Samedis à Sogonafing : le conte, une école de la vie

La deuxième édition des « Samedis à Sogonafing – Ziri Naamu » s’est achevée le 29 août 2026, après neuf…

La deuxième édition des « Samedis à Sogonafing – Ziri Naamu » s’est achevée le 29 août 2026, après neuf semaines d’activités consacrées aux contes, comptines, jeux, chants et savoir-faire traditionnels. Placée sous le thème « Célébrer la culture à travers l’éducation et l’éducation à travers nos contes et comptines », la manifestation entendait transmettre aux enfants des repères culturels, historiques et citoyens par l’éducation et la pratique artistique.

Des rires d’enfants résonnent sur le site de la cérémonie. Ils courent, discutent et se préparent à leurs prestations. Au rythme des djembés et des mélodies instrumentales, l’atmosphère est chaleureuse. Les adultes ont, eux aussi, répondu présents. En cette fin d’après-midi à Sogonafing, les générations se retrouvent autour d’un même patrimoine : la culture.
Pour ouvrir la cérémonie, les enfants exécutent plusieurs danses sous les regards attentifs du public. Puis vient un moment particulièrement symbolique : l’hymne national du Mali, chanté en chœur en bamanankan. Leurs jeunes voix donnent à la scène une dimension particulière. Ici, l’apprentissage ne passe pas uniquement par les livres. La transmission se fait aussi par la parole, le chant, le mouvement et la mémoire.
La cérémonie de clôture réunit plusieurs personnalités de la localité, notamment des dignitaires, des autorités coutumières et des membres de la chefferie. Pour les organisateurs, leur présence témoigne de l’intérêt accordé à cette initiative culturelle et éducative. À l’origine du projet, Mariam Sangaré, dite Sista Mam, tient à remercier les familles pour leur confiance : « Je remercie les mamans qui ont accepté de me confier leurs enfants. Elles m’ont fait confiance. Ce n’est pas facile, dans un pays où les rastas sont marginalisés. Elles ont compris que ce qu’on dit de nous n’est pas forcément la vérité. Nous cherchons à construire notre pays. Nous sommes des patriotes convaincus et nous savons que le Mali est un grand pays. Le Mali ira très loin, tant que ces enfants existeront », affirme-t-elle.
Apprendre autrement
Pendant neuf semaines, les enfants ont évolué dans un univers où l’apprentissage se mêle à la créativité. Peinture, dessin, maquillage artistique, fabrication de bijoux en perles, jeux, chants, contes et comptines ont rythmé les rencontres. Ils ont également découvert l’histoire du Mali et certaines des figures qui ont marqué son passé. Pour Drissa Souleymane Traoré, l’expérience a permis d’en apprendre davantage sur son pays. « Pendant ces semaines, j’ai beaucoup appris sur le Mali, notamment sur Modibo Keïta, Samory Touré et Babemba Traoré. J’ai aussi appris des choses sur le fleuve Niger et sur nos chansons traditionnelles », témoigne-t-il. Saba B. Traoré, de son côté, retient surtout les activités manuelles. Elle remercie les initiateurs pour les apprentissages reçus, notamment dans la fabrication de bijoux, la peinture et le dessin.
Au-delà des activités artistiques, le programme cherchait également à transmettre des comportements et des valeurs. Les enfants ont été sensibilisés aux bonnes manières, à la conduite en société, au respect des autres et aux principes de la vie collective. Les contes ont constitué l’un des principaux supports de cette transmission.
Représentant le ministre de la Culture, le directeur de l’Action culturelle, Cheick Sissoko, insiste précisément sur cette fonction éducative. Selon lui, les contes sont des vecteurs de transmission des valeurs morales et des normes sociales au sein des communautés. Ils véhiculent des leçons de vie et des principes de justice, de solidarité, de respect et de responsabilité. Ils permettent également aux jeunes générations de découvrir l’histoire, les croyances et les coutumes de leur culture. Les activités menées durant ces neuf semaines ont aussi contribué, selon lui, au développement de l’imagination et de la créativité des enfants.
À travers les personnages et les histoires, les enfants ont pu aborder des émotions telles que la peur, la tristesse ou la colère, et apprendre à mieux les comprendre. L’initiative participe ainsi, selon Cheick Sissoko, à la formation d’un citoyen malien conscient de ses droits et de ses devoirs, et attaché aux valeurs de civisme et de civilité. Cette orientation rejoint l’esprit de la période 2026-2027, décrétée « Année de l’éducation et de la culture » par les autorités.
Un patrimoine vivant
Après les prestations des enfants, place aux masques et aux chants traditionnels. Les apparitions se succèdent au son des instruments et au rythme des danses. Une deuxième sortie de masques retient particulièrement l’attention, avec l’apparition du crocodile sacré, puis celle du Moribayassa, rituel traditionnel transmis de génération en génération. Pour les participants, ces moments dépassent le simple spectacle. Ils offrent une rencontre directe avec un patrimoine vivant. Dans cet espace où les enfants apprennent à connaître leur histoire, leurs traditions et les règles de la vie en société, certains n’hésitent pas à parler d’une véritable « école de la vie ».
Le chef de quartier de Sogonafing, le patriarche Siraman Konaté, se réjouit de l’initiative. Il estime que la cérémonie a été à la hauteur des attentes et souhaite voir se multiplier des manifestations de cette envergure, qui contribuent à mettre la culture en valeur. Même appréciation du côté de la mairie. Le maire de Sogonafing, Adama Konaté, salue l’initiative et insiste sur l’importance de la valorisation du patrimoine culturel. La porte-parole des femmes de Sogonafing, Mariko Kadiatou Sylla, adresse également ses remerciements aux initiateurs et à tous ceux qui ont contribué à la réussite du programme. Pour la marraine de la cérémonie, Coumba Touré, cette clôture représente surtout l’aboutissement de plusieurs semaines d’efforts. « Aujourd’hui est un jour spécial pour les enfants de Sogonafing. Après plusieurs semaines d’efforts, c’est un jour de célébration du mérite, de distribution de cadeaux et surtout de mise en valeur des enseignements qui devront être transmis de génération en génération », souligne-t-elle.
La fête atteint sa dernière étape avec la remise de kits scolaires aux enfants. Sacs, cahiers, livres et autres fournitures sont distribués, transformant cette clôture en un moment de récompense, mais aussi en un encouragement à poursuivre les apprentissages.
Après neuf semaines, les « Samedis à Sogonafing – Ziri Naamu » referment leur deuxième édition. Derrière les danses, les chants, les masques et les cadeaux demeure une ambition : faire du patrimoine culturel un outil d’éducation et permettre aux enfants de recevoir, dès leur jeune âge, une part de l’histoire et des valeurs de leur communauté.
À Sogonafing, ce samedi-là, les enfants n’ont pas seulement raconté des histoires. Ils ont appris à en devenir les futurs gardiens.
Salimata Wagué

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