Avec 43,8% des voix en Saxe-Anhalt, le parti AfD a signé le 6 septembre son meilleur résultat dans une élection régionale allemande. Le scrutin ne change pas immédiatement la politique de Berlin, mais il fragilise un équilibre dont dépendent aussi plusieurs choix européens.
Le parti d’extrême droite a obtenu 39 des 83 sièges du Landtag, 3 de moins que la majorité absolue. En face, la CDU, le SPD, les Verts et Die Linke totalisent eux aussi 39 sièges. Les cinq élus du BSW deviennent ainsi décisifs pour l’investiture du prochain Ministre-président et le fonctionnement du futur gouvernement.
La circonscription de Saxe-Anhalt ne compte pas parmi les Länder les plus puissants d’Allemagne, mais son poids politique est devenu considérable. Située dans l’ex-RDA, elle constitue l’un des principaux bastions de l’AfD et un test grandeur nature de sa capacité à passer de la contestation à l’exercice du pouvoir.
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Depuis des années, les principales formations maintiennent un « cordon sanitaire » autour de l’AfD. Celui-ci subsiste, mais son coût augmente lorsqu’un parti approche seul de la moitié des sièges. Le BSW n’a promis aucune coalition avec l’AfD, mais accepte de discuter avec elle et pourrait jouer un rôle décisif au cas par cas.
Le vote confirme aussi une rupture plus profonde. L’AfD passe de 20,8% en 2021 à 43,8% dans le Land, après avoir obtenu 20,8% aux législatives fédérales de 2025. Ce n’est pas la fin de la gauche en Allemagne, déjà dirigée par le conservateur Friedrich Merz, mais l’affaiblissement du vieux centre CDU-SPD.
Un avertissement pour l’Europe
Les effets les plus sensibles se joueront à Berlin. L’AfD réclame une politique migratoire beaucoup plus restrictive, conteste l’aide militaire à l’Ukraine et défend un rapprochement avec Moscou, ainsi qu’un assouplissement des sanctions contre la Russie.
Pour l’Union européenne, l’enjeu est important. En effet, l’Allemagne reste sa première économie et, avec la France, l’un de ses principaux moteurs politiques. Pourtant, une polarisation durable compliquerait le couple franco-allemand sur la défense, l’Ukraine, la migration et l’intégration européenne.
Ainsi, il convient de reconnaître que le scrutin ne livre pas encore totalement la Saxe-Anhalt à l’AfD. Il montre surtout qu’elle est désormais assez puissante pour peser sur les coalitions, déplacer le débat national et, à terme, influencer les choix européens de l’Allemagne.
Massiré Diop




