Fodé Diallo : « L’agriculture malienne doit impérativement jouer son rôle stratégique »

Enseignant-chercheur à l’IPR/IFRA de Katibougou, Fodé Diallo analyse les effets des crises internationales sur l’agriculture malienne. Il évoque également les pistes pour réduire la dépendance du pays aux intrants importés.

Quel impact des tensions internationales sur les agriculteurs maliens ?

Fodé Diallo :

Effectivement avec la globalisation en général et la dépendance de notre pays à l’importation des produits (semences améliorées ; engrais chimiques, pesticides…). Les tensions actuelles peuvent affecter les agriculteurs et les filières agricoles car ces intrants susmentionnés proviennent de l’Europe, Asie et même de l’Amérique. Avec la cerise en Moyen-Orient impliquant plusieurs Etats directement ou indirectement. Ces Etats sont obligés de revoir leurs productions, les commerçants pourront avoir beaucoup de difficultés pour acheminer les intrants.

Quels effets sur les coûts de production et la sécurité alimentaire ?

Fodé Diallo :

La perturbation des marchés d’intrants affecte l’approvisionnement la distribution et disponibilités des intrants en quantité et en qualité surtout au moment opportun. Cette situation contribue à la diminution de la production et surtout de la productivité sans oublier la question de la qualité des produits.

Et directement le coût de production augmente et la sécurité alimentaire qui dépend fondamentalement de la production locale sera difficile à contenir…

Les campagnes agricoles sont-elles menacées ?

Fodé Diallo :

Évidemment l’agriculture Malienne avec sa grande dépendance de l’extérieur surtout pour le coton et le maïs les conflits internationaux peuvent compromettre la campagne agricole si des dispositions ne sont pas prises.

Les actions à envisager :

L’utilisation d’autres corridors d’approvisionnement (avec des pays qui ne sont pas impliqué dans le conflit);

La promotion et la valorisation des fumures organiques sur place (Composte liquide et solide…);

Le respect strict des techniques et calendrier agricole ;

La promotion et l’utilisation des biopesticides locaux …

Quel rôle pour l’agriculture dans la souveraineté alimentaire ?

Fodé Diallo :

Dans le cas de figure l’Agriculture malienne peut et doit impérativement jouer son rôle stratégique dans la souveraineté alimentaire qui s’appuie sur la production locale. Surtout avec la grande superficie cultivable ; de grandes étendues d’eau pendant toute l’année ; notre position intertropicale… De grands nombres d’animaux adaptés à notre écosystème…

Il reste la planification et la bonne gestion couronnée par la rigueur dans les suivis…

Actuellement les plus hautes autorités doivent promouvoir l’homme qu’il faut pour le résultat au grand bénéfice des consommateurs et des producteurs.

Quelles réformes ou innovations prioritaires ?

Fodé Diallo :

L’IPR IFRA de Katibougou avec son expérience séculaire dans la formation de base et continue des cartes et la recherche agricole joue un rôle important même si beaucoup j’insiste beaucoup d’actions doivent être entrepris à L’IPR et au-delà :

Le renforcement des capacités des enseignants chercheurs dans leurs spécificités beaucoup d’entre nous ont besoin de recyclage…

Le financement des projets de recherche d’innovations agricoles… En mettant l’accent sur la pertinence, l’acceptabilité communautaire et un résultat satisfaisant et rentable…

La promotion de la production et de la transformation des intrants et produits agricoles…

La lutte contre la corruption et l’utilisation inappropriée des pesticides.

Déjà, il existe plusieurs packages pour les points cités…

Les producteurs ressentent-ils déjà les effets des crises ?

Fodé Diallo :

À ce niveau

La crise en Ukraine a déjà eu des effets sur les exploitations agricoles avec l’accès difficile des intrants et sur les producteurs avec l’augmentation des charges…

La crise dans notre espace (Sahel) affecte également notre agriculture. Les problèmes de carburant, l’insécurité dans les villages dans les champs sur les routes… ont eu un impact considérable sur les coûts de production et d’approvisionnement des denrées alimentaires en quantité et en qualité.

Par rapport à la crise au Moyen-Orient il est trop tôt pour établir le lien avec la production agricole même s’il est évident qu’il y aura de l’incidence sur les exploitations agricoles mais la durée de cette crise et son ampleur dans le temps et dans l’espace sont déterminants.

Ce qu’il faut faire c’est l’anticipation la planification et la promotion de solutions locales (semences, fertilisants, pesticides, transformation, utilisation…)

 

RSE Tour University : Quand la jeunesse malienne prend le leadership du développement durable

L’Institut RSE Mali a marqué un tournant historique dans la mobilisation de la jeunesse autour des enjeux du développement durable, en organisant les 9 et 10 aout 2025 à Katibougou, dans la région de Koulikoro, la 1ère édition de la RSE Tour University. Le plus grand évènement universitaire jamais consacré à la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) au Mali portait sur le thème : « RSE et Agriculture durable : enjeux et opportunités ».

Portée par Souleymane Ben Déka Diabaté, jeune leader et spécialiste reconnu de la RSE, cette initiative a réuni près de 400 participants sur deux jours à l’IPR/IFRA de Katibougou, haut lieu de formation en agroécologie. Étudiants, jeunes entrepreneurs, experts, ONG, entreprises et autorités locales ont répondu présents pour débattre, apprendre et s’engager.

La RSE Tour University a pour objectif de faire de la RSE un outil concret d’employabilité, de transformation sociale et d’entrepreneuriat inclusif et durable au Mali.

Les participants ont eu l’opportunité d’assister à des panels riches et inspirants animés par des experts, consultants et chefs d’entreprises. Parmi les temps forts, deux panels ont marqué les esprits. Le premier sur l’inclusion financière, avec un focus sur les micro-assurances et microcrédits, a permis d’identifier des solutions innovantes pour élargir l’accès aux services financiers aux populations vulnérables.

Le second, dédié au changement climatique, à la résilience agricole et à l’entrepreneuriat vert, a mis en lumière les défis et opportunités pour une transition écologique inclusive au Mali.

L’événement a pu compter sur l’accompagnement précieux de AFG Assurances, sponsor officiel, qui a démontré son engagement envers la jeunesse et la RSE.

À travers la présence de sa Directrice Générale et de ses experts, AFG Assurances a partagé son expérience en matière de micro-assurance, soulignant son rôle stratégique dans l’inclusion financière et la protection des populations rurales.

“Associer notre nom à cette initiative, c’est affirmer notre volonté d’accompagner les jeunes dans la construction d’un Mali plus responsable et plus solidaire”, a déclaré Madame Cissé Adam Ba, Directrice Générale d’AFG assurances.

Sama Money, autre entreprise qui a soutenu l’activité a réaffirmé son engagement à simplifier l’accès aux services financiers.

L’événement s’est clôturé par un match de gala entre les étudiants de l’IPR/IFRA de Katibougou et la jeunesse de Koulikoro, en présence de certaines personnalités de la région de Koulikoro. Tous ont salué l’initiative et exprimé leur volonté de soutenir les jeunes dans leur engagement citoyen.

Selon l’organisateur, Souleymane Ben Déka DIABATE, cette initiative s’inscrit pleinement dans les axes stratégiques des autorités maliennes, notamment la promotion de l’agroécologie et de l’entrepreneuriat vert, l’inclusion des jeunes dans les politiques de développement, et la transition vers une économie plus responsable et plus durable

Un appel à l’Etat et aux entreprises

La RSE Tour University n’est pas un simple événement. C’est un signal fort de la jeunesse malienne prête à prendre sa place dans la construction d’un Mali durable.

C’est pourquoi l’Institut RSE Mali appelle les autorités publiques, les entreprises, les ONG et les bailleurs à soutenir cette dynamique, à investir dans la formation responsable et à intégrer la RSE dans leurs stratégies.

« La RSE n’est pas une tendance. C’est une volonté, un engagement. Et c’est la jeunesse qui en portera le flambeau », souligne Souleymane Ben Déka Diabaté.