Désinformation : La jeunesse à l’avant-garde de la lutte

Placée au cœur du thème de la Semaine nationale de la jeunesse 2026, la lutte contre la désinformation s’impose comme un volet à part entière des enjeux de paix et de sécurité. Les formations au fact-checking, la sensibilisation des blogueurs et la mobilisation des influenceurs se multiplient afin de mieux armer les jeunes face aux contenus trompeurs et aux discours de haine.

Sur les réseaux sociaux, une image sortie de son contexte, une vidéo ancienne présentée comme récente ou une rumeur relayée en chaîne peuvent rapidement toucher des milliers d’utilisateurs. Dans un environnement marqué par les tensions sécuritaires et communautaires, la circulation de contenus trompeurs a progressivement fait de l’espace numérique un autre terrain des enjeux de paix et de cohésion sociale.

Lors d’une conférence régionale organisée à Bamako en juillet 2025, plusieurs acteurs avaient souligné que les fausses informations pouvaient alimenter les tensions intercommunautaires, éroder la confiance envers les institutions et favoriser l’exposition aux discours extrémistes. Les jeunes figurent parmi les publics particulièrement ciblés par certaines campagnes de désinformation.

Apprendre à vérifier

Face à la multiplication des contenus, l’un des principaux enjeux réside dans l’éducation aux médias et à l’information. En novembre 2025, la 3ème Académie des jeunes blogueurs du Mali a été consacrée au rôle des influenceurs numériques dans la lutte contre la désinformation. Avec l’appui de l’UNESCO, les participants ont été initiés au fact-checking, au journalisme sensible aux conflits et aux outils permettant d’évaluer la fiabilité d’une information.

Dans la même dynamique, l’Association des blogueurs du Mali a formé, à la fin de 2025, 120 jeunes à Bamako, Sikasso et Gao sur la gestion de la désinformation, la vérification des faits et la citoyenneté numérique.

Le défi dépasse toutefois le cadre des formations ponctuelles. Faire de la jeunesse un rempart durable suppose de diffuser plus largement les réflexes de vérification, notamment en apprenant à identifier les sources, à confronter les versions, à vérifier les images et à éviter le partage immédiat.

Dans la lutte contre la désinformation, le renforcement de l’esprit critique apparaît comme l’un des principaux moyens de faire face à la rapidité de diffusion des contenus trompeurs.

Mohamed Kenouvi

Donatien Kanga : « La lutte contre la désinformation, un défi urgent à relever »

Donatien Kanga, expert en fact-checking et Président du Cadre de concertation entre organisations de la société civile et médias en Afrique de l’Ouest, a partagé son analyse sur les défis posés par la désinformation à l’ère numérique. Propos recueillis par Massiré Diop

Comment évaluez-vous la lutte contre ce qu’on appelle le « Triptyque MDM »  ( Mésinformation, Désinformation et Malinformation) ?

C’est un combat complexe et de longue haleine. La technologie a transformé l’écosystème informationnel, facilitant la diffusion de l’information tout autant que celle de la désinformation. Cette lutte est devenue une urgence internationale, nécessitant des actions à tous les niveaux : individuel, communautaire, national, régional et international.

Pourquoi observe-t-on parfois une certaine réserve de la part des États dans cette lutte ?

Il ne s’agit pas de réserve, mais plutôt de prudence. Les États réagissent activement lorsque la désinformation menace leur stabilité. Cependant, il est nécessaire d’élever la prise de conscience générale pour considérer ce phénomène comme une priorité nationale indépendamment des menaces immédiates.

Quels facteurs favorisent la propagation de la désinformation dans notre environnement ?

Plusieurs facteurs contribuent à cette propagation. D’abord les évolutions technologiques rendent la création et la diffusion de contenus accessibles à tous, même sans formation journalistique. Ensuite, la viralité des réseaux sociaux permet une diffusion rapide et massive de l’information, rendant difficile la distinction entre le vrai et le faux. Enfin, dans des contextes où l’oralité prédomine et où le taux d’analphabétisme est élevé, la distinction entre information vérifiée et rumeur est souvent floue.

Quel est l’impact de la culture de l’oralité et de l’analphabétisme sur la désinformation ?

Dans des sociétés à tradition orale et au taux d’analphabétisme élevé, les individus ont tendance à considérer toute information provenant d’un écran comme véridique, sans esprit critique. Cette situation est exacerbée par l’accès généralisé aux technologies numériques.

Quelles sont les principales stratégies de lutte ?

La lutte repose sur trois axes principaux : développer des outils technologiques pour détecter la désinformation, former les citoyens à l’esprit critique et aux compétences numériques et établir des lois équilibrées qui protègent contre la désinformation tout en préservant la liberté d’expression.

Y a-t-il de l’espoir face à ce fléau ?

Malgré les défis, il y a de l’espoir grâce à l’engagement des acteurs nationaux et régionaux. Des initiatives collaboratives, comme le Cadre de consultation entre organisations de la société civile et médias, montrent que des actions concertées peuvent renforcer l’intégrité de l’information.