Au 30 juin 2026, le Mali comptait plus de 414 000 déplacés internes et accueillait plus de 306 000 réfugiés, tandis que 338 369 Maliens vivaient encore dans des pays d’asile. Cette pression humanitaire s’accentue alors que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ne disposait que de 20 % des ressources nécessaires à ses opérations dans le pays.
Le Mali est à la fois un pays de départ, de déplacement interne et d’accueil. L’insécurité continue de pousser des familles maliennes à abandonner leur localité ou à chercher refuge dans les pays voisins. Dans le même temps, des populations étrangères, principalement originaires des États frontaliers, traversent la frontière pour trouver protection sur le territoire malien.
La mise à jour opérationnelle du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, couvrant les mois d’avril, mai et juin 2026, recense 414 524 personnes déplacées à l’intérieur du Mali. Le pays accueille également 306 315 réfugiés, auxquels s’ajoutent 15 109 personnes non encore enregistrées. Le nombre de déplacés internes revenus dans leurs localités ou dans leurs zones d’origine est estimé à 153 132.
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À l’extérieur, 338 369 réfugiés maliens demeurent dans des pays d’asile. Seulement 397 retours de réfugiés ont été recensés par les autorités maliennes pendant la période considérée. Ces données montrent que les retours restent limités par rapport à l’ampleur des déplacements.
Ces mouvements ne correspondent pas tous aux mêmes situations. Les personnes déplacées internes restent sur le territoire national, parfois à quelques kilomètres de leur village, mais sans pouvoir y retourner. Les réfugiés ont franchi une frontière pour se mettre à l’abri. D’autres personnes circulent pour des raisons économiques, familiales ou migratoires, tout en empruntant parfois les mêmes routes.
Entre avril et juin, 4 014 personnes faisant partie de ces mouvements mixtes ont été recensées dans plusieurs régions du centre et du nord. Parmi elles figuraient des réfugiés, mais aussi des Maliens et des étrangers expulsés ou refoulés de certains pays voisins. Le HCR a également identifié 1 588 personnes exposées au risque d’apatridie, faute de documents ou de reconnaissance claire de leur nationalité.
Une crise qui pèse sur les localités d’accueil
Dans la zone de Koro, un nouvel afflux de réfugiés a été observé entre la fin du mois de mai et la mi-juin. Ces arrivées ont augmenté les besoins en nourriture, en eau, en soins, en abris et en protection dans des localités qui disposent déjà de services limités.
L’accueil repose souvent en premier lieu sur les communautés locales. Des familles partagent leur logement, leurs terres, leurs points d’eau ou leurs faibles réserves avec les nouveaux arrivants. Cette solidarité permet de répondre aux premières urgences, mais elle exerce aussi une pression supplémentaire sur les écoles, les centres de santé et les activités économiques.
La protection juridique constitue l’un des premiers besoins des personnes contraintes de se déplacer. Entre avril et juin, la Commission nationale chargée des réfugiés et le HCR ont enregistré biométriquement 4 950 personnes, dont 2 796 femmes. Au cours de la même période, 17 806 cartes d’identité de réfugiés ont été distribuées.
Ces documents facilitent la circulation, l’accès aux services essentiels et l’exercice de certains droits. Sans pièce d’identité ou preuve d’enregistrement, une personne peut éprouver des difficultés à inscrire un enfant à l’école, à recevoir des soins, à travailler légalement ou à se déplacer sans crainte d’être interpellée.
Le problème est particulièrement sensible pour les enfants nés pendant le déplacement ou l’exil. Le HCR a soutenu l’établissement de 169 actes de naissance en faveur d’enfants menacés d’apatridie. Plus de 1 050 enfants ont aussi participé à des activités récréatives et psychosociales, tandis que 980 autres ont été sensibilisés aux risques de violence et d’exploitation. Cinq enfants victimes de violences graves ont été orientés vers des services spécialisés.
La continuité de l’éducation reste un autre défi. Plus de 500 élèves réfugiés ont reçu un appui financier pour couvrir leurs frais scolaires et 82 étudiants ont bénéficié d’une aide pour poursuivre leurs études supérieures. Le premier centre d’apprentissage numérique destiné aux réfugiés et aux communautés hôtes a également été inauguré au Lycée sportif de Kabala, à Bamako.
Les femmes demeurent particulièrement exposées. Quatre-vingt-dix femmes enceintes en situation de vulnérabilité ont été identifiées dans les régions de Mopti, San, Douentza et Koro. Trente-quatre victimes de violences basées sur le genre ont bénéficié d’une prise en charge adaptée. Près de 500 personnes ont reçu un soutien psychosocial et 2 363 autres ont participé à des actions de sensibilisation.
Des réponses concrètes freinées par le manque de moyens
La réponse humanitaire ne se limite pas aux distributions d’urgence. Dans le cercle de Koro, plusieurs initiatives cherchent à permettre aux réfugiés et aux communautés d’accueil de retrouver des revenus.
Des motoculteurs ont été remis à des coopératives agricoles mixtes et à une association de réfugiés. Des producteurs ont reçu des semences, tandis que des parcelles maraîchères ont été aménagées. Une campagne agricole a également été lancée sur 35 hectares au profit de quatre coopératives.
Ces activités permettent aux familles de produire une partie de leur alimentation et de réduire leur dépendance à l’assistance. Elles peuvent aussi limiter les tensions avec les habitants lorsque les projets bénéficient à la fois aux réfugiés et aux communautés qui les accueillent.
Dans le domaine du logement, 767 réfugiés ont reçu un appui financier pour accéder à un abri d’urgence. Des articles ménagers essentiels ont été distribués à 3 906 réfugiés et déplacés internes dans les communes de Koro, Mopti et Tombouctou.
L’accès aux soins demeure toutefois difficile. Soixante-treize personnes particulièrement vulnérables ont bénéficié d’une prise en charge médicale, tandis que 221 femmes et enfants ont été orientés vers des services pour le traitement du paludisme. Le HCR envisage également l’adhésion de 145 ménages à une mutuelle de santé afin de faciliter un accès plus régulier aux soins.
Ces interventions restent modestes au regard du nombre de personnes concernées. Au 30 juin, le programme du HCR au Mali n’était financé qu’à hauteur de 20 %, sur un besoin annuel estimé à 90,4 millions de dollars. Quatre cinquièmes des ressources recherchées restaient donc à mobiliser.
Ce déficit menace la continuité de plusieurs activités. Lorsque les financements manquent, les distributions sont réduites, les abris tardent à être construits et les opérations de documentation ou de protection couvrent moins de personnes. Les communautés d’accueil doivent alors supporter une part plus importante de la charge.
Les retours volontaires restent eux aussi limités. Neuf réfugiés ont été accompagnés vers la République centrafricaine durant le deuxième trimestre. La Commission tripartite réunissant le Mali, le Burkina Faso et le HCR a tenu sa quatorzième session à Bamako le 14 avril afin de renforcer la coopération transfrontalière.
Un retour ne peut cependant être durable que si la sécurité, le logement, l’école, les soins et les possibilités de travail sont disponibles dans la zone d’origine. En leur absence, les familles risquent de repartir ou de se retrouver dans une situation plus précaire.
Derrière les statistiques se trouvent des personnes qui ont laissé une maison, un champ, une école ou une activité professionnelle. Pour elles, une carte d’identité, une place en classe, un toit ou quelques outils agricoles ne sont pas de simples résultats administratifs. Ils représentent les premiers moyens de retrouver une stabilité et de reprendre le contrôle de leur vie.




