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Birahim Soumaré : « Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance »

La visite à Bamako du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb intervient dans un contexte de reprise du dialogue entre le…

La visite à Bamako du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb intervient dans un contexte de reprise du dialogue entre le Mali et l’Algérie, alors que la tenue de la 13e Grande Commission mixte reste attendue. Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, analyse la portée de ce rapprochement, les résultats attendus et la place d’Alger parmi les partenaires du Mali.

Après dix ans sans Grande Commission mixte et la récente brouille diplomatique, cette rencontre marque-t-elle une simple normalisation ou une véritable refondation de la relation ?

Tout d’abord, je veux saluer la clairvoyance diplomatique et stratégique du président de la Transition, chef de l’État, le Général d’armée Assimi Goïta, et du président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune, qui ont engagé, depuis le 10 juillet 2026, une dynamique visant à raviver les liens historiques de solidarité, d’amitié et de coopération multiforme entre nos deux nations.

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Cette nouvelle impulsion s’inscrit dans une approche fondée sur le respect mutuel, la souveraineté de chacun des deux États, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la recherche d’intérêts communs.

Comme vous le savez, après plusieurs années — on allait parler de décennies — sans réunion de la Grande Commission mixte algéro-malienne, cette 13e session constitue un outil diplomatique destiné à renforcer la coopération entre les deux pays.

La 13e session devrait certainement constituer une véritable relance, voire une refondation de la coopération entre les deux pays.

Cette Commission mixte ne pourra peut-être pas être considérée, à ce stade, comme un simple rendez-vous, eu égard au refroidissement relatif de nos relations. Elle doit probablement déboucher sur des mécanismes durables et produire des résultats.

Autrement dit, des accords sectoriels seront probablement redéfinis afin de mettre en place une mobilisation, une redéfinition des principes, des mécanismes et des priorités stratégiques du partenariat, qui permettront véritablement de parler d’une refondation.

Lorsqu’on reste pendant une décennie sans contact diplomatique de ce niveau, on peut prévoir ce genre d’évolution. En définitive, si la Commission produit seulement des accords sectoriels, il s’agira peut-être d’une normalisation. Or, je ne pense pas que nous soyons dans cette phase-là. Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance.

Dans ce cas, des mécanismes, des principes et des priorités stratégiques vont probablement être définis pour déterminer nos futures relations avec l’Algérie.

Je précise une chose : il n’y a jamais eu de rupture des relations diplomatiques. Il y a eu un rappel d’ambassadeur, mais il n’y a jamais eu de rupture diplomatique pendant toute cette période. Il y avait des chargés d’affaires dans les deux ambassades.

Quel bilan peut-on raisonnablement dresser des treize accords signés en 2016 ?

Je pense que la 13e session de la Grande Commission mixte devra faire le bilan des accords signés à Bamako lors de la Commission du 3 novembre 2016, qui était véritablement la 12e session.

Il faudra examiner les engagements qui ont été pris et vérifier s’ils ont véritablement été mis en œuvre. Par exemple, un élément important a déjà été mis en œuvre : le Conseil des affaires algéro-malien. Mais d’autres projets, dans le domaine de l’énergie notamment, ont probablement besoin d’être réexaminés ou véritablement relancés.

Il y a également quelques données que l’on pourrait noter : la volonté de faire en sorte que la coopération dans plusieurs secteurs économiques puisse être relancée, renforcée ou inscrite dans un nouveau cadre de refondation.

Quels résultats concrets faudrait-il obtenir lors de la prochaine session pour qu’elle ne reste pas essentiellement déclarative ?

La 13e session devra constituer une étape importante dans la relance et la consolidation de notre coopération bilatérale. Elle devra notamment permettre de dresser le bilan des accords signés à Bamako. Cette dynamique devra s’inscrire dans le prolongement de plusieurs initiatives déjà prises, qui contribueront véritablement au renforcement de cette coopération.

Les travaux de la prochaine session à Bamako devront toujours s’inscrire dans le cadre du renforcement des relations, du moins nous l’espérons.

Au-delà de la réactivation du cadre institutionnel du dialogue bilatéral, l’enjeu sera de traduire cette volonté politique en engagements concrets, suivis et évaluables. La portée véritable de cette session s’évaluera dans sa capacité à établir une feuille de route claire, à assurer le suivi des accords antérieurs et à dégager de nouvelles perspectives de coopération répondant aux intérêts communs des deux États.

Dans le cadre des négociations des commissions mixtes, c’est toujours ainsi que cela se passe : on met à plat les accords qui ont été décidés lors de la précédente Commission et, ensuite, en fonction des demandes des différents départements ministériels, la Commission prend en charge toutes les demandes de renforcement de la coopération, que ce soit dans les secteurs de l’énergie, de l’éducation, de la formation, etc. Cela dépend des demandes des départements ministériels.

Les deux diplomaties, malienne et algérienne, seront sans nul doute, à mon sens, à la hauteur de ce défi et sauront relever le niveau de la coopération, au regard des orientations diplomatiques et stratégiques définies par nos deux chefs d’État, ainsi que de l’expérience et de l’expertise reconnues de nos appareils diplomatiques respectifs.

L’appareil diplomatique algérien est performant, tout comme le nôtre. On peut donc, dans ce domaine, être optimiste.

Le Mali peut-il renforcer sa coopération avec l’Algérie tout en développant ses relations avec le Maroc, sans se laisser enfermer dans leur rivalité régionale ?

À mon sens, notre démarche diplomatique, telle qu’elle est définie par le chef de l’État, le président de la Transition, repose sur la défense des intérêts nationaux et la diversification des partenaires.

La nature de notre relation bilatérale avec l’Algérie ou avec le Maroc ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre pays. Si nous avons des relations diplomatiques avec l’Algérie, ce n’est pas en fonction de ces relations que nous allons redéfinir nos relations avec le Maroc. La nature de nos relations bilatérales avec l’un ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre.

Conformément à l’histoire de nos relations d’amitié et de solidarité avec ces deux partenaires stratégiques que sont l’Algérie et le Maroc, il convient de rappeler le rôle joué par le Mali dans le règlement de la guerre des Sables entre l’Algérie et le Maroc.

On se rappelle que la signature, à Bamako, le 2 novembre 1963, de l’accord de cessez-le-feu entre ces deux protagonistes a consacré la contribution de la diplomatie et de l’armée maliennes à la recherche d’une solution pacifique. Cette contribution a d’ailleurs valu au Mali une reconnaissance particulière dans les instances internationales.

Nous avons donc l’expérience d’une politique diplomatique équidistante par rapport à tous les partenaires avec lesquels nous devons travailler. La dynamique diplomatique de notre pays s’oriente en fonction de nos intérêts et non en fonction des incompréhensions ou des rivalités géostratégiques qui peuvent opposer telle ou telle nation.

Dans quels domaines l’Algérie demeure-t-elle un partenaire difficilement remplaçable pour le Mali ?

L’Algérie demeure pour nous non pas un partenaire difficilement remplaçable, mais plutôt un partenaire stratégique dans plusieurs domaines, notamment en matière de sécurité, de coopération transfrontalière, de diplomatie régionale, d’énergie, de formation, de commerce et dans d’autres secteurs.

Cette singularité repose bien entendu sur la proximité géographique. Je rappelle que nous avons 1 329 kilomètres de frontière avec l’Algérie, ainsi que sur la profondeur historique des relations entre les deux pays.

Dans le cadre de cette dynamique historique, la partie nord du Mali, principalement Gao, a constitué une base arrière stratégique et logistique pour le FLN dans sa lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

La prochaine rencontre sera donc le prélude à une relance de nos relations diplomatiques et stratégiques avec l’Algérie. Elle interviendra dans un contexte sous-régional assez difficile et mouvementé, où les intérêts étrangers ainsi que les attitudes déstabilisatrices que l’on peut observer ici ou là peuvent constituer un facteur d’instabilité dans notre sous-région.

Le Mali et l’Algérie sont des acteurs majeurs du Sahel dans le cadre de la lutte géopolitique et géostratégique contre le terrorisme. L’Algérie a également connu une expérience importante, ce que l’on appelle la décennie du terrorisme.

Ces deux nations ont donc tout intérêt à renforcer les liens de solidarité qui les unissent et à travailler à la stabilisation de notre sous-région.

La stabilisation de la bande sahélo-saharienne commencera par une stabilisation au niveau du Sahel. Nous sommes des pays frontaliers et la coopération sous-régionale devrait nous permettre de poursuivre notre lutte inlassable contre les mouvements de déstabilisation, les mouvements terroristes, les mercenaires de tout acabit, les narcotrafiquants et les autres groupes criminels.

C’est une très bonne coopération et j’ai la certitude que le volet de la coopération sécuritaire, militaire et stratégique sera probablement renforcé lorsque cette rencontre se tiendra à Bamako.

Dans un contexte de profonde dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, on peut dire que la relation entre le Mali et l’Algérie revêt une dimension stratégique majeure.

D’abord, la proximité géographique et la frontière commune confèrent aux deux pays des intérêts sécuritaires étroitement liés. Le renforcement du dialogue et de la coopération en matière de sécurité, de contrôle des frontières, de renseignement et de lutte contre les menaces transnationales, notamment les narcotrafiquants et les autres groupes criminels, apparaît ainsi comme un enjeu essentiel pour la stabilisation de la sous-région ouest-africaine.

Comme je le disais, cela participe d’une manière stratégique à la stabilisation de la bande sahélo-saharienne, qui s’étend de la Mauritanie au Soudan.

Il est très important de savoir que le Mali, qui est un épicentre extrêmement important, et l’Algérie, qui a connu plusieurs années de lutte contre le terrorisme, partagent des intérêts communs.

Il faut toutefois préciser que le terrorisme est un mode opératoire. On utilise le terrorisme pour défendre ou propager des intérêts. Des mercenaires peuvent recourir au terrorisme pour parvenir à leurs objectifs. Le terrorisme est souvent considéré comme une idéologie, mais il s’agit plutôt d’une tactique, d’un mode opératoire.

C’est pourquoi nos forces de défense et de sécurité s’adaptent à la lutte contre le terrorisme. Ce n’est pas une guerre classique, mais une guerre hybride qui nécessite une bonne compréhension des mécanismes du terrorisme. Le Mali et l’Algérie partagent cette conception.

Une autre chose importante concerne l’évolution de nos relations. Le Mali est membre de l’AES et participe à la force conjointe de l’AES. L’Algérie, avec la modification constitutionnelle qu’elle a connue, essaie désormais, d’une manière ou d’une autre, de projeter sa force militaire en dehors de ses frontières, alors que cela n’était pas possible avant cette modification constitutionnelle.

Il est donc très important que ces deux pays collaborent. Cette collaboration reste également ouverte à d’autres partenaires. C’est ce que le président de la Transition a institué dans le cadre de la diplomatie malienne. Elle n’est pas exclusive, mais elle est essentielle.

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