Le gouvernement exclut de soutenir les arrangements conclus entre des communautés et des groupes armés, tout en reconnaissant que certaines populations y adhèrent pour pouvoir cultiver, circuler ou échapper aux violences. Cette position remet au centre une réalité complexe du Centre : des villages composent avec les forces présentes sur le terrain lorsque leur survie quotidienne est en jeu.
Le ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, Ismaël Wagué, a précisé le 14 août que l’État « ne va jamais soutenir » les accords entre des communautés et les groupes armés qualifiés de terroristes par les autorités. Il s’exprimait lors d’une rencontre organisée dans le cadre de la Semaine nationale de la jeunesse.
Selon lui, ces arrangements offrent aux groupes armés des zones de repli et réduisent la transmission de renseignements aux forces de sécurité. Des villages peuvent ainsi devenir, volontairement ou sous la contrainte, des espaces où les combattants circulent avec un risque moindre d’être signalés.
Ismaël Wagué a toutefois établi une distinction importante entre les groupes armés et les populations qui acceptent leurs conditions. Confrontés aux blocus, à la fermeture des marchés, à l’impossibilité d’accéder aux champs ou à la menace d’attaques, certains habitants cherchent avant tout à préserver leur vie et leurs moyens de subsistance. Le ministre estime que leur adhésion à un pacte ne suffit pas à les considérer comme des ennemis de l’État.
Contraintes
Depuis plusieurs années, des arrangements de ce type sont documentés dans les cercles de Koro, Bankass, Djenné, Douentza et Bandiagara. Les conditions imposées varient selon les localités, mais elles comprennent souvent le dépôt ou le rangement des armes, l’arrêt de la transmission d’informations aux forces gouvernementales et l’acceptation de règles sociales inspirées de l’interprétation religieuse des groupes armés.
En contrepartie, des communautés ont obtenu la levée de blocus, l’accès aux marchés, la reprise des travaux agricoles ou une réduction des attaques. Certains accords ont aussi permis l’éloignement de bases armées des habitations ou la réouverture limitée d’écoles. Ces concessions restent fragiles et dépendent largement des commandants locaux, des médiateurs et du comportement des différentes parties.
La situation observée en 2026 montre les limites de ces arrangements. Selon ACLED, l’offensive menée en mai par le JNIM contre des groupes de chasseurs dozos dans les cercles de Bandiagara, Bankass et Djenné est en partie liée aux tensions autour de villages ayant conclu des accords locaux. L’organisation indique qu’une douzaine de villages de Bankass ont remis des armes au groupe après cette campagne de violence.
Une autre source de tension vient des milices qui rejettent ces pactes et soupçonnent les localités signataires de favoriser l’implantation du JNIM. Human Rights Watch avait déjà documenté en 2024 une division au sein de Dan Na Ambassagou : certains éléments avaient accepté un accord et déposé les armes, tandis que d’autres avaient poursuivi le combat. Cette fracture avait précédé de nouvelles attaques contre des villages.
La complexité du dossier explique la poursuite du dialogue gouvernemental avec les organisations communautaires. Le 12 mai, Ismaël Wagué avait ainsi réuni des représentants de Tabital Pulaaku, de Guina Dogon et de Dan Na Ambassagou autour des questions de prévention des conflits et de coexistence entre communautés.
Le ministre continue par ailleurs d’encourager les accords conclus entre villages ou communautés pour régler des litiges fonciers, pastoraux ou sociaux. Le refus exprimé concerne donc les pactes passés avec les groupes armés, et non les mécanismes traditionnels de médiation locale.
Cette ligne fixe une limite politique claire, mais son application dépendra de la capacité de l’État à proposer une solution concrète aux villages concernés. La sécurisation des routes, l’accès aux champs, la réouverture des marchés et la présence de services publics peuvent réduire l’intérêt de ces arrangements. Sans amélioration durable des conditions de vie et de sécurité, certaines communautés continueront de négocier localement l’espace nécessaire à leur survie

