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Mali-Maroc : 21 accords pour convertir le rapprochement en projets

Réunis à Bamako le 24 juillet, le Mali et le Maroc ont signé 21 instruments juridiques couvrant notamment l’énergie, la…

Réunis à Bamako le 24 juillet, le Mali et le Maroc ont signé 21 instruments juridiques couvrant notamment l’énergie, la santé, l’agriculture, la formation, le commerce et la sécurité. Cette relance diplomatique ouvre plusieurs chantiers, mais les financements, les sites et les calendriers d’exécution de nombreux engagements restent à préciser.

Les signatures sont nombreuses, mais elles ne correspondent pas toutes à des projets déjà financés et prêts à démarrer. Certains textes peuvent fixer un cadre général de coopération, tandis que d’autres organisent des échanges d’expertise, préparent des études ou établissent des relations entre institutions. Le principal enjeu commence donc après la cérémonie. Il s’agit de déterminer quels engagements disposeront rapidement d’un budget, d’un responsable, d’un calendrier et d’indicateurs de résultat.

La quatrième Grande Commission mixte de coopération, coprésidée par les ministres Abdoulaye Diop et Nasser Bourita, marque la reprise d’un mécanisme qui ne s’était plus réuni depuis juin 2000. Créée par un accord conclu en 1987, cette instance doit examiner l’état de la coopération, négocier de nouveaux textes et suivre leur application. La diplomatie marocaine indique que plus de 89 instruments juridiques avaient déjà été conclus entre les deux pays au fil des années. Les 21 textes signés à Bamako viennent ainsi élargir un cadre ancien, renforcé notamment en février 2014 par 17 conventions.

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Le chiffre de 21 constitue un résultat politique visible, mais ne permet pas, à lui seul, d’évaluer la portée de la rencontre. Les informations rendues publiques présentent les principaux secteurs concernés sans détailler, pour chaque instrument, sa nature juridique, son coût, son mode de financement ou son échéance. La publication de l’intitulé complet des textes et de leurs annexes techniques permettrait de distinguer les projets immédiatement exécutables des engagements appelés à faire l’objet de négociations supplémentaires.

Des promesses sectorielles encore à transformer en réalisations

L’un des engagements les plus concrets concerne l’électricité. Le Maroc doit accompagner l’installation et la mise en service d’équipements représentant une puissance de 20 mégawatts dans une première phase. Des missions techniques sont aussi annoncées pour évaluer les besoins du Mali en énergie solaire, choisir les sites et préparer un programme commun de production et de transfert de technologies.

Plusieurs données essentielles ne sont cependant pas encore connues publiquement. Il faudra notamment préciser la technologie retenue pour les 20 mégawatts, le lieu d’installation, le coût global, la nature du financement, le délai de livraison et les conditions de raccordement au réseau. L’impact dépendra également de la capacité des infrastructures de transport et de distribution à recevoir cette énergie.

L’engagement intervient dans un contexte de fortes difficultés d’approvisionnement. La Banque africaine de développement estimait le taux d’accès à l’électricité au Mali à 56 % en 2023, avec une différence marquée entre les villes, où il atteignait 87 %, et le milieu rural, limité à 31 %. Les 20 mégawatts annoncés peuvent apporter une contribution utile, mais leur effet sur les délestages ne pourra être évalué qu’une fois connus leur localisation, leur mode de production et leur intégration au système d’EDM-SA.

Dans l’agriculture, le Maroc prévoit d’accompagner une production présentée comme plus durable et de faciliter la fourniture de fertilisants adaptés aux caractéristiques des sols maliens. L’objectif affiché est d’améliorer les rendements et de soutenir la sécurité alimentaire. La portée de cette coopération dépendra toutefois des volumes disponibles, des prix proposés, du calendrier de livraison et des catégories de producteurs qui pourront en bénéficier.

L’expérience d’OCP Africa dans les engrais et les programmes de fertilité des sols constitue un point d’appui, mais le Mali devra veiller à ce que la coopération ne se limite pas à l’importation de produits. Les besoins portent aussi sur les analyses de sols, la formation des producteurs, la restauration de leur fertilité, le conseil agricole et l’utilisation maîtrisée des intrants.

En matière de santé, les annonces concernent principalement des études et des missions d’experts. Les équipes marocaines doivent examiner des sites et évaluer la faisabilité de projets hospitaliers, de centres d’hémodialyse, de services de radiothérapie et de dispositifs consacrés au diabète. L’Hôpital du Mali et l’Institut national d’oncologie du Maroc doivent également développer un partenariat portant sur la lutte contre le cancer, la formation des personnels et les échanges de pratiques.

Il importe de distinguer ces études préparatoires d’une décision de construire et d’équiper immédiatement de nouvelles structures. Les besoins sont pourtant urgents. Selon des données présentées par les autorités sanitaires, 815 patients bénéficiaient d’une prise en charge par hémodialyse en mars 2025, tandis que 574 autres attendaient une place. Au CHU du Point G, 435 personnes figuraient sur la liste d’attente, alors que 30 générateurs seulement étaient opérationnels sur un parc de 42 appareils.

La coopération sera donc attendue sur des résultats directement observables tels que le nombre d’appareils installés, l’ouverture de nouvelles unités, la disponibilité des consommables, la formation des techniciens et réduction du délai d’attente des patients.

La formation occupe aussi une place importante. Le Maroc a porté à 300 par an le nombre de bourses destinées aux étudiants maliens. Cette mesure, comme la suspension de l’Autorisation électronique de voyage au Maroc pour les ressortissants maliens, avait toutefois été annoncée dès avril 2026. L’exemption de cette formalité est entrée en vigueur le 27 avril. La Commission mixte ne crée donc pas entièrement ces facilités, mais les inscrit dans un cadre de coopération plus large.

Rééquilibrer les échanges et consolider l’alignement diplomatique

La dimension économique a été portée par le Forum d’affaires du 23 juillet, qui a rassemblé plus de 300 opérateurs maliens et marocains. Un protocole signé entre la Confédération générale des entreprises du Maroc et le Conseil national du patronat du Mali a permis de relancer le Conseil d’affaires bilatéral. Un autre accord lie les fédérations professionnelles de l’électricité et des énergies renouvelables des deux pays. Ce cadre doit faciliter la recherche de partenaires, l’identification de projets et la remontée des obstacles rencontrés par les entreprises.

Une Semaine économique du Mali doit être organisée au Maroc en octobre 2026. Elle constituera un premier test : les entreprises maliennes devront pouvoir y présenter des produits capables d’accéder au marché marocain, nouer des relations commerciales et identifier des possibilités de transformation ou de co-investissement.

Le déséquilibre actuel est considérable. Selon les données de 2025 issues de la base des Nations unies sur le commerce international, le Maroc a exporté vers le Mali pour 184,76 millions de dollars de marchandises, contre 2,97 millions de dollars d’achats de produits maliens. Les ventes marocaines au Mali ont donc représenté plus de 60 fois la valeur des flux effectués dans le sens inverse.

Rabat a confirmé l’accès de certains produits maliens au régime préférentiel accordé aux pays africains les moins avancés. Cette mesure ne signifie cependant pas que toutes les marchandises maliennes peuvent entrer automatiquement au Maroc sans droits de douane. Le dispositif concerne une liste déterminée de produits et impose des règles d’origine, dont une valorisation locale d’au moins 40 % du prix départ usine dans certains cas, ainsi qu’une obligation de transport direct.

Pour tirer profit de cette ouverture, le Mali devra identifier les produits admissibles, aider les exportateurs à obtenir les certificats d’origine, améliorer le conditionnement et respecter les normes sanitaires et commerciales marocaines. Sans cet accompagnement, la préférence tarifaire risque de demeurer peu utilisée, en particulier par les petites entreprises et les coopératives.

La Commission mixte confirme également un rapprochement politique engagé plusieurs mois auparavant. Bamako a réitéré son soutien au plan d’autonomie présenté par le Maroc pour le Sahara occidental, après avoir annoncé, le 10 avril, le retrait de sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique. Le Sahara occidental demeure inscrit par les Nations unies parmi les territoires non autonomes dont le statut définitif n’est pas réglé.

Le Maroc a, de son côté, réaffirmé son soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Mali ainsi qu’aux démarches menées par les autorités maliennes en matière de sécurité et de dialogue national. Les deux gouvernements souhaitent développer leur coopération contre les groupes armés et la criminalité transfrontalière, sans qu’un mécanisme opérationnel détaillé ait encore été rendu public.

Le Mali a aussi renouvelé son adhésion à l’initiative marocaine destinée à faciliter l’accès des pays enclavés du Sahel à l’océan Atlantique. Le passage à la réalisation nécessitera toutefois de choisir des corridors, d’évaluer les infrastructures routières et ferroviaires, d’organiser les procédures douanières et de mobiliser des financements importants. La volonté annoncée d’engager progressivement les projets constitue une première étape, mais elle ne fournit pas encore de calendrier.

Nasser Bourita a été reçu par le président de la Transition, Assimi Goïta, auquel il a remis un message du roi Mohammed VI. La cinquième session de la Grande Commission mixte est annoncée pour 2028 au Maroc. D’ici là, la crédibilité des engagements de Bamako dépendra moins du nombre de textes signés que de quelques résultats précis : la mise en service des capacités électriques, le démarrage des projets sanitaires, l’accès réel des produits maliens u marché marocain et la conclusion d’investissements issus du Forum d’affaires.

Les missions techniques, la Semaine économique prévue en octobre et la publication des calendriers d’exécution permettront de savoir si la rencontre du 24 juillet a seulement enrichi l’architecture juridique de la coopération ou si elle a réellement ouvert une période de réalisations.

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