Du pâturage aux étals, le parcours difficile de la viande au Mali

La 6ᵉ Assemblée générale ordinaire de l’Interprofession de la filière bétail-viande du Mali (IFBV-Mali) s’est tenue jeudi 27 août 2026 au Mémorial Modibo Keïta de Bamako. Elle a porté sur les difficultés de la filière et les moyens d’améliorer l’approvisionnement des marchés.

À Bamako comme dans plusieurs régions du pays, la question de la viande dépasse le simple prix affiché chez le boucher. Derrière un kilogramme vendu entre 3 500 et 4 000 francs CFA dans certaines localités se trouve une chaîne fragilisée par l’insécurité, les difficultés de transport et la réduction de l’offre.
C’est dans ce contexte que l’IFBV-Mali a réuni les principales familles professionnelles du secteur : éleveurs, transformateurs, marchands et transporteurs de bétail. Pour son président, Mamoudou Abdoulaye Diallo, la participation des délégations régionales, malgré la saison des pluies, témoigne de l’engagement des acteurs. « Cette mobilisation de toutes les régions du Mali et du District de Bamako montre vraiment la vitalité de notre organisation », estime-t-il.
L’assemblée intervient alors que l’insécurité perturbe les déplacements des éleveurs et des animaux, le fonctionnement des marchés à bétail et les circuits traditionnels d’approvisionnement.
Dans la région de Bandiagara, Amadou Traoré, président des bouchers, décrit une activité profondément ralentie. Il y a encore quelques années, les professionnels pouvaient se déplacer dans plusieurs villes pour acheter du bétail. Aujourd’hui, ces mouvements sont devenus plus difficiles et la baisse de l’offre se mesure jusque dans les abattoirs. « Maintenant, on n’abat plus que trois vaches, alors qu’auparavant, on pouvait en abattre jusqu’à 20, sans compter les moutons et les chèvres », témoigne-t-il. Plusieurs bouchers auraient également cessé leur activité.
La région dispose désormais d’un abattoir, mais celui-ci ne répond pas suffisamment aux besoins des professionnels, selon Amadou Traoré. Le manque d’équipements de conservation complique également la commercialisation de la viande.
À Bandiagara, le problème commence bien avant l’arrivée de la viande sur les étals. Boubacar Koïta, commerçant de bétail, situe l’un des principaux points de blocage sur l’axe Bandiagara-Fatoma, important pour l’approvisionnement de la région. « Nous, les commerçants, nous partions avec nos bouchers et chacun trouvait sa part, mais cette chaîne a été coupée », explique-t-il. Sa sécurisation permettrait, selon lui, de faciliter le ravitaillement de la ville, où le kilogramme de viande est vendu entre 3 500 et 4 000 francs CFA.
Le constat est similaire dans la région de Mopti. Alboucar Bocoum, secrétaire général de l’Union régionale des marchands de bétail, rappelle que cette zone est traditionnellement considérée comme un important bassin d’élevage. Certains éleveurs ont cependant quitté leurs espaces habituels, des animaux ont été enlevés et les déplacements vers les marchés sont devenus plus risqués. Le rapprochement des marchés à bétail ne suffit donc pas lorsque les éleveurs et les commerçants hésitent à prendre la route. « Quand le marché n’est pas suffisamment approvisionné, le peu qui s’y présente coûte vraiment cher », résume-t-il.
Une hausse saisonnière
Face à l’augmentation du prix de la viande, le président de l’IFBV-Mali appelle toutefois les consommateurs à ne pas céder à l’inquiétude. Selon Mamoudou Abdoulaye Diallo, cette hausse présente aussi un caractère saisonnier. L’hivernage et les mouvements de transhumance éloignent temporairement une partie du cheptel des grands centres urbains. Avec la fin progressive de cette période, les animaux devraient se rapprocher des centres de consommation et améliorer l’approvisionnement des marchés.
L’interprofession affirme que ses membres poursuivent les activités pastorales et d’embouche afin de renforcer l’offre. Pour les professionnels, cette réponse restera cependant insuffisante sans une amélioration de la sécurité sur les axes de circulation.
Abdoulaye Buimayara, représentant de la région de Douentza, décrit des difficultés qui commencent dans les zones de production et se prolongent jusqu’à Bamako. L’insuffisance des moyens de transport et les contraintes sur les routes compliquent l’activité. Dans sa région, le kilogramme de viande peut atteindre 4 000 francs CFA.
Pour Mahamadou Doucouré, secrétaire général de l’IFBV-Mali, les difficultés doivent être traitées à l’échelle de toute la chaîne. « Tout commence au niveau des éleveurs avant d’arriver aux autres », souligne-t-il. Les différentes familles professionnelles doivent donc agir ensemble pour améliorer l’approvisionnement des consommateurs.
Cette volonté de travailler collectivement constitue l’un des objectifs de l’Assemblée générale. Le président de l’interprofession souhaite l’instauration d’un cadre régulier de concertation avec les pouvoirs publics, afin que les professionnels puissent faire remonter leurs difficultés et participer à la recherche de solutions.
L’IFBV-Mali entend également renforcer les familles professionnelles et mieux valoriser leurs productions. L’opérationnalisation du label « Mali Sogo », enregistré comme marque collective auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, figure parmi les perspectives. Cette certification doit garantir l’origine et la traçabilité de la viande rouge malienne et renforcer son positionnement sur les marchés.
Le représentant du ministre de l’Élevage et de la Pêche a salué la régularité des sessions et appelé les acteurs à relever les faiblesses de la filière. L’objectif est de garantir une production plus régulière, d’améliorer l’approvisionnement et de contribuer aux différentes dimensions de la sécurité alimentaire.
Pour les professionnels, l’enjeu est de permettre au bétail de circuler, aux marchés d’être régulièrement approvisionnés et à la viande de redevenir plus accessible. Restaurer cette chaîne passe d’abord par la sécurité, la concertation et la circulation des animaux entre les zones d’élevage et les centres de consommation.
Salimata Wagué