Le programme WANECAM3 doit tester trois nouveaux composés contre le paludisme non compliqué. Dirigée scientifiquement depuis Bamako, cette recherche pourrait simplifier la prise en charge, mais aucun nouveau médicament n’est encore disponible.
Le Mali prend une place centrale dans une nouvelle étape de la recherche antipaludique. Le consortium WANECAM3, officiellement présenté le 1er septembre, réunit onze partenaires africains et européens autour d’un objectif ambitieux : mettre au point un traitement capable de guérir le paludisme non compliqué après une seule administration.
Le projet est prévu du 1er juin 2026 au 31 mai 2031. Son coût total atteint près de 28 millions d’euros, dont 10,3 millions apportés par le partenariat européen Global Health EDCTP3. L’Université des sciences, des techniques et des technologies de Bamako, responsable scientifique du programme, bénéficie d’une enveloppe de près de 2,92 millions d’euros.
La coordination administrative revient à Amsterdam UMC, tandis que la direction scientifique est assurée par le professeur malien Abdoulaye Djimdé. Les essais associeront des équipes du Mali, du Burkina Faso, du Gabon, du Kenya et de l’Ouganda. L’Éthiopie devrait rejoindre une phase ultérieure après un programme de renforcement de ses capacités.
Trois molécules à l’étude
WANECAM3 ne teste pas un médicament déjà prêt à être distribué. Le programme doit évaluer trois composés expérimentaux appelés cipargamin, INE963 et MMV533. Leur particularité est d’agir contre le parasite par des mécanismes différents de ceux des dérivés de l’artémisinine, qui constituent actuellement la base des traitements recommandés.
La première étape reposera sur une plateforme d’essais de phase 2. Une combinaison de cipargamin et d’INE963 doit être évaluée chez des enfants âgés de 2 à 12 ans atteints d’un paludisme non compliqué. Un autre volet étudiera différentes doses de MMV533 administrées seules à des adultes.
La phase 2 sert à préciser la dose, à observer les effets indésirables et à déterminer si le traitement produit l’effet recherché. Une étude de phase 3, menée sur un plus grand nombre de participants, ne sera engagée que si les premiers résultats sont suffisamment convaincants. Elle comparera alors la combinaison retenue, administrée en une seule prise, au traitement standard de trois jours.
Même en cas de réussite, une autorisation de mise sur le marché ne serait pas automatique. Les données devront démontrer que la nouvelle combinaison est au moins aussi efficace et suffisamment sûre, notamment chez les enfants qui supportent la plus grande part de la mortalité liée au paludisme.
Une simplification très attendue
Les traitements actuels restent efficaces lorsqu’ils sont correctement prescrits et suivis. Leur principale contrainte tient à la nécessité de prendre plusieurs doses pendant trois jours. D’après les estimations présentées par EDCTP3, jusqu’à la moitié des patients pourraient ne pas terminer complètement leur traitement.
L’interruption peut survenir lorsque la fièvre baisse, lorsque le patient doit retourner travailler ou lorsque la famille vit loin d’une structure de santé. Elle peut favoriser la persistance de parasites et accroître la pression qui conduit progressivement à l’apparition de résistances.
Une prise unique administrée sous le contrôle d’un agent de santé réduirait ce risque. Elle faciliterait aussi le travail des centres de santé communautaire, particulièrement dans les localités où il est difficile de suivre les malades pendant plusieurs jours.
Cette perspective ne signifie pas que les traitements à base d’artémisinine sont devenus inutiles au Mali. Des parasites moins sensibles à cette molécule ont été détectés dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, mais les autorités sanitaires n’ont pas annoncé un échec généralisé des traitements recommandés sur le territoire malien. WANECAM3 prépare une solution de remplacement avant que la résistance ne compromette plus largement les moyens disponibles.
Une recherche à conduire sous contrôle
Le Mali dispose d’une expérience reconnue dans les essais antipaludiques. Les précédents programmes WANECAM ont contribué à l’évaluation de traitements utilisés en Afrique et au renforcement du Centre de recherche et de formation sur le paludisme de Bamako.
Cette position donne aux chercheurs maliens une capacité d’influence sur les protocoles, le suivi de la résistance et la prise en compte des réalités sanitaires africaines. Elle doit aussi produire des compétences durables dans les laboratoires, la gestion des données et la surveillance des médicaments.
Les essais impliquant des enfants exigeront une protection particulièrement rigoureuse. Le consentement des parents, l’information des familles, l’examen par des comités d’éthique indépendants et la prise en charge immédiate des effets indésirables doivent rester au centre du dispositif. Les résultats, favorables ou non, devront être publiés.
L’importance de la recherche apparaît dans les chiffres. Pour 2023, l’Organisation mondiale de la Santé estimait à 8,15 millions le nombre d’épisodes de paludisme au Mali et à 14 328 celui des décès associés. Il s’agit d’estimations épidémiologiques, et non du seul décompte des cas confirmés dans les structures sanitaires.
Ces données plaçaient le pays parmi les onze supportant la charge la plus élevée. Elles montraient aussi une augmentation estimée de 1,4 million de cas entre 2019 et 2023.
Un éventuel traitement en une prise complèterait les outils déjà utilisés. Il ne remplacerait ni les moustiquaires imprégnées, ni la chimioprévention saisonnière, ni le diagnostic rapide, ni la vaccination antipaludique introduite au Mali en 2025. Son utilité dépendrait également de son prix, de sa disponibilité dans les centres de santé et de la capacité du pays à l’intégrer à ses protocoles.
WANECAM3 ouvre donc une possibilité sérieuse, sans apporter encore de médicament aux patients. Les cinq années annoncées devront établir si les molécules sont efficaces, sûres et accessibles. La réussite scientifique serait majeure. Son véritable accomplissement viendrait ensuite, lorsque le produit pourrait atteindre les malades qui en ont le plus besoin.
Massiré Diop




