Consommer local : Entre prix élevés et faible transformation

Créer davantage de valeur en transformant sur place figure parmi les objectifs du Mois du consommer local, célébré en octobre dans l’espace UEMOA. Au Mali, cette campagne coïncide avec le Mois de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion. Entre prix, disponibilité et accès aux produits, l’achat local peine encore à devenir un réflexe durable.

Les autorités veulent faire de cette campagne un levier de croissance et de souveraineté économique. Le potentiel est important avec le coton, les céréales, les fruits, les légumes et le bétail. Mais la transformation reste limitée. Selon une cartographie du PNUD publiée en 2025, la transformation agroalimentaire ne contribuait qu’à 6,1% du PIB en 2021, laissant une part de la valeur ajoutée hors du pays.

La dépendance aux achats extérieurs persiste. En 2025, les importations de produits alimentaires agricoles ont totalisé près de 495 milliards de francs CFA, d’après les bulletins de l’INSTAT. Une facture qui montre la marge disponible pour les producteurs et transformateurs maliens.

Manque à gagner

En septembre 2026, l’indice des prix à la consommation est resté stable à 109,5 par rapport à août, selon l’INSTAT. Sur trois mois, les prix ont progressé de 1,4% et de 3,4% sur un an.

La provenance fait apparaître des évolutions différentes. En septembre, les prix des produits locaux ont reculé de 0,2%, tandis que ceux des produits importés ont augmenté de 0,6%. Sur un an, la hausse atteint 3,9% pour les produits locaux, contre 2,5% pour les produits importés.

Le prix n’explique pas tout. Abdel Rahamane Sy, Président de l’Association des Jeunes pour la Valorisation du coton, cite la qualité, la présentation, la sensibilisation et les circuits de distribution parmi les conditions pour rendre les produits maliens accessibles et compétitifs.

Hélène N’Diaye, Présidente du Réseau solidaire en agroécologie paysanne citoyenne, récuse l’idée d’un produit local systématiquement plus cher. « Le produit local n’est pas cher, c’est le produit importé qui est faussement bon marché », affirme-t-elle.

Son réseau mise sur les marchés de proximité pour réduire les intermédiaires entre producteurs et consommateurs. La transformation, la présentation et une meilleure valorisation des produits doivent aussi permettre d’élargir la clientèle.

Le coton résume ce décalage. Selon l’OMC, environ 98% du coton produit dans les pays du C-4+ est exporté sous forme de fibre brute. Le Mali ambitionne d’en transformer localement au moins 10% afin de conserver davantage de valeur ajoutée et d’emplois dans le pays.