PME-PMI : financement, risques bancaires et transformation locale au cœur des échanges

L’accès au financement des PME-PMI, la faible transformation locale des ressources et les contraintes de l’inclusion financière ont occupé le centre des échanges lors d’un afterwork organisé à Bamako par l’Institut Africain de Management et le Club Aliber. Les discussions ont réuni experts, acteurs de l’accompagnement et porteurs de projets autour des principaux freins qui pèsent sur le développement des entreprises.

Organisé le 10 avril 2026 à IAM Bamako dans le cadre du Grin du Manager, l’événement, porté par IAM Executive Education Bamako et le Club Aliber, était consacré au thème : Financement des PME-PMI : blocages et pistes de solutions. La rencontre a été ouverte par Mme Seynabou Diallo, Directrice Générale de l’IAM Bamako, qui a replacé les échanges dans la problématique du modèle de financement à adopter pour soutenir la croissance des entreprises et améliorer leur accès au crédit. Les interrogations ont notamment porté sur les mécanismes les plus adaptés pour renforcer la bancabilité des PME-PMI et les sortir durablement des difficultés de financement.
Prenant ensuite la parole, Mohamed Maïga, directeur d’Aliber Conseil et initiateur de l’activité, a présenté la vocation de sa structure ainsi que celle du Club Aliber, conçu comme un espace d’échanges entre entrepreneurs, experts et décideurs sur les enjeux de management, de financement et de développement des entreprises. L’afterwork a été présenté comme un cadre de dialogue direct, de partage d’expériences et de recherche de solutions pratiques.
Les discussions ont ensuite été animées par Modibo Mao Macalou, économiste et spécialiste des questions financières, Mahamane Badou Traoré, expert en financement des entreprises et ancien cadre de la BNDA, ainsi que Eli Sinayoko, coordinateur du FACEJ, le Fonds d’Appui à la Création d’Entreprises par les Jeunes.
Les échanges ont porté en premier lieu sur la place des PME-PMI dans l’économie nationale et sur la structure du tissu productif malien, articulé autour des secteurs primaire, secondaire et tertiaire. L’accent a été mis sur les activités agrosylvopastorales, minières, commerciales et de services, avec un rappel du poids du bétail, domaine dans lequel le Mali figure parmi les principaux pays d’Afrique de l’Ouest derrière le Nigeria, avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire parmi les principaux marchés de destination.
Le potentiel minier a également occupé une place importante dans les débats, notamment autour du lithium, avec deux projets miniers majeurs en développement dans le pays. Les échanges ont surtout mis en évidence le décalage entre l’abondance des ressources naturelles et la faiblesse de leur transformation locale, ce qui maintient une forte dépendance aux importations de produits transformés et limite la création de valeur sur le territoire national.
Sur le plan financier, les participants ont rappelé la faiblesse persistante de l’inclusion bancaire. Le chiffre de 16 % a été cité au cours des échanges comme repère de bancarisation classique, tandis que les données récentes de la BCEAO situent le taux de bancarisation strict du Mali à 24 %, avec un taux plus large d’utilisation des services financiers intégrant la microfinance et la monnaie électronique. Il a également été rappelé que le pays compte 17 établissements bancaires, mais que le problème ne réside pas uniquement dans l’existence de l’offre bancaire.
Les discussions ont mis en évidence la prudence persistante des banques commerciales vis-à-vis des PME-PMI, en raison du niveau de risque associé à ce segment, notamment l’insuffisance des garanties, la faiblesse de la structuration financière, la qualité de la gouvernance et les difficultés de remboursement rencontrées par certaines entreprises. Il a été relevé que les établissements bancaires privilégient souvent les structures jugées les plus solvables, laissant une part importante des petites et moyennes entreprises en marge du crédit classique.
À l’inverse, les dispositifs de microfinance et de microcrédit apparaissent plus accessibles pour les petites unités économiques et les activités évoluant encore dans l’informel. Les échanges ont rappelé que ces structures enregistrent généralement des taux de remboursement élevés, souvent supérieurs à 90 %, ce qui renforce leur rôle dans l’accompagnement des petits entrepreneurs et des activités à faible niveau de formalisation.
Il a toutefois été relevé que cette accessibilité s’accompagne souvent de coûts de financement plus élevés, avec des taux d’intérêt et des frais pouvant dépasser ceux du système bancaire classique. Cette réalité place de nombreuses PME-PMI face à un arbitrage entre un crédit bancaire difficilement accessible et des solutions de microfinance plus rapides, mais plus onéreuses.
Les échanges ont également porté sur les mécanismes d’accompagnement existants, notamment ceux du FACEJ, ainsi que sur les difficultés persistantes à amener certaines entreprises à formaliser leurs activités, à améliorer leur gestion et à se rapprocher des instruments de financement disponibles.
Les pistes évoquées ont porté sur le renforcement de l’inclusion bancaire, le recours aux FinTech, l’amélioration de l’environnement des affaires, la formation des promoteurs, le développement de solutions de financement adaptées et le soutien à la transformation locale des ressources nationales.

Banque nationale de développement agricole : l’Etat devient actionnaire unique

Le capital social de la Banque nationale de Développement agricole est désormais détenu à 100% par l’État du Mali. De quoi élargir la marge de manœuvre de cette institution financière dans le développement rural et l’économie du Mali

L’Etat malien est désormais le seul actionnaire de la Banque malienne de développement agricole (BNDA). Le conseil des ministres du 13 août 2025, a annoncé l’acquisition par le gouvernement des parts détenues par l’Agence française de développement (AFD), faisant passer sa participation de 77,33% à 100% au capital social.

« Conformément au droit de sortie conjointe consigné dans le pacte d’actionnaires et dans le cadre de la mise en œuvre de sa stratégie à long terme », l’AFD a décidé de céder les actions qu’elle détenait dans le capital social, explique le communiqué du conseil des ministres.

C’est en décembre 2024 que l’Etat est devenu actionnaire majoritaire avec l’acquisition des parts de la société allemande d’investissement et de développement (DEC) et le Crédit coopératif. La DEG et le Crédit coopératif détenaient respectivement 21,43% et 9,70% des actions de la BNDA.

Cette nouvelle acquisition renforce l’emprise de l’Etat sur cette institution financière stratégique pour le développement économique du pays.

Implications

Cette position d’actionnaire unique donne à l’Etat « une marge de manœuvre assez importante pour financer le développement rural et l’économie malienne », estime l’économiste Modibo Mao Makalou.

Cette prise de contrôle vise à assurer une meilleure emprise de l’Etat sur les institutions financières clés et surtout améliorer l’orientation des ressources vers des secteurs prioritaires, comme l’agriculture. Créée en 1981, la BNDA est le principal partenaire financier de plus de 6 000 organisations paysannes et d’une vingtaine de systèmes financiers décentralisés. Il injecte en moyenne annuellement plus de 60 milliards FCFA dans le secteur agricole.

De 55,08 milliards de FCFA, le capital social de la BNDA s’est établi à 61,6 milliards FCFA. En 2023, la BNDA a affiché une augmentation de plus de 13% de son actif, passant de 776,9 milliards FCFA en 2022, à 881,9 milliards FCFA en 2023. Une augmentation attribuée à celle des « Effets publics et valeurs assimilées ». Mais dans le même temps, la banque avait enregistré une baisse de son résultat net, passant de 11,8 milliards FCFA en 2022, à 5,1 milliards FCFA en 2023. Une diminution due à l’augmentation des charges d’intérêt et des investissements stratégiques entrepris par la banque.

La nationalisation de la BNDA s’inscrit dans une orientation  plus globale des autorités de renforcer la maîtrise de l’Etat sur les secteurs stratégiques de l’économie et la volonté d’une souveraineté économique accrue et un contrôle sur les ressources nationales.