Le civisme et le patriotisme sont au cœur du débat au Mali, 66 ans après l’indépendance. Quel est le rapport du citoyen malien à l’Etat, quel citoyen faut-il pour le Mali, de demain, le Pr. Ibrahima N’Diaye, sociologue répond à nos questions.
Comment caractérisez-vous aujourd’hui le rapport du citoyen malien à l’État ?
Le citoyen ordinaire se reconnaît beaucoup dans les autorités et les légitimités traditionnelles, parce qu’elles correspondent à son mode de vie. À côté de celles-ci existe la citoyenneté républicaine, avec ses institutions et ses textes, davantage comprise par ceux qui sont passés par l’école. Cette dualité complexifie le rapport du citoyen à l’État.
Qu’est-ce qui explique l’incivisme ?
Il y a deux problèmes. Le premier est la dissonance entre deux citoyennetés : celle issue de l’héritage ancien et celle portée par la République. Chacune a ses propres références et peut considérer les comportements de l’autre comme de l’incivisme.
Le second problème, plus grave selon moi, est que l’État n’a pas suffisamment pris en charge la formation du citoyen. Cette mission a longtemps été confiée aux partis politiques, aux associations, aux syndicats et à la société civile, sans produire les résultats attendus.
Comment renforcer durablement la citoyenneté au Mali ?
Nous disposons de valeurs partagées depuis des siècles, comme le Sinankunya, le Mɔgɔya ou le Maaya. Elles doivent être constamment rappelées, transmises et expliquées. Il faut aussi inciter les citoyens à passer à l’action.
L’impulsion doit venir d’un leadership conscient et légitime, capable d’entraîner la population vers davantage de cohésion, d’entente et d’entraide.

