Protection sociale : les journalistes face au défi de l’affiliation

Réunis le 24 juillet 2026 au Mémorial Modibo Keïta de Bamako, professionnels des médias, pouvoirs publics et organismes sociaux ont examiné les obstacles à la couverture sociale des journalistes. La rencontre intervient dans un secteur où la précarité contractuelle prive encore une grande partie des travailleurs de l’assurance maladie, des prestations familiales et de la retraite.

L’Union des journalistes reporters du Mali (UJRM) a organisé, vendredi 24 juillet 2026, une journée de réflexion sur la protection sociale des professionnels des médias. Tenue en prélude à la cinquième édition de la Nuit de l’UJRM, la rencontre avait pour thème « Journalisme et précarité : entre devoir et déboires ». Elle a bénéficié de l’appui de la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung.

Les échanges se sont appuyés sur une réalité déjà documentée par l’organisation. Une enquête menée par l’UJRM en 2025 auprès de 200 journalistes à Bamako et dans huit autres localités indiquait que 63 % des répondants ne disposaient pas d’un contrat de travail formel. Elle établissait également que 74,5 % ne bénéficiaient d’aucune couverture sociale et que la moitié travaillait sans rémunération stable.

La journée a porté sur les dispositions du Code du travail, le Code de prévoyance sociale, les démarches d’affiliation et les difficultés rencontrées par les entreprises de presse pour déclarer régulièrement leurs employés. Le cadre légal impose pourtant à l’employeur de s’affilier au régime de prévoyance sociale et de faire immatriculer ses salariés.

La rencontre a réuni notamment Bandiougou Danté, président de la Maison de la presse, Mohamed Ag Albachar, chef de cabinet du ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, ainsi que des représentants de l’Institut national de prévoyance sociale. Les travaux ont été modérés par le journaliste Salif Sanogo.

Dans sa présentation, Sékou Issa Diarra, inspecteur de sécurité sociale à l’INPS, a détaillé les prestations auxquelles l’affiliation peut ouvrir droit. Elles concernent notamment les risques professionnels, les prestations familiales et la retraite. Il a insisté sur la régularité des déclarations et des cotisations, indispensable au maintien effectif des droits des travailleurs.

Pour le président de l’UJRM, Boubacar Kanouté, la question ne se limite pas aux revenus. Elle touche aussi à la stabilité professionnelle et à la capacité du journaliste à faire face à la maladie, à un accident ou à la fin de sa carrière.

« Un journaliste qui exerce sans couverture en cas de maladie, d’accident professionnel ou sans garantie pour son avenir reste exposé à une grande vulnérabilité », a-t-il déclaré.

Mohamed Ag Albachar a présenté la protection sociale comme une condition nécessaire à l’exercice d’une presse professionnelle et responsable. Il a reconnu que les difficultés économiques des médias freinent encore la formalisation de nombreux emplois et appelé à une action associant les pouvoirs publics, les employeurs, les organisations professionnelles et les partenaires.

Le représentant de la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung a également insisté sur la responsabilité partagée des différents acteurs. Les discussions ont principalement porté sur la formalisation des contrats de travail, l’affiliation effective des journalistes et le versement régulier des cotisations sociales.

Joseph Amara Dembélé

Suspension imminente du service AMO dans les officines et laboratoires privés : Un bras de fer aux lourdes conséquences  

Le SYNAPPO et le SYNAPHARM, syndicats représentant les pharmaciens et les laboratoires d’analyses biomédicales privés, menacent de suspendre leurs prestations au titre de l’Assurance Maladie Obligatoire à compter du 20 mars 2025. Cette décision fait suite à des retards de paiement répétés des factures dues par l’État, mettant en péril la survie financière des structures concernées.

L’Assurance Maladie Obligatoire, instaurée en 2009 par la loi n°09-015 du 26 juin, a été mise en place pour garantir l’accès aux soins des travailleurs du secteur public et privé, ainsi que des retraités relevant des régimes de sécurité sociale. Son fonctionnement repose sur une gestion partagée entre plusieurs institutions. La Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CANAM) est l’organe central, mais elle délègue certaines responsabilités à l’Institut National de Prévoyance Sociale (INPS) et à la Caisse Malienne de Sécurité Sociale (CMSS), en fonction des catégories d’assurés.
Selon les conventions en vigueur, les délais de paiement des prestations sont fixés à quinze jours pour les pharmacies et à trente jours pour les laboratoires d’analyses biomédicales, à compter de la date de dépôt des factures. Mais sur le terrain, ces délais ne sont pas respectés. Les syndicats dénoncent des retards accumulés sur plusieurs mois et affirment avoir entrepris des démarches répétées pour obtenir un règlement sans succès. De nombreux promoteurs de pharmacies et de laboratoires expriment leur détresse face à cette situation qui menace la viabilité de leurs structures.
Si la suspension entre en vigueur, les assurés de l’AMO devront avancer eux-mêmes les frais de leurs médicaments et analyses biomédicales dans le secteur privé. Cette rupture risque d’avoir des conséquences graves sur l’accès aux soins. Les personnes aux revenus modestes pourraient se retrouver dans l’incapacité d’assumer ces coûts, tandis que les structures publiques, déjà sous pression, risquent de faire face à un afflux important de patients. Un climat de mécontentement pourrait également s’installer parmi la population, renforçant les tensions sociales autour de la gestion du système de couverture médicale.
À ce stade, aucune donnée officielle ne permet de mesurer précisément l’ampleur des impayés, mais des sources internes aux syndicats évoquent plusieurs centaines de millions de francs CFA d’arriérés. Les professionnels du secteur exigent un règlement immédiat des sommes dues avant la date butoir du 20 mars. La balle est désormais dans le camp des autorités, qui devront apporter une réponse rapide pour éviter une crise sanitaire et sociale d’ampleur.