Société › Médias, Société




Journalistes : le 2 novembre entre mémoire et attente de justice

La Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes trouve son origine dans l’assassinat…

La Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes trouve son origine dans l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon à Kidal. Treize ans après les faits, leur dossier reste ouvert tandis que plusieurs journalistes maliens enlevés ou disparus attendent toujours que leur sort soit établi.

Le 2 novembre 2013, Ghislaine Dupont et Claude Verlon étaient enlevés à Kidal après un entretien réalisé dans le cadre d’un reportage. Les corps des deux journalistes de Radio France Internationale avaient été retrouvés quelques heures plus tard à la sortie de la ville.
En décembre 2013, l’Assemblée générale des Nations unies a proclamé le 2 novembre Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes. Le choix de cette date rend directement hommage aux deux reporters assassinés au Mali.
La résolution demande aux États de prévenir les violences contre les professionnels des médias, de conduire des enquêtes et de traduire les responsables devant la justice. Elle inscrit également la sécurité des journalistes parmi les conditions nécessaires à l’exercice du droit à l’information.
Une instruction toujours ouverte
Treize ans après le double assassinat, l’information judiciaire ouverte en France se poursuit. Elle porte sur des faits d’enlèvement, de séquestration et d’assassinat commis en relation avec une entreprise terroriste.
Une nouvelle étape a été franchie le 15 avril 2026. La Commission française du secret de la défense nationale a rendu un avis favorable à la déclassification partielle d’une note du ministère français des Armées datée du 24 avril 2024.
La demande avait été formulée par le juge Valéry Muller, magistrat du pôle antiterroriste du tribunal judiciaire de Paris chargé du dossier. Certaines mentions techniques et internes restent protégées. Les autres éléments peuvent être versés à la procédure et examinés par le magistrat et les parties civiles.
Cette décision constitue la quatrième procédure connue de déclassification dans cette affaire, après celles intervenues en 2016, 2017 et 2023. Aucun procès n’a encore établi l’ensemble des responsabilités dans l’enlèvement et l’assassinat des deux journalistes.
Le nom de Seidane Ag Hitta apparaît parmi les personnes citées dans le dossier. Les parties civiles le présentent comme un commanditaire présumé. Cette qualification relève de l’enquête en cours et n’a pas été consacrée par un jugement.
Seidane Ag Hitta est également recherché par les autorités maliennes, qui le présentent comme un responsable du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans dans la région de Kidal. Une récompense de 500 millions de FCFA a été annoncée en 2026 pour toute information conduisant à son interpellation.
Les parties civiles souhaitent l’émission d’un mandat d’arrêt international à son encontre. Leur demande concerne aussi Hamadi Ag Mohamed, cité dans la procédure comme l’un des membres présumés du commando. Les investigations devront établir le rôle individuel éventuellement joué par chacune des personnes mises en cause.
Birama Touré, dix ans après
La Journée du 2 novembre rappelle également la disparition du journaliste malien Birama Touré. Le reporter de l’hebdomadaire Le Sphinx a été vu pour la dernière fois à Bamako le 29 janvier 2016. Sa famille reste depuis lors sans nouvelles de lui.
Une instruction judiciaire a été ouverte au Mali et plusieurs personnes ont été mises en cause au cours de la procédure. Des organisations de défense de la presse ont aussi publié leurs propres investigations sur le sort du journaliste. Leurs conclusions constituent des éléments du débat public. La détermination des circonstances de sa disparition et des responsabilités pénales appartient à la justice.
Le 3 mai 2026, la Maison de la presse a de nouveau demandé un épilogue judiciaire dans cette affaire. Dix ans après la disparition, aucune décision définitive n’a établi le sort de Birama Touré.
Des journalistes locaux toujours portés disparus
D’autres professionnels maliens ont disparu dans des zones touchées par l’insécurité. Ils travaillaient principalement pour des radios communautaires, souvent seules présentes dans les localités éloignées.
Hamadoun Nialibouly, journaliste à Radio Dandé Douentza, a été enlevé le 27 septembre 2020 près de Somadougou, dans la région de Mopti. Il revenait d’une session de formation organisée à Bamako. Son enlèvement n’a fait l’objet d’aucune revendication officielle. Les informations publiques disponibles ne permettent pas d’identifier formellement ses ravisseurs.
Moussa M’Bana Dicko, responsable des programmes de la radio La Voix de Haïré, a été enlevé le 18 avril 2021 dans le cercle de Douentza. Sa famille et ses confrères restent également sans nouvelles de lui. Les circonstances précises et les motivations de son enlèvement n’ont pas été établies par une décision judiciaire.
Deux autres journalistes ont disparu au cours d’une attaque survenue le 7 novembre 2023 sur l’axe Gao-Ansongo. Saleck Ag Jiddou, directeur de Radio Coton Ansongo, et Moustapha Koné, animateur de la même station, ont été emmenés par des hommes armés.
Abdoul Aziz Djibrilla, journaliste de Radio Naata à Labbezanga, a été tué lors de cette attaque. Il avait 28 ans et se rendait à Gao pour participer à une formation professionnelle. Harouna Attino, de Radio Alafia, avait été blessé.
Le groupe ayant mené l’attaque n’a pas été formellement identifié dans les informations publiques disponibles. Hamadoun Nialibouly, Moussa M’Bana Dicko, Saleck Ag Jiddou et Moustapha Koné restent portés disparus. L’absence de nouvelles ne permet ni d’annoncer leur décès ni d’attribuer leur enlèvement à une organisation particulière.
Ces cas donnent une dimension directement malienne à la commémoration. Les correspondants et animateurs des radios communautaires travaillent au plus près des populations. Leurs déplacements entre des localités difficiles d’accès les exposent aux risques présents sur les routes et dans les zones où circulent des groupes armés.
Informer en période de crise
Dans le Sahel central, la crise sécuritaire a modifié les conditions d’exercice du journalisme. L’accès à certaines localités, les déplacements, la protection des sources et la vérification des faits deviennent plus difficiles dans les zones touchées par les attaques.
Les autorités insistent sur la responsabilité des médias, la lutte contre la désinformation et la protection des informations liées aux opérations. Les organisations professionnelles rappellent, de leur côté, la nécessité de préserver l’accès du public à une information vérifiée et de fixer clairement les règles applicables aux journalistes.
Les risques proviennent aussi directement des groupes armés. L’enlèvement d’Olivier Dubois à Gao en avril 2021 avait illustré cette exposition. Il a été libéré en mars 2023 après 711 jours de captivité.
Plusieurs procédures judiciaires et décisions administratives visant des professionnels ou des programmes médiatiques ont suscité des réactions dans la profession dans le pays. Leur traitement demande de présenter séparément les faits reprochés, les décisions prises, les arguments de la défense et les positions des organisations concernées.
La couverture des questions sécuritaires impose une vérification rigoureuse, la protection des sources et le retrait des détails susceptibles de compromettre une opération ou la sécurité d’une personne. Cette prudence doit permettre de continuer à informer sur les conséquences du conflit sans exposer les journalistes, leurs interlocuteurs ou les populations concernées.
Une impunité encore élevée
Le rapport 2026 de l’UNESCO recense 189 journalistes tués en 2024 et 2025. Les zones de conflit concentrent 67 % de ces décès. Le taux mondial d’impunité atteint 86 %, soit près de neuf assassinats de journalistes sur dix sans résolution judiciaire.
Au Mali, plusieurs dossiers restent ouverts. L’instruction sur les assassinats de Ghislaine Dupont et Claude Verlon se poursuit treize ans après les faits. La justice doit encore établir le sort de Birama Touré. Quatre journalistes de radios communautaires enlevés entre 2020 et 2023 restent également portés disparus dans les dernières informations publiques disponibles.

Suivez l'information en direct sur notre chaîne WHATSAPP