Le dépôt des candidatures commence ce lundi pour cent auditeurs de l’ordre judiciaire, vingt de l’ordre administratif et vingt et un de l’ordre des comptes. Les lauréats devront achever une formation probatoire de vingt-quatre mois avant leur nomination comme magistrats.
Le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme ouvre, ce lundi 14 septembre, la réception des candidatures au concours de recrutement de 141 auditeurs de justice. Les dossiers pourront être déposés jusqu’au 13 octobre à 16 heures, soit à la Direction nationale de l’administration de la justice, à Banankabougou, soit sur le portail numérique consacré au concours.
Sur les 141 places, 100 reviennent à l’ordre judiciaire. Les ordres administratif et des comptes disposent respectivement de 20 et 21 places. Un peu plus de sept recrutements sur dix sont donc destinés aux juridictions qui traitent notamment les affaires civiles, pénales, commerciales et sociales.
Les candidats doivent être de nationalité malienne et avoir entre 18 et 43 ans au 31 décembre 2026. La limite peut être portée à 45 ans en tenant compte de certains services administratifs ou militaires accomplis. Le concours est accessible aux titulaires d’au moins une licence en droit, économie, gestion, finances publiques ou administration publique, ainsi qu’aux détenteurs d’un diplôme reconnu équivalent.
La date des épreuves doit être annoncée ultérieurement. Elles se dérouleront dans un centre unique à Bamako. Cette centralisation obligera les candidats établis dans les régions à prévoir leur déplacement et leur séjour dans la capitale, même si le dépôt en ligne peut leur éviter un premier voyage.
Des auditeurs avant de devenir magistrats
Les personnes retenues ne seront pas immédiatement affectées comme juges, procureurs ou magistrats administratifs. Le statut de la magistrature prévoit d’abord une enquête de moralité pour les candidats déclarés admissibles. Les personnes définitivement admises sont ensuite nommées auditeurs de justice par arrêté du ministre chargé de la Justice.
À partir de cette nomination, elles entrent dans le corps judiciaire, prêtent serment de respecter le secret professionnel et perçoivent une rémunération. Leur formation reste cependant probatoire.
L’Institut national de formation judiciaire Maître Demba Diallo organise ce parcours sur vingt-quatre mois. La première période est consacrée aux techniques professionnelles, parmi lesquelles la rédaction des décisions, la conduite des entretiens judiciaires, la préparation des audiences et le traitement des dossiers. La deuxième année repose principalement sur des stages en juridiction.
Les auditeurs peuvent alors assister les juges du siège, les juges d’instruction et les magistrats du parquet. Ils participent à certaines activités juridictionnelles sous la responsabilité des magistrats en fonction, sans recevoir de délégation de pouvoir ou de signature.
Un examen final d’aptitude et de classement intervient au terme de la formation. Les auditeurs reconnus aptes choisissent leur première affectation, suivant leur rang, parmi les postes proposés par le ministère. Leur nomination comme magistrats est ensuite prononcée par décret après intervention du Conseil supérieur de la magistrature.
Même si le concours se déroule rapidement, les effets sur les effectifs des juridictions apparaîtront donc après deux années de formation. La date de la première affectation dépendra aussi du calendrier des épreuves, de l’enquête de moralité, du début effectif des cours et de l’examen de sortie.
Trois ordres à pourvoir
La ventilation des places montre que le recrutement concerne plusieurs branches de la justice. Les cent auditeurs de l’ordre judiciaire pourront être orientés, après leur formation, vers des fonctions au siège, à l’instruction ou au parquet.
Les vingt auditeurs de l’ordre administratif sont destinés aux juridictions chargées des litiges impliquant notamment l’administration et les personnes publiques. Les vingt et un postes de l’ordre des comptes doivent contribuer au contrôle juridictionnel des finances publiques.
Le communiqué de recrutement ne fournit pas encore la liste des juridictions appelées à recevoir ces futurs magistrats. Le nombre de postes vacants, les régions prioritaires et la répartition entre le siège et le parquet restent également à préciser.
Ces données permettront de mesurer l’effet territorial de l’opération. Une affectation concentrée dans les principales villes produirait des résultats différents d’un déploiement renforçant aussi les tribunaux éloignés de Bamako ou fragilisés par l’insécurité.
L’Institut devra parallèlement accueillir une promotion importante. Le gouvernement indiquait qu’en 2025, 114 auditeurs de justice effectuaient des stages dans les juridictions. La nouvelle promotion compterait 27 personnes de plus. Sa formation demandera un nombre suffisant d’encadreurs, de maîtres de stage, de salles, de supports pédagogiques et de juridictions d’accueil.
Le recrutement face aux attentes du public
Le renforcement des effectifs répond à des difficultés régulièrement relevées dans le fonctionnement de la justice. Le manque de magistrats et de greffiers peut allonger les délais, accroître le nombre de dossiers confiés à chaque agent et réduire la présence judiciaire dans certaines zones.
Une enquête Afrobarometer publiée en février 2026 donne une mesure des perceptions du public. Seuls 38 % des répondants jugeaient probable l’obtention d’une décision rapide et 45 % estimaient probable une résolution équitable. À peine 21 % déclaraient connaître l’existence d’un service d’aide juridique dans leur communauté.
Le recrutement de magistrats peut contribuer à réduire les délais, à condition d’être accompagné de greffiers, d’agents administratifs, de locaux fonctionnels, de moyens de déplacement et d’un financement régulier des juridictions. L’aide judiciaire et l’information du public restent également nécessaires pour les personnes qui ignorent les procédures ou ne peuvent prendre en charge les frais d’un procès.
Le Conseil des ministres du 11 septembre a adopté, en parallèle, un projet d’ordonnance modifiant le statut de la magistrature. Le texte prévoit le maintien de la rémunération des magistrats appelés à effectuer le service militaire obligatoire et l’instauration d’une indemnité de départ à la retraite. Le montant et les modalités de versement de cette indemnité restent à fixer ou à rendre publics.
Le concours apporte ainsi une réponse à la question des effectifs futurs, tandis que la modification statutaire touche aux conditions de carrière. Le résultat pourra être évalué lorsque les 141 places auront été pourvues, que la formation aura été menée à son terme et que les nouveaux magistrats auront rejoint les juridictions où les besoins sont les plus importants.
Massiré Diop




