La visite du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb à Bamako, le 14 septembre, a confirmé le rapprochement et débouché sur la proposition d’équipes thématiques. Les échanges ont notamment porté sur l’économie, les transports, l’énergie, les bourses universitaires et la recherche. Le sociologue Bréhima Ely Dicko explique comment cette volonté politique peut produire des résultats durables et perceptibles par les populations.
Dans un Sahel où les relations entre États restent dominées par la sécurité, comment sortir les partenariats de cette seule logique ?
Désécuriser les partenariats ne signifie pas ignorer les menaces. Il s’agit de les sortir d’une logique de blocs et de rivalités pour les ramener aux services rendus aux populations. Le Mali évolue dans un « pluralisme partenarial contraint » où plusieurs offres se croisent. Le principal risque est la « balkanisation des alignements », avec un domaine de souveraineté confié à chaque partenaire. Une diplomatie de l’utilité doit plutôt apprécier chaque coopération selon trois critères : la souveraineté, le développement local et le désenclavement.
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Quels résultats permettraient aux populations de percevoir de véritables « dividendes de paix » ?
Ces dividendes doivent être visibles dans la vie quotidienne. La première priorité est de formaliser et de sécuriser le commerce transfrontalier, notamment par des zones de commerce intégré. Pour le citoyen, l’intégration se mesure au prix du sac de riz et à la fluidité du passage. Il faut aussi désenclaver le Nord du Mali et le Sud algérien grâce aux infrastructures de connexion. Une route, une fibre optique ou une ligne électrique donnent une réalité concrète à la coopération.
Quelle place le capital humain doit-il occuper dans cette relance ?
Il représente l’investissement de long terme. La relance des bourses, des échanges universitaires, de la reconnaissance des diplômes et de la coopération sanitaire rapproche directement les deux sociétés. Les étudiants, les chercheurs et les professionnels de santé deviennent alors des acteurs de la coopération. La relation gagne ainsi une assise humaine qui dépasse les rencontres entre responsables politiques.
Comment transformer la frontière commune en espace de co-développement ?
Il faut passer d’une logique principalement consacrée à la sécurisation à une gouvernance tournée vers le co-développement des zones frontalières. La sécurité durable vient aussi du développement, des échanges et de l’accès aux services. Les communautés concernées doivent être associées aux projets et constater leurs effets sur leurs activités. La relance actuelle constitue donc un test : celui de la capacité des deux États à transformer une relation d’État à État en une relation de société à société. Sans appropriation populaire, tout accord restera lettre morte.




