Remis au Premier ministre le 29 octobre, le Document de Bamako propose une contribution religieuse à la prévention de l’extrémisme violent. Formation des Imams, guides de prêches et radios constituent des relais déjà expérimentés au Mali, où l’insécurité complique les interventions auprès des populations.
« Nous étions très préoccupées par l’avenir de notre jeunesse, de nos enfants », déclarait Diakité Kadia Togola, Présidente de l’Union nationale des associations de femmes musulmanes du Mali, lors de la remise du document. Ces propos, rapportés par InfHonnete, expriment les attentes d’une organisation appelée à participer à sa diffusion.
Intitulé « Document de Bamako pour la déconstruction du discours extrémiste au Mali », le texte est porté par le Haut Conseil Islamique. Son contenu intégral n’a pas pu être consulté pour cet article. Lors de sa remise par Ibrahim Kontao, Premier Vice-Président du HCIM, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a appelé les institutions et la société civile à accompagner sa diffusion.
Les autorités comptent sur l’influence et la proximité des responsables religieux avec les communautés pour répondre aux justifications religieuses de la violence. Le 16 juillet 2026, le ministère des Affaires religieuses sollicitait déjà le HCIM pour élaborer et vulgariser un document de référence contre les discours de haine. Cette mobilisation rejoint la Politique nationale engagée en 2018, dont le plan d’action 2022–2026 arrive à échéance.
Relais
Des initiatives antérieures à ce document montrent les relais mobilisables auprès des populations. Dans un bilan publié en avril 2023, le PNUD indiquait que le projet PARLER, conduit avec Think Peace, avait formé 120 acteurs religieux au guide de prêches et sermons dans cinq cercles, dont Bla et Koutiala.
À Koutiala, Aïssata Coumaré, enseignante de médersa, expliquait : « j’ai mieux compris le concept de cohésion sociale prôné par le Coran ». Elle souhaitait sensibiliser ses élèves à l’extrémisme violent.
À Bla, le représentant de la Conférence épiscopale Marc Sangaré témoignait d’une collaboration renforcée avec l’Imam Mohamed Kamena. Le programme avait également mobilisé 27 radios et préparé avec des acteurs religieux des messages destinés aux réseaux sociaux.
Ce bilan décrit les formations et la diffusion des messages. Leur effet sur les recrutements reste à documenter.
La formation des Imams se poursuit. Le 22 août 2026, un concours organisé à Bamako proposait 80 places à l’Institut Mohammed VI de Rabat, dont 40 destinées au renforcement des capacités d’Imams déjà en exercice. Les enseignements prévus comprennent la prévention de l’extrémisme violent et du terrorisme.
Cadre
La Constitution du 22 juillet 2023 garantit les libertés de conscience, de religion et d’expression à son article 14. L’article 32 rattache la laïcité à la tolérance, au dialogue et au libre exercice des cultes dans le respect de la loi.
Le Code pénal du 13 décembre 2024 réprime, notamment à l’article 255-1, l’incitation et l’apologie du terrorisme. L’outil religieux relève de la prévention. La réponse judiciaire repose sur les infractions définies par la loi.
Moyens
L’accès aux populations constitue une contrainte concrète. Dans un entretien publié par L’Essor le 2 septembre 2026, Dame Seck, chargé de communication au Secrétariat permanent de lutte contre l’extrémisme violent, expliquait que l’insécurité compliquait les déplacements dans certaines régions.
« Notre principal défi reste donc véritablement l’insécurité », soulignait-il. Les équipes privilégient alors les médias pour poursuivre la sensibilisation. L’expert évoquait également le chômage, le sentiment d’injustice et les logiques de vengeance parmi les facteurs de radicalisation.
Ces observations replacent la contribution des religieux dans une politique comprenant aussi l’accès aux services, la justice et les perspectives économiques.
Pour le Document de Bamako, la diffusion annoncée doit passer par des rencontres, des prêches et des conférences. Sory Ibrahim Cissé, Président du Conseil national de la jeunesse, a également annoncé la participation de son organisation à sa vulgarisation.
La communication officielle du 29 octobre présente les objectifs de la mobilisation. Le budget, les langues de diffusion, le calendrier et le suivi des actions demandent encore à être précisés. Le Premier ministre a lui-même rappelé que « la sécurité ne saurait être pleinement consolidée sans la confiance des populations ».
Massiré DIOP

