Budget : l’avance des recettes à confirmer

L’État a mobilisé 1 814,2 milliards de FCFA de recettes au premier semestre, contre 1 507,5 milliards de dépenses exécutées.…

L’État a mobilisé 1 814,2 milliards de FCFA de recettes au premier semestre, contre 1 507,5 milliards de dépenses exécutées. Cet écart favorable ne constitue toutefois ni un excédent annuel acquis ni la preuve que tous les services publics ont reçu leurs crédits à temps.

À la fin du mois de juin, les recettes du budget général avaient atteint 1 814,240 milliards de FCFA, soit 61,82 % de l’objectif annuel retenu dans le périmètre du rapport d’exécution. Les dépenses s’établissaient à 1 507,502 milliards, correspondant à un taux de 43,63 %.

La mobilisation des ressources apparaît donc plus rapide que l’exécution des dépenses. Les recettes avaient augmenté de près de 976 milliards de FCFA entre la fin du premier trimestre et celle du deuxième, tandis que les dépenses avaient progressé d’environ 748 milliards sur la même période.

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Le service des Domaines présente le taux le plus spectaculaire, avec 123,98 % de son objectif annuel déjà mobilisé à mi-parcours. Une telle performance appelle cependant des explications détaillées sur l’origine des encaissements. Des recettes exceptionnelles tirées du foncier, des mines ou de régularisations anciennes ne possèdent pas la même solidité qu’un rendement fiscal appelé à se répéter chaque année.

Les données publiées font également apparaître la place dominante de la défense et de la sécurité. Les montants rapportés atteignent environ 314 milliards de FCFA pour la défense et près de 95 milliards pour la sécurité. L’éducation aurait mobilisé 195 milliards, la santé 151 milliards, l’agriculture 45 milliards, l’énergie et l’eau 33 milliards et la sécurité alimentaire 9,8 milliards.

Lecture

La différence de 306,7 milliards entre recettes et dépenses au 30 juin ne doit pas être présentée comme un excédent budgétaire définitif. Elle décrit une situation à une date donnée, dans un périmètre comptable déterminé. Les recettes et les dépenses n’arrivent pas au même rythme au cours de l’année, tandis que certains investissements et paiements s’accélèrent traditionnellement au second semestre.

Cette différence ne tient pas non plus compte, à elle seule, de l’ensemble des opérations de financement, des engagements contractés, des dépenses restant à ordonnancer ou des remboursements de dette. Pour mesurer le solde budgétaire, il faut rapprocher toutes les recettes, les dons et les dépenses selon le cadre fixé par la loi de finances.

La comparaison doit aussi intégrer la rectification budgétaire adoptée en juillet, après la clôture du semestre. Les prévisions de recettes ont été portées à 3 372,89 milliards de FCFA et les dépenses à 3 993,31 milliards. Le déficit annuel attendu a ainsi été relevé de 520,42 à 620,42 milliards.

Le taux de 61,82 % cité dans la situation d’exécution correspond au périmètre et aux références utilisés par ce document au 30 juin. Il ne peut être appliqué mécaniquement au montant global de la loi rectificative adoptée ensuite, qui intègre notamment de nouvelles contributions aux fonds miniers et des comptes spéciaux du Trésor.

Services

Le retard relatif des dépenses peut traduire une gestion prudente, mais aussi des lenteurs dans les marchés publics, les décaissements ou l’exécution des projets. Un faible taux de consommation devient préoccupant lorsqu’il reporte des routes, retarde l’équipement d’un centre de santé ou empêche une administration régionale d’assurer ses missions.

La qualité d’un budget se mesure moins à l’argent conservé dans les comptes qu’aux services effectivement délivrés. Pour l’éducation, la santé, l’agriculture, l’eau et l’énergie, la publication des taux d’exécution physique permettrait de savoir si les montants engagés correspondent à des écoles équipées, des médicaments disponibles, des périmètres aménagés ou des ouvrages mis en service.

Le deuxième semestre devra absorber une part importante des crédits tout en préservant la qualité de la dépense. Une accélération mal préparée en fin d’exercice peut favoriser des engagements précipités. À l’inverse, une sous-exécution persistante prive les populations de prestations déjà votées et peut reporter les projets sur l’année suivante.

La mobilisation des recettes constitue un résultat encourageant. Sa portée dépendra de la régularité des ressources, de la maîtrise du déficit, du coût du financement et surtout de la capacité de l’État à convertir ces recettes en réalisations vérifiables.

Massiré Diop

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