Auteur/autrice : fatoumata Maguiraga
Mines : l’état renforce la lutte contre l’exploitation illégale
Le Conseil des ministres du mercredi 11 mars 2026 a adopté des textes portant création d’une Brigade spéciale des Mines chargée de lutter contre l’exploitation minière illégale. L’objectif est de mieux sécuriser un secteur qui représente plus de 70 % des exportations et près de 10 % du PIB du Mali.
Leadership féminin : les femmes toujours sous-représentées
L’Union interparlementaire (UIP) et ONU Femmes ont publié, le 11 mars 2026, de nouvelles données sur la place des femmes dans les instances de pouvoir. Les résultats montrent que les femmes restent largement minoritaires dans la direction politique des États.
Rwanda : les leçons d’un pays enclavé
Situé au cœur de l’Afrique de l’Est et dépourvu d’accès à la mer, le Rwanda partage avec de nombreux pays africains les contraintes liées à l’enclavement. Pourtant, malgré cette dépendance aux corridors commerciaux et aux importations, le pays a progressivement mis en place des stratégies économiques qui lui permettent d’atténuer les effets des crises internationales.
Conflits internationaux : l’onde de choc économique
Les tensions internationales sur l’énergie, le transport et les marchés agricoles se répercutent désormais sur l’économie des pays enclavés. Hausse des coûts, pression sur les finances publiques et fragilité des approvisionnements illustrent l’exposition du Mali aux chocs mondiaux.
Réunification nationale et Résilience Etatique : Contribution à l’analyse des mécanismes de stabilité au Mali face aux défis continentaux.
De nos jours, les défis sont macro et continentaux. Qu’il s’agisse des pressions géopolitiques, des chocs économiques globaux ou des crises sécuritaires et climatiques, ces phénomènes transcendent les frontières et testent la résilience fondamentale des États. Dans ce contexte, analyser la vulnérabilité d’une nation revient à ausculter ses fractures internes.
Les frustrations sociales, l’injustice ou pire, le simple sentiment d’injustice lorsqu’il est
ignoré agissent comme un puissant solvant sur la cohésion nationale. Ils renforcent nos fragilités intérieures et nous rendent poreux aux ingérences comme aux tempêtes extérieures. Un peuple divisé est un peuple vulnérable. Face à ce constat, un geste fort s’impose. Il serait non seulement appréciable, mais stratégiquement indispensable, que nos autorités fassent grâce aux différents détenus politiques et d’idéologie. Loin d’être un acte de faiblesse, cette amnistie constituerait un levier politique de premier ordre : le geste qui désamorce les frustrations les plus cristallisées. Elle enverrait un signal clair, à l’intérieur comme à l’extérieur, que la priorité nationale n’est pas à la répression des oppositions, mais à la consolidation de la maison commune. C’est le prérequis indispensable pour s’engager dans un véritable processus de réunification nationale. Et c’est ce processus, et lui seul, qui constituera le rempart ultime de la nation face aux défis externes.
Car il faut oser regarder la réalité en face : le centralisme militaire peut être persuasif à court et moyen terme, mais à long terme, il n’est pas infranchissable. La force, si elle semble efficace pour maintenir l’ordre immédiat, n’est qu’une digue qui finit toujours par céder sous la pression constante des eaux. Pour paraphraser Clausewitz, la contrainte n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens, et non son substitut. La force doit donc être encadrée, guidée et légitimée par une vision politique claire. Le dernier rempart d’une nation n’est pas sa force militaire, c’est son peuple unifié et réconcilié. Une armée sans peuple uni derrière elle n’est qu’une force d’occupation de son propre territoire. Notre pays gagnerait donc à s’élever au-dessus des luttes intestines et des considérations partisanes pour s’inscrire dans une dynamique de réconciliation et de construction nationale profonde, irriguée par une justice sociale inclusive. L’analyse des grandes puissances mondiales est, sur ce point, édifiante : toutes sont adossées à des institutions fortes et à des valeurs républicaines ou nationalistes solides. Leur légitimité ne se décrète pas dans des soutiens populaires apparents et médiatiques ; elle se construit sur un socle où la justice et l’égalité ne sont pas dissociables de l’autorité. Sans ce contrat social clair, le soutien populaire reste un effet de masse, volatile et dépendant des résultats à court terme. C’est pourquoi la refondation nationale exige une feuille de route systémique et ambitieuse. Il faut :
- De vraies perspectives de retour à l’ordre constitutionnel, pour que la boussole soit visible de tous et rassure sur les règles du jeu.
- Une ouverture à un renouveau politique, pour injecter du sang neuf et éviter l’asphyxie des systèmes verrouillés.
- Une diplomatie équilibriste et souverainiste, capable de naviguer entre les puissances sans s’aligner, pour préserver notre marge de manœuvre.
- Un développement orienté de bas en haut, pour que les politiques publiques répondent enfin aux réalités du terrain.
- La réhabilitation des infrastructures routières, comme lien physique et symbole du désenclavement.
- Une décentralisation effective, avec une autonomie budgétaire et décisionnelle des collectivités locales, pour les transformer en véritables pôles politiques et économiques. Il s’agit de créer des poumons à la nation, pour qu’elle ne dépende pas d’un seul cœur, souvent congestionné.
En définitive, la réunification nationale n’est pas un luxe de temps de paix, ni un simple vœu pieu. Elle est l’armure la plus solide pour les temps de crise. Elle est le soubassement indispensable sans lequel toute politique étrangère ou de défense repose sur du sable. L’appel lancé ici est un appel au sursaut, un plaidoyer pour un patriotisme de la réconciliation, le seul qui puisse tenir la distance face aux défis continentaux qui nous attendent.
Alassane Maïga
Fousseyni Sangaré : « Le statut ne prévoyait pas de mécanisme d’évaluation des agents »
Conseiller technique au ministère du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, M. Fousseyni Sangaré explique les raisons de la relecture du Statut général des fonctionnaires de l’État. Il évoque les insuffisances de la loi de 2002 et les innovations introduites pour adapter la gestion de l’administration aux nouvelles orientations. Propos recueillis par Massiré Diop
Année de l’éducation et de la culture : le ministre de l’Éducation reçoit les syndicats
Le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, a reçu ce 5 mars les responsables des syndicats de l’éducation. Les échanges ont porté sur les enjeux de l’année de l’éducation, décrétée par le Chef de l’État. À cette occasion, le ministre a exprimé son souhait de voir les enseignants s’impliquer. Il veut atteindre les objectifs de cette année, destinée à inscrire l’école dans une trajectoire d’excellence.
Élections à la FEMAFOOT : le processus enclenché
Conformément aux directives de la FIFA et de la CAF, le Secrétaire général de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) a officiellement convoqué, le 26 février dernier, l’Assemblée générale élective destinée à élire le successeur de Mamoutou Touré, dit Bavieux, à la tête de l’instance dirigeante du football national.
Drogues synthétiques : un trafic en pleine mutation en Afrique de l’Ouest
Un rapport publié le 4 mars 2026 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime dresse un tableau préoccupant de l’évolution du marché des drogues en Afrique de l’Ouest. L’étude montre que la région n’est plus seulement un corridor de transit pour les trafics internationaux mais devient progressivement un espace où production, circulation et consommation se structurent.
8 mars 2026 : droits, justice et action pour accélérer l’égalité mondiale
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée ce 8 mars 2026, la communauté internationale met l’accent sur l’urgence d’actions concrètes pour garantir les droits, l’accès à la justice et l’égalité réelle pour toutes les femmes et les filles.
Diawara Bintou Coulibaly « Les femmes ont peur de la justice. Pour la saisir, elles rencontrent de nombreux obstacles ».
Sahel : les limites d’une réponse exclusivement sécuritaire
L’insécurité demeure élevée au Sahel et les attaques se poursuivent dans plusieurs pays de la région. L’Union africaine et la CEDEAO misent sur le renforcement des dispositifs militaires, tandis que le débat s’ouvre sur les limites d’une réponse centrée principalement sur la force.
Droits des femmes : avancées institutionnelles et défis persistants
Le 8 mars 2026 marque la 32ᵉ édition de la Journée internationale des droits des femmes. Placée sous le thème national « Droits des femmes et des filles : agir pour un avenir sûr et équitable dans un Mali résilient, unifié et souverain », cette commémoration intervient quelques jours après la remise du rapport des États généraux sur la situation de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, relançant le débat sur la condition des femmes dans le pays.
ANICT : vers une centralisation renforcée de l’investissement local
Le gouvernement malien a engagé une réorganisation du dispositif d’appui au développement local. Lors du Conseil des ministres du 4 mars, plusieurs textes ont été adoptés pour restructurer l’Agence nationale d’Investissement des Collectivités territoriales (ANICT) et redéfinir ses missions.
Budget 2026 : 500 milliards FCFA débloqués pour les hôpitaux et projets structurants
Le gouvernement malien a autorisé l’ouverture de 500 milliards de francs CFA de crédits supplémentaires dans le budget de l’État 2026. La mesure a été adoptée lors du Conseil des ministres du 4 mars, sur proposition du ministre de l’Économie et des Finances.
Ces crédits sont ouverts à titre d’avance, un mécanisme prévu par la loi organique relative aux lois de finances qui permet au gouvernement de mobiliser rapidement des ressources en cas d’urgence ou de nécessité impérieuse d’intérêt national. Le Parlement doit ensuite être informé et appelé à ratifier ces dépenses lors de sa prochaine session.
Selon le communiqué officiel, ces fonds serviront notamment à financer les travaux de construction d’hôpitaux et d’autres projets prioritaires structurants. Les autorités n’ont cependant pas encore détaillé la liste précise des infrastructures concernées ni le calendrier de mise en œuvre.
Dans un contexte marqué par d’importants besoins en infrastructures sanitaires, cette enveloppe pourrait contribuer à renforcer les capacités hospitalières du pays. Plusieurs régions du Mali font en effet face à un déficit d’équipements et d’établissements de santé spécialisés, tandis que la demande de soins continue de croître avec l’augmentation de la population.
La mise en œuvre de ces investissements devra également s’accompagner de mécanismes de suivi afin d’assurer la transparence dans l’utilisation des fonds publics. La ratification du décret d’avance par le Conseil national de Transition constituera à cet égard une étape importante du processus budgétaire.
Festival Ali Farka Touré : vingt ans d’héritage vivant
La neuvième édition du Festival Ali Farka Touré se tiendra du 27 au 29 mars 2026. Une édition spéciale qui coïncide avec les 20 ans de la disparition d’Ali Farka Touré, musicien malien de renommée internationale et double lauréat des Grammy Awards. L’événement sera consacré à la célébration d’« Ali » dans toutes ses dimensions.
Infrastructures sanitaires : AFG Assurances Mali inaugure le CSCOM réhabilité de Darsalam
AFG Assurances Mali et la Fondation Atlantic Group ont procédé le 26 février 2026 à la remise officielle et à l’inauguration du Centre de santé communautaire (CSCOM) de Darsalam, entièrement réhabilité. Cette initiative de responsabilité sociale vise à renforcer l’offre de soins de proximité et à améliorer les conditions de prise en charge sanitaire au bénéfice des populations.
Budget 2027 : cap sur la croissance et la maîtrise des équilibres
Le processus budgétaire 2027 a été lancé le 26 février 2026 à Bamako. Les autorités mettent en avant une amélioration des indicateurs macroéconomiques et une trajectoire budgétaire marquée par la consolidation des finances publiques.
Mohamed Abdellahi Elkhalil : « Il n’y aura pas de paix durable au Sahel sans l’inclusion des femmes »
Spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, Mohamed Abdellahi Elkhalil est l’auteur de l’essai « Femmes sahéliennes, actrices clés de transitions réussies », paru en septembre 2025 aux éditions La Sahélienne. Dans cet entretien, il met en lumière le rôle souvent méconnu des femmes dans la résilience et la stabilité des sociétés sahéliennes. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi
Pourquoi avez-vous choisi d’écrire un livre sur le rôle des femmes dans les transitions au Sahel ?
J’ai choisi ce sujet parce qu’il existe un contraste frappant entre le récit dominant et la réalité du terrain. Trop souvent, l’histoire des transitions au Sahel est racontée au masculin : on parle des chefs d’État, des médiateurs ou des leaders de mouvements armés. Pourtant, lorsqu’on observe la société sahélienne de près, on s’aperçoit que les femmes ne sont pas seulement des victimes ou des spectatrices. Elles sont des actrices majeures de la résistance, de la médiation et de la reconstruction, d’où le titre de mon essai « Femmes sahéliennes, actrices clés de transitions réussies ». J’ai passé des années à voyager et à travailler dans cette région, et j’ai été témoin de leur courage silencieux mais déterminant. Que ce soit au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, les femmes sont les premières à maintenir le lien social lorsque tout s’effondre, à nourrir les communautés et à poser les bases d’un avenir possible. Ce livre est une tentative de rétablir une vérité historique et de leur rendre cette place dans la narration collective.
Qu’abordez-vous concrètement dans cet ouvrage ?
Concrètement, l’ouvrage est une enquête de terrain qui croise l’analyse géopolitique, des récits historiques et des portraits poignants. « Femmes sahéliennes, actrices clés de transitions réussies » est un essai lucide et percutant qui explore la place centrale, et pourtant souvent invisibilisée, des femmes dans les processus de transformation politique et sociale au Sahel. À travers quinze chapitres autonomes, je mets en lumière leur rôle en tant que piliers de résilience, d’innovation et de paix dans un contexte marqué par les crises, les coups d’État et les défis sécuritaires. L’ouvrage dresse un état des lieux critique mais porteur d’espoir. Il interroge les dynamiques de genre dans les traditions, la colonisation, la gouvernance, l’économie, l’éducation et la sécurité, tout en proposant des pistes concrètes pour un contrat social inclusif. Ce livre est un appel à reconnaître le potentiel transformateur des femmes dans la construction de sociétés sahéliennes plus justes et durables.
Selon vous, en quoi les femmes sahéliennes jouent-elles un rôle clé dans la résilience et la stabilité de leurs pays ?
Leur rôle est fondamental à plusieurs niveaux. D’abord, sur le plan économique et alimentaire : ce sont elles qui font vivre les marchés, cultivent la terre et transforment les produits. Dans un contexte de crise, ce sont souvent les dernières à maintenir un semblant d’activité économique, empêchant ainsi l’effondrement total des communautés. Ensuite, sur le plan social et sécuritaire. Dans les zones de conflit, j’ai vu des femmes servir de trait d’union entre les communautés, braver les dangers pour aller chercher de l’eau ou du bois et, surtout, préserver ce qu’elles appellent le « lien de parenté ». Une mère peut parfois parler là où un chef de guerre ne peut pas. Elles sont souvent les premières à initier des dialogues locaux pour récupérer des otages ou faciliter la circulation des personnes. Enfin, leur rôle est démographique et éducatif : l’avenir du Sahel se joue dans l’éducation des enfants, et c’est encore majoritairement par les femmes que cette éducation passe. Investir dans une femme sahélienne, c’est investir dans la santé, l’éducation et la stabilité de toute une génération future.
Qu’est-ce qui empêche encore aujourd’hui les femmes d’occuper toute la place qu’elles méritent dans la vie politique et sociale ?
Les obstacles sont nombreux et s’emboîtent comme des poupées russes. Il existe d’abord des freins structurels et culturels, ainsi que de mauvaises interprétations de certains textes religieux. Le poids des traditions, parfois instrumentalisées, cantonne encore trop souvent la femme à la sphère privée. L’accès à la terre, au crédit et à la formation reste inégal, ce qui limite leur autonomisation économique, pourtant condition essentielle de leur indépendance politique. Il existe aussi un problème de représentation et de leadership. Même lorsque des lois existent, comme la loi sur la parité au Mali, leur application reste lente et se heurte à des résistances. Les partis politiques considèrent souvent les femmes comme un « électorat » ou des faire-valoir plutôt que comme des candidates crédibles. On manque encore de modèles féminins visibles et influents dans les instances de décision. Enfin, l’insécurité chronique aggrave leur vulnérabilité. Les déplacements forcés, les violences sexuelles commises par les groupes armés et utilisées comme arme de guerre, ainsi que la perte de leurs moyens de subsistance les fragilisent davantage et les éloignent de la scène publique où se joue pourtant leur avenir et celui de leurs enfants.
Quel message principal souhaitez-vous transmettre aux décideurs et aux jeunes générations à travers cet ouvrage ?
Aux décideurs, je veux dire ceci : il n’y aura pas de paix durable au Sahel sans l’inclusion pleine et entière des femmes. Il faut cesser de les considérer comme une simple variable d’ajustement ou comme un sujet uniquement « social ». Elles doivent être intégrées dans les négociations de paix, dans les stratégies de lutte contre le terrorisme et dans la planification du développement. Leur connaissance fine du terrain et leur capacité à créer du consensus sont des atouts stratégiques majeurs que nous ne pouvons plus nous permettre de négliger. Aux jeunes générations, et surtout aux jeunes filles sahéliennes, je veux dire que leur histoire est celle d’une force immense, souvent invisible mais jamais éteinte. Qu’elles ne croient pas ceux qui leur disent que leur place n’est pas dans les instances de pouvoir, dans les universités ou dans les processus de paix. Elles sont les héritières de ces femmes de l’ombre dont je raconte l’histoire. Le combat pour la dignité et la stabilité du Sahel est aussi le leur. Qu’elles prennent leur place, par la connaissance, par le travail et par l’engagement. L’avenir de cette région a besoin d’elles




















