorisation des services des Mines ou de la Santé. Son transport, son stockage et son utilisation nécessitent des précautions strictes.

Traçabilité

Une exposition importante au cyanure peut empêcher l’organisme d’utiliser correctement l’oxygène et provoquer rapidement des atteintes au cerveau, au cœur et aux poumons. Une cargaison transportée sans documents, sans emballage approprié ou sans dispositif d’intervention constitue donc un risque pour les manutentionnaires, les riverains et les milieux naturels.

Les saisies apportent une réponse immédiate, mais elles ne suffisent pas à démanteler une filière. Les Douanes n’ont pas encore publié l’origine de la cargaison de Badalabougou, sa destination, l’identité de ses propriétaires ou les autorisations éventuellement présentées. Aucun élément public ne permet donc d’affirmer qu’elle était destinée à un site minier déterminé.

Une étude publiée en 2021 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime avait déjà décrit l’expansion, en Afrique de l’Ouest, de circuits clandestins alimentant certains sites d’extraction artisanale. Ce constat régional apporte un contexte, mais ne prouve pas que les cargaisons saisies en 2026 empruntaient les mêmes itinéraires.

L’enjeu est désormais de retracer les achats, les moyens de paiement, les transporteurs, les entrepôts et les bénéficiaires finaux. Une investigation associant Douanes, Mines, Santé, Environnement et services judiciaires permettrait de dépasser le simple décompte des sacs.

Les autorités devraient également préciser les conditions de conservation et de destruction des produits saisis. Pour une substance aussi dangereuse, la sécurisation après interception est aussi importante que l’opération douanière elle-même.

Douanes : 632,3 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet

Le Directeur général des Douanes, l’Inspecteur général Cheickna Amala Diallo, a réuni son personnel le 20 août 2026 pour dresser le bilan des sept premiers mois de l’année. Avec 632,314 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet, l’administration a atteint 64,85 % de son objectif annuel.

Selon le cap fixé par le ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, trois orientations doivent guider les actions. Elles portent sur l’accroissement des recettes, le renforcement de la lutte contre la fraude et les trafics illicites, ainsi que la poursuite des réformes structurantes. Le Directeur général a demandé que ces priorités se traduisent dans le travail quotidien de chaque service et de chaque agent.
Concernant les recettes, les Douanes déclarent avoir mobilisé 533,743 milliards de FCFA entre janvier et juin, contre une prévision de 482,823 milliards. Le bilan présenté fait état d’un excédent de 50,918 milliards de FCFA et d’un taux de réalisation de 110,55 %. En juillet, 98,547 milliards ont été recouvrés et la Direction générale situe les réalisations cumulées à 632,314 milliards, soit 64,85 % de l’objectif annuel de 975 milliards. Ce dernier dépasse de 59,412 milliards les 915,588 milliards provisoirement mobilisés en 2025.
Ces résultats maintiennent les Douanes au-dessus de la trajectoire théorique nécessaire pour atteindre leur objectif annuel. Il reste toutefois 342,686 milliards de FCFA à recouvrer entre août et décembre, soit une moyenne mensuelle d’environ 68,54 milliards. Le Directeur général a donc invité les services à maintenir le rythme jusqu’à la clôture de l’exercice.
Les difficultés sécuritaires et logistiques qui affectent les corridors, notamment l’axe Kidira-Diboli-Kayes reliant le Mali au Sénégal, compliquent la circulation des marchandises et leur prise en charge douanière. Cette situation exige davantage de vigilance, de réactivité et de coordination pour sécuriser les flux sans aggraver les délais supportés par les transporteurs et les opérateurs économiques.
Fraude et modernisation
Quant à la lutte contre la fraude, elle ne consiste pas seulement à préserver les recettes de l’État. Elle doit également protéger le commerce légal, les opérateurs économiques de bonne foi, les consommateurs et la sécurité publique face à la circulation de produits interdits ou dangereux.
Le Directeur général a ainsi demandé de renforcer le renseignement, le ciblage, l’analyse des risques et la coopération entre les services, tout en évitant que les contrôles ne deviennent un frein au commerce régulier. Parmi les opérations documentées au premier semestre, la Brigade mobile d’intervention a saisi, le 17 avril près de Bamako, 23 bonbonnes de mercure, 1 650 bâtons d’explosifs, deux rouleaux de cordon détonant, 25 détonateurs et 17 briques de chanvre indien. Les services ont aussi intercepté cinq tonnes de cyanure dissimulées dans un chargement à Ségou en juin, en plus de saisies d’armes, de munitions, de médicaments illicites et de produits impropres à la consommation.
Le troisième axe concerne la modernisation de l’administration. Les Douanes disposent d’un portefeuille de 38 réformes comprenant le renforcement du contrôle documentaire, le développement du SIGECOD, le Système interconnecté de gestion du contrôle documentaire, et l’interconnexion des systèmes informatiques douaniers. Cette dernière doit faciliter l’échange de données sur les marchandises en transit, sécuriser les recettes et réduire les délais aux frontières, notamment dans le cadre de la coopération entre les pays de l’AES et le Togo.
Pour le Directeur général, une réforme doit produire des résultats mesurables dans les bureaux, les brigades et les postes frontaliers. Il a demandé aux responsables de traduire les projets de modernisation en pratiques concrètes, d’évaluer leurs effets sur les recettes et les délais, puis de faire remonter les difficultés rencontrées par les agents et les usagers.
« Les Douanes maliennes, c’est vous », a lancé Cheickna Amala Diallo à son personnel. Du cadre supérieur à l’agent de surveillance, du service spécialisé au poste frontalier, chaque fonction participe à la mobilisation des recettes, à la sécurisation des corridors et à la protection de l’économie.
Tout en reconnaissant les sacrifices imposés par le contexte sécuritaire et les contraintes logistiques, le responsable a appelé à consolider les résultats obtenus. La rencontre a ainsi associé un bilan financier favorable à une obligation de continuité, les cinq derniers mois de l’année devant déterminer si l’objectif inédit de 975 milliards de FCFA sera effectivement atteint.

Douane malienne : une transition sous pression

Le gouvernement a nommé un nouveau directeur général des Douanes lors du conseil des ministres du 3 décembre, à un moment où l’institution se trouve au centre d’enjeux économiques majeurs.

Cette transition intervient alors que les débats sur la gestion des flux d’hydrocarbures, les projections de recettes et les perspectives de réforme se multiplient.

La nomination marque la fin officielle des fonctions d’Amadou Konaté, appelée à intervenir quelques semaines avant la date à laquelle il devait atteindre la limite d’âge dans la fonction publique. Au-delà de l’aspect administratif, ce départ s’inscrit dans une période où la Douane occupe une place sensible dans la dynamique économique nationale. Les derniers mois ont été marqués par une série d’opérations de saisies mises en avant comme significatives, par des communications régulières soulignant des prévisions de recettes dépassées et par une forte visibilité de l’institution dans la lutte contre la fraude et la régulation des flux commerciaux. Ces éléments avaient contribué à renforcer l’image d’une administration en activité constante, dans un contexte où la performance douanière demeure directement liée à la capacité de l’État à sécuriser ses ressources intérieures.

Cette transition s’opère également dans un climat particulier, marqué par la pénurie de carburant qui a touché le pays depuis mi-septembre 2025. Les autorités avaient assuré que le nombre de camions-citernes entrant sur le territoire, après les mesures de déblocage, était supérieur aux volumes observés avant la crise. Cette affirmation avait déclenché de nombreuses interrogations sur la chaîne d’approvisionnement, la fluidité des contrôles et la capacité des administrations concernées à garantir une distribution régulière. Plusieurs acteurs économiques avaient relevé que, malgré l’augmentation des volumes déclarés, la disponibilité du carburant demeurait inégale selon les zones, révélant des décalages entre les flux enregistrés et l’impact réel sur le marché intérieur. Dans ces discussions, la Douane apparaissait comme l’un des maillons essentiels dont l’action conditionnait l’issue d’une crise devenue un test de coordination et de gouvernance.

Succession

Le départ d’Amadou Konaté intervient donc au moment où la Douane cristallise de fortes attentes. Les discussions autour de son avenir professionnel, sa présence dans les instances régionales des administrations douanières et la perspective de sa retraite avaient alimenté des interrogations sur la continuité de la direction. Sa participation active à des structures internationales avait été perçue comme le signe d’une installation durable dans le paysage institutionnel, tandis que la succession restait largement ouverte jusqu’à la décision gouvernementale.

La désignation de Cheickna Amala Diallo replace désormais l’attention sur les orientations à venir. Inspecteur des Douanes, il connaît les services et les contraintes techniques qui structurent l’institution, ainsi que les exigences opérationnelles liées à la surveillance des corridors et à la collecte des ressources. Sa prise de fonction survient dans un contexte où la Douane demeure un pilier de l’équilibre budgétaire, dans un pays où les recettes intérieures constituent un levier essentiel face au recul des appuis extérieurs et à la pression des dépenses sécuritaires. La capacité de l’administration à maintenir un niveau de mobilisation des ressources conforme aux projections sera suivie de près, tout comme son rôle dans la sécurisation des flux commerciaux, la transparence des procédures et l’accompagnement des mesures destinées à stabiliser les approvisionnements stratégiques, notamment en hydrocarbures.

Au-delà du changement à la tête de l’institution, les prochains mois montreront si cette transition ouvre une nouvelle phase de modernisation ou s’inscrit dans la continuité des pratiques engagées. Dans un environnement où les crises successives rappellent l’importance de chaque maillon de la chaîne économique, la direction des Douanes se retrouve une nouvelle fois face à la nécessité d’assurer la régularité des flux, de renforcer la confiance des opérateurs et de soutenir la prévisibilité de l’activité économique. L’évolution des décisions, des résultats et du rythme des réformes permettra de mesurer la manière dont l’institution répondra aux défis immédiats tout en se projetant dans une dynamique durable.

Douanes : le décret de la discorde

Dans un communiqué daté du 23 avril 2023, le Syndicat national des travailleurs des Douanes (SNTD) a décidé de suspendre son mot d’ordre de grève pour les 25, 26 et 27 avril 2023. S’il s’agit d’un soulagement pour les acteurs de l’économie, ce mot d’ordre intervient sur fond de divergences entre les soldats de l’économie, dont les performances avaient été saluées récemment par les autorités.

La grève a été suspendue notamment en raison des derniers évènements qui ont touché le pays et fait des victimes civiles et militaires. Les responsables du SNTD évoquent également l’implication de plusieurs personnes ressources grâce auxquelles ils ont suspendu le mot d’ordre de grève pour « donner une chance aux négociations », précise le communiqué, signé par le Secrétaire général du syndicat, Issiaka Moussa Kaboré.

L’une des motivations de ce préavis est à chercher dans le rejet du décret du 16 mars 2023 modifiant le décret de 2013 portant statut particulier du cadre des Douanes. Le décret n’apporte qu’une modification concernant l’introduction des grades d’inspecteur général et de colonel-major, qui sont étendus à tous les inspecteurs de classe exceptionnelle. Un décret qui leur « attribue des galons » mais ne leur accorde aucun avantage et leur retire ceux accordés par la loi de 1982, se plaint le SNTD. En outre, « un décret ne peut abroger l’ancienne loi de 1982 », soutient M. Kaboré.

Statut particulier ?

En lieu et place du statut particulier, c’est l’annexe du décret de 2013 qui a été reprise, explique un cadre.  Tous ceux qui ne sont pas inspecteurs de la catégorie A et B2 sont frappés par cette note. Les agents subalternes sont tous concernés.

Le décret de 2013, qui n’a pu être appliqué, n’a pas tenu compte de l’ancienneté et beaucoup peuvent se retrouver avec des années d’ancienneté dans des grades inferieurs. Mais le problème est « qu’il n’y a aucun intérêt économique et c’est ce qui est dérangeant », insiste-t-il.

Mais, alors qu’ils se disent toujours prêts au dialogue, les responsables du SNTD  déplorent le refus de la direction des Douanes de les recevoir pour discuter. Ce qui a d’ailleurs conduit au préavis de grève, selon eux. Ils espèrent donc que l’accalmie ainsi observée sera mise à profit pour trouver une solution qui aboutira à une relecture du décret incriminé.

Les responsables des services des Douanes se sont réjoui des recettes record de 70,620 milliards de francs CFA en décembre 2022 et ont été encouragés par les autorités à poursuivre dans le même sens en 2023.