PolitiqueDéfense




Force unifiée de l’AES : un statut pour encadrer les opérations communes

Les 9 et 10 juillet 2026 à Ouagadougou, les ministres de la Défense du Burkina Faso, du Mali et du…

Les 9 et 10 juillet 2026 à Ouagadougou, les ministres de la Défense du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont consolidé le cadre juridique applicable aux troupes confédérales. Cette structuration accompagne une force déjà opérationnelle, dont l’état-major intégré et le poste de commandement sont installés à Niamey et appelée à accroître ses effectifs comme ses capacités d’intervention.

Après une réunion préparatoire des experts militaires le jeudi 9 juillet, les ministres chargés de la Défense de la Confédération des États du Sahel se sont retrouvés le lendemain à Ouagadougou autour du statut de la Force unifiée. Les travaux ont réuni le général de division Célestin Simporé pour le Burkina Faso, le général d’armée Salifou Mody pour le Niger et le général de division Oumar Diarra, ministre délégué chargé de la Défense du Mali.

LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ



Leur principal dossier portait sur l’accord définissant les droits, les obligations, les protections et les responsabilités des personnels appelés à servir au sein de cette force multinationale. Présenté comme le dernier texte nécessaire pour compléter son architecture juridique, il doit fournir des règles communes aux contingents issus de trois armées nationales et faciliter leur engagement sur l’ensemble du territoire confédéral.

Les trois ministres ont également été reçus par le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso et président en exercice de la Confédération. Selon Célestin Simporé, cette réunion s’inscrit dans la mise en œuvre de la feuille de route de l’An II de l’AES et dans le renforcement des capacités humaines, matérielles et opérationnelles de la Force unifiée.

Des règles communes pour les contingents

Le statut examiné à Ouagadougou intervient au moment où la Force unifiée passe d’une coopération militaire fondée sur des décisions politiques et des opérations coordonnées à une organisation permanente. Pour les militaires déployés hors de leur pays d’origine, ce cadre fixe leur position au sein de la structure commune, les obligations liées à leur mission et les protections attachées à leur engagement.

Il doit aussi harmoniser l’action de troupes soumises, à l’origine, à trois législations et à trois chaînes administratives nationales. La force pourra ainsi employer des unités burkinabè, maliennes et nigériennes sous des règles partagées, tout en maintenant les engagements souverains de chaque État. Le ministère burkinabè de la Défense présente ce dispositif comme une condition de la légalité, de l’interopérabilité et de l’efficacité des opérations conjointes.

Derrière les formulations juridiques, le texte concerne donc directement la vie des personnels sur le terrain. Il détermine le cadre dans lequel un soldat envoyé au-delà de sa frontière nationale reçoit ses ordres, accomplit sa mission et engage sa responsabilité au sein d’un dispositif confédéral.

De 5 000 à 15 000 hommes

La première configuration rendue publique en janvier 2025 prévoyait un effectif de 5 000 hommes. Le ministre nigérien de la Défense, Salifou Mody, avait alors annoncé une force disposant de son propre personnel, de moyens terrestres, de capacités de renseignement et d’un système autonome de coordination, avec la possibilité d’intervenir partout dans l’espace AES.

Les réunions des chefs d’état-major organisées en avril 2026 à Ouagadougou ont ensuite fait apparaître un objectif de 15 000 hommes à terme. Cette évolution traduit le passage d’un premier noyau opérationnel à un format plus large, destiné à assurer des déploiements simultanés sur plusieurs théâtres et à soutenir des opérations d’une durée plus importante. Le chiffre correspond à une cible de montée en puissance, distincte du volume de troupes effectivement engagé à une date précise.

Les responsables militaires ont aussi travaillé sur les règles d’engagement, le service en campagne et les budgets de fonctionnement. Le statut étudié en juillet complète ainsi des documents opérationnels déjà examinés par les états-majors au cours des mois précédents.

Niamey au centre du commandement

L’état-major de la Force unifiée est installé à Niamey. Ce choix place le commandement dans la zone centrale de l’espace formé par les trois États et à proximité du Liptako-Gourma, région frontalière où se concentrent une partie importante des opérations contre les groupes armés.

Depuis le 19 juin 2026, la force est commandée par le général de brigade malien Makan Alassane Diarra. Il a pris ses fonctions lors d’une cérémonie organisée sur la Base aérienne 101 de Niamey, sous la présidence du chef d’état-major des armées du Niger, représentant le Comité des chefs d’état-major de la Confédération. Il a succédé au général Daouda Traoré, premier commandant de la structure.

Cette passation, intervenue moins d’un mois avant la réunion ministérielle de Ouagadougou, a accompagné la consolidation du commandement. La Force unifiée dispose désormais d’un état-major permanent, d’un responsable opérationnel et d’un projet de statut applicable à ses personnels.

Une construction engagée en 2023

La création de la force découle de la Charte du Liptako-Gourma, signée le 16 septembre 2023 par le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Ce traité a établi une architecture de défense collective et d’assistance mutuelle, avec l’engagement de lutter ensemble contre le terrorisme, la criminalité organisée et les atteintes à l’intégrité territoriale des États membres.

La Charte prévoit qu’une agression visant l’un des États engage l’assistance des deux autres, y compris par l’emploi de la force armée. Elle confie également aux membres la création des organes et mécanismes nécessaires à la mise en œuvre de cette solidarité militaire.

L’Alliance a été transformée en Confédération le 6 juillet 2024 à Niamey. Le 23 décembre 2025 à Bamako, les trois gouvernements ont signé des protocoles additionnels consacrés à la défense, à la sécurité, à la diplomatie, au développement et au fonctionnement des sessions parlementaires confédérales. Ces textes précisent les compétences exercées au niveau commun et les mécanismes de pilotage des actions collectives.

Trois jours auparavant, le 20 décembre 2025, le président Assimi Goïta avait remis son étendard à la Force unifiée à Bamako, marquant son entrée officielle en activité. Le général Daouda Traoré avait alors été installé à la tête de la nouvelle structure militaire.

Un modèle distinct du G5 Sahel

La Force unifiée se développe après le retrait progressif des trois États du cadre militaire du G5 Sahel. Le Mali avait quitté l’organisation et sa force conjointe en 2022, suivi par le Burkina Faso et le Niger en 2023. L’ancien dispositif associait également la Mauritanie et le Tchad et reposait sur des secteurs d’opérations principalement concentrés autour des frontières.

Le modèle retenu par l’AES repose sur un commandement intégré et sur la possibilité de déployer les unités dans la totalité des territoires burkinabè, malien et nigérien. La Force conjointe du G5 Sahel fonctionnait, pour sa part, dans des fuseaux géographiques déterminés, avec des droits de poursuite transfrontalière limités.

Le financement suit également un mécanisme confédéral. La Charte fondatrice attribue cette responsabilité aux États membres. Depuis mars 2025, un prélèvement de 0,5 % sur certaines importations provenant de pays tiers alimente les institutions, projets et programmes communs de l’AES, parmi lesquels figure la montée en puissance de la force.

Des opérations déjà coordonnées

Avant même la remise de l’étendard, les trois armées avaient acquis une expérience commune à travers des opérations synchronisées et des exercices multinationaux. Les opérations Yéréko 1 et Yéréko 2 ont été conduites entre 2024 et 2025 dans la région des trois frontières. L’exercice Taha Nakal, organisé au centre de formation des forces spéciales de Tillia, au Niger, a également permis de travailler sur la coordination des unités et des commandements.

Le statut adopté à Ouagadougou doit désormais donner une base permanente à ces pratiques. Il accompagne le passage d’opérations ponctuellement coordonnées à une capacité commune susceptible d’être mobilisée à tout moment sous une même autorité opérationnelle.

La réunion s’est tenue dans un environnement marqué par de nouvelles attaques au Mali et par le renforcement récent de la coopération militaire entre l’AES et la Russie. Devant le président Ibrahim Traoré, Célestin Simporé a évoqué la préparation à un conflit de longue durée et de haute intensité, tout en présentant la Force unifiée comme le fer de lance de la réponse confédérale.

Après l’installation de son état-major, le lancement officiel de ses activités et le renouvellement de son commandement, la Force unifiée complète ainsi son organisation par un statut commun. Les décisions prises à Ouagadougou doivent permettre aux contingents du Burkina Faso, du Mali et du Niger d’opérer sous les mêmes règles dans l’ensemble de l’espace confédéral.

Suivez l'information en direct sur notre chaîne WHATSAPP