La Syrie partagée entre la peur et l’espoir

À l’instar des Allemands durant la période d’hyperinflation survenue dans la République de Weimar il y a un siècle, les Syriens d’aujourd’hui sortent rarement de chez eux sans une épaisse liasse de billets. Longtemps réprimées dans un pays dirigé jusqu’à récemment par la minorité alaouite, les tensions sectaires continuent d’alimenter l’instabilité, et les distributeurs automatiques de billets plafonnent actuellement les retraits à 40 $ par semaine, lorsqu’ils fonctionnent.

 

Six mois après l’éviction du président Bachar el-Assad, bouleversement qui a mis fin à 13 années de guerre civile brutale, les Syriens peinent encore à survivre au quotidien. En dépit de difficultés considérables, beaucoup s’agrippent à l’espoir du retour prochain d’une certaine normalité. Chaque semaine apporte malheureusement son lot d’épreuves, qui contrarient cet optimisme. Tout récemment, en utilisant l’espace aérien syrien pour frapper l’Iran, Israël a plongé les Syriens dans un embarras dont ils se seraient bien passés.

 

Dans une culture au sein de laquelle l’hospitalité est sacrée, la plupart des Syriens ne peuvent plus se permettre de proposer ne serait-ce qu’une tasse de café à leurs invités. Le pays souffre d’une grave sécheresse – pire encore que la sécheresse souvent associée au soulèvement de 2011 – qui menace aujourd’hui 75 % des récoltes de blé, compromettant l’accès au pain, et accentuant l’insécurité alimentaire.

 

Peu de Syriens souhaitent le retour d’Assad, mais beaucoup sont sceptiques quant à son successeur, Ahmed al-Charaa. Ancien commandant d’Al-Qaïda, Charaa a dirigé pendant plusieurs années la province rurale d’Idlib, au sein de laquelle il appliquait un code islamiste sunnite strict. Bien qu’il ait depuis modéré ses positions, il demeure aussi énigmatique qu’un Bachar el-Assad diplômé en Occident et en apparence calme, qui avait promis des réformes, pour ensuite devenir l’un des pires criminels de guerre depuis la Seconde Guerre mondiale.

 

À l’instar de son prédécesseur, Charaa gouverne par décret, et fait preuve d’un manque de transparence préoccupant, ce qui conduit de nombreux Syriens à craindre d’avoir remplacé un autocrate par un autre, une dictature laïque par une dictature islamiste. Par ailleurs, les orientations idéologiques et les priorités économiques de Charaa demeurent peu évidentes. Ses détracteurs tournent en dérision son passé chez Al-Qaïda, tandis que ceux qui ont combattu à ses côtés en Irak mettent en doute son attachement au djihad.

 

Quels que soient les objectifs de Charaa, les divisions sectaires continuent de compromettre toute action gouvernementale significative en Syrie, dans la mesure où les Druzes, dans le sud, et les Alaouites, dans le bastion de longue date d’Assad le long de la côte, refusent d’accepter le nouveau gouvernement. « Ce sont des hypocrites », m’a expliqué le chef spirituel druze Hikmat al-Hijri, décrivant Charaa et ses alliés en employant un terme religieux lourd de sens, désignant ceux qui font obstacle au message du prophète Mahomet. Interrogé sur son soutien ou non à un État fédéral, al-Hijri répond qu’il est opposé au centralisme. En réalité, ce que lui et ses coreligionnaires souhaitent, c’est un gouvernement central faible, incapable d’exercer un contrôle sur leur province reculée.

 

Les Alaouites sont confrontés à un problème différent. En tant qu’ancienne minorité au pouvoir en Syrie, ils partagent peu de choses avec l’élite sunnite renversée par les États-Unis dans l’Irak voisin. Les sunnites étant prédominants dans le monde arabe et islamique, la minorité sunnite d’Irak s’est considérée en droit de régner sur la majorité chiite du pays, et a réclamé que soit rétabli son statut légitime.

 

Les Alaouites de Syrie ne peuvent pas cultiver des aspirations similaires, ce qui ne les a toutefois pas empêchés de tenter une insurrection, à l’instar des sunnites d’Irak après l’invasion américaine de 2003. Seulement voilà, la minorité alaouite est non seulement beaucoup moins nombreuse que la minorité sunnite en Irak, mais également historiquement trop fragmentée pour espérer constituer un front uni.

 

Les récents affrontements entre le gouvernement et ces groupes minoritaires ébranlent la Syrie, ce qui met à mal la confiance de la population dans le nouveau régime. Pour autant, malgré ce conflit sectaire, Charaa bénéficie du soutien de la plupart des sunnites arabes. Si les musulmans pieux l’approuvent, c’est parce que l’effondrement du parti laïque Baas a permis le retour de la religion dans la vie publique. D’autres lui attribuent le crédit d’une baisse des prix, bien qu’il reste à prouver que Charaa puisse exercer sur les marchés autant d’influence qu’un Donald Trump, par exemple.

 

L’antiaméricanisme et l’hostilité féroce vis-à-vis d’Israël constituaient les piliers du credo baasiste de la dynastie Assad. Bachar et son père avaient adopté ce dogme pour détourner l’attention de leurs échecs nationaux et de leur régime minoritaire. Sous les Assad, la Syrie aurait été la première à dénoncer les frappes israéliennes contre l’Iran, ainsi qu’à proposer son soutien – verbal et matériel – à tout protagoniste désireux d’en découdre avec les Israéliens. Par opposition, les Syriens sont aujourd’hui devenus insulaires, plus préoccupés par la guérison nationale que par les événements régionaux. De nombreux Syriens sont heureux d’entretenir désormais des relations de voisinage normales, alors même qu’Israël empiète de plus en plus sur leur territoire depuis la chute d’Assad.

 

Dans une société en proie aux pénuries, la seule chose dont les Syriens ne manquent pas est l’espoir – un bien gratuit qui, contrairement à la plupart des autres, n’est ni coûteux ni soumis à des sanctions internationales. « Sans espoir, nous ne pourrions pas vivre », m’a confié un Syrien qui se demandait s’il allait dépenser ses maigres économies dans l’achat de nouvelles chaussures de sport pour ses enfants ou dans la réparation de l’installation électrique défectueuse de son appartement.

 

Les Syriens sont confrontés à une multitude de choix de ce type. Ce qui leur manque, ce sont les coups de chance soudains, tels que la décision inattendue de Trump d’assouplir les sanctions américaines contre leur pays, une démarche qui conduit de nombreux Syriens à espérer d’autres surprises positives. « C’est Allah qui a planté la graine de la Syrie dans le cœur de Trump », m’a soufflé un Syrien confiant, qui tenait dans ses mains calleuses un sac de tomates à la limite du pourrissement, achetées au rabais.

 

D’après l’envoyé spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, la décision de l’administration Trump de lever certaines sanctions visait à « inonder la zone d’espoir ». Ce que les Syriens espèrent, c’est que les Américains inonderont leur pays de capitaux et d’investissements, leur évitant ainsi d’avoir à choisir entre besoins existentiels et confort de base, et leur permettant à tout le moins d’acheter des fruits encore pleins de vie.

 

Barak Barfi a été chercheur chez New America, et chercheur invité à la Brookings Institution.

 

Project Syndicate, 2025.
www.project-syndicate.org

Guerre israélo-iranienne : La fragilité des alliances face à la Realpolitik

La récente escalade militaire entre Israël et l’Iran dévoile la volatilité des alliances internationales et les limites de la dépendance sécuritaire. Dans un monde où les intérêts priment sur les engagements, chaque État doit repenser sa stratégie pour garantir sa souveraineté.

Depuis le 13 juin 2025, l’Opération Rising Lion, menée par Israël contre plusieurs sites nucléaires et infrastructures stratégiques en Iran, a bouleversé l’équilibre régional. Près de 224 morts et plus de 1 200 blessés, selon les autorités iraniennes, témoignent de la violence de cette offensive, assumée publiquement par le Premier ministre israélien Netanyahu. Si l’appui discret des États-Unis à Israël a évité une riposte directe contre les forces américaines, il a paradoxalement renforcé la cohésion autour du régime iranien, loin d’isoler Téhéran sur la scène internationale. Ce raid, l’un des plus importants depuis l’attaque iranienne par drones du 13 avril dernier, vise selon Tel-Aviv à prévenir un réarmement stratégique de son principal ennemi régional.

Cette séquence révèle la fragilité des alliances traditionnelles. La Russie, tout en dénonçant les frappes israéliennes comme « illégales », propose une médiation sans véritable engagement, illustrant la prudence de Moscou à s’impliquer dans un conflit qui pourrait menacer ses propres intérêts. Les États du Sahel, récemment tournés vers la Russie pour compenser le retrait occidental, découvrent que ces partenariats restent conditionnés et instables. La Realpolitik domine, dans la mesure où les alliances se font et se défont au gré des rapports de force et des intérêts immédiats.

Les États-Unis, convaincus de la faiblesse stratégique de l’Iran, soutiennent l’offensive israélienne, mais ce calcul pourrait se retourner contre eux. La réaction iranienne, marquée par une résistance farouche et la menace d’un réarmement nucléaire, montre que la pression extérieure peut parfois renforcer la détermination d’un régime plutôt que le fragiliser. En Israël, la dimension politique interne n’est pas absente, dans la mesure où la gestion de la crise sert aussi à consolider le pouvoir de Netanyahu face à ses détracteurs.

La leçon pour les États tiers, notamment au Sahel, est limpide. En effet, la sécurité ne s’achète pas sur étagère et ne se délègue pas sans risques. Miser sur des alliances extérieures sans investir dans ses propres capacités revient à s’exposer à l’imprévisible. Dans un monde multipolaire, la souveraineté et l’autonomie stratégique restent les meilleurs remparts contre l’instabilité et la dépendance. C’est aussi un avertissement pour d’autres régions en crise.

CAN Féminine 2025 : Les Aigles Dames affûtent leurs armes

À moins de trois semaines du coup d’envoi de la CAN féminine 2025, les Aigles Dames du Mali sont en pleine phase de préparation. Entre travail foncier à Bamako et stage bloqué à venir, la sélection nationale affine sa stratégie pour aborder la compétition avec ambition.

Les Aigles Dames intensifient leur préparation à l’approche de la Coupe d’Afrique des Nations féminine 2025, prévue du 5 au 26 juillet au Maroc. De retour du tournoi UFOA-A, où elle a terminé 4ème, l’équipe nationale féminine est en regroupement à Bamako depuis le 9 juin 2025, avec une première phase de travail au Stade Mamadou Konaté. Ce stage initial a permis d’évaluer la forme physique des joueuses et de poser les bases tactiques du collectif.

La deuxième étape de la préparation se déroule actuellement au Centre technique pour sportifs d’élite Ousmane Traoré de Kabala, où les joueuses sont en internat depuis le 12 juin dernier. Là, les séances se multiplient à un rythme soutenu, entre renforcement athlétique, organisation défensive, travail technique et animation offensive.

« Nous insistons sur la condition physique et la préparation athlétique. Nous allons poursuivre les préparatifs pour corriger les lacunes et mettre en place une bonne équipe avant le coup d’envoi de la compétition », confie le sélectionneur national Mohamed Salloum Houssein, qui se montre par ailleurs satisfait de la dynamique observée au sein du groupe. Le staff technique note une bonne réceptivité des joueuses et une montée en puissance progressive dans l’intensité du travail.

Matchs amicaux en vue

La phase locale de préparation se poursuivra jusqu’à la fin du mois de juin. Ensuite, l’équipe s’envolera pour le Maroc, où un dernier stage bloqué est prévu. Durant ce séjour, les Aigles Dames disputeront au moins deux matchs amicaux, selon les informations recueillies auprès de la Femafoot. Ces rencontres permettront de tester les acquis tactiques et de renforcer la cohésion du groupe avant le démarrage de la compétition, avec pour objectif initial de passer le cap du premier tour.

Les Aigles Dames sont logées dans le groupe C, particulièrement relevé, aux côtés de la Tanzanie, du Ghana et de l’Afrique du Sud, Championne d’Afrique en titre. Elles entreront en lice le 7 juillet face à la Tanzanie, avant d’affronter le Ghana le 11 juillet et de terminer la phase de groupe contre l’Afrique du Sud le 14 juillet.

Mohamed Kenouvi

FPR : Jusqu’où ira la résistance ?

L’ancien candidat à la présidentielle de 2018 Aliou Boubacar Diallo a annoncé le 7 juin dernier la création du Front patriotique de résistance (FPR). Dans un contexte verrouillé, entre faible marge de manœuvre et scepticisme populaire, l’avenir de cette initiative soulève des interrogations.

« La Transition doit maintenant prendre fin. Résistons ensemble à la prise du pouvoir par des voies anticonstitutionnelles. Résistons à l’instauration de toute dictature militaire ou civile dans notre pays », appelle Aliou Boubacar Diallo, qui vit à l’extérieur du Mali depuis plusieurs mois.

En annonçant la création du FPR, le fondateur de l’ADP-Maliba entend s’opposer frontalement au régime de transition en place, dirigé depuis 2021 par le Général Assimi Goïta.

Dans un climat politique marqué par la centralisation du pouvoir aux mains des militaires et la dissolution de tous les partis, Aliou Boubacar Diallo tente de faire entendre une voix alternative.

Il lance un appel aux Maliens de l’intérieur et de la diaspora soucieux d’un retour à l’ordre constitutionnel et de la fin de la « dégradation continue de la situation économique et sociale sans perspective d’amélioration », à rejoindre ce nouveau front pour s’opposer à toutes les violations de la Constitution et à la « prolongation perpétuelle » de la Transition.

Marge de manœuvre réduite

Si le Front patriotique de résistance est la première véritable initiative à se mettre en place, au-delà des condamnations tous azimuts depuis la dissolution des partis politiques et plus récemment la décision du Conseil des ministres d’accorder cinq ans supplémentaires à la Transition, il naît dans un contexte difficile qui, selon certains analystes, réduit considérablement l’organisation et la portée même de la résistance annoncée.

« Jusque-là, le FPR est une plateforme surtout numérique. Au-delà de la mobilisation en ligne, ce front aura du mal à mener des actions sur le terrain, d’autant plus que cela violerait l’interdiction des activités à caractère politique », souligne un observateur politique qui a requis l’anonymat.

Par ailleurs, malgré son positionnement en rupture avec l’ancienne classe politique traditionnelle, Aliou Boubacar Diallo traîne encore une image d’homme d’affaires plus qu’un profil mobilisateur enraciné dans les masses.

Son ascension sur la scène politique pendant les années qui ont précédé la chute du régime IBK n’a pas suffi à l’imposer comme figure centrale de l’opposition populaire. En outre, dans un contexte où les leaders politiques ont globalement perdu du terrain dans l’opinion nationale au profit d’une popularité accrue des militaires depuis l’avènement de la Transition, Aliou Boubacar Diallo n’échappe pas à la donne.

Quels leviers d’action ?

Le FPR n’a pas encore clarifié ses méthodes de lutte. Descente dans la rue ? Appel à la désobéissance civile ? Court-circuit du régime de transition par la pression populaire ou la mobilisation numérique ? À ce jour, aucune stratégie concrète n’a été dévoilée.

Dans un espace civique verrouillé, cette imprécision et l’absence de stratégies claires pourrait rapidement reléguer le front au rang des déclarations sans suite. « Sans capacité de mobilisation réelle, un front politique ne reste qu’un effet d’annonce. Or, dans les conditions actuelles, chaque action contestataire expose ses auteurs à des représailles administratives, judiciaires, voire sécuritaires », glisse notre interlocuteur.

Aliou Boubacar Diallo, connu pour ses liens avec certains milieux diplomatiques et économiques étrangers, pourrait conduire le FPR à chercher un écho hors des frontières pour soutenir sa légitimité.

Cependant, dans un Mali souverainiste devenu hypersensible à toute ingérence extérieure, cela pourrait être contre-productif. Toute tentative du FPR de trouver un soutien extérieur risque d’être immédiatement interprétée comme une posture de collusion avec des ennemis de la souveraineté nationale. Cela limite donc d’emblée les marges diplomatiques du nouveau front.

La création du FPR marque une tentative de structuration des voix critiques de la Transition dans un contexte d’asphyxie politique. Elle remet sur la table la question du retour à l’ordre constitutionnel à un moment où tous les signaux semblent au vert pour une prolongation indéfinie de la Transition. Mais, pour espérer influer sur le cours des événements, le FPR devra sortir du registre symbolique pour construire un réel rapport de forces.

Mohamed Kenouvi

Riz : Une production attendue en hausse

Au Mali, la production de riz devrait connaître une augmentation pour la campagne 2025 – 2026, selon les prévisions du département américain de l’Agriculture (USDA). La récolte de la deuxième céréale la plus consommée couvrira environ 80% des besoins.

La production de riz pour la campagne agricole 2025 – 2026 devrait enregistrer une croissance de 8% et atteindre 2,96 millions de tonnes. Une amélioration des conditions climatiques, une diminution de la pression des ravageurs et une augmentation des superficies cultivées, qui vont atteindre 850 000 hectares, sont à l’origine de ces prévisions.

Cette embellie contraste avec les difficultés rencontrées lors de la campagne précédente, qui s’est soldée par une chute de 13% des superficies cultivées, tombées à 790 000 hectares, en raison notamment d’un accès limité aux intrants, des fortes inondations de l’année dernière et de la persistance de l’insécurité dans certaines zones.

Céréale stratégique

Pour la campagne 2023 – 2024, la production nationale de riz avait atteint 3 024 000 tonnes, contre 2 900 000 tonnes lors de la campagne précédente. Pour combler cette production déficitaire, le Mali a lancé en avril dernier un appel au financement de son Programme national du système de riziculture intensif (PN-SIR). L’objectif est d’atteindre une production de 5,5 millions de tonnes d’ici 2030, contre une production actuelle autour de 3 millions de tonnes. C’est donc une hausse de 80% de la production que visent les autorités, afin de faire du riz un pilier de la souveraineté alimentaire. Le gouvernement a annoncé sa participation à hauteur de 60% à la mobilisation du financement du PN-SIR, soit 14,112 milliards de francs CFA.

Le riz est devenu une céréale stratégique en Afrique de l’Ouest, avec une croissance annuelle de la demande d’environ 6% et une consommation par habitant dépassant 100 kg dans certains pays. Mais la production dans la zone ne couvre qu’environ 60% des besoins. L’Afrique de l’Ouest est la plus grande importatrice de riz au monde. À elle seule, elle consomme 20% des volumes échangés sur le marché mondial. Même si ces volumes ne représentent que 7% de la production mondiale, la dépendance de la zone au riz importé pose plusieurs problématiques.

La réduction des exportations de riz d’Asie a un impact important sur l’approvisionnement de la région, avec un renchérissement des coûts. Pourtant, l’Afrique de l’Ouest dispose d’un potentiel pour satisfaire sa demande. La disponibilité des terres et de la main-d’œuvre est une réalité. En outre, des investissements importants dans la chaîne de valeur permettront de réduire les pertes de devises. Estimées à 1,7 million de tonnes au début des années 1990, les importations de riz représentent actuellement 5,2 millions de tonnes.

Transition prolongée : Entre logique sécuritaire et rupture démocratique

La prolongation du mandat du Président de la Transition à cinq ans renouvelables marque un tournant institutionnel inédit depuis 2020. Entre justifications sécuritaires, incertitudes électorales et critiques sur la gouvernance, la question de la permanence du provisoire s’impose au cœur du débat politique national.

Le 11 juin 2025, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi révisant la Charte de la Transition. Il ouvre la voie à un mandat de cinq ans renouvelable pour le chef de l’État, le Général Assimi Goïta. Cette décision, qui devrait encore être entérinée par le Conseil national de transition (CNT), modifie de manière substantielle le cadre temporaire en vigueur depuis septembre 2020. Rappelons que le Conseil national de transition (CNT), mis en place par ordonnance en décembre 2020, fait toujours office d’organe législatif intérimaire. Il regroupe 147 membres désignés par le Président de la Transition, représentant les forces de défense, la société civile, les syndicats et les partis politiques d’alors. Il détient le pouvoir de valider les projets de loi et de contrôler l’action du gouvernement.

Ainsi, la Charte initiale, adoptée en octobre 2020, avait fixé une durée de transition de 18 mois. Une première prolongation en février 2022 l’étendra à 24 mois, jusqu’en février 2024. La nouvelle révision de juin 2025 prolongerait cette durée à cinq ans, avec possibilité de renouvellement. Cette orientation s’inscrit dans un contexte où les consultations nationales et les difficultés sécuritaires ont fortement influencé les choix de gouvernance.

L’élément déclencheur de la suspension du processus électoral remonte à septembre 2023. La présidentielle, prévue pour février 2024, est reportée en raison du blocage des données biométriques par la société française IDEMIA, qui réclame environ 5 milliards de francs CFA. Le fichier est finalement récupéré en février 2024 par des informaticiens maliens, sans que les contours de cette affaire ne soient entièrement connus. Malgré la récupération de ces données, aucune date de scrutin n’est annoncée. Cette absence de calendrier n’est pas sans rappeler la crise de 2022, lorsque la CEDEAO avait imposé de lourdes sanctions au Mali après l’annonce d’une transition prolongée à 5 ans d’après certaines sources. À l’époque, la levée des sanctions avait été conditionnée à la remise d’un chronogramme électoral crédible, ce qui fut obtenu à la suite de négociations en juillet 2022.

Pourtant, les promesses initiales de renforcement de la décentralisation formulées en 2021 pour permettre l’organisation de ces élections dans de bonnes conditions sont restées sans traduction concrète dans les politiques territoriales.

Engagements électoraux non tenus

Pourtant, dans sa lettre de cadrage de novembre 2024, le Premier ministre Abdoulaye Maïga, également ministre de l’Administration territoriale, avait placé l’organisation des élections parmi ses priorités. Une enveloppe de 80 milliards de francs CFA figure même dans le projet de Loi de finances 2025, mais sans détails ni chronogramme précis, alimentant les incertitudes sur la volonté effective de tenir des scrutins.

Entre-temps, plusieurs signaux institutionnels se sont superposés. On se souvient que le 31 décembre 2024, dans son discours à la Nation, le Président de la Transition n’avait fait aucune référence au processus électoral. En avril 2024, les activités des partis politiques avaient été suspendues, puis une dissolution générale décidée par décret le 13 mai 2025. Ces mesures sont justifiées par le gouvernement comme nécessaires à la refondation du système politique. Le 3 mai 2025, plusieurs centaines de citoyens ont manifesté à Bamako contre la dissolution des partis politiques et l’absence de perspectives électorales. Il s’agit de la première mobilisation d’ampleur enregistrée dans la capitale depuis la suspension des activités politiques en avril 2024. Les organisateurs dénonçaient une « confiscation du débat public » et appelaient à la restauration des libertés fondamentales, ainsi qu’à l’organisation d’élections pour sortir de la Transition.

Les consultations nationales menées à Bamako du 20 au 29 avril 2025, dites « Rencontres des forces vives », avaient recommandé explicitement la prolongation de la Transition pour cinq ans renouvelables, en harmonie avec le Burkina Faso et le Niger. Ces pays, membres avec le Mali de la Confédération des États du Sahel (AES), ont également fixé leurs transitions à cinq ans (Niger, mars 2025 ; Burkina Faso, mai 2024). Rappelons aussi que le 29 janvier 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officialisé leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette décision, assortie d’un délai d’un an selon les traités, a été justifiée par les autorités comme une affirmation de leur « souveraineté stratégique ». Elle renforce le positionnement des trois États autour de la Confédération des États du Sahel (AES), mise en place en juillet 2024, où prévaut un modèle de transition militaire prolongée.

En privé, certains partenaires étrangers avaient déjà exprimé leurs doutes quant à la faisabilité d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel avec cette nouvelle organisation regroupant les trois pays.

Coopérations internationales suspendues

Ce positionnement trouve également un ancrage antérieur dans les Assises nationales de la refondation, tenues en décembre 2021, où certaines recommandations évoquaient déjà une transition longue, pouvant aller jusqu’à cinq ans. L’argument sécuritaire est central dans les justifications avancées par les autorités. Les données disponibles indiquent une persistance de l’insécurité dans le centre et le nord du pays, avec plusieurs incidents meurtriers recensés au premier semestre 2025. On se rappelle que le 7 février 2025, une embuscade dans la région de Gao, attribuée à des éléments de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, a causé la mort de 34 civils et blessé 20 militaires maliens. Quelques mois plus tôt, le 17 septembre 2024, une attaque simultanée contre des installations sécuritaires à Bamako avait fait des dizaines de morts. De plus, selon le Global Terrorism Index 2025, le Sahel concentre plus de 50% des décès liés au terrorisme dans le monde, avec 4 800 morts enregistrées en 2024. Le Mali à lui seul a comptabilisé environ 1 532 décès liés à des violences armées cette même année, notamment dans les régions du centre et du nord.

Sur le plan juridique, la Constitution adoptée par référendum le 23 juillet 2023 prévoit, dans son article 45, que le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois. Le prolongement actuel, décidé sans élection, repose donc sur un cadre transitoire qui s’écarte du droit constitutionnel en vigueur.

Sonnette d’alarme

Par ailleurs, plusieurs personnalités politiques ont exprimé publiquement leurs inquiétudes. Le 15 juin 2025, Mountaga Tall a alerté sur les risques d’une confiscation du pouvoir et a proposé douze mesures pour restaurer la confiance, dont la fixation d’une date de fin de transition et la réhabilitation des partis. Le 16 juin, Yaya Sangaré a dénoncé une « violation répétée » des textes, avant d’appeler à une mobilisation citoyenne. Oumar Ibrahim Touré avait rappelé que le Mali était le seul pays de l’AES à disposer d’une Constitution en vigueur, insistant sur la responsabilité à respecter l’État de droit. Le politologue Cheick Oumar Doumbia avait lui aussi tiré la sonnette d’alarme sur les risques de démocratie sous pression liés à une gouvernance trop fortement militarisée.

L’histoire politique récente du Mali est marquée par deux précédentes transitions. En 1991, le régime militaire issu de la chute de Moussa Traoré a organisé en un an une Conférence nationale souveraine, suivie d’élections pluralistes en 1992. En 2012, après un coup d’État intervenu en pleine crise sécuritaire au Nord, une transition de moins de 15 mois a permis d’organiser des élections sous supervision internationale. Ces précédents tranchent avec la transition actuelle, dont la durée cumulée et l’évolution institutionnelle sont sans précédent.

Dans l’attente d’une validation du texte par le CNT, aucun calendrier électoral n’est actuellement publié. Le cadre transitoire demeure en vigueur, sans perspective claire de sortie. La consolidation institutionnelle du Mali s’inscrit ainsi dans une temporalité prolongée qui pose la question de la permanence du provisoire.

Plastique : Le paradoxe malien face à une urgence mondiale

La Journée mondiale de l’Environnement 2025 est consacrée à la lutte contre la pollution plastique. Celle-ci alimente la crise climatique, dégrade les écosystèmes et fragilise les moyens de subsistance. Pourtant les réponses politiques restent insuffisantes, malgré l’urgence reconnue par les scientifiques et les institutions internationales.

La production mondiale de plastique dépasse 450 millions de tonnes par an, mais moins de 10% sont recyclées. Environ 11 millions de tonnes finissent chaque année dans les écosystèmes aquatiques, aggravant la pollution marine. Plus de la moitié de ces déchets ne sont ni traités ni récupérés. Le coût global de cette pollution est estimé entre 300 et 600 milliards de dollars par an, en tenant compte de ses impacts sur la santé, les écosystèmes et les économies locales, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement.

L’Afrique génère 5% des déchets plastiques mondiaux, mais est le deuxième continent le plus affecté. La moitié finit dans les eaux, menaçant biodiversité et économies locales. La pollution plastique est devenue une crise environnementale majeure. Face à cela, seuls 30% des pays disposent aujourd’hui de politiques publiques pour réduire son impact sur l’environnement et la santé.

Le phénomène contribue également à la crise climatique à travers son processus de production, qui génère des gaz à effet de serre. Le plastique contribue à 3,4% des émissions mondiales. Plus d’un tiers à des emballages jetables est majoritairement mal traité. L’agriculture, la pêche et la mode figurent parmi les secteurs les plus polluants, utilisant massivement des matières plastiques, parfois jusqu’à 60% de leur composition.

Mesures insuffisantes

En 2022, les États membres des Nations unies ont adopté une résolution visant à mettre fin à la pollution plastique. À travers un instrument juridique contraignant, le Comité intergouvernemental de négociation sur la pollution plastique (CIN) travaille à l’élaboration d’un texte. Les négociations portent sur des mesures couvrant l’intégralité du cycle de vie des plastiques. La cinquième session s’est tenue à Busan en décembre 2024, sans aboutir à un consensus sur les mesures de réduction de la production. La sixième et dernière phase de cette session est prévue pour août 2025.

Parmi les alternatives discutées, il est prévu de promouvoir l’innovation par des incitations aux entreprises pour abandonner le plastique, d’introduire des taxes visant à dissuader la production et l’utilisation de plastique à usage unique, de proposer des subventions et des avantages fiscaux pour favoriser les produits réutilisables et d’améliorer les infrastructures de gestion des déchets.

Situation au Mali

La Quinzaine de l’Environnement, du 5 au 17 juin, est célébrée cette année dans la région de San, à 425 km de Bamako. L’utilisation des sachets plastiques s’est généralisée à travers le pays. En 2014, le Mali a adopté la Loi N°2014-024 interdisant leur production, importation et commercialisation. Dix ans après, son application demeure très limitée. Un moratoire de six mois avait été prévu pour faciliter la transition, mais aucune réelle mesure n’a suivi. Le plastique est aujourd’hui omniprésent dans les marchés, les quartiers et les campagnes. Les données fiables manquent pour évaluer le volume en circulation, mais certains spécialistes estiment que plusieurs millions de tonnes échappent chaque année à toute gestion structurée.

Des initiatives privées s’engagent dans la lutte et tentent de mettre en place des structures de recyclage. Créée en 2017, DGB Plastique Mali collecte jusqu’à 12 tonnes de déchets plastiques par jour, mais reste une initiative isolée.

La capitale malienne produit en moyenne 4 050 m³ de déchets chaque jour, dont une grande quantité de sachets plastiques. Pour certains acteurs, il devient urgent d’améliorer la collecte en instaurant le tri à la source des déchets, de développer les unités de recyclage et de mettre en place une véritable politique de pollueur – payeur.

Outre les défis sanitaires, les solutions envisagées proposent une évolution vers une économie circulaire du plastique. Il s’agirait de mettre en place un cadre réglementaire adapté, grâce à des investissements du secteur privé et à la création de marchés dynamiques pour les plastiques recyclés et les substituts au plastique.

C’est autour d’un dialogue constructif entre l’État, le secteur privé et la société civile que la lutte contre la pollution plastique pourrait aboutir, selon les acteurs. Il s’agit de créer un espace de concertation entre les acteurs publics et privés pour faciliter l’adoption d’alternatives durables aux sachets plastiques.

Rwanda – RDC : Une rupture qui fissure la sécurité africaine

Le Rwanda quitte la CEEAC dans un contexte de tensions persistantes avec la RDC. Ce retrait s’ajoute aux départs des États sahéliens de la CEDEAO, révélant une fragilité grandissante des organisations régionales chargées de la sécurité collective. Pendant ce temps, les groupes armés progressent, dans un silence institutionnel préoccupant.

Le 7 juin 2025, Kigali a annoncé son retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Officiellement, la décision découle d’un désaccord avec la République démocratique du Congo, accusée de bloquer la présidence tournante que devait exercer le Rwanda. Mais, au-delà du conflit bilatéral, cette sortie révèle une crise plus profonde de l’architecture sécuritaire régionale.

Depuis plusieurs années, la CEEAC peine à jouer son rôle face à la multiplication des conflits frontaliers, des incursions armées et de la montée des groupes terroristes, notamment dans les zones instables du Nord-Kivu et de l’Ituri. Le retrait du Rwanda fragilise davantage cette structure, déjà minée par les rivalités entre États.

En Afrique de l’Ouest, la CEDEAO vit une implosion parallèle. En janvier 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont claqué la porte pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), dénonçant une incompréhension stratégique de leur lutte contre les groupes jihadistes. Là encore, l’enjeu n’est pas seulement institutionnel, il est vital, dans la mesure où ces désengagements désarticulent les mécanismes d’alerte, de coordination militaire et de réponse rapide.

Face à ces fractures, l’Union africaine reste curieusement effacée. Son Conseil de Paix et de Sécurité ne parvient pas à enrayer la dynamique de fragmentation. Quant à l’ONU, son rôle semble cantonné à des déclarations de principe, sans réel levier dissuasif.

Pourtant, les menaces sont partagées, les frontières poreuses et les crises de plus en plus transnationales. Le désengagement des États des cadres multilatéraux revient à affaiblir l’unique rempart collectif face à des ennemis mobiles, armés et coordonnés.

La perte de coordination affaiblit aussi les efforts de partage de renseignements, de patrouilles conjointes et de médiations régionales. Chaque pays tente désormais de bâtir son propre système de défense, souvent au détriment d’une vision collective. Les conséquences dépassent le continent, puisque les failles régionales deviennent des brèches internationales.

Comme le rappelait récemment un diplomate africain, on peut se retirer d’une organisation, mais on ne peut ni effacer une frontière ni déménager un pays. La sécurité, elle, ne connaît pas de rupture administrative.

Festi’Vert 2025 : Quand l’agroécologie devient culture à Bamako

Les 14 et 15 juin 2025, le quartier de Bamako-Coura accueillera la deuxième édition de Festi’Vert, un festival atypique où l’environnement, l’agriculture et la culture populaire se rejoignent. Porté par l’entité du même nom, cet événement veut inscrire l’agroécologie dans le quotidien culturel des Maliens.

Loin d’être un simple rassemblement technique, Festi’Vert se vit comme l’expression vivante d’un art de vivre écologique. L’événement met en scène des savoirs agricoles ancestraux, des créations artisanales issues de la nature, des danses traditionnelles inspirées des saisons, des contes autour de la terre et des ateliers interactifs avec de jeunes artistes. C’est toute une écologie culturelle qui se déploie dans les rues de Bamako-Coura. À l’image d’initiatives similaires à Dakar, Ouagadougou ou même Recife au Brésil, Festi’Vert inscrit Bamako dans le réseau grandissant des villes africaines qui associent art, écologie et engagement communautaire.

Le festival, lancé en juillet 2024, est né du constat que pour réussir la transition écologique, il faut d’abord la faire aimer, la faire comprendre, la faire vivre. En cela, Festi’Vert choisit la voie du sensible, celle des arts et des récits locaux. Des animations musicales, des démonstrations de transformation agroalimentaire et des stands d’expression libre y côtoient des espaces d’exposition sur les semences traditionnelles et les cosmétiques naturels. Les organisateurs espèrent ainsi accueillir plusieurs centaines de visiteurs par jour.

L’édition 2025 entend renforcer cette dynamique en valorisant le rôle des femmes et des jeunes dans la création culturelle autour de la terre. Des associations comme Caritas Bamako ou des initiatives de jardinage urbain y seront présentées pour rappeler que l’agroécologie au Mali se vit autant dans les quartiers que dans les champs.

Forts de la réussite de la première édition en 2024, les organisateurs de Festi’Vert reconduisent l’événement avec une ambition renouvelée. La dynamique collective initiée dès le lancement du festival, combinée à l’engagement de partenaires locaux et d’acteurs culturels, a permis de bâtir une édition 2025 plus structurée, tournée vers une plus large participation populaire et une mise en valeur des savoirs agroécologiques à travers l’art et la transmission intergénérationnelle.

Cette hybridation entre culture et écologie semble rencontrer un écho fort, en phase avec les aspirations de nombreux Maliens à renouer avec des pratiques durables ancrées dans leur héritage.

Plus qu’un festival, Festi’Vert devient un laboratoire vivant où l’on cultive la terre autant que les esprits. En plaçant la culture au centre de l’écologie, les organisateurs rappellent qu’il ne peut y avoir de transition durable sans transformation des imaginaires.

Vers une justice sahélienne commune : Les premiers jalons posés à Bamako

Les ministres de la Justice du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont entamé un processus ambitieux d’unification de leurs systèmes judiciaires. Ce projet vise à créer des institutions juridiques et pénitentiaires confédérales, à harmoniser les législations et à renforcer la coopération face aux défis transnationaux.

Les autorités judiciaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont engagé un processus inédit de rapprochement législatif et institutionnel dans le cadre de la Confédération des États du Sahel (AES). L’initiative, conduite dans la continuité des piliers « Défense, Diplomatie et Développement » de la feuille de route malienne, entend désormais faire de la justice un levier central de souveraineté collective.

Au cœur des discussions figure la volonté d’inscrire la justice parmi les compétences officiellement déléguées à la Confédération. Les ministres ont validé la proposition de modification de l’article 4 du Traité fondateur, ce qui permettra à terme d’asseoir la légitimité d’un système juridique commun et cohérent. Dans son prolongement, un cadre de concertation permanent entre ministres de la Justice a été instauré et des Comités techniques nationaux devront veiller à la mise en œuvre progressive de l’agenda commun, avec pour visée une meilleure coordination, une standardisation des pratiques et l’interopérabilité des procédures.

L’ambition affichée est de bâtir un socle juridique harmonisé, allant des textes de droit pénal à l’organisation des professions judiciaires en passant par la coopération interétatique sur les procédures, les standards et les sanctions. Ce chantier traduit une volonté d’adapter les outils juridiques aux réalités sahéliennes en privilégiant l’harmonisation et l’efficacité.

Des institutions confédérales en gestation

La principale innovation portée par ce chantier est la création annoncée d’une Cour pénale et des droits de l’Homme sahélienne, compétente en matière de crimes de guerre, de blanchiment, de financement du terrorisme, ainsi que pour le contentieux interconfédéral. Cette juridiction, inédite dans l’espace sahélien, sera appuyée par une prison de haute sécurité dont la construction a été validée.

Ces mécanismes viendront renforcer une réponse judiciaire adaptée aux formes nouvelles de criminalité transfrontalière et aux défis liés à la lutte contre l’impunité, dans une zone où les juridictions nationales seules ne suffisent plus. Dans l’attente de leur mise en service, les États membres se réservent la possibilité de saisir toute instance régionale ou internationale existante pour poursuivre les auteurs d’actes graves.

Le projet repose également sur des outils numériques concrets. C’est ainsi qu’une plateforme de coopération judiciaire et un fichier unique des personnes recherchées ont été validés. Leur objectif est de garantir l’interopérabilité des systèmes nationaux et de faciliter les extraditions, transferts de détenus ou exécution des mandats d’arrêt entre les trois pays.

Le volet pénitentiaire n’est pas en reste, puisque la sécurité des établissements, la prévention de la radicalisation, le respect des droits humains, la réinsertion et la mutualisation des formations sont inscrits à l’agenda. Un Centre régional de formation judiciaire et pénitentiaire verra le jour, assurant une standardisation des profils et pratiques.

Contraintes nationales

En dépit de l’élan affiché, la mise en œuvre de ces décisions est conditionnée à plusieurs facteurs. D’abord, une série d’adaptations législatives devront être opérées dans chacun des pays, notamment pour garantir la compatibilité entre les textes de la Confédération et les droits nationaux existants, en particulier les Codes pénaux et de procédure pénale.

La question du financement, également importante, reste en suspens. La construction des infrastructures prévues, le développement des plateformes numériques ou la formation conjointe du personnel nécessiteront des budgets importants, encore non précisés. Les États espèrent l’appui de partenaires techniques ou financiers, mais affichent leur volonté d’autonomie.

Sur le plan politique, une attention particulière sera portée à la répartition des compétences, à la souveraineté des juridictions nationales et à l’acceptabilité du mécanisme par les Parlements. La diversité des pratiques judiciaires, des traditions juridiques et des cadres institutionnels est aussi un obstacle à surmonter.

Au-delà de ces contraintes, l’orientation prise est tout de même une première. Dans un espace longtemps fragmenté, ces États cherchent à construire une justice collective, cohérente, respectueuse des droits fondamentaux, capable de répondre aux attentes de leurs citoyens et aux exigences contemporaines de sécurité et de gouvernance.

Mamadou Ben Chérif Diabaté : « Sans synergie, il manque quelque chose à la sécurité »

Griot, penseur malien et homme de tradition, Mamadou Ben Chérif Diabaté nous livre ici une réflexion profonde sur la protection des civils, le rôle des savoirs anciens et la nécessité d’une approche collective et inclusive de la sécurité nationale.

Vous insistez sur le recours aux valeurs anciennes. Pourquoi est-ce important aujourd’hui ?

Je vois une grande différence entre ce qui se faisait avant et ce que l’on vit aujourd’hui. En 1236 déjà, il y avait une Charte. Les textes étaient très clairs. Donc aujourd’hui, si on veut évoluer positivement, on doit faire recours à ces valeurs. Je ne dis pas d’y retourner, mais d’y faire appel. On a des professeurs, des chercheurs, des magistrats… Il faut relire ces textes et voir comment les adapter à notre époque. Il ne s’agit pas d’idéaliser le passé, mais d’en tirer les principes solides que nous pouvons intégrer dans notre contexte institutionnel. Et y aller avec une nouvelle loi et une nouvelle valeur. C’est ce qui va être le salut pour nous.

Qu’est-ce qui empêche selon vous ce retour aux fondements ?

Le blocage, c’est la volonté politique. Je ne parle ni de Jean ni de Paul. Il faut que le gouvernement en place réfléchisse à cette question et qu’il l’intègre. Il faut organiser le débat autour de cette problématique. À ce moment-là, cela deviendra une vraie préoccupation nationale. Et on pourra aboutir à une solution nationale. Parce que c’est un problème qui mine notre sécurité.

Vous parlez d’une synergie d’actions. Que signifie-t-elle pour vous ?

Sans une synergie d’actions, ce n’est pas possible. Les femmes jouent un rôle-clé dans la sécurité. Les jeunes aussi ont leur importance. Les griots, les vieilles personnes, les légitimités traditionnelles, religieuses… Chacun a sa place.  Même les enfants dans les écoles, dès le bas âge, doivent apprendre les bases de la vigilance, de la paix et du vivre ensemble. Ce ne sont pas seulement les « corps habillés ». Ils doivent s’appuyer sur le reste de la société. Mais sans ça, sans ce maillage, sans cette synergie, il y a quelque chose qui manque justement à la sécurité.

Quelle serait la première étape pour enclencher ce processus ?

J’ai fait appel aux plus hautes autorités du Mali pour organiser des journées de dialogue, d’échange et de réflexion sur la problématique de la prise en compte de la protection de la société civile. Il faut former les femmes, les jeunes, les religieux, même les enfants à l’école. Que chaque Malien soit formé aux techniques de sécurisation de la Nation. C’est un tout. Nous sommes complémentaires.

Sécurité : Vague coordonnée d’attaques terroristes inquiétantes

Depuis quelques semaines, le Mali est de nouveau confronté à une série d’attaques terroristes coordonnées qui ont ciblé principalement des positions militaires. Face à cette recrudescence des violences, l’armée malienne a lancé une vaste contre-offensive.

Le Global Terrorism Index 2025 révèle que le Sahel concentre désormais plus de 51% des décès liés au terrorisme dans le monde, soit environ 4 794 morts en 2024. Ce phénomène place le Mali au cœur d’un fléau sécuritaire global, au-delà des seuls incidents mentionnés.

Lorsque l’attaque du camp militaire de Dioura, dans la région de Mopti, s’est déclenchée, le 23 mai 2025, nombreux sont ceux qui y ont vu un épisode isolé. Pourtant, cet assaut, qui selon des sources sécuritaires aurait fait des dizaines de victimes dans les rangs de l’armée, s’est vite révélé n’être que le premier acte d’une nouvelle poussée terroriste coordonnée qui allait secouer plusieurs régions du Mali.

Le 1er juin, c’est le camp stratégique de Boulkessi, près de la frontière burkinabè, qui est pris pour cible. Cette localité, déjà attaquée dans le passé, a été frappée avec une rare violence. Les terroristes du Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), lourdement armés et visiblement bien renseignés, ont lancé une opération éclair. L’armée malienne, bien que résistante, a dû procéder à un repli tactique pour éviter un carnage dans un premier temps, avant de mener des opérations pour détruire plusieurs terroristes regroupés dans des lieux de repli.

Dans le même temps, au nord, Tombouctou s’embrasait à son tour. Le 2 juin, une attaque coordonnée mêlant explosion d’un véhicule piégé et assaut d’hommes armés visait à la fois le camp militaire et l’aéroport. Ce mode opératoire des grandes offensives du JNIM laisse supposer une volonté de frapper fort et symboliquement. L’armée a répliqué immédiatement, affirmant avoir neutralisé 14 terroristes, interpellé 31 autres présumés et repris la maîtrise du terrain.

Les jours suivants ont confirmé l’installation d’un front mouvant et étendu. Le 4 juin, Tessit, dans la région de Gao, est visée. Là, la riposte des FAMa a été plus préparée. Grâce à l’appui de l’aviation, les FAMa affirment avoir tué plus de quarante terroristes, dont un chef terroriste nigérien connu sous le nom de Mamoudou Akilou.

Le 5 juin, à Mahou, dans la région de Sikasso, un groupe d’hommes à motos attaque un poste militaire, causant la mort de cinq soldats et plusieurs blessés, selon une source militaire, bien que l’État-major général des FAMa n’ait pas communiqué sur les victimes dans les rangs de l’armée. Cette dernière, une fois encore, a engagé une poursuite aérienne appuyée par des commandos déployés au sol. Bilan : au moins 40 terroristes tués, 16 motos, 4 PM, une arme 12,7, plusieurs chargeurs, une importante quantité de munitions et de nombreux autres effets abandonnés par les terroristes.

Une campagne préparée en amont

Selon l’armée malienne, ces attaques sont le reflet d’un « sursaut d’une bête qui, déjà terrassée, est en train d’être ressuscitée et maintenue en vie par des forces désormais identifiées ».

Certains spécialistes notent une réorganisation tactique visible chez les groupes terroristes, notamment le JNIM. Après une période de relative accalmie dans certaines zones, ces groupes semblent avoir opéré une montée en puissance discrète, appuyée par un travail de fond sur leurs bases arrière, leur recrutement local et leur mobilité.

Des rapports indiquent que le JNIM revendique des milliers de combattants actifs au Sahel, avec une influence croissante dans la région, notamment dans des pays tels que le Burkina Faso, le Niger et même le Bénin et le Togo. Le groupe mise sur des réseaux clandestins et une gouvernance locale souterraine pour renforcer son emprise.

« Ces récentes attaques jihadistes au Mali témoignent de la volonté de certains groupes armés de maintenir une pression sur l’État et les populations, même face aux efforts importants engagés par les autorités pour restaurer la sécurité », explique Mohamed Maiga, analyste et consultant en Politiques sociales et territoriales.

« Ils sont dans une dynamique d’infiltrations simultanées dans plusieurs régions pour instaurer la peur et les conditions d’une insécurité chronique », appuie pour sa part Boubacar Ba, Directeur du Centre d’analyses sur la gouvernance et la sécurité au Sahel.

D’autres facteurs peuvent expliquer cette récente recrudescence des attaques terroristes dans plusieurs régions. Le réajustement interne au sein des forces armées maliennes et de leurs alliés constitue un élément de contexte particulièrement important.

Depuis fin mai, le groupe Wagner a annoncé son retrait du Mali, dans un contexte de réorganisation du soutien militaire russe en Afrique. Ce retrait s’effectue au profit du déploiement de l’Afrika Corps, une nouvelle structure militaire russe officiellement axée sur la formation, le soutien logistique et le renseignement plutôt que sur les opérations de terrain.

Selon le Council on Foreign Relations, la diminution de la présence occidentale, notamment le retrait des forces françaises et américaines, combinée à l’influence intermittente du groupe Wagner suivi de l’Afrika Corps, a créé un vide sécuritaire favorable aux groupes jihadistes. Ce repositionnement international ralentit la réactivité tactique de l’armée malienne.

Cette transition a entraîné, selon certains observateurs, un moment de flottement dans l’appui tactique immédiat dont bénéficiait l’armée malienne dans certaines zones sensibles. Les groupes armés auraient alors profité de cette brève période d’ajustement pour frapper vite et fort, avant que le nouveau dispositif ne soit totalement opérationnel.

Par ailleurs, la saison des pluies, qui débute progressivement dans certaines régions du pays, représente traditionnellement une contrainte pour les mouvements armés. Certains experts estiment que les groupes terroristes ont voulu devancer cette période difficile en multipliant les attaques avant l’arrivée effective de l’hivernage. Il s’agirait donc d’une campagne de pression, tactiquement opportuniste, menée dans une fenêtre logistique favorable.

Réponse militaire d’envergure

Face à cette vague de violences, l’armée malienne a opté pour une réaction immédiate et musclée. Des frappes aériennes ont été menées dans plusieurs zones supposées abriter des bases terroristes, notamment le 3 juin 2025 à Diafarabé, dans la région de Mopti, et à Niagassadiou, dans la région de Douentza. « Ces actions ont permis de désorganiser les planifications des groupes terroristes tout en leur infligeant de lourdes pertes », souligne l’armée.

À Tessit et à Tombouctou, des raids ciblés ont aussi permis de neutraliser plusieurs combattants ennemis. Des unités d’élite ont été redéployées sur les axes jugés sensibles et des patrouilles renforcées sillonnent les environs des camps récemment attaqués.

Le 4 juin, l’armée malienne a mené une série d’opérations offensives ayant permis de détruire des plots logistiques et de neutraliser plusieurs terroristes dans les régions de Ménaka, Douentza, Koulikoro et Kidal.

Dans un communiqué en date du 7 juin 2025, l’armée affirme avoir déjoué, à l’approche de la fête de Tabaski, plusieurs complots et projets d’attentats terroristes dont le but était de semer la panique au sein des populations et de déstabiliser les Institutions de la République, en coordination avec des relais financiers et médiatiques prêts à exploiter leurs actions.

Ainsi, le 6 juin, les FAMa ont débusqué et détruit le plot logistique terroriste de Kardjiba, à l’est de Gourma Rharous, dans la région de Tombouctou, ainsi qu’un autre dans les secteurs de Boulkessi et Douna, dans la région de Bandiagara.

Le jour suivant, l’armée a annoncé avoir détruit « suite aux renseignements précis et de longues heures de surveillance », une importante base terroriste à l’est de Zarho, dans la localité de Gourma Rharous, incluant un poste de commandement contenant des équipements et des moyens de transmission et 3 véhicules embarquant des combattants terroristes et d’importants stocks logistiques.

Adapter la stratégie

Pour éviter que cette vague d’attaques ne précède un hivernage meurtrier, les experts recommandent une stratégie combinant renforcement du renseignement, surveillance radar et déploiement rapide de forces mobiles. Sans cette anticipation, après l’hivernage la pression terroriste pourrait se transformer en insurrection prolongée.

Cependant, malgré ces nombreux résultats de la contre-offensive des FAMa, les défis restent nombreux. L’étendue du territoire national, la porosité des frontières et la complexité sociopolitique locale freinent encore la consolidation des victoires militaires.

« Il est possible que des camps militaires puissent empêcher les infiltrations, mais lorsque ces camps militaires stratégiques sont attaqués, le reste du pays devient vulnérable », alerte Boubacar Ba.

Pour le chercheur, la contre-offensive menée par l’armée peut atténuer les velléités terroristes, mais face à cette guerre hybride, de dissimulation et d’infiltration, conclut-il, l’armée malienne doit aussi développer une stratégie adaptée du point de vue des matériels et équipements, du renseignement et de l’action militaire même sur le terrain.

Mohamed Kenouvi

Bamako Sénou : Les dessous du trafic silencieux de devises

Des valises remplies d’euros. Des passagers profilés. Des saisies qui se répètent à l’Aéroport international Modibo Keita de Bamako. Ce phénomène discret mais préoccupant traduit une fracture profonde entre l’économie réelle et le système financier formel.

En une semaine, près de 630 000 euros ont tenté de franchir les frontières maliennes, dissimulés non pas dans des circuits financiers, mais dans les bagages de passagers ordinaires. Le 26 mai 2025, les douaniers découvrent 580 150 euros dans les bagages d’un passager en partance pour l’Afrique centrale. Le lendemain, cinq autres voyageurs embarquant pour La Mecque via Istanbul sont interceptés. À eux cinq ils transportent 50 000 euros, répartis pour contourner les limites autorisées. L’argent, remis par un agent de voyage, était destiné à être convoyé discrètement hors du pays. Ces saisies ne sont pas isolées. En novembre 2024, 1,27 million d’euros avaient été confisqués. En août de la même année, 500 000 euros. À cela s’ajoutent plusieurs interpellations sur des vols à destination de Dubaï, du Maghreb ou d’Istanbul. Le montant global des devises interceptées n’est pas officiellement publié, mais les chiffres partiels révèlent un phénomène régulier, étendu et préoccupant.

« L’aéroport de Bamako est devenu un point de sortie stratégique pour des liquidités en espèces », analyse Dr Étienne Fakaba Sissoko, économiste et professeur à l’Université des Sciences sociales et de gestion de Bamako. Selon lui, ces flux ne sont pas anecdotiques mais traduisent un changement profond dans les comportements économiques.

Un cadre légal contourné

En théorie, le transport de devises est strictement encadré par la réglementation malienne et communautaire. Maître Fatoumata Diatigui Diarra, Conseil Fiscal Agréé, précise que le corpus juridique repose notamment sur le Règlement N°06/2024/CM/UEMOA, l’Ordonnance N°2024-011/PT-RM sur la lutte contre le blanchiment de capitaux, ainsi que sur les instructions BCEAO du 7 juillet 2024 et du 2 février 2025.

Toute personne transportant plus de 5 millions de francs CFA en espèces vers un pays hors de l’UEMOA doit effectuer une déclaration préalable auprès de l’administration des douanes. Ce seuil passe à 10 millions pour les transferts à l’intérieur de la zone communautaire. L’origine des fonds doit être justifiée. En cas de non-déclaration, les espèces peuvent être saisies à titre conservatoire pendant soixante-douze heures, puis transférées au Trésor si une infraction est suspectée. Le dossier est ensuite transmis à la CENTIF.

« Ces mécanismes existent, mais encore faut-il qu’ils soient rigoureusement appliqués », souligne Me Diarra. Elle observe que la presse signale régulièrement des saisies, mais qu’il est difficile de savoir dans quelle mesure les procédures sont suivies à la lettre. Ce flou illustre une autre réalité. En effet, une partie des voyageurs ignore ou feint d’ignorer l’existence même de ces règles.

Le poids du cash

Le recours massif aux espèces n’est pas nouveau, mais de nos jours il s’amplifie. Pour le Dr Sissoko, ce basculement s’explique d’abord par une méfiance envers les banques. « Le taux de bancarisation est faible. En 2022, seule une personne adulte sur quatre disposait d’un compte formel. Cela signifie que la majorité des Maliens n’interagit jamais avec une banque » souligne-t-il.

Les sanctions régionales de 2022 ont également laissé des traces. Durant plusieurs mois, les comptes publics ont été gelés, les transferts suspendus et les paiements internationaux bloqués. Cet épisode a convaincu de nombreux acteurs économiques que la détention physique d’espèces était plus sûre que l’épargne sur un compte bancaire. L’argument de la rapidité revient aussi souvent. Un entrepreneur sous anonymat confie : « pour envoyer 10 000 euros par virement, il faut justifier, attendre, expliquer. En cash, je sors avec et je les remets en mains propres ».

Des scandales impliquant certaines institutions financières ont accentué la suspicion. Plusieurs dirigeants de banques privées ont été poursuivis ces dernières années. Cette instabilité perçue affaiblit la confiance et pousse vers des solutions pensées  comme moins risquées, bien qu’illégales.

Une économie parallèle s’installe

Les effets dépassent le simple transport illégal d’argent liquide. Dr Sissoko évoque une dérive plus globale : celle d’une économie qui se recompose en marge des institutions. Le cash devient le support d’une activité économique parallèle, non tracée, souvent transfrontalière. Il cite les transferts informels de type hawala, les achats de biens à l’étranger, les circuits d’or ou de devises et même les transactions foncières.

Cette économie parallèle affaiblit la base fiscale. Elle échappe à la statistique, complique les prévisions, empêche la mobilisation des ressources internes. Le capital ne reste plus dans les banques, mais sort du territoire ou circule en dehors de tout radar. Cette situation entraîne moins de crédits, moins d’investissements locaux et plus de dépendance aux emprunts d’État.

Selon les estimations évoquées par l’économiste, le taux d’investissement privé aurait chuté d’environ 3,7% en 2022. La BCEAO, pour sa part, observe une baisse des réserves de change, passées de 5,8 mois d’importations en 2021 à 4,4 mois en 2022. Ces chiffres traduisent un déséquilibre inquiétant.

Risques sécuritaires

Le départ massif de devises nuit à la stabilité du franc CFA. Il amplifie les pressions sur le taux de change, favorise l’inflation importée et complique la conduite de la politique monétaire. À cela s’ajoutent des inquiétudes d’ordre sécuritaire.

Les fonds qui échappent aux circuits formels peuvent être utilisés à des fins criminelles. Me Diarra rappelle que l’un des objectifs du cadre réglementaire est justement d’empêcher que l’argent liquide ne serve à financer le terrorisme, la contrebande ou le trafic de drogue. Sans traçabilité, il devient impossible de garantir que l’origine et la destination des fonds soient licites.

Un analyste régional interrogé sous anonymat évoque le cas de l’or. Officiellement, le pays produit plus de 70 tonnes par an, mais une partie échappe aux circuits officiels. Certaines filières auraient alimenté des financements occultes, y compris à l’international. Les États-Unis ont imposé des sanctions ciblées en 2023 sur des entités soupçonnées de financer des activités armées via l’or exporté depuis le Mali.

Le Hadj : un pic dans les flux

La période du Hadj est souvent marquée par un pic de transferts. L’économiste observe que des agents de voyages sont parfois mandatés pour transporter de l’argent à la place de leurs clients. Ce système de délégation s’explique par la volonté de contourner les plafonds autorisés. Chaque passager peut transporter une somme limitée. En répartissant les montants entre plusieurs personnes, les convoyeurs espèrent échapper au contrôle.

Ce phénomène reste cependant difficile à quantifier. Les saisies douanières ne représentent que la partie visible de l’iceberg. Personne ne sait combien de devises sortent réellement du territoire chaque semaine sans être interceptées.

Pour Me Diarra, la solution ne réside pas uniquement dans le renforcement des contrôles. « Il y a un déficit de communication. Beaucoup de voyageurs ignorent la réglementation ou la perçoivent comme une contrainte incompréhensible ». Elle  appelle à des campagnes d’information ciblées, notamment dans les gares routières, les agences de voyages et les points de change.

Elle souligne aussi les avancées prévues dans les textes communautaires. Le Règlement UEMOA autorise le port de devises excédentaires sous forme de cartes bancaires prépayées. Ces instruments, plus sûrs, pourraient être développés et démocratisés, en particulier pour les voyageurs fréquents. Cela permettrait de réduire l’usage du cash tout en facilitant les transactions.

Malaise

Au final, les valises pleines qui quittent discrètement Bamako racontent plus qu’un simple phénomène illégal. Elles traduisent un malaise, une rupture silencieuse entre l’État et ses citoyens, entre les institutions et la pratique quotidienne.

Comme le résume si bien Dr Sissoko, « ce n’est pas seulement une affaire de billets. C’est le symptôme d’une économie qui se replie, d’une société qui doute et d’un capital qui préfère fuir plutôt que contribuer ».

Tant que cette confiance ne sera pas restaurée, le Mali continuera d’assister, impuissant, à l’érosion invisible de sa richesse.

Le trône des illusions : « Quand le réel est confisqué, la fiction devient une barricade »

Dans son nouveau roman publié chez L’Harmattan, Étienne Fakaba Sissoko mêle littérature, mémoire et critique politique. À travers Sabu, écrivain rebelle en détention, il explore la parole entravée, la résistance intime et les régimes qui organisent l’oubli. Une œuvre dense, enracinée dans l’urgence de dire.

Pourquoi avoir choisi la fiction pour porter un message aussi politique ?

Parce que la fiction est la dernière barricade quand le réel est confisqué. Dans un contexte où la parole libre peut coûter la liberté, voire la vie, le roman devient un acte d’insubordination douce. Le trône des illusions est une œuvre de fiction, mais profondément ancré dans les réalités que vivent tant de peuples sous des régimes d’apparence transitionnelle et de fond autoritaire. La littérature permet de contourner la censure, de déjouer la peur, de parler haut quand on veut nous faire taire. J’ai choisi la fiction pour dire ce qu’on ne peut plus dire autrement.

Sabu refuse le silence. Est-ce aussi votre manière de continuer à parler ?

Absolument. Sabu, c’est cette part d’humanité qu’on tente d’éteindre chez ceux qu’on enferme, qu’on isole ou qu’on intimide. À travers lui, je continue à écrire pour celles et ceux qu’on réduit au silence. Ce personnage est né de la prison, de l’injustice et du silence imposé. Mais il parle. Il écrit et il résiste avec les mots. Et moi, à travers lui, je continue cette bataille que je mène depuis des années : celle de la conscience critique, de la liberté de pensée, de la vérité contre la peur.

Que représente Kassala dans le roman ?

Kassala est la capitale du pays fictif Gayma où se déroule l’action du roman. Ce n’est pas un simple décor, mais une condensation du réel. Une mise en fiction des dérives observées dans plusieurs pays du Sud et notamment en Afrique de l’Ouest : confiscation du pouvoir, instrumentalisation de la justice, culte de la sécurité au détriment des libertés, élites cooptées, oppositions criminalisées. Kassala, c’est un miroir. Déformant parfois, mais parlant. Ceux qui y voient une allusion reconnaîtront les reflets qu’ils renvoient.

Publier Le Carnet de Sabu par épisodes, c’est aussi de la résistance ?

Oui. Dans un pays où la mémoire devient dangereuse, publier par épisodes, c’est semer des fragments d’insoumission. Chaque épisode est une mèche et une veilleuse contre l’obscurité organisée. Cette forme feuilletonesque s’inscrit dans notre tradition orale. Ce n’est pas un choix marketing, c’est un choix politique. Le récit de Sabu doit s’infiltrer, se transmettre. Comme un murmure entêté là où l’on croit que tout le monde s’est tu.

Participation citoyenne et politique : La jeunesse marginalisée malgré son engagement

Bien qu’elle soit suffisamment engagée et qu’elle ait joué un rôle central dans les grandes révoltes qu’a connues le Mali sur le plan sociopolitique, la jeunesse reste structurellement écartée des sphères du pouvoir institutionnel. C’est ce qui ressort d’une étude publiée dans l’édition de mai – juin 2025 de la Revue africaine des sciences politiques et sociales.

La jeunesse malienne, bien que démographiquement majoritaire (plus de 70% de la population), demeure paradoxalement exclue des sphères formelles de décision. Pourtant, elle est au cœur des mobilisations politiques majeures du pays.

Historiquement, les jeunes Maliens ont été des piliers des luttes sociopolitiques. De l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) dans les années 1990 jusqu’au rôle central dans le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), ils ont souvent été en première ligne de la contestation. Leur engagement s’est manifesté dans les rues, sur les réseaux sociaux et dans les mouvements citoyens, démontrant une volonté forte de transformation démocratique.

Cette étude, menée par le Dr. Abdoul Sogodogo, enseignant-chercheur et Vice-doyen de la Faculté des Sciences politiques et administratives de l’Université Kurukanfuga de Bamako, met en lumière cette contradiction entre engagement citoyen et marginalisation politique.

Les jeunes écartés

Selon le Dr. Abdoul Sogodogo, la mobilisation des jeunes ne trouve que rarement un prolongement institutionnel, leur participation aux organes de décision restant faible. Malgré quelques figures emblématiques, les jeunes sont souvent réduits à des rôles de mobilisation, sans accès réel aux leviers du pouvoir, contrôlés par des élites aînées qui perpétuent une gouvernance gérontocratique.

« La faible présence des jeunes dans les sphères de décision est expliquée par des obstacles structurels tels que le manque de ressources financières et une culture politique dominante qui confie le pouvoir politique aux aînés », explique l’universitaire. « En outre, la culture politique malienne laisse peu de place aux jeunes dans les cercles de décision, car la période de jeunesse est souvent considérée comme une étape d’apprentissage ou une phase charnière de préparation à la gouvernance et à la prise de décisions collectives », poursuit-il.

Le système politique malien semble structuré autour d’une logique de clientélisme dans laquelle les jeunes militants servent de bras d’action aux grands hommes politiques en échange de promesses d’emploi ou de reconnaissance. La précarité socio-économique, avec un taux de chômage élevé chez les jeunes, accentue cette instrumentalisation.

La jeunesse malienne, actrice majeure des bouleversements récents, aspire désormais à plus qu’une simple présence symbolique. La reconnaissance de son rôle passe par une refonte des pratiques politiques et une véritable inclusion dans les mécanismes décisionnels.

Mohamed Kenouvi

Bamako face aux inondations : Sévir ne suffit pas

À Bamako, les autorités ont commencé à détruire plusieurs habitations construites dans les servitudes de marigots. L’objectif est clair : prévenir de nouvelles inondations dramatiques, comme celles de 2024. Pourtant, derrière le bruit des pelleteuses, ce sont aussi des cris étouffés que l’on entend, ceux des familles qui affirment n’avoir reçu ni avertissement, ni accompagnement, ni indemnisation.

Beaucoup découvrent du jour au lendemain que leur maison est devenue illégale. Ils soutiennent n’avoir pas été sensibilisés, encore moins associés à la démarche. Si certaines constructions sont à risque, faut-il pour autant confondre urgence et précipitation ? Démolir sans expliquer, c’est ajouter la douleur à la perte et l’humiliation à la précarité.

Le Mali traverse une période critique. L’insécurité persiste, les services sociaux sont fragilisés, les prix grimpent. Dans ce contexte, chaque décision devrait être pesée à l’aune de son impact humain. Une opération mal préparée, même justifiée, peut déclencher des tensions sociales. À force de frustrations non entendues, c’est la cohésion sociale qui s’érode.

Prévenir les inondations, oui, mais pas à n’importe quel prix. Il faut dialoguer, expliquer, proposer des solutions de relogement dignes. L’État gagnerait en autorité en montrant qu’il sait conjuguer fermeté et compassion. Sinon, ces démolitions risquent d’apparaître comme une punition plutôt qu’une protection.

Rien n’est plus légitime que de vouloir sauver des vies. Mais il faut le faire avec les populations et non contre elles. C’est à cette condition que la prévention deviendra une œuvre de reconstruction et non une source supplémentaire de fractures dont le pays pourrait vraiment se passer.

AES : Vers une union douanière

Le 15 mai 2025, les Directeurs généraux des Douanes des États de l’AES se sont retrouvés à Bamako autour de l’harmonisation des procédures douanières dans l’espace confédéral. Une étape importante destinée à faire le point sur les recommandations antérieures et à progresser vers un espace douanier unifié.

Les États de la Confédération de l’AES (Burkina Faso, Mali, Niger) sont désormais engagés dans un processus d’unification de leurs procédures et de leurs textes douaniers. Si la construction de cette nouvelle architecture juridique comporte des défis, elle s’inscrit dans la continuité logique du processus enclenché par ces États depuis leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Pour les futures négociations avec la CEDEAO, l’AES souhaite adopter une position commune, exprimée de manière collective et coordonnée, affirmant ainsi son unité. Une telle orientation ne suscite pas de blocages particuliers à ce stade. « En théorie, le retrait des États de l’AES de la CEDEAO ne devrait pas empêcher les pays de la sous-région de négocier des accords de partenariat dans des domaines stratégiques tels que la sécurité transfrontalière, les tarifs extérieurs communs, ainsi que la libre circulation des personnes et des capitaux », expliquait le Dr Abdoul Sogodogo, dans une étude intitulée « AES, Défis et Perspectives », publiée en septembre 2024.

La coexistence de plusieurs organisations dans l’espace sous-régional n’est d’ailleurs pas une réalité nouvelle, poursuit-il. Celle de la CEDEAO et de l’UEMOA en est une illustration. L’avènement de la nouvelle entité, l’AES, pourrait même représenter une opportunité pour attribuer à chaque organisation un mandat spécifique : à l’UEMOA, les questions monétaires ; à la CEDEAO, le développement intégré et la démocratisation ; à l’AES, les questions de sécurité, pour combler les lacunes des initiatives précédentes.

Dès sa création, l’AES s’est positionnée non seulement comme un instrument sécuritaire face aux défis communs, mais aussi comme un levier diplomatique et économique au service des trois États qui la composent.

Un espace intégré en construction

Avant la rencontre des Directeurs généraux des Douanes de l’AES à Bamako, plusieurs réunions avaient jeté les bases d’une coopération douanière plus étroite entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

À Niamey, en juillet 2024, la rencontre des DG des Douanes de l’AES a permis de créer des groupes de travail sur le transit, le Code des douanes, les tarifs communs et les règles d’origine. L’interconnexion des systèmes douaniers est apparue comme une priorité pour répondre aux difficultés d’approvisionnement et sécuriser les recettes douanières.

Ce processus s’est poursuivi lors de la réunion de Lomé, en septembre 2024, avec une recommandation forte en faveur de l’interconnexion des systèmes douaniers, y compris avec le Togo.

En janvier 2025, à Ouagadougou, les autorités douanières des trois pays ont évalué l’état d’avancement de cette interconnexion, notamment avec l’administration douanière togolaise.

La réunion de Bamako visait donc à dresser un état des lieux de l’évolution des chantiers engagés et des projets de textes. Parmi les dossiers examinés figuraient : l’encadrement du métier de Commissionnaire en douanes, l’adoption d’un Code des douanes unifié, l’établissement de règles d’origine spécifiques à l’AES, le régime de transit communautaire et l’élaboration de tarifs extérieurs communs (TEC) et préférentiels.

À l’issue des travaux, les Directeurs généraux ont validé le chronogramme proposé pour la finalisation du Code confédéral des douanes et des TEC entre le 28 et le 31 juillet 2025. Ils ont également fait le point sur les recommandations de Lomé : 7 sur 16 ont été réalisées, 6 sont en cours, et 3 restent à mettre en œuvre.

L’un des objectifs de cette réunion était de formuler des propositions concrètes à transmettre aux autorités de l’AES en vue des prochaines discussions avec la CEDEAO.

Interdépendance et dialogue

Le 22 mai 2025, les ministres des Affaires étrangères des pays de l’AES ont rencontré à Bamako le Président de la Commission de la CEDEAO. Cette première session de consultations visait à organiser les négociations entre les deux entités, après la formalisation du retrait de l’AES.

Les discussions ont porté sur les aspects politiques, diplomatiques, institutionnels, juridiques et sécuritaires, mais aussi sur le développement économique et social. Les deux parties ont souligné leur volonté de préserver les acquis majeurs de l’intégration régionale, en particulier la libre circulation des personnes et des biens.

La situation sécuritaire, point de friction majeur entre les États du Sahel et la CEDEAO, a également été abordée. Face à la menace persistante du terrorisme, les deux blocs ont réaffirmé leur volonté de coopérer dans ce domaine, essentiel à la stabilité régionale. Un impératif partagé dans un espace où les économies sont étroitement liées.

En 2024, 22,6% des importations du Mali provenaient de la CEDEAO, contre 31,3% pour le Burkina Faso. En 2022, les exportations du Niger vers la France, le Mali et le Burkina Faso représentaient 35,3% de son PIB. Ses importations – évaluées à environ 4 milliards de dollars – provenaient principalement de la France, de la Chine et des États-Unis.

Cadre parallèle avec l’UEMOA

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger restent membres de l’UEMOA. Dans son rapport annuel 2024, l’Union mentionne des progrès en matière d’union douanière, notamment avec l’élaboration d’un avant-projet de règlement sur les procédures simplifiées de dédouanement.

La Commission a poursuivi ses efforts pour dématérialiser l’octroi d’agrément de l’origine et a reconnu l’origine communautaire de 111 produits. Elle a aussi renforcé le système d’alerte contre les entraves à la libre circulation et au droit d’établissement. Toutefois, elle admet que la mise en œuvre de ces dispositifs reste incomplète. Des campagnes de plaidoyer, de sensibilisation et de renforcement des capacités ont été menées dans les postes de contrôle pour améliorer la situation sur les corridors commerciaux.

Trois mois après la sortie formelle de la CEDEAO, les autorités de l’AES se sont réunies à Bamako le 28 mars 2025. Dans une logique d’autofinancement, elles ont adopté un prélèvement communautaire de 0,5% sur les importations provenant de pays tiers non membres de l’AES, à l’exception des États de l’UEMOA, de l’aide humanitaire et des biens diplomatiques. Ce prélèvement (PC-AES) concerne uniquement les pays n’ayant pas d’accord douanier avec l’AES. L’issue des négociations en cours avec la CEDEAO permettra de savoir si cette mesure s’y appliquera.

Vers une Banque confédérale

Le 16 janvier 2025, les États de l’AES ont entamé des discussions sur la création d’une Banque d’investissement. Le 23 mai 2025, les ministres des Finances de l’AES ont adopté les documents fondateurs de la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID). Doté d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA, cet instrument vise à financer des projets structurants dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie, de l’éducation et de l’industrialisation.

Estimée à 6,9% du PIB de la CEDEAO et à 28,4% de celui de l’UEMOA, la production économique de l’AES reste encore modeste, mais ses États membres souhaitent se doter d’un instrument vital pour soutenir leur développement.

Les défis sont immenses pour cette nouvelle institution, pensée pour réduire la dépendance des économies aux financements extérieurs. Elle devra répondre aux nombreuses attentes, notamment en matière de dynamisation des économies locales, de lutte contre le chômage des jeunes, de promotion de l’entrepreneuriat et de modernisation des infrastructures.

L’Europe doit changer son approche de l’Afrique

Ces dernières années, la Chine a dépassé l’Europe en termes de commerce avec l’Afrique subsaharienne et d’investissements dans les infrastructures. Les États du Golfe ont remodelé les flux financiers sur le continent, tandis que le Brésil, l’Inde et la Turquie ont également renforcé leurs liens avec les pays africains. Parallèlement, les dirigeants africains ont mis en place la zone de libre-échange continentale africaine (Zleca), qui devrait transformer le commerce intra-africain. Pourtant, l’Union européenne continue de se bercer de l’illusion qu’elle est le principal partenaire de l’Afrique.

 

En conséquence, alors que l’Afrique se repositionne stratégiquement dans le monde multipolaire d’aujourd’hui, l’Europe reste largement complaisante. L’UE se considère également comme une puissance normative, un champion mondial des droits de l’homme, de la gouvernance démocratique et de la durabilité. Si cela est vrai dans certains domaines, les relations commerciales et économiques de l’Europe – en particulier avec l’Afrique – suggèrent le contraire. Et, jusqu’à présent, l’Europe ne s’est pas montrée disposée à changer.

 

En tant que haut représentant de l’Union africaine pour les relations avec l’Europe, j’ai été le témoin direct de cette dynamique. En 2019, j’ai proposé que l’UA reçoive un mandat officiel pour négocier un accord commercial continental avec l’UE. L’idée n’était pas révolutionnaire ; elle reflétait simplement la demande légitime de l’Afrique pour un pouvoir de négociation collective, que l’UA, qui a fait de grands progrès vers la cohérence politique, est bien placée pour exercer.

 

Mais la Commission européenne a plus de poids dans les négociations avec les pays individuels ou les communautés régionales, et les acteurs africains de ce système fragmenté sont réticents à abandonner leur rôle d’intermédiaire. Ma proposition a donc été bloquée et l’UE a continué à contourner les institutions de l’UA en faveur d’accords bilatéraux ou d’initiatives régionales qui ne correspondent pas aux besoins, aux intérêts ou aux priorités de l’Afrique.

 

Les accords de partenariat économique (APE) négociés entre l’UE et les pays (ou groupes de pays) africains ont notamment renforcé la dépendance de l’Afrique à l’égard des exportations de produits de base et limité la marge de manœuvre politique dont les pays africains ont besoin pour s’industrialiser. Ces accords ont largement profité aux exportateurs européens, tout en laissant les pays africains dans l’incapacité de tirer parti du commerce pour développer l’industrie manufacturière nationale ou réorienter leur avantage comparatif vers des activités à plus forte valeur ajoutée.

 

Pendant ce temps, les investissements de l’UE sont largement consacrés aux activités extractives, au contrôle des migrations et aux compensations liées au climat, plutôt qu’au renforcement des chaînes de valeur industrielles ou à la facilitation des transferts de technologie. Si l’on a beaucoup parlé de l’initiative «  Global Gateway «  de l’UE, qui vise à stimuler les liaisons numériques, énergétiques et de transport « intelligentes, propres et sûres » et à renforcer « les systèmes de santé, d’éducation et de recherche », son ambition fait pâle figure par rapport à l’initiative « Belt and Road » de la Chine et même par rapport aux packages de transition verte de l’Amérique.

 

De plus, avec ses investissements en Afrique, l’UE ne partage pas les risques, mais s’en décharge. Les capitaux privés sont censés jouer un rôle moteur, alors que le financement du développement est loin d’être à la hauteur de ce qui est nécessaire pour débloquer la transformation industrielle. On demande à l’Afrique de réduire les risques des investissements pour les autres sans recevoir de garanties structurelles, comme un meilleur accès aux marchés des capitaux, des conditions commerciales favorables ou des engagements à long terme.

 

Toutefois, l’évolution de l’environnement mondial offre à l’Europe une occasion unique de transformer ses relations avec l’Afrique. Tout d’abord, les États-Unis tournent le dos au continent, en imposant des droits de douane élevés, en réduisant l’aide et en diminuant leur présence diplomatique. Plus généralement, l’économie mondiale subit une transformation fondamentale, car le système multilatéral du passé – qui mettait l’accent sur le libre-échange et la libéralisation financière – est remplacé par un nouveau terrain, plus fragmenté. Les nouvelles règles sont rédigées par les plus grandes puissances du monde, qui se soucient peu des besoins et des intérêts des économies en développement.

 

Dans un monde où le commerce est guidé principalement par le pouvoir de marché plutôt que par l’avantage comparatif, l’Afrique doit s’adapter en conséquence. Cela signifie qu’elle doit renforcer ses capacités de production plutôt que d’attendre des concessions. Cela signifie construire un écosystème commercial propre à l’Afrique, plutôt que de s’engager dans des négociations basées sur la conformité. Et cela signifie qu’il faut concevoir des moyens de façonner les chaînes de valeur mondiales en faveur de l’Afrique, plutôt que de chercher des occasions de rejoindre les structures existantes. Pour soutenir ces efforts, l’Afrique n’a pas besoin de mécènes ; elle a besoin de partenaires stratégiques qui reconnaissent son rôle, investissent dans sa capacité de production et s’adaptent à ses priorités.

 

Si l’Europe espère jouer ce rôle, elle doit commencer par abandonner l’idée qu’elle est le partenaire par défaut de l’Afrique. L’influence doit se mériter.

 

En outre, l’engagement de l’UE en Afrique doit s’inscrire dans le cadre de l’architecture institutionnelle africaine, en particulier dans les domaines du commerce, de la gouvernance numérique et de la diplomatie climatique. L’UE doit cesser de contourner l’UA et reconnaître l’organisation comme un interlocuteur légitime pour l’Afrique. Elle doit également fonder son engagement économique avec l’Afrique sur la logique de l’AFCFTA – l’innovation la plus importante en matière de politique économique du continent depuis des décennies – et non pas en contradiction avec elle.

 

En outre, l’UE doit dissocier l’aide du patronage moral. L’aide au développement n’est pas un don, mais un outil géopolitique, et une conditionnalité excessive sape souvent les institutions mêmes qu’elle est censée aider. Au lieu de micro-gérer les réformes de gouvernance, l’Europe devrait se concentrer sur le soutien des ambitions de l’Afrique, notamment en ce qui concerne les infrastructures, l’éducation et la transformation industrielle.

 

À cet égard, la meilleure approche consisterait à co-investir avec des partenaires africains dans des chaînes de valeur régionales. Cela signifie qu’il faut soutenir les industries africaines non pas en tant que « bénéficiaires », mais en tant qu’acteurs égaux ; repenser la politique agricole commune de l’UE, qui fausse les systèmes alimentaires africains ; et démanteler les barrières non tarifaires qui pénalisent les exportateurs africains.

 

Enfin, dans les enceintes internationales, l’UE devrait se coordonner avec l’UA sur des questions comme la réforme de la dette, le financement de la lutte contre le changement climatique et la propriété intellectuelle. L’appel de l’Afrique en faveur d’un mécanisme d’apurement de la dette souveraine doit faire l’objet de propositions concrètes, et non d’une multiplication des services de conseil. Le financement de la lutte contre le changement climatique doit refléter les responsabilités historiques et les coûts réels, et non l’opportunisme politique.

 

Quant à l’UA, elle doit faire preuve de plus d’audace en exigeant de véritables changements structurels dans les relations de l’Afrique, plutôt que de se contenter de belles paroles sur la souveraineté du continent. Il s’agit notamment d’affirmer le rôle de l’UA dans tous les partenariats extérieurs, de rejeter l’ingérence extérieure dans les processus d’intégration africains et d’investir dans la capacité à proposer des cadres macroéconomiques alternatifs. En bref, l’UA doit s’engager dans la politique désordonnée mais nécessaire de la réforme multilatérale – non pas en tant que pétitionnaire, mais en tant que responsable de la définition de l’ordre du jour.

 

Carlos Lopes, professeur honoraire à la Nelson Mandela School of Public Governance de l’université du Cap, est professeur invité à Sciences Po, chercheur associé à Chatham House, membre du conseil d’administration du World Resources Institute, président du conseil d’administration de la Fondation africaine pour le climat et haut représentant de l’Union africaine pour les relations avec l’Europe. Il est l’auteur de The Self-Deception Trap : Exploring the Economic Dimensions of Charity Dependency within Africa-Europe Relations (Palgrave Macmillan, 2024).

 

 Project Syndicate, 2025.
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Ce que la finance islamique apporte à la résilience climatique

En cette période de rassemblement des ministres des 57 États membres du Groupe de la Banque islamique de développement à Alger, dans le cadre de la 51e réunion annuelle de la BID, il n’est plus possible d’ignorer les effets dévastateurs du changement climatique. Les incendies de forêt anéantissent des communautés entières, les inondations entraînent le déplacement des millions de personnes, et les vagues de chaleur font plusieurs centaines de milliers de morts. Ces phénomènes météorologiques extrêmes ne sont plus des anomalies ; ils constituent la nouvelle normalité, menaçant la vie humaine et les moyens de subsistance au sein des régions du monde les plus vulnérables au changement climatique, en particulier dans les pays du Sud.

 

Les réponses traditionnelles se révélant insuffisantes face à cette menace croissante, il est nécessaire que des financements innovants occupent le devant de la scène. D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, pas moins de 3,6 milliards de personnes vivent actuellement dans des régions extrêmement vulnérables au changement climatique. Entre 2010 et 2020, le nombre de décès provoqués par les inondations, les sécheresses et les tempêtes dans ces régions a été 15 fois supérieur à celui observé dans les régions peu vulnérables, ce qui illustre la gravité et l’inégalité des effets de la crise climatique.

 

Selon la pensée dominante, l’action climatique constitue pour les économies dépendantes des ressources une question de survie économique, tandis qu’elle offre un chemin vers une croissance et un développement durables pour les économies en voie de développement. Or, de nombreuses économies s’inscrivent dans ces deux catégories – étant à la fois en voie de développement et dépendantes des ressources – ce qui accentue la difficulté de l’élaboration et de la mise en œuvre de stratégies climatiques efficaces.

 

Bien qu’une stratégie globale de résilience face au climat soit essentielle pour renforcer la capacité des économies en voie de développement à résister aux chocs, la résilience et l’adaptation doivent aller de pair. Pour les pays vulnérables, cela peut signifier consolider les infrastructures de protection contre les inondations, investir dans des variétés agricoles résistantes à la sécheresse, et diversifier les sources de revenus afin de réduire la dépendance aux secteurs sensibles au climat.

 

Les modes de financement conventionnels n’en demeurent pas moins limités, à la fois en termes de sources et de mécanismes de mise en œuvre. Les mesures cruciales de protection sociale et les systèmes de soutien sont par conséquent bien souvent sous-financés ou insuffisants. Vient s’ajouter au problème une incertitude croissante autour de la disponibilité de financements concessionnels en provenance des pays développés.

 

Face à cette réalité, il est nécessaire que l’innovation financière devienne un pilier de la résilience climatique. Institutions financières, gouvernements et autres parties prenantes doivent collaborer afin de mettre au point de nouveaux mécanismes de financement, destinés à protéger les régions vulnérables au climat.

 

Constat encourageant, plusieurs fonds et mécanismes de financement innovants ont vu le jour pour soutenir les efforts de résilience et d’adaptation. Parmi ces avancées figurent le Fonds vert pour le climat, qui fournit une assistance financière aux pays en voie de développement ; la Climate Bonds Initiative, qui favorise la croissance du marché des « obligations climat » ; l’assurance climatique, qui contribue à la gestion et réduction des risques liés au climat ; l’adaptation communautaire, qui permet aux communautés locales d’élaborer et de mettre en œuvre leurs propres stratégies d’adaptation ; ainsi que les solutions fondées sur la nature, qui se concentrent sur la restauration et la protection des écosystèmes naturels. Ces financements sont malheureusement très loin de répondre aux besoins.

 

Les banques multilatérales de développement (BMD) jouent un rôle essentiel dans la fourniture des fonds permettant aux pays vulnérables de réduire leurs émissions et d’investir dans des projets d’adaptation. D’après le plus récent rapport conjoint des banques multilatérales de développement sur le financement climatique, les BMD ont fourni en 2023 un montant record de 125 milliards $ de fonds publics pour l’action climatique. Il convient de souligner que 60 % de ce montant – 74,7 milliards $ – a été dirigé vers des pays à revenu faible et intermédiaire, ce qui illustre l’engagement des BMD à soutenir les pays les plus exposés aux risques climatiques.

 

La Banque islamique de développement fournit des efforts importants dans ce domaine. En novembre 2024, la BID a approuvé un financement de 1,15 milliard $ visant à renforcer la sécurité alimentaire et hydrique au Kazakhstan, grâce à l’irrigation durable de 350 000 hectares de terres. Ce projet a pour objectif d’accroître de 30 % le rendement moyen des cultures, ce qui améliorera la résilience des communautés face aux catastrophes climatiques, ainsi que le bien-être économique de 1,3 million de personnes vulnérables.

 

À l’instar des autres BMD, la BID est confrontée au défi du renforcement de la résilience climatique dans ses 57 États membres, dont plus de la moitié sont plus vulnérables au changement climatique que la moyenne mondiale. Pour remédier à ces vulnérabilités, il est nécessaire, d’après les estimations, que 75 à 90 milliards $ soient investis chaque année jusqu’en 2030 dans des projets d’agriculture durable, d’approvisionnement en eau et d’infrastructure. Les flux financiers en direction de ces pays aux fins de l’adaptation s’élèvent en moyenne à 23,9 milliards $ par an, ce qui signifie un déficit de financement de 68 %, que la BID s’efforce activement de combler.

 

L’offre croissante de financements pour l’adaptation illustre la contribution indispensable des BMD aux efforts mondiaux pour le climat. La réussite ne saurait toutefois se mesurer par les seuls montants déboursés, mais par les résultats tangibles et réels. Bien que le financement de l’action climatique progresse quantitativement, son efficacité dépend d’un suivi rigoureux et d’une évaluation de l’impact. Il est par conséquent essentiel que soient mis en place de solides cadres de reporting, afin de renforcer la confiance des parties prenantes, et de canaliser davantage de financements vers des projets d’adaptation. Pour renforcer leur impact, il est également nécessaire que les BMD adoptent des modèles de financement ciblés, axés sur les résultats et les politiques.

 

Au-delà du renforcement des capacités institutionnelles des emprunteurs ainsi que du développement des financements ciblés, une opportunité s’offre aux BMD de stimuler la mobilisation de ressources en attirant des capitaux en provenance de sources non conventionnelles. Le cadre de durabilité de la BID en constitue l’une des illustrations. Grâce à ce dispositif, la BID a mobilisé plus de 6 milliards $ en émettant des obligations islamiques (sukuk), qui attirent des investisseurs musulmans et non musulmans.

 

Axée sur l’adossement d’actifs et le partage des risques, la finance islamique est intrinsèquement alignée sur les principes de durabilité. Ces dernières années, plusieurs instruments tels que l’assurance coopérative (takaful), les dotations caritatives (waqf) et les plateformes de crowdfunding basées sur la foi religieuse sont apparus comme des sources alternatives de financement climatique dans le monde musulman.

 

Consciente de la nécessité de solutions de financement climatique ciblées, la BID promeut et soutient activement ces mécanismes. En tirant parti d’un secteur de la finance islamique qui représente 4 500 milliards $, ainsi qu’en adoptant son modèle d’adossement d’actifs et de partage des risques, d’autres BMD pourraient élargir et diversifier leurs sources de financement, ce qui leur permettrait de soutenir des initiatives d’adaptation et d’atténuation dans les régions les plus vulnérables du monde.

 

L’époque des projets pilotes et des interventions parcellaires est révolue. Pour bâtir un avenir de durabilité et de résilience face au climat, il est urgent que les BMD développent à plus grande échelle des solutions à fort impact, qu’elles s’ouvrent à l’innovation financière, et qu’elles favorisent la coopération mondiale. Forte de son expérience de plus d’un demi-siècle, la BID est prête à jouer son rôle.

 

Muhammad Al Jasser est président du Groupe de la Banque islamique de développement.

 

 Project Syndicate, 2025.
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Festival Sogobô 2025 : Les marionnettes au service de la paix et du développement

Depuis le 20 mai, le Musée national du Mali accueille la deuxième édition du Festival international Sogobô, porté par la Compagnie Sogolon. Devant un public nombreux, marionnettes géantes, masques rituels et danses initiatiques célèbrent la mémoire et l’ancrage culturel.

« Ce que vous voyez là, ce ne sont pas que des objets. Ce sont des voix, des héritages. Ce sont nos bibliothèques vivantes », rappelle Yaya Coulibaly, figure tutélaire du théâtre africain de marionnettes, dont l’œuvre est classée au Patrimoine mondial immatériel. Il voit dans cette édition un moment décisif pour sensibiliser la jeunesse à la richesse de l’oralité. Selon lui, « la marionnette, c’est politique, éducatif et profondément spirituel ».

Le terme « Sogobô » signifie « sortie des masques et marionnettes » en bambara. Une tradition ancestrale que Yaya Coulibaly s’efforce de préserver et de moderniser depuis la création de sa compagnie en 1980. « Je dépends des marionnettes, ma famille vit uniquement pour cela. C’est ma banque, c’est mon territoire, c’est mon livre, c’est tout mon domaine et chaque jour que Dieu nous donne », confie-t-il.

Le thème retenu cette année, « La culture, facteur de paix, de cohésion sociale et de développement socio-économique », donne le ton d’un programme riche, marqué par des spectacles inspirés des épopées bambaras, des restitutions de formations dans les quartiers périphériques et la participation de jeunes artistes issus de l’Institut national des arts et du Conservatoire. Le centre Happy Théâtre de Dialakorodji a notamment présenté une performance poignante sur les violences domestiques.

Le programme comprend également des ateliers de fabrication et de manipulation, des expositions, des conférences-débats et des master classes. Ces activités visent à renforcer les liens sociaux et à promouvoir la culture comme levier de développement.

En coulisses, l’organisation repose sur un équilibre fragile entre passion et faibles ressources. Aucune enveloppe budgétaire officielle n’a été rendue publique, mais les organisateurs évoquent des « moyens très limités », partiellement compensés par l’appui logistique de l’UNESCO et de partenaires comme Moov Africa ou Instruments 4Africa. « Il faut créer de la valeur culturelle avec presque rien, mais nous tenons debout », résume un membre de l’équipe.

Le festival joue aussi un rôle discret mais essentiel, en ce sens qu’il rémunère des dizaines d’artisans, couturiers, musiciens, forgerons, sculpteurs et jeunes comédiens. Il ravive des réseaux de transmission souvent rompus et remet en lumière des figures comme les Trésors Humains Vivants du Mali.

Le Festival international Sogobô s’impose comme un rendez-vous majeur pour les amateurs d’art et de culture, offrant une immersion rare dans l’univers des masques et marionnettes du Mali.

MD