Le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens, décidés le 10 juillet, relancent les relations entre Bamako et Alger. Après quinze mois de tensions, les deux voisins rétablissent les principaux canaux du dialogue bilatéral.
Trois jours après leurs annonces simultanées, Bamako et Alger renouent avec le dialogue politique après plus d’un an de crise diplomatique. Vendredi 10 juillet, les autorités maliennes ont annoncé le retour à Alger de leur ambassadeur ainsi que la réouverture de l’espace aérien national aux aéronefs civils et militaires assurant des vols en provenance ou à destination de l’Algérie.
Alger a adopté le même jour des mesures équivalentes. Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour à Bamako de Kamel Retieb, ambassadeur d’Algérie au Mali, rappelé pour consultations le 7 avril 2025. Le ministère algérien de la Défense a parallèlement rouvert l’espace aérien national à l’ensemble des vols liés au Mali, y compris ceux empruntant les routes internationales.
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Les deux communiqués présentent cette reprise sous le signe de la continuité historique. Le gouvernement malien évoque une « redynamisation des relations de coopération et d’amitié », tandis qu’Alger inscrit sa décision dans la volonté de ramener les rapports entre les deux pays vers leur cours « historique et naturel », fondé sur le respect mutuel et les intérêts partagés.
Deux décisions parfaitement synchronisées
Le parallélisme des mesures prises le 10 juillet constitue le premier fait marquant de ce rapprochement. Les deux capitales rétablissent au même moment leurs ambassadeurs et lèvent les restrictions aériennes instaurées durant la crise d’avril 2025. Cette symétrie replace les échanges politiques directs au centre de la relation et rétablit les outils diplomatiques permettant de traiter les questions frontalières, consulaires, économiques et sécuritaires.
La relation diplomatique était restée formellement en place pendant la crise, avec des ambassades toujours ouvertes, mais les rappels avaient réduit le niveau de représentation politique. Le retour des chefs de mission permet désormais aux deux gouvernements de disposer, dans chaque capitale, d’un interlocuteur directement chargé de transmettre les positions officielles et d’accompagner les consultations bilatérales.
Ce rétablissement concerne deux ambassadeurs déjà accrédités. Kamel Retieb reprend ses fonctions à Bamako, tandis que le général de brigade Mohamed Amaga Dolo regagne Alger. Ce dernier avait été nommé par le Conseil des ministres malien en octobre 2024, puis reçu le 20 février 2025 par le président de la Transition, Assimi Goïta, avant sa prise de fonction. Il avait alors placé sa mission sous le signe des liens historiques, géographiques et économiques entre les deux pays.
Une relation éprouvée depuis 2023
Les tensions entre Bamako et Alger avaient commencé à s’accentuer à la fin de l’année 2023. Les autorités maliennes avaient dénoncé des rencontres organisées en Algérie, sans information ni implication de Bamako, avec des personnalités présentées comme hostiles au gouvernement malien, dont l’imam Mahmoud Dicko, ainsi qu’avec des responsables de mouvements signataires de l’Accord de 2015. Ces griefs avaient conduit à la convocation de l’ambassadeur algérien, puis au rappel du représentant malien à Alger.
Le 25 janvier 2024, les autorités maliennes avaient annoncé la fin, avec effet immédiat, de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Signé en 2015 entre l’État malien et plusieurs mouvements armés, ce texte avait longtemps constitué le principal cadre politique de gestion du conflit dans le Nord. Bamako avait ensuite privilégié un processus de dialogue conduit sous la responsabilité directe des autorités nationales.
La nomination de Mohamed Amaga Dolo et son installation à Alger au début de 2025 avaient donné un premier signal de reprise. Cette dynamique avait été interrompue quelques semaines plus tard par la destruction d’un drone militaire malien dans la zone frontalière de Tinzaouatène, durant la nuit du 31 mars au 1er avril 2025.
Alger avait affirmé que l’appareil avait pénétré de 1,6 kilomètre dans son espace aérien. Bamako avait présenté une version différente, situant les débris à 9,5 kilomètres au sud de la frontière, sur le territoire malien. Les deux lectures avaient déclenché une série de mesures de réciprocité entre les deux voisins.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger avaient alors rappelé leurs ambassadeurs accrédités en Algérie au nom de la solidarité entre les membres de la Confédération des États du Sahel. Alger avait rappelé ses représentants à Bamako et Niamey, puis les espaces aériens malien et algérien avaient été fermés aux appareils liés à l’autre pays.
Le ciel comme premier effet concret
La réouverture des espaces aériens constitue l’effet le plus immédiatement perceptible des décisions du 10 juillet. Elle permet aux compagnies aériennes, aux appareils officiels et aux opérateurs autorisés de préparer à nouveau des vols directs ou des itinéraires empruntant les deux espaces nationaux.
Air Algérie desservait Bamako avant la crise. La compagnie avait repris ses liaisons avec la capitale malienne le 2 décembre 2024, après une précédente interruption, avant que les restrictions d’avril 2025 ne suspendent de nouveau cet axe aérien. La levée des interdictions crée désormais le cadre réglementaire nécessaire au retour des services commerciaux, selon les programmes qui seront établis par les transporteurs.
La reprise des liaisons concerne directement les familles établies de part et d’autre, les étudiants, les commerçants, les responsables publics et les voyageurs utilisant Alger comme point de correspondance. Pendant la fermeture, les déplacements entre les deux pays imposaient des itinéraires indirects, généralement plus longs et plus coûteux.
Le champ de la décision dépasse la seule liaison Alger-Bamako. Le communiqué algérien couvre les vols en provenance ou à destination du Mali à travers les différentes routes internationales. Le texte malien inclut pour sa part l’ensemble des aéronefs civils et militaires assurant des vols liés à l’Algérie.
Une frontière qui structure la relation
Le Mali et l’Algérie partagent environ 1 376 kilomètres de frontière à travers le Sahara. Cet espace relie des communautés, des marchés et des itinéraires anciens, tout en concentrant des enjeux liés aux groupes armés, aux trafics, aux migrations et aux déplacements de populations.
Les échanges entre les régions septentrionales du Mali et le sud algérien reposent en partie sur des circuits commerciaux informels. Une étude de la Banque mondiale consacrée au commerce entre les deux pays souligne l’importance de ces flux, souvent supérieurs à ce que reflètent les seules statistiques douanières, dans des zones où les distances et la faible densité de population compliquent le contrôle administratif.
La frontière possède aussi une dimension humaine. Les crises successives dans le nord du Mali ont entraîné des mouvements de familles vers l’Algérie, notamment autour de Tinzaouatène. Les routes transfrontalières servent également aux échanges de produits alimentaires, de carburant, de bétail et de biens de première nécessité pour des localités éloignées des grands centres urbains.
Le retour des ambassadeurs offre un canal direct pour les questions consulaires et la coordination administrative autour de ces mouvements. Il rétablit également un cadre politique entre deux États dont les préoccupations sécuritaires se rejoignent sur une vaste zone désertique.
Le Nord du Mali au cœur des échanges
Le rapprochement intervient alors que le nord du Mali demeure le théâtre d’importantes opérations militaires. Au moment des annonces du 10 juillet, les Forces armées maliennes affirmaient avoir desserré la pression exercée sur le camp stratégique d’Anéfis après des affrontements avec des groupes armés, avec l’appui de partenaires russes d’Africa Corps et de forces locales.
Anéfis se situe sur l’axe reliant Gao à Kidal, plus au nord, tandis que Tinzaouatène se trouve à proximité immédiate de la frontière algérienne. Les évolutions militaires dans cette partie du territoire malien ont donc une portée transfrontalière, notamment en matière de circulation des combattants, de protection des populations et de surveillance aérienne.
L’Algérie avait longtemps occupé une place centrale dans les médiations entre Bamako et les mouvements du Nord. Le nouveau contexte repose sur une stratégie malienne privilégiant la reconquête territoriale, le dialogue inter-Maliens et la coopération sécuritaire avec les pays de l’AES et la Russie. Le rétablissement des ambassadeurs permet aux deux voisins de reprendre leurs échanges dans cette configuration régionale profondément transformée.
Alger relance les liens avec les pays sahéliens
Le retour de Kamel Retieb à Bamako s’inscrit dans une reprise plus large des contacts entre l’Algérie et les pays de l’AES. En février 2026, Abdelmadjid Tebboune avait ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Niamey, tandis que le représentant nigérien reprenait ses fonctions à Alger. Cette décision avait été suivie par une visite officielle du président nigérien Abdourahamane Tiani en Algérie.
Les discussions algéro-nigériennes avaient porté sur les infrastructures, l’énergie, la santé, la formation et les questions de voisinage. Le rapprochement avec Bamako complète cette reprise progressive des relations entre Alger et son environnement sahélien.
Depuis le 10 juillet, le Mali et l’Algérie disposent à nouveau des principaux instruments d’un dialogue régulier. Les ambassadeurs retrouvent leurs postes, les espaces aériens sont ouverts et les échanges officiels peuvent reprendre directement entre les deux capitales.
Après quinze mois de tensions, Bamako et Alger retrouvent un cadre de coopération sur leurs dossiers frontaliers, consulaires, économiques et sécuritaires.




