Société




Accès à l’eau : le quotidien éprouvant à Koulouba et Sogonafing

À Koulouba, Sogonafing et Sogonafing Plateau, obtenir de l’eau est devenu une épreuve quotidienne. Entre réveils avant l’aube, longues files…

À Koulouba, Sogonafing et Sogonafing Plateau, obtenir de l’eau est devenu une épreuve quotidienne. Entre réveils avant l’aube, longues files d’attente et transport de lourds bidons, des centaines de familles s’organisent pour répondre à leurs besoins essentiels. Alors que les robinets restent souvent à sec, les châteaux d’eau constituent le principal recours de nombreux habitants. Reportage réalisé le vendredi 10 juillet 2026, au cœur d’un quotidien rythmé par la recherche de quelques litres d’eau.

Il est à peine six heures du matin. À Koulouba, le soleil n’a pas encore totalement percé le ciel que la rue est déjà animée. Des femmes, des enfants et quelques hommes avancent lentement, bidons jaunes sur la tête, seaux à la main ou brouettes chargées de jerricans.

Les conversations sont discrètes, parfois interrompues par un soupir de fatigue. Au pied d’un château d’eau, la file s’allonge de minute en minute. Chacun attend son tour avec patience. Ici, personne ne vient par plaisir : tous sont là parce qu’ils n’ont pas d’autre choix.

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Des robinets à sec

La pénurie s’est aggravée au début de la semaine après de fortes perturbations simultanées de l’approvisionnement en eau et en électricité à Bamako. Selon la SOMAGEP-SA, un incident technique majeur et le sabotage d’une ligne électrique alimentant la capitale depuis Manantali ont affecté le fonctionnement des stations de pompage, de traitement et de distribution. Malgré une reprise progressive annoncée à partir du mercredi 8 juillet, plusieurs quartiers restaient encore confrontés à de longues coupures au moment de ce reportage.

À Koulouba et Sogonafing, les difficultés ne datent toutefois pas uniquement de cet incident. Depuis plusieurs mois, des habitants signalent des interruptions prolongées, parfois aggravées par la forte demande, les problèmes de pression et la situation en hauteur de certains secteurs.

« Nous n’avons plus le luxe d’ouvrir un robinet pour remplir un verre d’eau », raconte Assitan Diarra, mère de quatre enfants. « Chaque goutte compte. Nous faisons attention à tout. Sans ce château d’eau, je ne sais pas comment nous aurions fait ».

La quête commence à l’aube

À quelques mètres, un adolescent pousse difficilement une brouette chargée de six bidons de vingt litres.

« Avant, je révisais mes cours le matin. Aujourd’hui, je viens chercher de l’eau pour la maison. C’est devenu notre priorité », confie-t-il.

Les robinets des maisons étant restés silencieux pendant plusieurs jours, les habitants ont développé un nouveau réflexe : rejoindre les points d’approvisionnement dès les premières heures du jour, avant que la foule ne devienne trop importante.

Malgré les difficultés, les usagers gardent leur calme. Les regards se croisent, les seaux se remplissent lentement et chacun repart avec la quantité qu’il a pu obtenir.

L’entraide face à la pénurie

Quelques rues plus loin, à Sogonafing, la scène est presque identique. Autour d’un château d’eau, les bidons forment une mosaïque de couleurs. Les plus âgés s’assoient à l’ombre en attendant leur tour, tandis que les plus jeunes se chargent des récipients les plus lourds.

La pénurie a aussi renforcé la solidarité entre les habitants. Certaines familles prêtent leurs brouettes à leurs voisins. D’autres aident les personnes âgées à transporter leurs réserves jusqu’à leur domicile.

« Quand quelqu’un obtient un peu plus d’eau que prévu, il partage souvent avec le voisin », explique Modibo Doumbia. « Dans ces moments-là, on comprend que personne ne peut s’en sortir seul ».

Mais derrière cette entraide se cache une fatigue profonde.

« Nous passons parfois plusieurs heures ici. Ensuite, il faut rentrer, préparer le repas, laver les enfants et nettoyer la maison. Toute notre journée tourne autour de l’eau », souffle Aïssata Diallo en essuyant la sueur sur son front.

Les habitants reconnaissent néanmoins que les châteaux d’eau leur ont permis de traverser cette période difficile.

« Sans eux, la situation aurait été catastrophique », résume un ancien du quartier.

À mesure que la route grimpe vers Sogonafing Plateau, le relief ajoute une difficulté supplémentaire. Les maisons sont dispersées sur les pentes de la colline et, lorsque la pression du réseau diminue, l’eau atteint plus difficilement les secteurs situés en hauteur.

Les habitants disposent également de points d’approvisionnement sur le Plateau, mais doivent attendre leur tour, multiplier les déplacements et transporter leurs réserves sur des voies en pente. Pour certaines familles, le moindre aller-retour devient une véritable épreuve physique.

Bintou, plusieurs trajets avant le travail

Il est six heures lorsque Bintou ouvre les yeux. À dix-neuf ans, cette aide-ménagère ne connaît presque plus les grasses matinées. Avant même de penser au petit-déjeuner, elle prend son pousse-pousse, le charge de bidons et rejoint le seul château d’eau ouvert à cette heure.

Elle effectue parfois le trajet deux ou trois fois avant de partir travailler chez ses employeurs.

« Si je ne viens pas très tôt, il y a trop de monde et je risque de ne pas avoir suffisamment d’eau », raconte-t-elle avec un léger sourire qui masque difficilement son épuisement.

Ses mains portent les marques des poignées des bidons et son dos la fait régulièrement souffrir.

« Le plus difficile, ce n’est pas seulement la fatigue. C’est la peur de rentrer sans eau. Une maison peut attendre qu’on la nettoie, mais une famille ne peut pas vivre sans eau » souligne-t-elle.

Malgré tout, Bintou reprend le même chemin chaque matin, parce qu’une famille compte sur elle.

Autour du château d’eau du Plateau, les témoignages se ressemblent.

« Nous avons souffert », résume un père de famille.

« Certains jours, nous faisions plusieurs allers-retours avant d’avoir assez d’eau pour cuisiner et nous laver », ajoute une riveraine.

Tous expriment cependant le même soulagement d’avoir trouvé ces points d’approvisionnement pendant la crise.

« Heureusement que les châteaux d’eau étaient là. Sans eux, nous aurions vécu une situation encore plus difficile ».

La crainte d’une nouvelle pénurie

À Koulouba, Sogonafing et Sogonafing Plateau, la pénurie n’a pas seulement bouleversé les habitudes. Elle a redistribué les priorités des familles et rappelé la valeur d’un geste aussi ordinaire qu’ouvrir un robinet.

Derrière chaque bidon rempli se cachent des heures d’attente, des trajets répétés et une fatigue qui pèse particulièrement sur les femmes et les enfants. Mais les files d’attente révèlent également une solidarité discrète, faite de brouettes prêtées, de réserves partagées et de mains tendues.

Dans ces trois quartiers, les habitants espèrent désormais que le rétablissement progressif de la distribution sera durable. Après avoir organisé leurs journées autour des châteaux d’eau, des files d’attente et des allers-retours, ils redoutent surtout de devoir reprendre bientôt le même rythme éprouvant.

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