États-Unis – Chine : Le test de Pékin

Donald Trump effectue du 13 au 15 mai une visite d’État en Chine, à l’invitation de Xi Jinping. Ce déplacement marque la première visite d’un Président américain dans le pays depuis novembre 2017, soit près de neuf ans sans séjour présidentiel américain sur le sol chinois.

Initialement envisagé plus tôt, le rendez-vous a été reporté après l’aggravation de la crise iranienne et des tensions au Moyen-Orient. Il intervient dans un contexte où Washington cherche à obtenir de Pékin des gestes sur plusieurs dossiers sensibles. Les discussions doivent porter sur le commerce, les droits de douane, les minerais critiques, l’intelligence artificielle, les technologies à double usage, les questions nucléaires, Taïwan et l’Iran.

L’enjeu dépasse largement le dialogue bilatéral. Donald Trump veut maintenir la pression sur la Chine, notamment par les restrictions technologiques et l’arme tarifaire, afin de défendre les intérêts industriels américains et de limiter les soutiens chinois jugés utiles à Téhéran. Pékin entend préserver ses marges économiques et diplomatiques. Cette rencontre dira si les deux puissances peuvent contenir leur rivalité sans aggraver les fractures mondiales. Pour les marchés, l’issue pèsera sur l’énergie, les chaînes d’approvisionnement, les investissements et les prix dans de nombreuses économies, africaines comprises.

Donald Trump s’est déjà réjoui quand à l’avenir des relations entre les deux pays. « C’est un honneur d’être avec vous. C’est un honneur d’être votre ami et les relations entre la Chine et les Etats-Unis vont être meilleures que jamais », a déclaré Trump lors d’une rencontre avec Xi Jinping, ce 13 mai.

Félicitant le président chinois pour son leadership et les progrès accomplis à la tête de son pays, Donald Trump a insisté sur l’importance du volet économique de ce sommet, rappelant que la délégation qui l’accompagne souhaite faire avancer les relations économiques entre les deux pays.

Quatre scénarios d’évolution de la guerre en Iran

Après avoir décapité le régime iranien, et bombardé les positions du Corps des gardiens de la révolution islamique durant 40 jours, l’administration Trump n’est pas parvenue à obtenir une capitulation, et a laissé l’Iran prendre le contrôle du détroit d’Ormuz. Le régime de Téhéran s’étant attaqué à des infrastructures essentielles dans les États du Conseil de coopération du Golfe, et menaçant le trafic maritime, les États-Unis ont renoué avec la logique TACO (« Trump finit toujours par se dégonfler ») en acceptant un cessez-le-feu. Désormais, la hausse de l’inflation et le ralentissement de l’activité économique laissent présager une période de stagflation – juste à temps pour mécontenter les électeurs à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis.

 

Quelle sera alors la suite des événements ? Quatre scénarios sont possibles.

 

Dans le premier scénario, l’actuel cessez-le-feu pourrait aboutir à des négociations fructueuses visant à mettre fin aux hostilités militaires ainsi qu’à rouvrir le détroit d’Ormuz. Les États-Unis disposent ici de cartes à jouer, dans la mesure où leur blocus sur la totalité du trafic maritime en direction et en provenance des ports iraniens accentue la pression financière sur le régime. Trump espère probablement qu’une faction plus modérée – éventuellement menée par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf – parviendra à convaincre les partisans de la ligne dure qu’un compromis sur la question nucléaire apportera à la fois un allègement des sanctions et un regain de recettes issues du trafic maritime dans le détroit.

 

Ce scénario est toutefois peu probable, dans la mesure où le régime est capable de supporter des difficultés économiques bien plus longtemps que Trump (compte tenu des élections de mi-mandat qui approchent). De plus, les deux parties demeurent très éloignées sur de nombreuses questions, pas seulement concernant les ambitions nucléaires iraniennes. Les États-Unis s’opposent aux programmes de missiles balistiques et de drones de l’Iran, à son soutien aux groupes islamistes radicaux à travers le Moyen-Orient, aux péages qu’il souhaite imposer au trafic dans le détroit d’Ormuz, ainsi qu’à d’autres aspects. La résolution ne serait-ce que d’un seul de ces points nécessiterait des pourparlers longs et complexes, menés par des négociateurs sérieux et expérimentés.

 

Cette opposition nous conduit à un deuxième scénario, qui verrait le cessez-le-feu se poursuivre, mais les négociations s’éterniser pendant encore quelques mois, et le détroit demeurer bloqué. Telle est globalement la situation actuelle, loin d’être idéale. Le statu quo inflige en effet des dommages économiques et financiers considérables à l’économie mondiale, les prix du pétrole et de l’énergie affichant une tendance à la hausse, dépassant même leur pic atteint durant les 40 jours de guerre ouverte.

 

Dans ces conditions, la croissance mondiale ralentirait, et l’inflation augmenterait. Ce deuxième scénario étant toutefois intrinsèquement instable, il ne durerait probablement pas plus de deux à trois mois. Il céderait nécessairement la place soit au premier scénario (l’un des deux camps fléchirait et se montrerait disposé à faire des compromis pour rouvrir le détroit et garantir un cessez-le-feu plus durable), soit à une escalade du conflit. Les accrochages militaires survenus cette semaine dans le Golfe démontrent en effet la fragilité de tout cessez-le-feu non accompagné d’un accord.

 

Dans le troisième scénario, les États-Unis et Israël intensifieraient le conflit en déployant tous les moyens militaires, économiques et autres à leur disposition pour forcer une capitulation ou l’effondrement du régime. En cas de capitulation, le régime serait contraint d’accepter l’arrêt complet de l’enrichissement nucléaire, et de rouvrir le détroit sans condition. Il s’agirait du dénouement le plus souhaitable pour les États-Unis, l’Europe, l’Asie (Chine incluse) et le reste du monde.

 

Le risque existe bien entendu de voir le régime iranien survivre à une telle escalade. Dans le quatrième scénario, Téhéran utiliserait ce qui lui reste de missiles balistiques, de drones et de forces navales pour infliger d’importants dégâts permanents à encore davantage d’installations énergétiques dans le Golfe, tout en conservant son emprise sur le détroit. Si cela devait se produire, les prix du pétrole grimperaient jusqu’à avoisiner voire dépasser les 200 $ le baril, et nous serions confrontés à une stagflation comparable à celle des années 1970, à une récession mondiale ainsi qu’à un marché baissier du côté des actions.

 

Une escalade pourrait certes pousser les deux camps à trouver une solution négociée, le scénario 2 (celui du statu quo) passant par les scénarios 3 ou 4 avant de déboucher sur le scénario 1. C’est toutefois peu probable, car nous reviendrions à la négociation d’un cessez-le-feu qui, nous le savons désormais, échoue à porter ses fruits. Ainsi, l’escalade risque de dégénérer plutôt que de conduire au retour à un cessez-le-feu négocié.

 

Si Trump espère voir se concrétiser le scénario 1, il s’agit probablement d’un vœu pieux. À Téhéran, ce sont en effet les radicaux et les partisans de la ligne dure qui dominent, eux qui ont déjà démontré leur volonté et leur capacité à supporter les difficultés économiques liées au blocus, et qui n’auront pas à se présenter devant un électorat cet automne.

 

En ce qui concerne les implications économiques et boursières à long terme, le scénario 3 est le plus souhaitable, car il signifierait une réouverture permanente du détroit. Le deuxième scénario le plus favorable serait le scénario 1, qui s’accompagnerait néanmoins du risque de voir l’Iran fermer le détroit à tout moment en cas de menaces américaines ou israéliennes contre le régime. Cette possibilité entraînerait une prime permanente de 15 à 20 % sur le prix du pétrole par rapport au niveau d’avant-guerre. Pour autant, la situation actuelle (le scénario 2) est encore plus négative, dans la mesure où chaque mois durant lequel le cessez-le-feu n’aboutira pas à un accord conduira à davantage de ralentissement de la croissance mondiale et d’augmentation de l’inflation. Seul le scénario 4 serait plus délétère.

 

Compte tenu de ces risques considérables, le fait que les marchés mondiaux aient récemment atteint de nouveaux sommets, à commencer par les actions américaines et asiatiques, peut sembler pour le moins surprenant. J’y vois deux explications. Premièrement, les investisseurs s’attendent à ce que le cessez-le-feu devienne prochainement permanent, d’une manière ou d’une autre, avec pour conséquence une forte baisse des prix du pétrole. Deuxièmement, une hypothèse existe selon laquelle les vents favorables liés à l’essor de l’IA et des centres de données continueront de souffler beaucoup plus fort que les vents contraires liés à la guerre.

 

Ceux qui sont convaincus par cette hypothèse risquent de connaître un réveil brutal. En effet, les marchés anticipent une probabilité de cessez-le-feu permanent plus élevée que de raison (supérieure à 75 %). Par ailleurs, si la situation évolue vers une escalade, la volatilité économique et boursière s’accentuera, tout comme les risques baissiers, même dans le scénario le plus favorable. Même en cas d’escalade suivie d’une capitulation du régime – scénario plus probable qu’une stagflation de type années 1970 – les marchés auront dans l’intervalle significativement sous-estimé le risque de conséquences négatives. Pour quiconque situé du mauvais côté de la transaction, la douleur sera la même, qu’elle dure quelques mois, des années ou plusieurs décennies.

 

Nouriel Roubini, conseiller économique principal chez Hudson Bay Capital Management, est professeur émérite à la Stern School of Business de l’Université de New York. Son ouvrage le plus récent s’intitule Megathreats: Ten Dangerous Trends That Imperil Our Future, and How to Survive Them (Little, Brown and Company, 2022).

 

 Project Syndicate, 2026.
www.project-syndicate.org

Proche-Orient : Le blocus maritime fait monter la pression avant le 22 avril

Le cessez-le-feu conclu le 8 avril entre Washington et Téhéran tient encore, mais le blocus maritime instauré le 13 avril contre les ports iraniens fait monter la pression. À l’approche du 22 avril, date d’expiration annoncée de la trêve, les inquiétudes se concentrent sur le détroit d’Ormuz et les marchés de l’énergie.

À la suite de l’échec des discussions directes tenues à Islamabad les 11 et 12 avril, les États-Unis ont annoncé la mise en œuvre d’un dispositif de blocus maritime ciblant le trafic lié aux ports iraniens. Les navires à destination ou en provenance des installations portuaires iraniennes sont désormais concernés, tandis que la circulation vers les autres ports de la zone reste autorisée sous surveillance renforcée.

Cette décision intervient après 21 heures de pourparlers entre délégations américaine et iranienne qui se sont achevés sans accord. Le dossier nucléaire demeure le principal point de blocage. Washington continue d’exiger un engagement clair sur l’arrêt de toute capacité militaire liée à l’enrichissement, alors que Téhéran rejette les demandes portant sur le démantèlement de ses installations et lie toute avancée à la levée des sanctions.

Le détroit d’Ormuz concentre désormais l’essentiel des inquiétudes. Cette voie maritime stratégique, par laquelle transite une part majeure du commerce mondial de pétrole, fait l’objet d’une surveillance intense par les forces américaines et iraniennes. Les autorités iraniennes ont indiqué suivre étroitement les mouvements dans la zone, tandis que Washington maintient la pression sur les flux liés aux ports iraniens.

Les marchés ont immédiatement réagi à cette évolution. Les cours du Brent ont repassé le seuil des 100 dollars le baril dans un climat de forte volatilité, nourrissant les inquiétudes sur les coûts de l’énergie, le fret maritime et l’inflation mondiale. Les premières estimations des marchés tablent sur une nouvelle poussée des coûts du transport maritime et des assurances dans le Golfe si le blocus devait se prolonger au-delà de cette semaine. Des tensions durables dans le Golfe pourraient aussi peser sur les prix alimentaires mondiaux.

Dans le même temps, plusieurs capitales poursuivent leurs efforts diplomatiques pour éviter une rupture définitive du cessez-le-feu avant le 22 avril, alors que la région reste sous tension et que toute évolution à Ormuz pourrait avoir des répercussions immédiates sur les marchés mondiaux. Déjà, la Chine et le Pakistan ont appelé le 13 avril à la reprise rapide des discussions afin d’éviter une rupture définitive de la trêve avant le 22 avril.

États-Unis – OTAN : La trêve n’efface pas la fracture

Le fragile cessez-le-feu obtenu entre Washington, Téhéran et Tel-Aviv n’a pas dissipé les tensions entre les États-Unis et leurs alliés européens. Derrière l’accalmie militaire autour du détroit d’Ormuz, la crise a ravivé les interrogations sur la solidité du lien transatlantique et sur l’avenir de l’alliance atlantique.

La trêve provisoire annoncée entre les États-Unis, l’Iran et Israël a pour l’instant éloigné le risque d’un embrasement régional. Mais elle n’a pas refermé la fracture diplomatique ouverte ces derniers jours entre Washington et plusieurs capitales européennes. Donald Trump a ravivé les interrogations sur l’engagement américain au sein de l’OTAN, reprochant à certains alliés leur refus de s’engager davantage dans la sécurisation du détroit d’Ormuz et des voies maritimes énergétiques. Cette accalmie de deux semaines, saluée avec prudence à Bruxelles, ne dissipe ni les tensions accumulées ni les doutes sur la place future de Washington au sein de l’alliance.

Le sujet dépasse désormais la crise immédiate au Moyen-Orient. C’est toute la crédibilité du pilier sécuritaire occidental qui se trouve questionnée. La visite à Washington du Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, prévue du 8 au 12 avril, vise à contenir une tension rare entre les deux rives de l’Atlantique. Il doit également s’entretenir avec Marco Rubio et Pete Hegseth dans une tentative de désamorcer les divergences.

Washington est au cœur du dispositif militaire de l’alliance. Si la direction politique est assurée par Mark Rutte, les États-Unis occupent toujours le poste militaire le plus stratégique à travers le SACEUR, Commandement suprême des forces alliées en Europe, historiquement confié à un Général américain. Cette fonction est exercée par le Général Alexus G. Grynkewich, qui supervise la dissuasion, les déploiements sur le flanc oriental et la coordination opérationnelle.

À cette présence militaire s’ajoute le rôle diplomatique central de Washington au sein du Conseil de l’Atlantique Nord, organe décisionnel de l’alliance. Plutôt qu’un simple geste politique, une éventuelle sortie américaine toucherait directement l’architecture de défense collective de l’Europe.

Sur le plan institutionnel, une telle décision reste toutefois encadrée. Depuis 2023, le Congrès américain impose qu’aucun retrait des États-Unis de l’OTAN ne puisse être acté sans l’accord des deux tiers du Sénat ou l’adoption d’une loi spécifique. Le traité prévoit en outre un délai d’un an après notification officielle.

Pour les alliés européens, la trêve avec l’Iran n’efface donc pas la question centrale : celle de la fiabilité de l’engagement américain dans une période marquée par les tensions énergétiques, les risques militaires et des divergences stratégiques persistantes.

Iran : le flou persiste autour du rapatriement de ressortissants maliens

Plusieurs pays africains ont déjà évacué leurs ressortissants d’Iran face à des tensions persistantes dans la région. Pour les Maliens, un plan avait été annoncé en 2025, sans qu’un bilan officiel n’en précise aujourd’hui l’état de mise en œuvre.

Au plus fort des tensions au Moyen-Orient, en juin 2025, les autorités maliennes avaient engagé un dispositif de suivi de leurs ressortissants établis en Iran. À travers un communiqué officiel, le ministère des Maliens établis à l’extérieur indiquait suivre avec attention l’évolution de la situation sécuritaire, en lien avec l’ambassade du Mali à Téhéran. Le suivi consulaire s’appuie notamment sur des échanges réguliers avec les responsables de la communauté malienne, afin de centraliser les informations et d’identifier les situations les plus urgentes.
Toute opération d’évacuation reste toutefois tributaire de facteurs extérieurs, notamment l’ouverture des espaces aériens, la disponibilité de couloirs de transit et la coordination avec des pays tiers.
Contexte évolutif
Début mars 2026, le contexte régional a évolué, avec une intensification du conflit, marquée par des frappes menées conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, élargissant le niveau de risque pour les ressortissants étrangers.
Les données alors disponibles faisaient état d’une communauté estimée à environ 130 ressortissants. Celle-ci se composait de diplomates et de leurs familles installés à Téhéran, d’une vingtaine d’étudiants boursiers à Qazvin, ainsi que d’un groupe plus important d’étudiants en sciences islamiques vivant à Qom, souvent accompagnés de leurs proches. Ces parcours, souvent inscrits dans la durée, impliquent des attaches académiques et familiales qui peuvent freiner un départ rapide en situation de crise.
Cette implantation, en grande partie liée à des parcours de formation religieuse et universitaire, explique la dispersion géographique des ressortissants maliens dans le pays.
Diaspora
Face à la dégradation du contexte sécuritaire en 2025, les autorités avaient établi un contact direct avec ces communautés afin d’évaluer leurs besoins et d’anticiper d’éventuelles opérations d’évacuation. Un plan de rapatriement avait été envisagé pour les personnes souhaitant quitter le territoire, avec des dispositions logistiques à l’étude, dans un environnement marqué par des contraintes de transport et des restrictions de circulation.
Dans l’attente de sa mise en œuvre, les autorités maliennes avaient appelé à la prudence, invitant leurs ressortissants à éviter les zones sensibles et à se conformer aux consignes des représentations diplomatiques. Cette phase de préparation s’inscrivait dans une période de vigilance, alors que plusieurs pays réévaluaient la sécurité de leurs communautés présentes dans la région.
Près d’un an plus tard, peu d’éléments publics permettent de mesurer l’évolution de ce dispositif. Aucune communication officielle n’a précisé le nombre de ressortissants effectivement rapatriés, ni les modalités d’éventuelles opérations conduites depuis juin 2025.
Évacuations
Cette absence de bilan contraste avec les initiatives prises par plusieurs États africains confrontés à des situations similaires. Le Sénégal a notamment procédé au rapatriement d’une cinquantaine de ses ressortissants, évacués par voie terrestre vers la Turquie avant leur retour à Dakar. D’autres pays, comme l’Ouganda ou le Kenya, ont également organisé des opérations d’évacuation, souvent en coordination avec des partenaires diplomatiques ou des États de transit.
Ces opérations s’appuient généralement sur des mécanismes de coopération entre États africains et partenaires internationaux, facilitant les évacuations via des pays de transit. Elles reposent sur des itinéraires alternatifs, combinant déplacements terrestres et liaisons aériennes, dans un contexte marqué par des restrictions sur l’espace aérien et des conditions de sécurité fluctuantes.
Dans ce type de crise, l’évolution rapide du contexte sécuritaire rend difficile toute planification rigide et impose des ajustements permanents aux dispositifs envisagés.
Attente
Pour les ressortissants maliens présents en Iran, la situation reste suivie à distance, sans indication publique sur une éventuelle phase opérationnelle du plan annoncé en 2025. Entre préparation initiale et absence de communication actualisée, la question du rapatriement demeure, à ce stade, sans visibilité claire.
Dans un environnement international marqué par des tensions persistantes, la gestion de ces situations continue de poser des défis aux États, appelés à concilier impératifs de sécurité, contraintes logistiques et accompagnement de leurs ressortissants à l’étranger.

Iran–USA : les discussions nucléaires relancées à Genève

Washington et Téhéran doivent reprendre leurs discussions indirectes sur le nucléaire ce 26 février à Genève, sous médiation omanaise. Cette nouvelle session intervient dans un climat de pression militaire et d’escalade verbale.

Les États-Unis et l’Iran sont attendus ce jeudi à Genève pour un nouveau round de discussions indirectes sur le programme nucléaire iranien. L’annonce a été confirmée par le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Albusaidi, dont le pays assure la médiation entre les deux capitales. Cette rencontre fait suite à deux cycles précédents, organisés d’abord à Mascate puis à Genève le 17 février, où les parties ont convenu de principes généraux en vue d’un éventuel accord.
Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi doit faire face à l’émissaire spécial américain Steve Witkoff. Le chef de la diplomatie iranienne a évoqué « une bonne chance » d’aboutir à une solution diplomatique, tout en rappelant que Téhéran n’acceptera de discuter que de son programme nucléaire. Les questions relatives aux missiles balistiques ou aux alliances régionales de l’Iran sont exclues du cadre des négociations.
Le cœur du désaccord demeure l’enrichissement de l’uranium. Washington affirme que l’Iran ne doit conserver aucune capacité susceptible de conduire à la fabrication d’une arme nucléaire. Téhéran défend son droit souverain à l’enrichissement à des fins civiles. Les rapports récents de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) font état d’un niveau d’enrichissement élevé, alimentant les inquiétudes occidentales.
Ces discussions s’ouvrent alors que les États-Unis maintiennent une présence militaire renforcée au Moyen-Orient. Selon des responsables américains, des ajustements logistiques ont été observés dans plusieurs bases de la région, notamment au Qatar et à Bahreïn, siège de la 5e flotte américaine. Des estimations évoquent entre 30 000 et 40 000 soldats américains déployés dans la zone. Le président Donald Trump a déclaré que l’option militaire restait envisageable en cas d’échec diplomatique.
L’Iran, de son côté, a averti par l’intermédiaire de sa mission auprès des Nations unies que toute attaque américaine visant ses intérêts entraînerait des représailles contre les bases et installations américaines dans la région.
Ces échanges se déroulent dans un climat intérieur tendu en Iran, où des rassemblements d’étudiants ont été signalés à Téhéran et dans plusieurs grandes villes après la répression de manifestations en janvier. Le précédent accord de 2015 reste fragilisé et aucune alternative formelle n’a encore émergé, laissant à la session de Genève la possibilité de préciser les contours d’un éventuel compromis.

Traité nucléaire : Un monde désormais sans cadre contraignant

Depuis l’expiration du traité New START, aucun accord juridiquement contraignant ne limite plus les arsenaux nucléaires stratégiques des États-Unis et de la Russie. Cette situation intervient alors que plusieurs États dotés de l’arme nucléaire sont engagés dans des tensions ou des conflits persistants.

La fin du traité New START met un terme au dernier accord bilatéral encadrant les forces nucléaires stratégiques américaines et russes. Entré en vigueur en 2011, cet accord s’inscrivait dans l’architecture de contrôle des armements développée depuis la fin de la Guerre froide, dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. New START fixait des limites précises au nombre d’ogives nucléaires stratégiques déployées ainsi qu’au nombre de vecteurs autorisés, incluant les missiles balistiques intercontinentaux, les missiles lancés depuis des sous-marins et les bombardiers lourds, selon des règles de comptage définies. Il prévoyait des échanges de données et des inspections sur site.

À ce jour, aucun dispositif juridiquement contraignant n’est venu remplacer ces mécanismes. À la suite de l’expiration du traité, la Russie a indiqué que les obligations qui en découlaient ne s’appliquaient plus. Les États-Unis et la Russie ont toutefois maintenu des échanges, par le biais de canaux de communication militaire et stratégique, et la question d’une éventuelle poursuite de l’observation de certains paramètres a fait l’objet de discussions. Les Nations unies ont relevé l’absence de cadre formel de contrôle des armements entre les deux principales puissances nucléaires.

Selon les estimations internationales les plus récentes, neuf États possèdent des armes nucléaires, les États-Unis et la Russie concentrant l’essentiel des ogives mondiales sur un total estimé à plus de douze mille, dans un contexte international marqué par plusieurs foyers de tension.

La guerre en Ukraine se poursuit entre la Russie et un pays soutenu par plusieurs puissances nucléaires occidentales. En Asie du Sud, l’Inde et le Pakistan restent engagés dans une rivalité militaire durable, tandis qu’en Asie de l’Est, la Corée du Nord développe ses capacités balistiques et la Chine modernise son arsenal stratégique.

Au Moyen-Orient, le programme nucléaire iranien reste au cœur de l’actualité internationale. L’Iran poursuit l’enrichissement de l’uranium à des niveaux élevés tout en participant à des discussions diplomatiques d’encadrement, dans un contexte régional tendu.

Dans ce contexte, l’expiration du traité New START laisse les relations nucléaires stratégiques entre grandes puissances sans cadre juridiquement contraignant commun. Elles reposent désormais sur des engagements unilatéraux et des contacts bilatéraux, dans un environnement international marqué par des crises et rivalités multiples.

Guerre israélo-iranienne : La fragilité des alliances face à la Realpolitik

La récente escalade militaire entre Israël et l’Iran dévoile la volatilité des alliances internationales et les limites de la dépendance sécuritaire. Dans un monde où les intérêts priment sur les engagements, chaque État doit repenser sa stratégie pour garantir sa souveraineté.

Depuis le 13 juin 2025, l’Opération Rising Lion, menée par Israël contre plusieurs sites nucléaires et infrastructures stratégiques en Iran, a bouleversé l’équilibre régional. Près de 224 morts et plus de 1 200 blessés, selon les autorités iraniennes, témoignent de la violence de cette offensive, assumée publiquement par le Premier ministre israélien Netanyahu. Si l’appui discret des États-Unis à Israël a évité une riposte directe contre les forces américaines, il a paradoxalement renforcé la cohésion autour du régime iranien, loin d’isoler Téhéran sur la scène internationale. Ce raid, l’un des plus importants depuis l’attaque iranienne par drones du 13 avril dernier, vise selon Tel-Aviv à prévenir un réarmement stratégique de son principal ennemi régional.

Cette séquence révèle la fragilité des alliances traditionnelles. La Russie, tout en dénonçant les frappes israéliennes comme « illégales », propose une médiation sans véritable engagement, illustrant la prudence de Moscou à s’impliquer dans un conflit qui pourrait menacer ses propres intérêts. Les États du Sahel, récemment tournés vers la Russie pour compenser le retrait occidental, découvrent que ces partenariats restent conditionnés et instables. La Realpolitik domine, dans la mesure où les alliances se font et se défont au gré des rapports de force et des intérêts immédiats.

Les États-Unis, convaincus de la faiblesse stratégique de l’Iran, soutiennent l’offensive israélienne, mais ce calcul pourrait se retourner contre eux. La réaction iranienne, marquée par une résistance farouche et la menace d’un réarmement nucléaire, montre que la pression extérieure peut parfois renforcer la détermination d’un régime plutôt que le fragiliser. En Israël, la dimension politique interne n’est pas absente, dans la mesure où la gestion de la crise sert aussi à consolider le pouvoir de Netanyahu face à ses détracteurs.

La leçon pour les États tiers, notamment au Sahel, est limpide. En effet, la sécurité ne s’achète pas sur étagère et ne se délègue pas sans risques. Miser sur des alliances extérieures sans investir dans ses propres capacités revient à s’exposer à l’imprévisible. Dans un monde multipolaire, la souveraineté et l’autonomie stratégique restent les meilleurs remparts contre l’instabilité et la dépendance. C’est aussi un avertissement pour d’autres régions en crise.

Une escalade probable du conflit entre Israël et l’Iran

Les récentes frappes menées par Israël contre des installations militaires iraniennes, en représailles à l’attaque de missiles balistiques de l’Iran contre Israël, ont été suivies d’une impression générale selon laquelle le risque de nouvelle escalade était contenu. Les premières déclarations du dirigeant suprême de la République islamique ont suggéré que l’Iran ne répondrait pas davantage, et les marchés financiers semblaient d’accord, les prix du pétrole ayant chuté de 5 % immédiatement après les frappes israéliennes (même s’ils sont ensuite légèrement repartis à la hausse après de nouvelles déclarations belliqueuses de certains commandants militaires iraniens).

 

Or, cette impression générale est probablement erronée. L’évaluation de la menace iranienne par Israël a en effet considérablement évolué au cours des derniers mois. Les positions se sont en effet durcies, et pas seulement celles du Premier ministre Benyamin Netanyahou et de ses alliés de droite, mais également celles de plusieurs acteurs importants de l’opposition centriste et de centre-gauche, parmi lesquels Benny Gantz et Yair Lapid, qui considèrent eux aussi qu’Israël doit aller plus loin que ses frappes récentes.

Que l’on partage ou non cette évaluation israélienne de la situation, un consensus règne désormais en Israël : le régime iranien représente une menace immédiate, claire et présente. Les proxies de l’Iran continuant d’attaquer Israël – Hamas, Hezbollah, Houthis et milices chiites en Irak et en Syrie – les dirigeants israéliens concluent à la nécessité de résoudre le problème à sa source. Cela pourrait signifier frapper les installations nucléaires iraniennes, ainsi qu’éliminer les principaux dirigeants militaires et politiques du régime, comme Israël l’a déjà fait avec le Hamas et le Hezbollah. En neutralisant le leadership du Hezbollah, et en détruisant une grande partie de ses capacités offensives, les Israéliens ont significativement réduit l’effet dissuasif que l’Iran exerçait sur eux.

Face à ce changement radical dans l’équilibre des forces, l’Iran n’a plus qu’une option pour dissuader Israël, puisque même ses missiles offensifs et autres armes n’ont pas permis d’infliger de dommages significatifs à l’ennemi : accélérer la mise au point de sa capacité nucléaire. Seulement voilà, Israël considérant qu’un Iran doté de l’arme atomique constituerait une menace existentielle, l’État hébreu n’aurait pas d’autre choix que de frapper les installations nucléaires iraniennes (et les dirigeants iraniens) avant que le régime de Téhéran ne parvienne à développer un dispositif opérationnel.

De nouvelles frappes aériennes israéliennes sont par conséquent hautement probables, quelle que soit la retenue affichée par l’Iran. Une victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine pourrait donner à Israël un feu vert encore plus clair pour des frappes contre l’Iran, mais il est également possible qu’une victoire de Kamala Harris n’empêche par Israël de s’attaquer à ce qu’il perçoit comme une menace existentielle.

Si Israël commençait à intensifier progressivement ses attaques contre l’Iran, potentiellement après de nouvelles attaques iraniennes contre l’État hébreu, une administration américaine quelle qu’elle soit continuerait inévitablement de soutenir celui-ci, directement ou indirectement. La question de la capacité d’Israël à détruire l’essentiel du programme nucléaire iranien, ou à précipiter un changement de régime en Iran, importe peu ici ; des dégâts même limités sur les installations nucléaires iraniennes pourrait retarder de plusieurs années les ambitions nucléaires de Téhéran, et ainsi instaurer la dissuasion souhaitée par Israël.

Compte tenu de cette probabilité d’escalade dans les semaines et mois à venir, un certain nombre de risques économiques et financiers devront être gérés. Une importante frappe israélienne contre l’Iran pourrait sérieusement perturber la production et les exportations énergétiques en provenance du Golfe. S’il était poussé jusqu’au désespoir, l’Iran pourrait tenter de miner le Golfe, de bloquer le détroit d’Ormuz, et de frapper les installations pétrolières saoudiennes. Dans un tel scénario, le monde connaîtrait des chocs stagflationnistes comparables à ceux qui suivirent la guerre du Kippour de 1973 et la révolution iranienne de 1979.

Une flambée des prix du pétrole serait désastreuse pour l’économie mondiale ainsi que pour le bien-être de plusieurs milliards de personnes, et les dirigeants politiques devraient alors songer à des mesures permettant d’atténuer le choc. Si un conflit majeur devait survenir, il faudrait qu’il soit aussi court que possible. Il faudrait qu’Israël frappe l’Iran très violemment et avec une précision extrême, plutôt que sur une période de plusieurs mois, et que des navires de déminage (du type de ceux que le Japon utilise) soient ensuite déployés en mer au plus vite.

Par ailleurs, dans un tel scénario, il serait nécessaire que les États-Unis fournissent à l’Arabie saoudite des technologies de défense avancées – par exemple des systèmes antimissiles Patriot supplémentaires – pour minimiser le risque de destruction par l’Iran des infrastructures saoudiennes de production et de livraison de pétrole. Parallèlement, le Royaume pourrait massivement accroître sa production pétrolière et ses exportations liées à sa capacité excédentaire, afin de réduire le risque d’explosion des prix au niveau mondial, tandis que les États-Unis et d’autres puissances puiseraient dans leurs réserves stratégiques de pétrole pour amortir davantage l’impact.

Les gouvernements des économies développées et des marchés émergents pourraient également mettre en place des subventions budgétaires temporaires pour les consommateurs d’énergie – à l’image de celles instaurées après la flambée des prix qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. De leur côté, les banques centrales pourraient répondre à un choc stagflationniste en maintenant leurs taux directeurs à un niveau stable, voire en les abaissant. Les anticipations d’inflation étant bien ancrées (ce qui n’était pas le cas dans les années 1970), les banques centrales ne devraient pas, dans ce scénario, surréagir en opérant un resserrement face à un choc susceptible de se révéler temporaire (d’une durée de quelques mois).

Bien entendu, étant donné le risque considérable associé à une importante attaque israélienne contre l’Iran, une administration Harris déconseillerait probablement très fortement une telle décision. Outre les répercussions économiques et financières mondiales, un échec dans la destruction des installations nucléaires iraniennes ne ferait que renforcer la détermination du régime à développer l’arme atomique.

Un succès, en revanche, pourrait produire des bienfaits considérables. Le régime iranien – depuis longtemps source majeure d’instabilité au Moyen-Orient – serait alors sérieusement affaibli, tout comme ses proxies dans la région par voie de conséquence. Une révolution populaire en Iran ne serait pas à exclure à la suite d’attaques israéliennes de grande ampleur. Le régime est d’ores et déjà fragilisé aujourd’hui, impopulaire et rejeté par la plupart des Iraniens. S’il venait à chuter, le contexte évoluerait favorablement en direction d’un cessez-le-feu à Gaza, d’une normalisation des relations israélo-saoudiennes, et à terme d’une reprise des discussions autour d’une solution à deux États pour Israël et la Palestine.

Ainsi, une potentielle attaque israélienne contre l’Iran constitue une stratégie à la fois à haut risque et susceptible de produire de très importants résultats favorables, une stratégie qui pourrait conduire soit à un désastre économique planétaire, soit à une reconfiguration positive du Moyen-Orient. C’est en tous les cas ainsi qu’Israël voit les choses, sachant qu’il faut s’attendre à de nouvelles provocations iraniennes contre l’État hébreu. Quelles que soient les opinions des uns et des autres concernant l’évaluation israélienne de la situation, une escalade du conflit est très probable.

 

Nouriel Roubini, conseiller principal chez Hudson Bay Capital Management LP, est professeur émérite d’économie à la Stern School of Business de l’Université de New York. Son ouvrage le plus récent s’intitule Megathreats: Ten Dangerous Trends That Imperil Our Future, and How to Survive Them (Little, Brown and Company, 2022). Il a été conseiller principal au Trésor des États-Unis (1999-2000).

 

Project Syndicate, 2024.
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