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Sidiki Lacina Koné : « Il y a un paradoxe entre l’engagement des jeunes et leur faible intégration »
Consultant sur les questions de gouvernance et de jeunesse, associé à des initiatives menées avec AfriYAN Mali et des acteurs du Fonds des Nations Unies pour la population, Sidiki Lacina Koné analyse la place des jeunes dans les dynamiques de paix au Mali. Il souligne un engagement réel, mais encore insuffisamment traduit dans les décisions. Propos recueillis par Massiré Diop.
Quelle place occupent aujourd’hui les jeunes dans la prévention des conflits au Mali ?
La place des jeunes est reconnue comme essentielle, mais est insuffisamment prise en compte dans la pratique. Leur rôle stratégique est de plus en plus admis, notamment à travers des cadres comme la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies. Des initiatives portées par des organisations comme le Programme des Nations Unies pour le développement ou le Fonds des Nations Unies pour l’enfance montrent qu’ils sont mobilisés dans des actions de médiation, de sensibilisation et de cohésion sociale. Ils participent aux dialogues communautaires et contribuent à la résolution de conflits locaux. Mais dans les mécanismes décisionnels formels leur implication reste limitée, d’où ce paradoxe entre engagement sur le terrain et faible intégration stratégique.
Qu’est-ce qui empêche leur pleine intégration aux réponses sécuritaires et sociales ?
Plusieurs facteurs limitent cette intégration. Il existe un déficit de cadres institutionnels inclusifs permettant une participation réelle des jeunes dans la prise de décision. Ils sont souvent perçus comme des bénéficiaires plutôt que comme des acteurs stratégiques. Le manque de formation adaptée, notamment en médiation et en leadership, constitue aussi un obstacle. À cela s’ajoute un accès limité à des opportunités socio-économiques durables qui fragilise leur engagement. Le chômage et la précarité exposent une partie de la jeunesse à des risques de manipulation. Enfin, un déficit de confiance entre les institutions et les jeunes, lié à une gouvernance jugée peu inclusive, freine leur implication.
Les initiatives actuelles sont-elles suffisamment coordonnées ?
Les initiatives existent et sont portées par l’État, les ONG et les partenaires techniques et financiers. Mais elles souffrent d’un manque de coordination. Les interventions sont fragmentées et peu alignées, ce qui limite leur impact et peut entraîner des duplications d’actions. Les mécanismes de suivi sont insuffisants, ce qui complique la capitalisation des expériences.
Quelles sont les priorités ?
Il est essentiel de renforcer la participation des jeunes dans les instances de gouvernance, de développer des programmes de formation, de promouvoir l’emploi et l’entrepreneuriat, de soutenir les initiatives locales et de renforcer la confiance entre les jeunes et les institutions.
Rwanda : Le pari d’un contrôle sans blocage de l’aide
Kigali a construit un cadre qui permet à l’État de suivre les financements extérieurs sans freiner les ONG et les partenaires humanitaires. L’expérience rwandaise montre qu’il est possible de concilier pilotage national et continuité des interventions.
Souvent cité parmi les modèles africains en matière de gouvernance publique, le Rwanda a progressivement mis en place un dispositif qui lui permet de garder la maîtrise des financements venus de l’extérieur tout en maintenant un espace opérationnel pour les ONG, les fondations et les partenaires de l’aide.
Le choix fait par les autorités repose moins sur une ponction directe des ressources que sur une organisation rigoureuse du suivi. Dès 2006, la politique nationale de l’aide pose un principe clair indiquant que les interventions financées de l’extérieur doivent s’aligner sur les priorités définies par l’État. L’objectif n’est pas d’entraver l’action des partenaires, mais de s’assurer que les fonds mobilisés répondent effectivement aux besoins identifiés au niveau national.
Ce cadre s’est ensuite renforcé avec un système centralisé de déclaration et de suivi. Les organisations intervenant dans le pays doivent communiquer les montants reçus, les secteurs concernés, les zones d’intervention et les résultats attendus. Ce mécanisme offre aux autorités une visibilité précise sur les flux financiers et la répartition des projets sur le territoire.
Fiscalité ciblée
L’un des enseignements les plus parlants concerne la fiscalité. Plutôt qu’une retenue uniforme sur les financements, Kigali a privilégié un régime d’exemptions encadrées pour les programmes de développement et les opérations humanitaires. Concrètement, les aides provenant des États partenaires, des institutions internationales ou des agences multilatérales peuvent bénéficier d’allègements sur la TVA, les droits de douane et certaines charges liées aux importations ou à l’exécution des projets, ce qui permet de préserver les ressources destinées aux bénéficiaires tout en maintenant un contrôle étroit des flux financiers. L’État conserve ainsi la maîtrise administrative, exige le reporting et l’alignement sur les priorités nationales, sans amputer directement les budgets alloués à la santé, à la nutrition, à l’eau ou à l’assistance d’urgence.
Pour de nombreux observateurs, c’est cet équilibre qui fait la force du dispositif, à savoir un contrôle fondé sur la traçabilité, l’enregistrement et l’évaluation des résultats, plutôt que sur une ponction directe des fonds. L’expérience rwandaise montre ainsi qu’il est possible de renforcer la souveraineté financière et les exigences de transparence sans compromettre l’efficacité de l’aide aux populations vulnérables.
Réforme du contrôle des ONG : la société civile réagit
Plusieurs organisations de la société civile ont exprimé leurs préoccupations face aux nouvelles dispositions liées au contrôle des associations et ONG. Dans un communiqué, elles appellent à un dialogue avec les autorités afin d’examiner les implications possibles de cette réforme.
Abdramane Niama Togora : « L’arrêt n’a pas beaucoup impacté le monde humanitaire »
Il y a maintenant plus de six mois que l’aide publique française au développement a été suspendue au Mali. Cela a-t-il eu un impact sur le monde humanitaire ? Abdramane Niama Togora, Coordinateur national des sites de déplacés internes à la Direction nationale du Développement social répond à nos questions.
Quel est votre constat sur le fonctionnement des ONG humanitaires qui bénéficiaient de l’appui de la France depuis l’arrêt des financements de l’AFD au Mali ?
Suite à l’arrêt des activités des ONG qui opéraient sur financement français, nous avons tout de suite fait une évaluation et il s’est avéré qu’il y en avait à l’époque une vingtaine. Mais très peu opéraient dans le monde humanitaire, dans lequel nous évoluons. Il y avait des programmes dont les sources de financement étaient variées, donc, du coup nous n’avons pas constaté d’arrêt d’ONG qui avaient un financement français. D’autres partenaires financiers se sont proposés pour soutenir celles qui opéraient dans le monde humanitaire.
Quelle a été votre stratégie pour éviter tout impact ?
Après la décision, on a tenu une réunion rapidement avec OCHA, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies au Mali pour évaluer l’impact que cela pouvait avoir. Il s’est trouvé qu’il y avait très peu d’impact. Nous évoluons dans un système de clusters, c’est-à-dire si un acteur se trouve dans l’incapacité de soutenir une population malgré ses engagements, un autre acteur peut se positionner pour combler le vide. C’est avec ce système qu’on a vraiment pu soutenir les populations qui étaient dans le besoin suite à l’arrêt des financements français.
Quelles sont les ONG qui bénéficiaient de ces financements ?
Les financements étaient surtout orientés vers des ONG qui étaient là généralement pour soutenir les collectivités dans les actions de développement, comme la réalisation d’infrastructures communautaires ou des activités sociales.
Quel sont les rapports actuels entre l’État et les ONG ?
Ces ONG continuent d’évoluer. Récemment, on a une réunion de coordination autour des sites de Bamako, où il y a beaucoup d’ONG qui ont des staffs français et qui ont leur siège social en France. Mais ce n’est pas un problème, parce que les ONG sont là pour soutenir le gouvernement dans la protection générale de sa population. Il n’y a pas de rapport ambigu. Ces ONG continuent d’évoluer normalement, même si certaines ont quand même dû libérer un certain nombre de personnes parce qu’à leur niveau le recrutement est lié à des financements.




