CHAN 2024 : Algérie et Sénégal frappent fort, la RDC s’enfonce

Coorganisé par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, le CHAN 2024 a démarré le 2 août dernier et se poursuit jusqu’au 31 août. Voici un récapitulatif des résultats de la première journée des matchs de groupes, qui s’est achevée le 5 août. Débuts réussis pour le Sénégal, le Maroc, la Tanzanie et l’Algérie, tandis que la RDC continue de broyer du noir.

La phase de groupes du Championnat d’Afrique des Nations 2024 a débuté sur les chapeaux de roue avec des premiers matchs très disputés. Dans le Groupe A, la RDC a une nouvelle fois déçu. Battus 1-0 par le pays hôte, le Kenya, les Léopards enchaînent un quatrième match sans victoire en phase finale de CHAN. Le Maroc, quant à lui, a fait respecter son statut en dominant l’Angola (2-0) grâce à une performance solide.

Dans le Groupe B, la Tanzanie a parfaitement lancé « son » CHAN en s’imposant 2-0 devant le Burkina Faso en match d’ouverture le 2 août, avec un but sur penalty d’Abdul Hamisi Suleiman et une réalisation de Mohamed Hussein. Le duel entre Madagascar et la Mauritanie, plus fermé, s’est soldé par un score nul et vierge (0-0).

Le Groupe C a été marqué par la victoire précieuse de la Guinée face au Niger (1-0), obtenue sous une chaleur accablante au Mandela Stadium de Kampala. Mais la prestation la plus marquante est sans doute celle de l’Algérie, finaliste malheureux de la dernière édition, qui a dominé l’Ouganda devant son public (3-0), envoyant un message fort à ses rivaux. Ayoub Ghezala a ouvert le score d’une tête sur corner à la 35ème minute, avant les deux buts inscrits dans le dernier quart d’heure de la rencontre par Abderrahmane Meziane (76ème minute) et Soufiane Bayazid (79èmminute).

Enfin, dans le Groupe D, le Congo a arraché le nul contre le Soudan (1-1), grâce à un but tardif qui a frustré les Soudanais, en tête depuis la première période. Le match le plus attendu de cette première journée de la phase de groupes du CHAN 2024, le choc entre le Sénégal et le Nigeria, a tenu ses promesses d’intensité. Champions en titre, les Lions ont pris le dessus (1-0) grâce à un but de Christian Gomis à la 75ème minute, dans un duel tactique très disputé.

Mohamed Kenouvi

Partis politiques : La bataille judiciaire post dissolution se poursuit

Les procédures judiciaires engagées par les partis politiques dissous par décret présidentiel le 13 mai dernier se poursuivent devant les juridictions nationales. Les premiers jugements sont attendus fin août.

Après deux reports, le Tribunal de Grande instance de la Commune I du District de Bamako a finalement tenu le 4 août 2025 l’audience de fond sur la requête visant l’annulation des textes portant dissolution des partis politiques.

Lors de cette audience, les avocats ont axé leurs plaidoiries sur les « violations de la Constitution du 22 juillet 2023, de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples », ainsi que sur la « jurisprudence » des Cours suprême et constitutionnelle du Mali.

Ils ont demandé la suspension des effets de la dissolution à titre de mesure conservatoire, en attendant que la Cour constitutionnelle ne statue sur l’affaire. Les représentants du Contentieux de l’État ont, quant à eux, soulevé « l’incompétence » du tribunal à juger cette affaire. Celle-ci a été mise en délibéré pour jugement le 25 août 2025.

En parallèle, le Tribunal de grande instance de la Commune VI reprendra également l’examen d’un recours similaire. Après le renvoi vers la Chambre de jugement le 29 juillet dernier, une nouvelle audience est prévue pour le 26 août prochain.

Des recours sur plusieurs fronts

D’autres juridictions, notamment celles des Communes III, IV et V, qui ont également été saisies, ont déclaré leur incompétence dans cette affaire. Les avocats ont déféré ces décisions devant la Cour d’appel de Bamako, afin qu’une autorité judiciaire supérieure puisse trancher sur la recevabilité de ces recours.

Le dossier est également pendant devant la Section administrative de la Cour suprême, où une requête a été transmise à l’État. Le pool d’avocats attend le mémoire en défense du gouvernement, indispensable pour faire avancer la procédure.

Malgré les lenteurs et les obstacles, les avocats des partis dissous réaffirment leur engagement. « Nous gardons foi en la justice de notre pays », ont-ils indiqué dans un communiqué de presse publié le 5 août. « À elle de confirmer que nous ne sommes pas de doux rêveurs, en se rappelant qu’elle a été une actrice majeure de l’instauration de l’État de droit au Mali », poursuit le communiqué.

Le jugement du 25 août en Commune I, suivi des autres décisions à venir, pourrait ouvrir un nouveau chapitre dans ce bras de fer entre anciens partis politiques et autorités de la Transition.

Mohamed Kenouvi

Mali – FMI 2025 : Vers des réformes indispensables pour un développement durable

Le Fonds monétaire international (FMI) a clôturé ses consultations annuelles avec le Mali le 30 juillet 2025. Malgré une croissance économique estimée à 5%, plusieurs réformes structurelles sont indispensables pour assurer un développement équitable et résilient face aux défis actuels.

Selon le FMI, « l’économie malienne affiche une certaine résilience malgré des vents contraires majeurs ». La croissance prévue pour 2025 est soutenue par la bonne performance du secteur agricole, le démarrage progressif de l’exploitation du lithium, ainsi qu’une bonne dynamique dans les services.

Cependant, ces perspectives positives sont fragilisées par des contraintes immédiates, telles que la baisse de l’aide extérieure, la chute de la production aurifère et la fermeture de la plus grande mine d’or. La normalisation des activités pourrait toutefois favoriser un rebond de la croissance à 5,4% en 2026.

Au plan budgétaire, le déficit est anticipé à 3,4% du PIB en 2025, affecté par les dépenses liées à la gestion des inondations persistantes.

Des réformes prioritaires à engager

L’objectif est de ramener le déficit budgétaire à 3%, conformément aux critères de convergence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le FMI recommande au gouvernement malien de se concentrer sur l’amélioration des recettes internes et une gestion rigoureuse des ressources pour préserver l’investissement public.

Un enjeu humanitaire majeur nécessite également une attention urgente. Environ 6 millions de Maliens, selon l’UNICEF, auraient besoin d’assistance en raison de situations de fragilité, notamment parmi les populations déplacées. La lutte contre la pauvreté et la protection sociale demeurent des priorités pressantes.

Le FMI salue les progrès accomplis, comme la sortie récente du Mali de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), valorisant les actions contre le blanchiment d’argent. Il encourage la poursuite de l’assainissement du climat des affaires, avec un accent sur la lutte contre la corruption, le renforcement des déclarations de patrimoine, une meilleure régulation du secteur minier et un contrôle accru des entreprises publiques.

Pour réaliser les ambitions du programme national « Mali 2063 », visant une croissance annuelle de 10% à partir de 2030, le pays doit lever les goulets d’étranglement à la croissance. Cela passe par des réformes audacieuses dans la gestion publique, une adaptation renforcée au changement climatique et une diversification accrue de l’économie.

Aujourd’hui, plus de 45% des Maliens vivent sous le seuil de pauvreté. Selon le plan de réponse humanitaire, 6,4 millions de personnes, soit 27,7% de la population, nécessitent une aide multisectorielle.

Fatoumata Maguiraga

Indicateurs clés 2025

– Croissance du PIB : 5%

– Inflation : 3,5%

– Dette publique : 50,5% du PIB

Charte nationale pour la paix – Accord pour la paix : Deux trajectoires pour une même quête

Depuis près d’une décennie, le Mali cherche une solution durable à ses crises. Entre l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger de 2015, rejeté en 2024, et la Charte nationale pour la paix, adoptée en 2025, deux approches divergentes incarnent la quête malienne de stabilité et de réconciliation. La seconde sera-t-elle en mesure de combler les lacunes de la première? 

Signé en 2015, ce qu’il est convenu d’appeler « Accord d’Alger » visait à pacifier le nord du Mali en impliquant le gouvernement et deux coalitions armées, à savoir la CMA (Rébellion) et la Plateforme (Pro État). Il s’inscrivait dans un cadre international robuste, orchestré par l’Algérie et soutenu par l’ONU, l’Union africaine, l’Union européenne, la CEDEAO, l’OCI et plusieurs puissances. Ce pacte reposait sur une régionalisation avancée, un plan structuré de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR), un mécanisme de gouvernance sécuritaire mixte, ainsi qu’un programme économique ambitieux, financé en partie par un fonds fiduciaire international. Il renforçait également la représentativité des populations du nord dans les institutions nationales et reconnaissait la diversité culturelle du pays. Pour garantir son exécution, il avait mis en place un Comité de Suivi de l’Accord (CSA), composé de toutes les parties signataires, de la médiation internationale et des partenaires techniques et financiers (PTF). Le CSA était chargé de suivre les étapes, d’arbitrer les différends et de proposer des solutions de mise en œuvre. Il comptait également plusieurs sous-comités spécialisés sur les volets politique, sécuritaire et économique. Ce mécanisme de suivi, inédit dans les précédents processus maliens, visait à encadrer le respect mutuel des engagements.

Malgré ce dispositif étayé, l’Accord a patiné, miné par l’insécurité persistante, la méfiance entre les parties signataires, la fragmentation des groupes armés et la complexité bureaucratique de son application. Moins de 30% de ses dispositions ont été mises en œuvre, selon les derniers rapports indépendants. Le Comité de Suivi de l’Accord (CSA), créé pour en superviser l’exécution, s’est progressivement enlisé et les réunions ont été boycottées ou interrompues à plusieurs reprises. En janvier 2024, le gouvernement de transition a annoncé sa dénonciation officielle de l’accord, estimant qu’il n’était plus adapté aux évolutions du terrain ni aux nouvelles aspirations du peuple malien.

Voie endogène

En rupture avec ce modèle internationalisé, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, adoptée en juillet 2025, propose une voie endogène, fondée sur les traditions socioculturelles maliennes, le retour à l’autorité de l’État et un engagement civique renouvelé. Elle n’est pas un traité entre belligérants mais un texte de principes structurés autour de la souveraineté nationale, de la justice sociale, de la moralisation de la vie publique et de la promotion d’un Islam enraciné, tolérant et républicain. L’approche valorise les mécanismes coutumiers, le rôle des Cadis, la médiation communautaire, la parenté à plaisanterie et les solidarités locales comme socles de la reconstruction du lien social.

Cette Charte, fruit du Dialogue inter-maliens organisé entre février et mai 2024, s’inscrit dans une démarche de réappropriation nationale. Elle n’a été négociée avec aucune partie armée ni encadrée par une médiation extérieure. Le processus de rédaction, conduit par une Commission nationale, a exclu les formations politiques suspendues, la majorité des mouvements signataires de l’Accord d’Alger et les représentants des groupes armés jihadistes. Ce qui alimente les critiques sur son manque d’inclusivité. Des groupes comme la filiale sahélienne d’Al-Qaïda (JNIM) ont rejeté le document, évoquant une initiative unilatérale, sans interlocuteur ni compromis.

Énormes différences

Sur le fond, la Charte se distingue de l’Accord par l’accent mis sur des valeurs immatérielles. Elle engage la nation autour des principes de tolérance, de pardon, d’écoute mutuelle et de réconciliation. Elle met en avant la cohésion nationale, la réforme morale de l’administration, la promotion de la culture, de la mémoire collective et d’une gouvernance sobre et responsable. Elle va plus loin que l’Accord sur certains aspects éthiques et civiques, en tentant de refonder la paix à partir de l’intérieur, sans dépendance vis-à-vis d’acteurs étrangers. À la différence de l’Accord, la Charte ne traite pas de la représentativité territoriale dans les institutions nationales, ni de la réforme constitutionnelle, ni du statut des régions du Nord. Elle ne fait pas non plus mention d’un calendrier de mise en œuvre, d’indicateurs de suivi ou d’engagements budgétaires contraignants. Certains observateurs y voient une faiblesse, d’autres le choix assumé d’alléger les procédures pour favoriser l’appropriation sociale.

Mais elle est plus limitée sur les mécanismes tangibles de sortie de crise. Contrairement à l’Accord de 2015, elle ne prévoit aucun programme explicite de DDR, aucun quota d’intégration dans l’armée ou plan de réintégration structurée des ex-combattants et ne mobilise aucun financement international. Aucun cadre n’est défini pour un dialogue direct avec les principaux groupes armés actifs, comme le GSIM ou l’EIGS. En parallèle, un volet du DDR a été relancé par l’État malien début 2025. Ce processus, distinct de celui prévu dans l’Accord, vise l’intégration de 3 000 ex-combattants dits « républicains », 2 000 dans l’armée nationale et 1 000 dans des programmes d’insertion civile. Bien qu’il ne soit pas directement rattaché à la Charte nationale, ce programme traduit une volonté des autorités de réintégrer certains groupes armés dans une logique nationale, sans médiation étrangère ni négociation avec les groupes jihadistes. Par contraste, le DDR de l’Accord envisageait l’intégration de 21 000 ex‑combattants, en deux vagues successives de 13 000 puis de 8 000, dans les forces armées et la réinsertion socio-économique.

Double défi

La Charte pose ainsi donc un double défi, à savoir celui de son financement autonome et celui de son appropriation collective, dans un contexte marqué par la fragmentation de l’espace national et la défiance envers les institutions de la Transition. Sa mise en œuvre repose entièrement sur l’engagement de l’État, des collectivités, des communautés et des leaders religieux, sans levier externe de pression ni garantie internationale.

Ce changement de paradigme illustre deux visions. L’une, diplomatique et multilatérale, basée sur la négociation entre acteurs armés et institutions étatiques; l’autre, politique et culturelle, centrée sur une refondation interne portée par les Maliens eux-mêmes. L’Accord offrait une architecture ambitieuse, juridiquement encadrée, mais sa mise en œuvre a souffert de rivalités, d’ambiguïtés et de divergences d’interprétation. La Charte, plus légère institutionnellement, cherche à rétablir le lien civique et le pacte moral entre l’État et ses citoyens, sans répondre directement à la réalité des armes.

De plus, les risques liés à la Charte résident dans ses ressources limitées, l’absence d’appui logistique ou financier externe et l’exclusion de certains acteurs clés du terrain. Pourtant, elle incarne une volonté forte de réaffirmer la souveraineté nationale, de reconstruire la confiance interne et de construire un modèle de paix enraciné dans le patrimoine moral, religieux et coutumier du Mali.

Attentes non comblées

Dans plusieurs localités du nord et du centre, des populations expriment encore des attentes vis-à-vis de promesses restées inachevées depuis l’Accord de 2015, notamment en matière de sécurité, d’accès aux services de base et de développement local. La Charte, qui insiste sur la réconciliation nationale, est encore peu connue dans certaines zones rurales, malgré des efforts de sensibilisation. Cette asymétrie de réception souligne les défis liés à la vulgarisation et à l’appropriation d’un document conçu au sommet de l’État.

La trajectoire malienne reste en cours de définition. Elle est partagée entre la mémoire encore vive d’un cadre diplomatique structuré mais inachevé et l’émergence d’une architecture nationale recentrée sur les ressorts internes de cohésion. Les repères évoluent. La manière dont ces deux démarches s’inscrivent dans le vécu des populations, la capacité des institutions à en porter l’esprit et surtout l’évolution des dynamiques sécuritaires locales diront peut-être, à terme, laquelle aura été la plus opérante et efficace pour faire émerger une paix concrète et durable au profit des populations. Lesquelles ont souffert d’une crise dont le bout du tunnel n’est toujours pas à portée de vue.

MD

Al’Ada 2025 : Le Sahel célèbre sa culture sous le signe de l’unité

Du 26 juillet au 3 août, la capitale nigérienne, Niamey, accueille la deuxième édition de la Semaine culturelle Al’Ada, un rendez-vous qui prend cette année une dimension régionale inédite. Le Mali et le Burkina Faso, invités d’honneur, y prennent part pour célébrer avec le Niger l’identité culturelle commune des peuples sahéliens.

Née d’une volonté politique de renforcer la coopération entre les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), la Semaine Al’Ada n’est plus seulement un événement national. Elle devient une vitrine de la solidarité culturelle entre trois pays engagés dans une redéfinition de leur souveraineté. À travers danses traditionnelles, concerts, contes, expositions d’artisanat ou encore compétitions sportives populaires comme la lutte traditionnelle, les peuples du Sahel entendent se réapproprier leurs récits et leurs imaginaires.

Dans les rues de Niamey, l’événement bat son plein. Les délégations malienne et burkinabè sont déjà présentes avec leurs artistes, conteurs, musiciens et créateurs. Côté malien, l’on évoque la participation de troupes folkloriques originaires de Ségou et de Mopti, ainsi que d’artisans de Tombouctou porteurs d’un patrimoine transmis oralement depuis des siècles. Pour le Niger, chaque région a envoyé ses meilleurs talents, sélectionnés au cours de concours régionaux organisés dans les semaines précédentes. À Agadez, par exemple, un concours régional organisé le 21 juin a permis de départager une vingtaine d’artistes dans les catégories chant, ballet, humour et conte, sous l’œil d’un jury pluridisciplinaire.

Mais, au-delà de la fête, l’événement porte un message politique assumé. En février dernier à Ségou les trois États sahéliens ont posé les bases d’une politique culturelle et sportive commune. Al’Ada 2025 doit en être la première concrétisation. Des rencontres officielles sont prévues en marge des festivités pour poser les jalons d’un cadre de coopération pérenne dans les domaines des arts, du sport et du tourisme. Le projet s’inscrit aussi dans la continuité des Jeux de l’AES, organisés à Bamako en juin dernier.

Dans un contexte sécuritaire et diplomatique tendu, la culture devient ainsi un levier de rapprochement entre peuples, mais aussi un vecteur de résilience. « Ce n’est pas un simple festival, c’est une déclaration d’unité », confie un membre du Comité d’organisation nigérien.

En résonance avec des initiatives comme le festival Ségou’Art au Mali, la Semaine Al’Ada s’impose comme un carrefour où traditions et avenir se croisent et où l’art devient un langage diplomatique. L’édition 2025 promet d’être plus qu’un événement culturel, un moment de communion et d’unité autours des valeurs communes. Les organisateurs ambitionnent d’en faire un acte fort d’affirmation identitaire dans un Sahel en recomposition.

Massiré Diop

Dissolution des partis politiques : Vers la phase des débats judiciaires

Les audiences des 28 et 29 juillet 2025, tenues respectivement aux Tribunaux de grande instance des Communes I et VI du District de Bamako, ont permis de faire le point sur l’évolution des recours. Les débats contradictoires ont été reportés à une date ultérieure, prolongeant l’incertitude sur l’issue de cette affaire hautement politique.

Le Tribunal de grande instance de la Commune I du District de Bamako devait examiner pour la deuxième fois le 28 juillet les recours introduits par les ex-partis politiques contre leur dissolution par décret du Président de la Transition, le 13 mai dernier.

À l’ouverture du procès, les avocats des partis requérants ont sollicité une confrontation sur le document fourni par le Contentieux de l’État. Acceptant cette requête, la Cour a décidé de renvoyer l’affaire au lundi 4 août 2025 afin de permettre la tenue de débats contradictoires entre les parties. Contrairement à la première audience du 7 juillet, marquée par l’absence du représentant de l’État, les deux camps étaient cette fois-ci présents.

Le 29 juillet, c’est le Tribunal de grande instance de la Commune VI qui a tenu une audience sur la même procédure en cours concernant la décision de dissolution. Là aussi, l’affaire a été renvoyée, cette fois à une date ultérieure non encore fixée.

Pour Maître Mamadou Camara, l’un des avocats du collectif des partis dissous, il s’agit d’un renvoi normal pour que l’affaire soit transférée de la chambre de mise en état à la chambre de jugement. « Lors de la première audience, le Contentieux de l’État n’avait pas encore pris connaissance du dossier. Ils ont depuis remis leurs conclusions et les écritures sont désormais terminées », explique-t-il.

Selon lui, le collectif d’avocats attend désormais que la lumière soit faite devant le juge. « Nous n’entendons plus écrire. Nous voulons que le débat soit posé publiquement sur la table et que les discussions aient lieu devant le juge ».

Un recours fondé sur la Constitution

Le collectif d’avocats s’appuie sur l’article 153 de la Constitution du 22 juillet 2023, qui permet à un justiciable de soulever une question de constitutionnalité. Maître Camara précise que le juge civil n’étant pas compétent pour trancher directement sur la constitutionnalité du décret il sera invité à renvoyer la question à la Cour suprême, laquelle à son tour devra la transmettre à la Cour constitutionnelle.

L’enjeu est clair : démontrer que le gouvernement a outrepassé ses prérogatives en prononçant la dissolution des partis. « Le pouvoir exécutif ne peut pas dissoudre les partis politiques, dont l’existence est prévue par la Constitution. Cette dernière ne laisse aucune marge à un gouvernement pour prendre une telle décision », argue l’avocat.

Malgré les critiques qui pleuvent sur la Transition, les avocats des partis dissous affirment garder confiance en la justice malienne. « Si nous n’avions pas foi en cette procédure, nous ne l’aurions pas enclenchée », confie Maître Camara, pour lequel le Mali reste un État de droit, « malgré les atteintes et les reculs quotidiens que l’on observe ».

Pas de dilatoire, mais un processus complexe

Interrogé sur les nombreux renvois qui ralentissent l’instruction des recours déposés par les partis politiques dissous, Maître Mamadou Camara réfute toute manœuvre dilatoire. Il explique que les reports précédents étaient liés à des irrégularités de procédure, notamment l’absence de communication du dossier au Contentieux de l’État. « Ils avaient la charge de prendre communication du dossier mère au tribunal. Le jour de l’audience, ils ne l’avaient pas avec eux. Il était donc difficile de juger l’affaire sans qu’ils aient accès au dossier », détaille-t-il.

Maintenant que toutes les parties ont pris connaissance des pièces et déposé leurs écritures, la phase des débats publics devrait pouvoir débuter dans les prochains jours, notamment avec l’audience programmée le 4 août en Commune I. En revanche, pour la Commune VI, la date reste à déterminer, le dossier ayant été transmis à la chambre de jugement.

Mohamed Kenouvi

Mohamed Lamine Ouattara : « Il faut changer les mentalités pour refonder le Malien »

La session nationale du Dialogue multi-acteurs sur le renforcement de l’engagement citoyen dans la vie publique et la participation au processus de refondation au Mali, dans le cadre du Programme de recherche et de dialogue pour la refondation (PREDIRE) de l’Institut néerlandais pour la démocratie multipartite (NIMD), s’est tenue les 24 et 25 juillet à Bamako. Dans cet entretien, Mohamed Lamine Ouattara, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’Université Kurukanfuga de Bamako et membre de la Commission scientifique du PREDIRE, aborde les échanges et les recommandations issues de la session. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quelle est l’importance de cette phase de dialogue multi-acteurs au niveau national ?

C’est l’aboutissement d’un très long processus qui a commencé à l’initiative du NIMD, puis a été peaufiné et affiné par une Commission scientifique bien triangulée, représentant divers bords. Cela a donné lieu à un processus qui a démarré au niveau local, puis régional, pour aboutir à un niveau national. Nous avons voulu regrouper les deux grandes études menées sur les questions de démocratie et de participation citoyenne en une seule thématique intitulée : « Renforcement de l’engagement citoyen dans la vie publique et la participation au processus de refondation au Mali ».

De quoi a-t-il été question lors de ces deux jours d’échanges ?

Cette session nous a permis de faire le point sur les conclusions des Plans d’action des niveaux local et régional et d’y apporter des ajouts. Nous avons effectué des modifications et formulé des recommandations qui nous ont permis d’élaborer des actions prioritaires, en désignant des responsables pour leur mise en œuvre ainsi que des acteurs associés, à travers un chronogramme stratégique.

Quels sont les défis et les actions à mener pour un engagement citoyen renforcé et une meilleure participation à la refondation ?

Le premier élément identifié en termes d’engagement citoyen et de participation politique est le faible niveau de culture démocratique dans notre pays. Cela se traduit par un corollaire, le faible niveau de civisme et de citoyenneté. Pour rehausser le niveau de culture démocratique, nous avons proposé un certain nombre d’actions prioritaires à mener. Par exemple, la création de cadres de dialogue citoyen au niveau local, entre les élus, les citoyens et des acteurs de la société civile. En ce qui concerne l’amélioration du civisme et de la citoyenneté, nous avons estimé qu’il fallait changer les mentalités pour refonder complètement le Malien. Pour cela, il faudra agir dès le plus jeune âge. Il s’agira de créer au niveau des écoles des applications et des sites web permettant de développer des manuels pédagogiques et éducatifs à la fois ludiques et modernes.

Mali – Égypte : Le pari d’un axe économique ambitieux

Le premier Forum économique Mali–Égypte, tenu à Bamako les 24 et 25 juillet 2025, a posé les fondations d’un partenariat sud-sud plus structuré. Si les chiffres restent modestes, les ambitions affichées sont claires et visent à diversifier, investir et bâtir.

Pendant deux jours, les délégations ministérielles et patronales des deux pays ont échangé autour d’une vision commune, à savoir faire de la coopération économique un levier de développement partagé. Un mémorandum d’entente a d’ailleurs été signé, prévoyant des mécanismes de dialogue régulier et d’appui technique. L’Égypte, représentée par une trentaine de dirigeants issus des secteurs industriel, minier, énergétique ou pharmaceutique, a exprimé sa volonté d’approfondir sa présence économique au Mali.

Les échanges commerciaux, pour l’instant déséquilibrés, traduisent un potentiel largement inexploité. En 2024, les exportations égyptiennes vers le Mali ont atteint 22,8 millions de dollars, contre moins de 200 000 dollars d’importations maliennes vers l’Égypte. À titre de comparaison, les échanges du Mali avec la Chine dépassaient les 300 millions de dollars sur la même période, soulignant le retard des flux bilatéraux avec l’Égypte. Aucun investissement structurant n’a encore été enregistré, mais les discussions ouvertes à Bamako visent à changer cette donne.

Le Mali espère ainsi accélérer cette dynamique en s’appuyant sur un cadre juridique rénové, à travers un Code des investissements actualisé et des incitations fiscales ciblées pour les partenaires étrangers. L’Égypte dispose d’atouts économiques majeurs susceptibles d’accompagner les priorités maliennes. Le secteur agroalimentaire, notamment la transformation des mangues, du sésame et du karité, représente aussi un axe stratégique à explorer avec les industriels égyptiens.

Leur expertise en infrastructures et travaux publics pourrait accélérer la modernisation des routes, barrages et zones industrielles. Leur solide industrie pharmaceutique offrirait des perspectives pour la production locale de médicaments génériques. Leur savoir-faire en agriculture irriguée serait particulièrement précieux pour les zones arides du Mali.

De plus, le pays des Pharaons excelle également dans la transformation du coton, un secteur clé pour le Mali, deuxième producteur africain. Son expérience dans les énergies renouvelables, notamment le solaire, est une opportunité pour améliorer l’accès à l’électricité, notamment dans les zones rurales. Enfin, l’économie numérique égyptienne – fintechs, cybersécurité, e-gouvernement – pourrait inspirer la digitalisation des services maliens.

Les deux États misent ainsi sur des complémentarités claires, dans l’objectif de bâtir un corridor économique afro-arabe. Si la volonté politique semble acquise, l’essentiel reste à faire. Il s’agira de mobiliser des capitaux, de sécuriser les projets et de démontrer par des résultats concrets que cette coopération peut devenir un véritable accélérateur de développement.

Massiré Diop

Femmes maliennes :  Des droits en marche malgré des défis persistants

À l’occasion de la 35ème Journée panafricaine des Femmes (31 juillet), le Mali dresse un bilan contrasté de la situation des droits de ses citoyennes. Malgré un cadre légal solide, les inégalités sociales et économiques persistent, freinant la pleine réalisation de l’égalité. Cette journée rappelle l’urgence d’agir pour transformer les avancées juridiques en droits concrets pour toutes les Maliennes.

Le Programme 2030 des Nations unies sur le développement durable est un engagement mondial fondé sur le respect des droits de l’Homme et de l’environnement. Une boussole à travers laquelle on mesure désormais les progrès pour une égalité de chances. Si le Mali dispose d’un cadre législatif propice, la réalisation d’une justice sociale, notamment en faveur des femmes, reste confrontée à des défis importants.

Le cadre législatif relatif à l’égalité des sexes est riche de plusieurs textes nationaux et internationaux auxquels le Mali a souscrit. Il comprend entre autres la Convention internationale de l’ONU sur les droits économiques sociaux et culturels, qui a été ratifiée par le Mali le 16 juillet 1974, ainsi que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ratifiée par le Mali le 10 septembre 1985.

Le Mali a souscrit à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples le 21 juin 1981 et à son Protocole facultatif relatif aux droits des femmes en Afrique. À cela s’ajoute la Constitution adoptée le 22 juillet 2023, qui prône l’égalité. Ces instruments juridiques nationaux, internationaux et régionaux s’inscrivent donc dans le cadre de l’établissement d’une justice sociale, afin que toutes les personnes jouissent de leurs droits en termes de participation à la vie publique. C’est dans ce cadre que, pour favoriser la participation à la prise de décision, la loi N°2015-052 du 18 décembre 2015 instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives a été adoptée.

L’adoption de ces textes peut donc être considérée en soi comme une « avancée », estime Diarra Djingarey Maïga, Présidente du Mouvement féministe du Mali (MFM). Mais si les lois permettent la participation de tous, la pratique limite la jouissance équitable de leurs droits par les citoyens, en fonction notamment de leur sexe et des stéréotypes associés.

Inégalités de fait

Malgré l’existence de ces lois, les inégalités persistent dans la pratique. En raison d’une tradition de forte oralité, où les interdits et les permissions sont plus forts que les lois, ajoute Mme Maïga. Si on y ajoute le poids des religions, cela accentue les disparités. Une personne s’identifie d’abord par sa famille, son ethnie, sa communauté ou sa religion. Et lorsque les interprétations « erronées » se mêlent aux difficultés d’analyse, les femmes sont souvent peu nombreuses à faire la part des choses. Dans la plupart des cas, les rôles souvent dévolus aux femmes limitent leurs compétences et capacités. Mais c’est aussi dans les textes mêmes que subsistent les « injustices ». L’ordonnance n° 02-02/PRM du 22 mars 2000 portant Code domanial et foncier a reconnu la coutume comme mode d’accès à la propriété foncière. Or, de façon coutumière, les femmes n’ont généralement pas accès à la propriété, ce qui limite de fait leur jouissance de ce droit.

« L’emploi constitue l’un des domaines dans lesquels les inégalités entre femme et homme sont les plus prononcées », relève le livret homme-femme de l’Institut national de la statistique (INSTAT), publié en février 2024. « Le travail de la femme est en général sous-évalué, notamment dans les pays en développement, la raison principale est le fait que les activités ménagères, presque entièrement assumées par les femmes, sont improductives et ne sont généralement pas perçues comme du travail ».

Selon le rapport, les femmes sont moins rémunérées que les hommes, quels que soient le milieu de résidence, le groupe d’âge et le niveau d’instruction. En 2020, en milieu urbain, 35,1% des femmes étaient payées en dessous du SMIG, contre 6,3% des hommes. Même si cette proportion a diminué en milieu rural, où 31,2% des femmes sont rémunérées contre 9,8% des hommes, toujours en dessous du SMIG.

Au niveau du groupe d’âge, les femmes âgées de 15 à 24 ans sont beaucoup plus nombreuses que les autres tranches d’âge, avec 72% payées en dessous du SMIG, contre 31,4% chez les hommes. Les femmes n’ayant aucun niveau d’instruction (86%) sont plus nombreuses que les autres niveaux d’éducation qui n’atteignent pas le SMIG. Chez les hommes, les sans niveau sont plus importants, avec 19,4%, que les autres niveaux d’instruction.

Le niveau d’éducation est également l’un des domaines où l’on observe cette inégalité. Selon les résultats de l’enquête, environ six personnes sur dix (60,4%) sont sans instruction, une petite portion de la population a atteint le niveau universitaire (1,3%) et seulement 5,1% a atteint le niveau d’éducation secondaire. La partie restante, qui représente près d’un tiers de la population, n’a pas dépassé le niveau primaire. Les résultats selon le sexe montrent que les hommes sont plus scolarisés que les femmes à partir du secondaire. En effet, 5,9% des hommes ont un niveau secondaire contre 4,3% des femmes. Au primaire, 30,5% ont accès à l’éducation, contre 35,9% pour les hommes, alors qu’ils sont 1,8% au niveau supérieur contre 0,9% pour les femmes.

Violences et mariages précoces

De façon globale, la remise en cause des droits humains, en particulier ceux des femmes, se manifeste à travers la violence sous plusieurs formes, des violences physiques aux violences émotionnelles, en passant par les mariages précoces et forcés. En Afrique de l’Ouest, 44% des femmes de 20 à 24 ans sont mariées avant l’âge de 15 ans. Au Mali, cette proportion atteint 61%, en contradiction avec les engagements internationaux du pays, qui fixent l’âge du mariage à la majorité civile.

« Violations perpétuées »

En raison d’une peur de la stigmatisation, certaines victimes « préfèrent souffrir que de dénoncer », déclare Mme Diawara Bintou Coulibaly, Présidente de l’Association pour la défense et le progrès des femmes (APDF). Mais elle note tout de même un changement dans ce domaine. « En 2023, nous avons géré 475 dossiers », témoigne-t-elle. Ce qui prouve que « petit à petit les femmes dénoncent et c’est une avancée ». Malgré les préjugés, certaines femmes acceptent de « se jeter à l’eau », parce qu’elles « n’ont pas où s’exprimer », ajoute Mme Diawara. Souvent invitées à endurer, les victimes de violences ont parfois un choix difficile entre dénoncer ou renoncer, au prix de leur santé ou de leur vie. Un dilemme face auquel les organisations de défense des droits humains prônent la sensibilisation et une application effective des textes.

Sensibiliser

Pour changer la donne, il faut faire comprendre sur l’égalité des sexes et adopter un langage uniforme qui permettra à tout le monde d’appréhender les concepts, quels que soient son niveau et sa langue, suggère Mme Diarra. L’égalité des genres doit devenir une réalité. Au-delà des lois, des politiques et des décideurs, un lobbying est nécessaire pour aboutir au changement de comportement sur l’égalité des sexes.

La lutte doit être plus ancrée, reconnaissent les défenseurs des droits de la femme. Les communautés locales doivent s’engager afin d’amener les décideurs à opter pour le changement. Parallèlement, les efforts doivent se poursuivre pour les changements et la « relecture des lois inégalitaires du niveau local au niveau national ».

D’après l’Indice de l’Égalité des genres en Afrique produit par la Banque Africaine de Développement (BAD), qui mesure trois dimensions : économique, sociale, représentation et autonomisation, le score régional du Sahel est de 32,4% pour 5 pays dont le Mali. Il en résulte un écart entre les femmes et les hommes de 67,6% sur ces trois dimensions. Ce qui indique un fort taux d’inégalités dans la région. Des efforts doivent donc être faits afin de réduire ces inégalités, selon le Bulletin des droits des femmes au Mali de l’UNFPA publié en mars 2024. Le Mali compte aujourd’hui une population d’environ 22,40 millions d’habitants, répartie quasi équitablement entre 11,26 millions d’hommes et 11,14 millions de femmes.

Fatoumata Maguiraga

Développement humain : L’IA comme facteur de progrès

Le Mali a conjointement lancé, le 17 juillet 2025, le Rapport mondial et le Rapport national sur le Développement humain. En collaboration avec le PNUD, le Rapport national sur le Développement durable (RNDH), intitulé « Impact de la digitalisation des soins de santé sur la couverture sanitaire universelle au Mali », explore les progrès technologiques et leur apport pour l’atteinte des objectifs de l’Agenda 2063.

L’étude sur la digitalisation des soins de santé au Mali entend s’approprier les possibilités de ces nouveaux outils pour l’avenir. L’objectif est d’analyser les potentialités institutionnelles actuelles et les outils numériques, tout en tenant compte des réalités locales. Pour le Secrétaire général du ministère de la Santé, ces deux rapports « constituent des instruments de sensibilisation et de plaidoyer à l’intention de différents publics cibles ».

Le Rapport mondial sur le Développement humain explore les transformations induites par l’Intelligence Artificielle, analyse la manière dont cette technologie redéfinit le développement humain et aborde les opportunités ainsi que les risques de l’IA.

Quant au RNDH 2025, il s’inscrit dans cette dynamique de digitalisation et dans l’ère de l’Intelligence Artificielle. Selon le Secrétaire général du ministère de la Santé, l’analyse menée à cet effet révèle des tendances significatives liées à l’adoption de la digitalisation des soins au Mali. Environ 65,9% des répondants à cette étude indiquent que la digitalisation est principalement mise à profit pour renforcer les Systèmes d’information sanitaires (SIS).

Transformations lentes

Si la digitalisation des soins offre plusieurs options pour l’accès à la santé au Mali, elle comporte des défis importants pour lesquels des efforts d’anticipation sont nécessaires afin d’en tirer un meilleur parti.

Le Rapport mondial met l’accent sur les opportunités, mais aussi sur les risques liés à l’utilisation de l’IA. C’est pourquoi il évoque la liberté de choix pour une mobilisation éthique de ces progrès. Le RDH 2025 note un ralentissement des progrès dans les domaines de la santé, de l’éducation et du niveau de vie. Si ce rythme devient la norme, « les objectifs de développement pourraient être retardés de plusieurs décennies », s’alarme le PNUD.

Au-delà de ces progrès lents, le rapport souligne l’aggravation des inégalités entre pays riches et pays pauvres. Il prône une approche de l’IA centrée sur l’humain pour redéfinir les approches sur le développement. Dans les pays à IDH faible ou moyen, 70% des personnes sondées attendent que l’IA augmente leur productivité et s’apprêtent à utiliser cette technologie dans la santé, l’éducation ou le travail au cours de l’année à venir.

SAMAC : Bamako capitale de l’architecture durable et innovante

Le Salon Malien de l’Architecture et de la Construction (SAMAC) ouvre sa première édition à Bamako du 31 juillet au 3 août 2025. Dans un pays confronté à une urbanisation rapide, un déficit de logements massifs et une pression foncière croissante, il veut être un rendez‑vous économique majeur pour repenser le secteur du bâtiment.

Le secteur de la construction contribue significativement à la création d’emplois et représente une part importante des investissements privés dans le pays. Le Salon Malien de l’Architecture et de la Construction se tiendra au Centre International de Conférences de Bamako, sous le haut patronage du Général Assimi Goïta. L’événement, initié par l’Ordre des Architectes du Mali, fondé en 1989 et réunissant aujourd’hui 250 membres, prévoit la participation d’environ 2 000 visiteurs et 30 exposants, dont des architectes, urbanistes, ingénieurs et décideurs économiques. Le thème choisi, « Habitat durable, culture et innovation », illustre la volonté de positionner l’architecture comme un moteur de développement économique et social.

Avec 47% de la population vivant en milieu urbain et une croissance urbaine estimée à 4,7% par an, la demande en logements et infrastructures ne cesse de croître. Selon le ministère de l’Habitat et le CAHF, le déficit en logements atteindra environ 1,5 million d’unités dans les cinq prochaines années. Pourtant, le coût du foncier reste prohibitif, représentant parfois jusqu’à 50% du coût final d’une maison et le prix d’un sac de ciment dépasse les 6 000 francs CFA, alourdissant la facture pour les ménages. Cette pénurie alimente la croissance des quartiers informels, fragilise la cohésion sociale et pèse sur les finances publiques, contraintes d’intervenir en urgence.

Impact environnemental

Face à ces défis, le SAMAC valorise les innovations locales, écologiques et résilientes. En 2024, près de 30% des constructions neuves incorporaient déjà des matériaux locaux et des techniques traditionnelles pour réduire leur impact environnemental et leur coût. Ces approches locales permettent aussi de limiter l’importation de matériaux coûteux, réduisent l’empreinte carbone des constructions et favorisent l’économie circulaire. Cependant, 41,9% des foyers urbains vivaient encore dans des conditions précaires la même année, traduisant l’ampleur du chemin à parcourir.

Le salon ambitionne aussi de dynamiser davantage les partenariats régionaux, notamment avec l’AES et l’UEMOA. En 2024, la CRRH‑UEMOA a mobilisé plus de 340 milliards de francs CFA pour soutenir le logement social, démontrant l’importance économique d’un secteur qui génère des milliers d’emplois et structure durablement les villes.

Cette première édition du SAMAC veut inscrire durablement l’architecture malienne dans une dynamique où la durabilité, la performance économique et la qualité iront de pair.

Massiré Diop

Paix et réconciliation : Un texte ambitieux face à la réalité du terrain

Officiellement remise au Président de la Transition le 22 juillet 2025 à Bamako, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation incarne l’espoir d’un Mali souverain, uni et apaisé. Fruit d’un an et demi de consultations nationales et de contributions de la diaspora, elle entend restaurer la cohésion sociale et la confiance entre l’État et les citoyens. Mais, derrière la solennité, la question de son adoption et de sa mise en œuvre reste posée.

Le mardi 22 juillet 2025, au Centre international de conférences de Bamako (CICB), le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, a reçu des mains d’Ousmane Issoufi Maïga, Président de la Commission de rédaction, le projet de Charte nationale pour la paix et la réconciliation. Ce document structurant comprend 16 titres et 106 articles.

La cérémonie, en présence des corps constitués, des forces vives, de la diaspora et du public, a mêlé solennité et symboles, puisqu’elle a été marquée par des ballets aux couleurs de la paix, des chants patriotiques et des hommages aux efforts collectifs. Les journées de restitution des 20, 21 et 22 juillet ont permis d’amender et de valider le texte avant sa remise. À cette occasion, le CICB a même été symboliquement rebaptisé « Centre international de la paix ».

Des valeurs fortes

Dans son contenu, la Charte fixe des objectifs ambitieux, tels que la restauration de la paix, la justice, la cohésion sociale, la souveraineté et la lutte contre la corruption et l’impunité. Elle insiste sur la jeunesse comme moteur de l’avenir, sur le rôle des médias dans la guerre informationnelle et sur la nécessité d’utiliser les mécanismes endogènes de règlement des conflits en plus des institutions modernes.

Le préambule célèbre « la fierté d’être les héritiers d’une histoire millénaire » et le texte appelle à une gestion transparente des ressources et à la réhabilitation de la confiance entre l’administration et la population.

Pour Ousmane Issoufi Maïga, la Charte est « le témoignage d’une promesse populaire », et selon le Président Assimi Goïta, elle exprime « le rêve collectif d’un Mali réconcilié », tout en marquant « la souveraineté retrouvée du pays ».

Critiques et des défis

Si la Charte cristallise des espoirs, elle suscite également des réserves. D’abord sur la méthode. Malgré les consultations régionales et avec la diaspora, certains acteurs politiques et de la société civile jugent le processus trop contrôlé et fermé aux critiques. Certains ont souligné le manque de débat public élargi et l’absence d’implication de certains partis, dissous en juin 2025.

Ensuite, la légitimité populaire est interrogée. Certes, l’adoption doit passer par le Conseil national de Transition (CNT), avant une promulgation présidentielle, mais plusieurs voix réclament un référendum pour valider le texte. Aucun calendrier officiel n’a été communiqué sur cette possibilité.

La Charte est aussi floue sur ses mécanismes de mise en œuvre. Elle proclame des principes, mais sans calendrier ni mesures précises pour les réaliser. Certains juristes estiment également qu’elle fait double emploi avec la Constitution ou l’Accord d’Alger, aujourd’hui caduc.

La remise de la Charte intervient dans un climat tendu. La dissolution des partis politiques en juin 2025 a renforcé le contrôle central de la Transition, mais aussi nourri des contestations. Dans le nord, la reprise des hostilités par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et l’intensification des combats contre les groupes armés compliquent la perspective de réconciliation.

Le choix d’une approche exclusivement militaire contre les groupes qualifiés de terroristes, alors que des voix locales plaidaient pour des discussions avec certains chefs maliens, semble en contradiction avec l’esprit de la Charte, qui appelle à des solutions endogènes et inclusives.

Une étape cruciale mais inachevée

Le texte constitue néanmoins un jalon historique. Il synthétise les aspirations des Maliens à la paix et à la justice, mais la confiance et l’adhésion populaire restent à conquérir. Les autorités ont annoncé une campagne nationale de vulgarisation et la traduction du texte en langues nationales pour faciliter son appropriation.

Il faut désormais un plan d’action concret pour que la Charte dépasse le symbole et devienne la base d’une véritable politique de réconciliation et de développement. Comme l’a dit le Président Goïta, « les épreuves traversées doivent constituer le ciment de notre unité ». Encore faut-il traduire cet espoir en actes.

Massiré Diop

Coopération sécuritaire : Bamako et Washington amorcent une nouvelle relance

Après des années de rupture, la coopération sécuritaire entre le Mali et les États-Unis connaît une relance progressive, marquée par des visites diplomatiques de haut niveau. Au-delà du symbole politique, cette reprise soulève d’importants enjeux sécuritaires et stratégiques pour Bamako, qui cherche à diversifier ses partenariats dans la lutte contre le terrorisme.

La coopération militaire entre le Mali et les États-Unis reprend vie après plus de quatre années de gel. Entre réunions diplomatiques, séances de travail sécuritaires et engagements mutuels affichés, les signes d’un rapprochement se multiplient. Washington affiche sa volonté de redevenir un acteur sécuritaire clé au Sahel, dans un contexte de concurrence géopolitique accrue, tandis que les autorités maliennes semblent prêtes à réactiver un partenariat jadis structurant.

Ce retour intervient alors que l’armée malienne est engagée sur plusieurs fronts contre les groupes terroristes qui continuent de mener des attaques dans différentes régions du pays. À travers cette relance, le Mali pourrait renforcer ses capacités opérationnelles et techniques, tout en diversifiant ses partenariats stratégiques pour affronter la complexité de la crise sécuritaire.

Un retour américain qui se précise

Ce mois de juillet 2025 marque un tournant significatif dans la coopération sécuritaire entre le Mali et les États-Unis, avec deux visites diplomatiques majeures traduisant un réchauffement des relations entre les deux pays.

Le 8 juillet, lors de la célébration du 249ème anniversaire de l’indépendance américaine à l’ambassade des États-Unis à Bamako, le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a salué cette dynamique naissante. Il a estimé que ces visites de haut niveau constituaient « un signal pour un renouveau du dialogue politique, fondé sur le réalisme, le pragmatisme et les intérêts mutuels ».

Dans cette perspective, la visite du 9 juillet de Rudy Atallah, Directeur adjoint principal de la lutte contre le terrorisme au Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, a posé un acte fort. Accompagné de l’Ambassadrice des États-Unis au Mali, Mme Rachna Korhonen, il a tenu une séance de travail avec les ministres maliens des Affaires étrangères et de la Sécurité.

Cette mission visait à « s’imprégner des réalités maliennes » et à relancer la coopération bilatérale sur des bases renouvelées. Plusieurs points ont été abordés, notamment la reprise en main de la sécurité nationale par les autorités de la Transition, le renforcement des capacités opérationnelles de l’armée, la prise en compte de la Confédération AES dans la lutte antiterroriste, ainsi que la nécessité d’une action sincère et globale contre le terrorisme.

Ce rapprochement s’est consolidé avec la visite le 21 juillet de William Stevens, Sous-Secrétaire d’État adjoint américain pour l’Afrique de l’Ouest et Envoyé spécial au Sahel. Reçu à Bamako par le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop, il a insisté sur la vision du Président Trump « de travailler avec les pays amis » et a évoqué les opportunités de coopération économique et sécuritaire, ainsi que l’amélioration du climat des affaires au Mali. Les deux parties ont souligné leur convergence de vues sur des questions stratégiques, notamment la lutte contre les groupes armés terroristes et la promotion des intérêts mutuels dans le respect de la souveraineté.

Plus tôt, en février dernier, une rencontre avait eu lieu à Bamako entre des officiers maliens et des officiers américains, représentants de l’US Africa Command.

Enjeux stratégiques

La relance progressive de la coopération sécuritaire entre le Mali et les États-Unis soulève plusieurs enjeux majeurs. Sur le plan opérationnel, l’armée malienne reste confrontée à la résistance des groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Le retour américain pourrait se traduire par un accès aux renseignements satellitaires et aux drones de surveillance américains, particulièrement précieux pour le suivi des déplacements terroristes transfrontaliers, la remise à niveau des systèmes de communication sécurisés de l’armée malienne, la formation d’officiers supérieurs à la planification stratégique et aux opérations combinées, ainsi qu’un appui à la sécurisation des frontières — domaine dans lequel les États-Unis disposent d’une expertise régionale avérée.

Par ailleurs, selon une analyse du Centre Awdagust d’Études Régionales, un institut de recherche indépendant spécialisé dans l’analyse des dynamiques géopolitiques au Sahel et au Maghreb, en plus de renforcer les capacités maliennes face aux organisations extrémistes, les États-Unis cherchent à rétablir une présence de leur renseignement dans le Sahel central après leur retrait du Niger, tout en contrecarrant l’influence russe à Bamako sans confrontation directe avec Moscou.

« Pour Bamako, cette relance pragmatique élargit ses marges de manœuvre : tout en consolidant ses liens stratégiques avec Moscou et Ankara, le Mali cherche à diversifier ses partenariats afin d’éviter toute dépendance exclusive et bénéficier des expertises américaines en matière de renseignement et de logistique », avance l’institut.

La note d’analyse du Centre Awdagust souligne également que, bien que le Mali ait bénéficié du soutien russe et ait étendu ses collaborations avec la Turquie, le gouvernement de transition est conscient que les États-Unis possèdent des capacités techniques et de renseignement « difficiles à compenser ».

Enfin, au plan symbolique, la relance de la coopération américaine consolidera la légitimité internationale du Mali après des années d’isolement partiel. Elle pourrait même faciliter un retour progressif des financements multilatéraux conditionnés à un cadre sécuritaire stable.

Vers un équilibre incertain ?

Dans un contexte où la Russie est devenue depuis 2021 un allié stratégique central du Mali — avec la livraison d’avions de combat Sukhoï, de blindés et le déploiement massif de formateurs militaires — la relance de la coopération sécuritaire américaine pose la question de la compatibilité entre ces deux appuis stratégiques.

D’un point de vue strictement militaire, la cohabitation pourrait être bénéfique si elle est bien coordonnée, estiment certains analystes. Les Russes assureraient l’appui direct au sol et l’armement lourd, tandis que les Américains apporteraient la logistique, la formation ciblée et le renseignement stratégique, domaine où leur expertise est reconnue.

Toutefois, au plan géopolitique, Washington est très critique vis-à-vis de la présence russe en Afrique de l’Ouest, qu’elle considère comme une menace pour ses intérêts et ceux de ses alliés européens. « Pour le Mali, l’enjeu sera d’éviter que cette rivalité ne vienne parasiter sa stratégie sécuritaire. Une coopération équilibrée nécessitera une diplomatie agile afin de préserver l’appui de chaque puissance sans être perçu comme un terrain d’affrontement géopolitique », souligne Dramane Diarra, expert en relations internationales et géopolitique.

Un historique dense de coopération sécuritaire

Avant la rupture de 2021, les États-Unis entretenaient avec le Mali une coopération militaire et sécuritaire étroite. Après la chute du régime dictatorial en 1991, Washington avait progressivement accru son appui à Bamako, notamment à travers la formation d’officiers maliens dans les académies militaires américaines et la fourniture de matériels logistiques.

Entre 2002 et 2012, la coopération s’est intensifiée dans le cadre de l’Initiative Pan-Sahel, puis du Trans-Saharan Counterterrorism Partnership (TSCTP), un vaste programme américain visant à renforcer les capacités antiterroristes des pays du Sahel et du Maghreb. Les États-Unis ont ainsi formé des unités spéciales maliennes, fourni des véhicules blindés légers, financé l’équipement en communication sécurisée et renforcé les structures de renseignement militaire.

Après la crise sécuritaire de 2012, consécutive à l’occupation du nord du Mali par les groupes terroristes, l’appui américain s’est réorienté vers la stabilisation et la reconstruction des capacités de l’armée malienne. Le Mali bénéficiait également d’aides budgétaires destinées à l’armée, ainsi que de formations sur la lutte contre les engins explosifs improvisés et la sécurisation des zones rurales vulnérables.

Cependant, après le renversement de la Transition dirigée par le Colonel-major Bah N’daw en mai 2021, Washington avait décidé de suspendre toute assistance militaire directe, conformément à ses lois interdisant de coopérer avec des régimes issus de putschs jusqu’au retour à un ordre constitutionnel normal.

Alors que Bamako et Washington s’engagent dans ce nouveau chapitre de coopération sécuritaire, l’avenir dépendra de leur capacité à naviguer avec finesse entre ambitions stratégiques et réalités politiques, dans un Sahel où chaque alliance pèse lourd et où la stabilité reste fragile.

Mohamed Kenouvi

Coton : Une campagne déjà fragilisée par les retards et les ravageurs

Malgré un objectif ambitieux de production pour 2025-2026, la filière cotonnière est minée par des retards de paiements, des livraisons d’intrants insuffisantes et une nouvelle invasion de jassides. À quelques semaines des premières récoltes, les producteurs redoutent une nouvelle chute des rendements.

En ce mois de juillet 2025, la campagne cotonnière affiche un contraste saisissant entre les ambitions de l’État et les réalités des champs. Alors que le gouvernement a fixé un objectif de 682 000 tonnes de coton-graine, sur 672 000 hectares emblavés (+7,8% par rapport à la saison précédente), les difficultés s’accumulent sur le terrain. Pourtant, ces ambitions placeraient le Mali parmi les tout premiers producteurs africains, derrière le Bénin mais devant le Burkina Faso, consolidant son rôle stratégique dans la sous-région. Elles s’appuyaient sur une relance progressive de la production après la baisse de 17% enregistrée en 2024-2025, où seuls 569 300 tonnes ont été récoltées, contre 690 000 tonnes un an plus tôt.

La menace la plus immédiate est celle des jassides (Amrasca biguttula), déjà signalés début juillet dans la zone de Kadiolo. Ce ravageur, connu pour détruire le feuillage et freiner la croissance des plants, fait craindre aux producteurs une baisse significative des rendements, comme en 2021-2022. Leur présence a été confirmée dans les zones de Kadiolo et Yorosso, où l’espèce avait déjà provoqué d’importants dégâts lors d’épisodes antérieurs.

En parallèle, les retards de paiement continuent de peser. Au 24 juin 2025, la CMDT avait réglé seulement 63,4% des montants dus aux producteurs, soit plus de 36% d’arriérés encore en attente. Un décaissement de 23 milliards de francs CFA, effectué en fin de mois, visait à accélérer les paiements.

Des mesures pour la relance

Les intrants, indispensables à la bonne santé des cultures, connaissent également de sérieux retards. Fin juin, seulement 43% des engrais complexes et 39% des autres intrants avaient été distribués. Les organisations paysannes rappellent que ces livraisons auraient dû être finalisées dès avril pour garantir leur efficacité.

Pour apaiser la colère des exploitants et compenser partiellement les pertes attendues, le ministère de l’Agriculture a annoncé une annulation ciblée des crédits d’intrants pour les producteurs les plus touchés par les jassides. Cette mesure ne compense toutefois ni les pertes déjà observées sur le terrain, ni l’incertitude persistante dans les campagnes.

Sans réponses rapides sur les paiements, la lutte contre les ravageurs et les intrants, l’objectif 2025-2026 pourrait bien rester hors d’atteinte. La filière, qui emploie directement et indirectement près de quatre millions de personnes, représente plus de 15% des recettes d’exportation du pays, ce qui en fait un pilier vital pour l’économie nationale.

Diaspora malienne : un levier de développement à mieux organiser

Reconnue comme l’un des piliers du développement économique et social du Mali, la diaspora malienne joue un rôle central dans l’équilibre des communautés d’origine. Les fonds envoyés par les Maliens établis à l’extérieur soutiennent à la fois la consommation des ménages et la réalisation d’infrastructures de base. Pour mieux structurer cette participation et répondre aux attentes croissantes des acteurs, le ministère en charge de la diaspora organise la première édition du Forum international de la diaspora (FID), du 17 au 19 juillet 2025, à Bamako.

Pays de forte tradition migratoire, le Mali compte entre 4 et 6 millions de ressortissants vivant à l’extérieur selon les estimations disponibles, malgré l’absence de données exhaustives. Depuis la création en 2004 du ministère en charge de la diaspora, l’État malien a multiplié les efforts pour structurer les liens avec ses ressortissants expatriés. Aujourd’hui, cette communauté représente un atout économique, humain et symbolique essentiel pour le pays.

En 2023, selon la Banque mondiale, les transferts de fonds de la diaspora malienne ont atteint 1,15 milliard de dollars, soit environ 700 milliards FCFA, correspondant à 5 % du PIB national. D’après l’Institut national de la statistique (INSTAT), 18,3 % des ménages ruraux maliens ont reçu des fonds envoyés par un proche à l’étranger en 2022. Mais au-delà du soutien à la consommation, l’enjeu est désormais de canaliser ces envois vers des investissements durables.

Mobiliser l’épargne diasporique

Lancée en 2014, la Politique nationale de migration (PONAM) ambitionne de transformer la migration en levier de développement durable. Dotée d’un besoin de financement de 120 milliards FCFA, la PONAM vise notamment la valorisation du capital humain, la reconnaissance des compétences des migrants, le renforcement des relations institutionnelles et la lutte contre la migration irrégulière.

Parallèlement, de nombreuses organisations de la diaspora développent des projets dans leurs localités d’origine : électrification rurale, forages, écoles, centres de santé, ou encore coopératives agricoles. Ces dynamiques s’inscrivent souvent dans une logique communautaire ou thématique et traduisent une volonté de s’engager au-delà des simples transferts de survie. Le gouvernement malien prévoit d’actualiser la PONAM à l’horizon 2025 pour l’adapter aux défis contemporains liés aux crises sécuritaires, au changement climatique et à l’essor de la diaspora des jeunes diplômés. Cette nouvelle orientation vise aussi à inclure la migration interne, notamment les mobilités entre zones rurales et urbaines, de plus en plus observées ces dernières années.

Vers des investissements productifs

Selon une étude du Fonds international de développement agricole (FIDA) publiée en 2022, 82 % des organisations et 84 % des individus interrogés souhaitent réduire les transferts dédiés à la consommation directe, au profit d’investissements pérennes. Cette recherche, menée auprès de 90 associations et 210 particuliers établis en France, en Espagne et en Italie, montre un intérêt marqué pour les secteurs agricoles (préféré par 83 % des répondants), éducatifs, sanitaires, commerciaux ou encore immobiliers.

Certains villages maliens disposent aujourd’hui de centres de santé fonctionnels, de puits modernes et même de connexions solaires grâce à l’appui structuré d’associations diasporiques. À Kayes, Koulikoro ou Sikasso, plusieurs dizaines d’initiatives de cofinancement entre villages et ressortissants expatriés ont vu le jour, avec le soutien d’ONG internationales. Ces réussites restent cependant trop localisées et parfois peu visibles à l’échelle nationale.

Le potentiel global d’investissement annuel est estimé à 9 millions d’euros, mais reste largement sous-exploité, en raison du manque de produits financiers adaptés, d’un déficit d’accompagnement technique et d’un accès limité à l’information économique. Le FIDA plaide pour la mise en place de guichets d’investissement spécifiques, d’outils de garantie, et d’initiatives communes entre migrants, institutions et investisseurs professionnels.

Attentes et perspectives

Pour des entrepreneurs issus de la diaspora comme Abdrahamane Kébé, franco-malien dans le secteur du BTP, le forum international constitue une opportunité attendue. « Ce type de rencontre permet de créer des synergies entre ceux d’ici et ceux de là-bas, de favoriser les échanges d’expériences et de détecter des idées porteuses », explique-t-il. Lui-même a choisi d’investir au Mali après y avoir passé une partie de son enfance, une expérience qu’il qualifie de « globalement positive, malgré les obstacles ».

Selon lui, pour garantir la pérennité des investissements de la diaspora, il est indispensable de disposer de structures crédibles capables d’orienter les porteurs de projet, d’évaluer la viabilité des startups et d’assurer un accompagnement dans la durée. « Beaucoup ont tenté de monter des affaires ici, mais faute de repères fiables ou de partenaires sérieux, cela s’est mal terminé », regrette-t-il.

Défis structurels persistants

Les défis sont nombreux : déficit d’infrastructures (routes, énergie), incertitude sécuritaire, lenteur administrative, rareté de profils qualifiés dans certains secteurs. Ces facteurs freinent la croissance des entreprises locales et dissuadent certains investisseurs potentiels. Toutefois, le dynamisme d’une partie de la diaspora, notamment des jeunes, redonne espoir. « Il y a une nouvelle génération, formée, consciente des réalités des deux côtés, qui veut agir », estime Abdrahamane Kébé.

Le Forum de Bamako devrait ainsi offrir un cadre de discussions, d’opportunités et de solutions partagées. Il pourra aussi marquer un tournant dans la relation entre diaspora et institutions publiques, en posant les bases d’un partenariat mieux structuré. Des jeunes entrepreneurs de la diaspora investissent aussi dans les technologies numériques : applications de santé, plateformes éducatives, ou services financiers innovants. Ces initiatives, bien qu’encore embryonnaires, témoignent d’un changement de paradigme dans les formes d’engagement diasporique.

Un enjeu économique majeur

Selon la Banque mondiale, le Mali se classe au 9e rang des pays africains recevant le plus de transferts de sa diaspora, et à la 3e place dans l’espace francophone. Ces envois soutiennent non seulement les dépenses courantes, mais également l’agriculture familiale, la santé, la scolarisation et plus récemment des initiatives collectives à portée locale.

Le rôle des femmes de la diaspora, souvent sous-estimé, mérite une attention particulière. Très impliquées dans les transferts de fonds et les projets sociaux, elles contribuent activement à la solidarité familiale, à la scolarisation des enfants, à l’accès aux soins et à la stabilité des communautés d’origine. Leur engagement dans les coopératives, la santé ou les microfinances peut constituer un levier puissant de transformation locale, si des dispositifs adaptés sont mis en place pour structurer leur action.

Selon les économistes, près de 10 % des transferts sont désormais orientés vers des projets générateurs de revenus. Au-delà du montant, c’est donc l’impact socio-économique de ces flux qui doit être consolidé.

Le FIDA, en partenariat avec l’Union européenne, soutient ainsi le financement d’initiatives agricoles « climato-compatibles », associant migrants et entreprises locales. L’exemple de « Ciwara Capital », fonds de capital-risque détenu par des Maliens de l’étranger, est souvent cité. Il investit régulièrement dans SOPROTRILAD, une entreprise nationale de 400 employés, active dans la transformation du riz, et partenaire de plus de 160 coopératives.

Migration et gouvernance

Pour inscrire ces efforts dans une stratégie plus globale, le Mali souhaite parvenir à une gestion ordonnée de la migration. Il s’agit d’éviter les pertes humaines, les ruptures sociales et les déséquilibres dans les zones d’origine. La sensibilisation contre la migration irrégulière, notamment via des campagnes initiées en 2024, s’inscrit dans cette logique.

D’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le monde comptait en 2024 plus de 304 millions de migrants, dont plus de 83 millions déplacés de force. Ce fut aussi l’année la plus meurtrière jamais enregistrée : 8 938 décès sur les routes migratoires. Au Mali, 402 167 personnes déplacées internes ont été recensées en décembre 2024, ainsi que 88 783 rapatriés et 863 697 retournés.

Ces chiffres rappellent l’urgence d’encadrer les flux et de créer des alternatives viables sur place, afin que la migration ne soit plus un exil imposé, mais un choix volontaire.

Le Forum international de la diaspora de Bamako intervient à un moment stratégique. Les attentes sont fortes, les opportunités réelles, mais les défis restent immenses. Entre volonté politique, mobilisation des acteurs et renforcement des outils existants, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre dans le partenariat entre le Mali et ses ressortissants établis à l’étranger. À condition que les promesses soient suivies d’actions concrètes.

Crise d’eau à Bamako : Un retour progressif à la normale

Depuis début juillet, Bamako fait face à une crise d’eau potable qui a durement éprouvé les habitants de plusieurs quartiers. Coupures prolongées, dégradation de la qualité de l’eau, inquiétudes sanitaires, etc. la capitale a vécu des jours difficiles avant un retour progressif à la normale ces derniers jours.

« La semaine dernière, nous avons passé trois jours sans une goutte d’eau dans les robinets. Nous étions obligés d’aller chercher de l’eau à la fontaine publique, après de longues heures d’attente », raconte avec amertume Aminata Tounkara, une habitante de Kalaban Coura.

Djénébou Doumbia, mère de famille à Lafiabougou, témoigne d’un autre aspect de la crise : « l’eau du robinet présentait des couleurs inhabituelles. Nous avions même peur de l’utiliser pour la cuisine. C’était vraiment préoccupant ».

Selon Mamadou Dembélé, Directeur de la Production d’eau à la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP – SA), cette situation résulte essentiellement de deux facteurs. D’abord, en saison des pluies, les matières en suspension et certains produits liquides sont drainés vers le fleuve Niger, source principale d’approvisionnement de Bamako. Ensuite, ce phénomène est aggravé par les activités d’orpaillage, notamment les dragues, qui polluent davantage l’eau.

« Pour renforcer le traitement et garantir la conformité aux recommandations de l’OMS, nous avons réduit le débit d’entrée afin de mieux traiter l’eau avant de la distribuer à la population », explique-t-il.

Une amélioration progressive

Depuis quelques jours, la situation s’améliore. Abdoul Karim Koné, Chargé de Communication de la SOMAGEP, se veut rassurant. « Il y a une grande amélioration, car la turbidité de l’eau du fleuve a commencé à baisser. Comme l’eau était très dégradée, presque jaune, nous étions obligés de réduire la quantité traitée. Mais présentement la qualité de l’eau brute s’est améliorée, ce qui nous a permis de reprendre un peu la vitesse de croisière », nous confie-t-il.

Koné précise par ailleurs que « le niveau de production est revenu à la normale », même si la distribution complète prend du temps. « Quand le réseau est déstabilisé, il faut un moment pour qu’il se regonfle. Avec la réduction de la production, le réseau s’est vidé. Même si la production est redevenue normale, il faut du temps avant que l’eau n’arrive chez tous les consommateurs », souligne-t-il.

Dans plusieurs quartiers de Bamako, les habitants confirment un retour progressif de l’eau potable depuis le week-end dernier. Toutefois, la crise aura dévoilé la vulnérabilité de l’approvisionnement de Bamako alors que la saison des pluies ne fait que commencer.

Mohamed Kenouvi

Dissolution des partis politiques : Quelle issue pour les procédures en justice ?

Alors que la justice malienne continue d’examiner la légalité de la dissolution des partis politiques décrétée le 13 mai dernier, l’issue des procédures engagées par les anciens responsables des formations politiques dissoutes est très attendue.

Plus de deux mois après la décision gouvernementale de dissoudre l’ensemble des partis politiques, le sort de cette mesure est, depuis quelques semaines, suspendu aux différentes juridictions nationales.

Cinq requêtes ont été introduites devant les tribunaux de grande instance des Communes I, III, IV, V et VI du District de Bamako, pour faire constater une atteinte grave aux libertés fondamentales, notamment la liberté d’association et le droit de participation politique garantis par la Constitution du 22 juillet 2023. Selon les requérants, il ne s’agit pas de contester un acte administratif, mais plutôt de protéger des droits fondamentaux que le juge civil est compétent à garantir.

Cependant, l’avancée de ces procédures varie selon les communes. Si les tribunaux des Communes III, IV et V se sont déclarés incompétents, orientant les affaires vers la section administrative de la Cour suprême, les tribunaux des communes I et VI avaient fixé des audiences aux 7 et 8 juillet derniers, avant que celles-ci ne soient finalement reportées aux 28 et 29 juillet 2025.

En Commune I, l’absence des avocats de l’État a entraîné le report, tandis qu’en Commune VI, malgré la présence de toutes les parties, le juge a estimé nécessaire de poursuivre l’examen avant de rendre un jugement.

Au-delà des juridictions civiles, une requête a été déposée devant la Section administrative de la Cour suprême. Conformément aux règles, elle a été transmise au Contentieux de l’État pour permettre au gouvernement d’apporter ses observations.

La Cour constitutionnelle en arbitre final

Quelle que soit l’issue devant les juridictions civiles ou la Section administrative de la Cour suprême, la dernière étape sera la saisine de la Cour constitutionnelle, seule habilitée à juger de la conformité d’une loi ou d’une décision aux dispositions de la Constitution du 22 juillet 2023.

Cette Cour constitutionnelle, qui sera alors face à sa propre crédibilité, confirmera-t-elle la dissolution, au risque d’être perçue comme un instrument politique ? Ou bien osera-t-elle l’invalidation, ouvrant ainsi une crise institutionnelle majeure ?

Depuis l’annonce de la dissolution des partis politiques, la question n’est plus seulement celle de l’avenir des formations concernées, mais celle de la capacité du système judiciaire à se positionner face à une décision politique d’une telle ampleur, même si très peu d’observateurs s’attendent à une décision de justice qui contredirait les autorités de la Transition.

Quel aboutissement ?

Pour Soumaila Lah, analyste politique, « il est difficile de se prononcer sur l’issue de cette affaire, car nous n’avons pas tous les éléments entre nos mains ». Il souligne cependant que la décision des tribunaux des Communes I et VI de juger l’affaire sur le fond constitue « une bonne avancée », rappelant qu’« il n’aurait pas été orthodoxe de laisser croire aux Maliens qu’un individu ou une poignée d’individus peut décider de dissoudre tous les partis politiques du pays par simple volonté ».

Par ailleurs, certains analystes soulignent que l’enjeu dépasse la question juridique. Une annulation de la dissolution relancerait immédiatement les anciennes formations, rétablirait leur capacité d’action et redonnerait vie aux oppositions politiques, dans un contexte sécuritaire et économique déjà tendu.

À l’inverse, une validation ouvrirait la voie à un système politique radicalement repensé, où la refondation annoncée prendrait forme par la création de nouveaux partis et la mise à l’écart des acteurs traditionnels.

Même si le droit est clair quant à la protection de la liberté d’association et du pluralisme politique, le contexte, marqué par une transition prolongée et les réformes institutionnelles et politiques issues des Assises nationales de la Refondation, ainsi que par les recommandations des forces vives de la Nation lors des consultations nationales en avril dernier, risque de peser sur la décision finale de la justice.

Mohamed Kenouvi

Mercato : Les Aigles en mouvement

Depuis début juillet, plusieurs joueurs maliens ont animé le marché des transferts européens, entre nouvelles signatures et départs actés.

L’attaquant Wilson Samaké, 21 ans, a officialisé son engagement avec Bandirmaspor, club turc de deuxième division, pour trois saisons. Formé au Stade Rennais, où il évoluait avec l’équipe réserve, Samaké a porté les couleurs maliennes aux Jeux Olympiques de Paris 2024 et récemment lors du tournoi Maurice Revello. Ce transfert marque une étape importante dans la carrière du jeune buteur, qui cherchera à s’imposer comme titulaire en Turquie.

Autre international malien du tournoi Revello, Souleymane Sagnan, défenseur, a signé son premier contrat professionnel avec le RC Lens. Il s’est engagé pour trois ans, jusqu’en juin 2028, un signal fort de la confiance placée en lui par les Sang et Or.

Soumaila Traoré, formé à l’Olympique de Marseille, devait initialement rejoindre Montpellier, relégué en Ligue 2, mais c’est finalement un retour au FC Versailles qui s’est concrétisé. Il y arrive sous forme de prêt avec option d’achat, après avoir déjà été prêté au club francilien en seconde partie de la saison dernière. L’international malien U23 devrait y bénéficier d’un temps de jeu plus conséquent.

Transferts et repositionnements en vue

Parmi les transferts les plus remarqués figure celui de Gaoussou Diarra, qui rejoint Feyenoord Rotterdam en provenance d’Istanbulspor. Le club néerlandais a officialisé l’opération début juillet pour un montant estimé à 3,5 millions d’euros. À 22 ans, l’attaquant malien va découvrir l’élite néerlandaise et pourrait participer à la prochaine Ligue des Champions, une belle vitrine pour ses ambitions internationales.

Dans un autre registre, Fousseyni Doumbia, défenseur de l’Eintracht Francfort, a signé son premier contrat professionnel avec l’équipe première après ses belles performances au tournoi Maurice Revello 2025. Régulier avec la réserve, il franchit un cap dans sa carrière en intégrant la Bundesliga.

Mauvaise nouvelle en revanche pour Moussa Djenepo. Le joueur de 27 ans et le Standard de Liège ont trouvé un accord à l’amiable pour résilier son contrat. Si le club belge réalise ainsi une économie salariale de 1,6 million d’euros annuels, l’attaquant malien se retrouve désormais sans club et libre sur le marché.

Quant à Yves Bissouma, milieu de terrain de Tottenham, il est très convoité. Fenerbahçe a ouvert des discussions, tandis que la Roma et la Juventus suivent également son dossier de près.

Mohamed Kenouvi

Moustapha Siby : « La légitimité d’un pouvoir repose sur le respect des libertés fondamentales »

Dans cet entretien, l’analyste politique Moustapha Siby livre son regard sur la révision de la Charte de la Transition et la crise sécuritaire persistante. Propos recueillis par Massiré Diop

Pourquoi jugez-vous que la nouvelle loi autorisant les membres de la Transition à se présenter est une rupture avec « le moindre bon sens » ?

Une période de transition repose sur un principe cardinal : celui de la neutralité institutionnelle. Elle constitue une étape exceptionnelle, destinée à restaurer l’ordre constitutionnel et à garantir l’organisation d’élections libres, transparentes et inclusives. Dès lors, l’adoption d’une loi autorisant les membres de la Transition à se porter candidats aux scrutins à venir constitue une entorse grave à l’éthique démocratique. Une telle disposition crée en effet un conflit d’intérêts manifeste. Les autorités de la Transition, en position de contrôle des leviers de l’État, disposent d’un pouvoir disproportionné leur permettant d’orienter le processus électoral à leur avantage – que ce soit à travers l’accès privilégié aux médias publics, l’usage détourné des ressources administratives ou la manipulation potentielle des règles électorales.

Pensez-vous qu’une solution durable à la crise sécuritaire peut exister sans passer par le dialogue avec certains groupes armés ?

Il serait illusoire de croire qu’une solution durable à la crise sécuritaire peut être trouvée en excluant systématiquement le dialogue avec certains groupes armés, qui sont en majorité nos compatriotes, dans un conflit d’une complexité asymétrique rarement égalée. L’histoire mondiale montre que ces conflits ne sont jamais gagnés uniquement par la force militaire, même par les armées les plus puissantes. Souvent, ces groupes s’enracinent dans des revendications locales, un sentiment d’abandon ou des fractures communautaires non résolues, recrutant au sein de populations marginalisées victimes d’injustices socio-économiques. Le dialogue peut alors permettre de désamorcer les tensions, d’instaurer des cessez-le-feu locaux et de favoriser la réintégration progressive dans le tissu social.

Quelle responsabilité les élites communautaires peules devraient-elles concrètement assumer face au discours djihadiste ?

Les élites communautaires peules occupent une position centrale dans la lutte contre le discours djihadiste. Elles ont la responsabilité d’être à la fois des relais de prévention et des agents de cohésion sociale. Elles doivent, en des termes sans équivoque, condamner fermement les idéologies extrémistes qui menacent la paix et la stabilité de leurs – nos – communautés. Leur parole, écoutée et respectée localement, peut contribuer à affaiblir la propagande djihadiste et à promouvoir des valeurs de tolérance, de dialogue et de vivre-ensemble.

À vos yeux, quel serait le seuil minimal de progrès économique permettant de légitimer la prolongation du pouvoir actuel ?

À mes yeux, aucun progrès économique, aussi significatif soit-il, ne peut justifier la prolongation d’un pouvoir qui suspend les partis politiques, interdit tout débat contradictoire et emprisonne des citoyens pour leurs opinions. La légitimité d’un pouvoir repose d’abord sur le respect des libertés fondamentales et le rétablissement d’un cadre démocratique. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer les indicateurs économiques, mais aussi de garantir l’expression libre des citoyens, la pluralité politique et la transparence des institutions.

Djibo Service : L’innovation agricole qui change la donne

Face à l’urgence climatique, à la baisse de la fertilité des sols et à la cherté des engrais chimiques, le Mali a besoin de solutions locales et durables. C’est dans cette dynamique que s’inscrit Djibo Service, une entreprise malienne née en 2022 et dirigée par Baba Abdoulaye Djibo et Aboubacar Traoré. Leur innovation phare ? Un activateur agricole capable d’accélérer le compostage en seulement 10 jours, contre plus d’un mois pour la méthode traditionnelle.

Dans un pays où plus de 70% de la population vit de l’agriculture, chaque innovation permettant de gagner du temps et de renforcer la productivité est précieuse. L’activateur de Djibo Service, à base de jus stomacal animal, permet de produire un compost riche et naturel, améliorant la qualité des sols et réduisant la dépendance aux intrants chimiques. C’est une solution écologique, économique et adaptée aux réalités du terrain.

Le produit est particulièrement bien accueilli dans les zones rurales. Il permet la multiplication des microorganismes pour accélérer le processus de compostage en seulement 10 jours, comparativement au compostage traditionnel, dont le processus s’étale sur un mois et quelques jours. Grâce à lui, les petits exploitants réduisent leurs dépenses en fertilisants, écourtent leurs cycles agricoles et améliorent leurs rendements, même dans un contexte de pluies irrégulières et de sols appauvris. Ce compost rapide offre une matière organique dense qui retient mieux l’eau et nourrit durablement les cultures.

Ce projet n’est pas le fruit du hasard. Baba Djibo a consacré sa thèse à cette innovation, transformant son mémoire en une entreprise fonctionnelle. C’est une démarche rare dans un pays où peu de recherches universitaires aboutissent à des projets concrets. Aujourd’hui, Djibo Service écoule plus de 600 litres d’activateur par mois et emploie plus d’une dizaine de personnes, preuve de son utilité sur le terrain.

Mais le chemin reste semé d’embûches, comme l’accès limité aux financements, la logistique coûteuse et le manque de reconnaissance. Malgré tout, Djibo Service avance, convaincu que la solution locale est la meilleure arme contre les difficultés agricoles. Son modèle, centré sur la durabilité et l’autonomie, incarne le futur de l’agriculture malienne.

Ibrahim Baby