UNICEF : 343,7 millions de dollars prévus, la majorité à mobiliser

Le nouveau programme de coopération avec le Mali couvrira la période 2027-2031. L’éducation recevrait la première enveloppe sectorielle, mais 235,5 millions de dollars dépendront de contributions affectées à des activités précises.

Le Conseil d’administration de l’UNICEF a approuvé, au début de septembre à New York, son programme de coopération avec le Mali pour la période allant de janvier 2027 à décembre 2031. Le document prévoit un budget indicatif de 343,662 millions de dollars destiné à la santé, à la nutrition, à l’éducation, à la protection de l’enfance, à l’accès à l’eau et à la protection sociale.
Cette somme représente le cadre financier envisagé pour cinq ans. Elle se compose de 108,205 millions de dollars issus des ressources ordinaires de l’UNICEF et de 235,457 millions provenant d’autres ressources, sous réserve de la disponibilité de contributions destinées à des actions déterminées.
Près de 68,5 % du budget dépendront ainsi de financements à mobiliser auprès des partenaires. Le montant approuvé fixe les ambitions et la répartition prévisionnelle du programme. Les activités effectivement réalisées seront fonction des ressources obtenues au cours de la période.
Le nouveau cadre prendra la suite du programme engagé en 2020 et prolongé jusqu’à la fin de 2026. Sa mise en œuvre sera assurée avec le gouvernement malien, sous la supervision générale du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.
L’éducation représente le premier poste sectoriel avec 71,051 millions de dollars. Le programme veut améliorer l’accès à l’école, la qualité des apprentissages fondamentaux et les possibilités de formation offertes aux adolescents.
Le document estime qu’entre un et deux millions d’enfants âgés de 6 à 17 ans se trouvent hors du système scolaire. L’insécurité et les inondations ont également contribué à la fermeture d’environ 3 000 établissements, selon les données retenues lors de la préparation du programme.
L’une des cibles consiste à ramener de 38 % à 28 % la proportion d’enfants en âge de fréquenter le primaire qui restent hors de l’école. Pour le premier cycle du secondaire, cette proportion devrait passer de 45 % à 36 %.
Le programme prévoit aussi des objectifs portant sur les résultats scolaires. En deuxième année du primaire, la proportion d’élèves atteignant le niveau minimal en lecture devrait progresser de 39 % à 43 %. En sixième année, elle passerait de 13 % à 23 %, tandis qu’en neuvième année elle évoluerait de 9,85 % à 15 %.
Ces indicateurs nationaux dépendent de plusieurs acteurs. Les recrutements d’enseignants, la réouverture des écoles, la disponibilité des manuels, la sécurité des déplacements et le financement public de l’éducation pèseront autant que les interventions de l’UNICEF.
Santé, nutrition et eau
La santé reçoit une enveloppe indicative de 54,197 millions de dollars. Le programme doit soutenir la vaccination, la santé maternelle et néonatale, les soins destinés aux enfants et la continuité des services dans les zones difficiles d’accès.
La mortalité des enfants de moins de cinq ans est estimée à 91 décès pour 1 000 naissances vivantes. Environ la moitié des enfants âgés de 12 à 23 mois ont reçu l’ensemble des vaccins prévus par le calendrier national, tandis que 13 % n’ont reçu aucun vaccin.
L’UNICEF prévoit de renforcer les services de proximité, les chaînes d’approvisionnement en médicaments et vaccins ainsi que le système national d’information sanitaire. Les données produites par les établissements devront permettre d’identifier les localités où la couverture reste la plus faible.
La nutrition dispose de 38,413 millions de dollars. Un quart des enfants maliens souffrent d’un retard de croissance, 5 % d’émaciation et 74 % d’anémie, d’après les données reprises dans le document de programme.
Les interventions doivent se concentrer sur les mille premiers jours de la vie, le dépistage communautaire et la prise en charge de la malnutrition aiguë sévère. Le nombre d’enfants de 6 à 59 mois traités pour cette forme grave de malnutrition devrait atteindre 300 000, contre un niveau de référence de 278 581 en 2024.
L’eau, l’assainissement et l’adaptation climatique bénéficient de 41,990 millions de dollars. Le programme fixe pour cible de porter de 81 % à 90 % la part de la population utilisant des services d’approvisionnement en eau potable gérés en toute sécurité. Pour l’assainissement, l’objectif passe de 55 % à 75 %.
Ces moyennes nationales devront être accompagnées de résultats par région. L’accès déclaré à un point d’eau renseigne peu sur son débit, sa qualité, sa distance par rapport aux habitations ou la fréquence des pannes. La durabilité des ouvrages dépendra de leur entretien et de la capacité des collectivités à financer les réparations.
Protéger les enfants et les familles
La protection de l’enfance reçoit 35,777 millions de dollars. Les actions couvriront l’état civil, les violences, l’exploitation, les pratiques préjudiciables, la justice des mineurs et le soutien psychosocial.
Le taux national d’enregistrement des naissances est évalué à 89 %, mais les écarts territoriaux restent importants. Le programme estime que plus d’un million d’enfants n’ont pas été enregistrés à la naissance, notamment en raison des déplacements et de la crise.
L’absence d’acte de naissance peut compliquer l’inscription à l’école, l’accès aux examens, l’établissement d’autres documents administratifs et la reconnaissance de l’âge d’un enfant devant la justice. Le programme prévoit de renforcer les services d’état civil et leur accessibilité dans les zones rurales ou difficiles à atteindre.
Les politiques sociales et l’inclusion disposent de 44,976 millions de dollars. Seulement 2 % des enfants bénéficient actuellement d’une protection sociale formelle, selon le diagnostic présenté par l’UNICEF. Le nombre d’enfants couverts par des programmes capables de répondre aux catastrophes et aux chocs environnementaux devrait passer d’environ 2,64 millions à 3,08 millions.
Une dernière enveloppe de 57,258 millions de dollars est consacrée à l’efficacité du programme. Elle couvre notamment la coordination, le suivi, la préparation aux urgences, la gestion des risques, la mobilisation des ressources, la communication et la responsabilité envers les populations bénéficiaires. Elle ne correspond donc pas entièrement à des services directement délivrés aux enfants, mais doit permettre le fonctionnement transversal des différentes composantes.
Onze régions prioritaires
Le programme concentrera une partie importante de ses interventions dans onze des vingt régions administratives du Mali. Situées principalement dans le Centre et le Sud, elles regroupent plus des trois quarts des enfants du pays.
Dans les zones accessibles, l’UNICEF prévoit des services combinant santé, nutrition, éducation, eau, assainissement, protection et accompagnement social. Dans les secteurs où l’accès reste difficile, le dispositif reposera davantage sur les services mobiles, les organisations locales et le suivi à distance.
Ce choix tient compte du poids de la crise humanitaire. En 2025, plus de 415 000 personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, dont environ 240 700 enfants. Sur les 5,1 millions de personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire, 2,8 millions étaient des enfants.
L’insécurité peut toutefois interrompre les activités, limiter les déplacements du personnel et renchérir l’acheminement des équipements. Le recours aux acteurs communautaires facilite l’accès, tout en exigeant des contrôles sur la qualité des prestations, la gestion des fonds et la protection des bénéficiaires.
Suivre l’argent et les résultats
Le montant de 343,662 millions de dollars devra être suivi à travers plusieurs données distinctes. Il faudra connaître les ressources effectivement mobilisées, les sommes engagées, les dépenses exécutées et les résultats obtenus dans chaque secteur.
La publication annuelle de ces informations permettrait de mesurer l’écart entre le budget indicatif et les financements disponibles. Elle préciserait également les régions couvertes, les partenaires chargés des activités et le nombre d’enfants ayant effectivement reçu un service.
Le programme prévoit des plans de travail biennaux, des évaluations et des ajustements à mi-parcours. L’Institut national de la statistique et les systèmes d’information des ministères doivent contribuer à la mesure des résultats.
Les 343,7 millions de dollars donnent une dimension financière au nouveau partenariat. Sa portée dépendra désormais de la mobilisation des 235,5 millions attendus auprès des partenaires, puis de la traduction des dépenses en vaccinations, traitements nutritionnels, retours à l’école, documents d’état civil, points d’eau fonctionnels et protections accessibles aux familles.
Massiré Diop

Familles : renforcer la protection des enfants

Le 15 mai célèbre la Journée internationale des familles, instaurée en 1993 par les Nations unies pour rappeler le rôle essentiel de la famille, cellule de base de la société. Au Mali, la 33e édition sera célébrée sous le signe de la lutte contre les effets du changement climatique et les risques liés à la consommation de stupéfiants par les enfants.

« Rôle des pouvoirs publics et des communautés dans la protection de la famille et des enfants face aux effets du changement climatique et aux risques liés aux stupéfiants », c’est le thème national de l’édition 2026 de cette journée. Un thème qui parle des réalités des familles maliennes, confrontées à des pressions économiques, sociales et environnementales de plus en plus fortes. Il rappelle aussi, selon le ministère en charge de la protection de la famille, les défis liés aux effets néfastes des changements climatiques et à la consommation de stupéfiants par les enfants.

Le changement climatique affecte tous les aspects de la vie quotidienne. Le Mali, marqué par la variabilité de son climat, la fragilité de ses écosystèmes et la vulnérabilité de ses systèmes de production, reste particulièrement exposé en raison de faibles capacités d’adaptation. Cette situation touche directement les familles, fragilise les revenus, accroît les charges domestiques et accentue les inégalités au sein des ménages et des communautés. Les femmes, les filles, les enfants et les personnes vivant avec un handicap sont davantage vulnérables en raison d’un accès limité aux services, aux ressources et aux opportunités.

S’adapter au changement

Dans ce contexte de mutations, les familles sont exposées à plusieurs risques, notamment l’exode des jeunes, les migrations, la déscolarisation ou les abandons scolaires. Ces réalités entraînent souvent des pertes de repères familiaux et sociaux. Lorsque l’encadrement familial s’affaiblit, certains enfants et jeunes deviennent plus exposés aux mauvaises fréquentations, aux trafics et à la consommation de stupéfiants.

Selon l’Office central des stupéfiants, les jeunes de 18 à 25 ans représenteraient 70 % des personnes interpellées pour consommation de drogue, dont 25 % de filles. Ces données interpellent les familles, les communautés, les écoles et les pouvoirs publics sur l’urgence d’une prévention plus proche des jeunes.

L’une des missions du ministère de la famille étant de maintenir le cadre familial comme « cadre d’équilibre des relations sociales », l’édition 2026 vise à renforcer la résilience des familles et à mobiliser les communautés pour protéger les enfants, accompagner la jeunesse et surmonter les crises actuelles et futures.

Exergue : « Les femmes, les filles, les enfants et les personnes vivant avec un handicap sont davantage vulnérables en raison d’un accès limité aux services, aux ressources et aux opportunités ».

Crise des cantines scolaires : Une menace pour l’éducation et la sécurité alimentaire

Depuis octobre 2024, la suspension temporaire des repas scolaires dans 400 écoles des régions nord et centre du pays a directement affecté 112 000 élèves, dont une majorité de filles. Cette interruption concerne 60 % des établissements bénéficiant du soutien du Centre national des cantines scolaires (CNCS) et du Programme alimentaire mondial (PAM).

Les responsables de ces programmes expliquent cette situation par des contraintes financières et logistiques qui entravent leur capacité à fournir des repas aux élèves. Afin de maintenir les cantines ouvertes et de garantir la continuité de l’alimentation scolaire, ils lancent un appel urgent pour un financement de 17,3 millions de dollars américains.
L’arrêt des repas scolaires menace les avancées réalisées en matière d’éducation, de sécurité alimentaire et de stabilité sociale. De plus, il accentue la vulnérabilité des populations déjà confrontées à une insécurité alimentaire croissante. Avant cette suspension, environ 200 000 élèves, notamment ceux issus des régions en proie aux conflits, bénéficiaient d’une alimentation scolaire qui avait permis d’atteindre un taux de rétention de 98 % dans 700 établissements.
Selon les estimations, 2,3 millions de personnes nécessitent actuellement une assistance alimentaire et nutritionnelle. Ibrahima Diallo, directeur adjoint du PAM, insiste sur l’importance de garantir l’accès des enfants à la nourriture et à l’éducation afin de leur offrir de meilleures perspectives d’avenir.
Par ailleurs, cette crise alimentaire s’inscrit dans un contexte plus large marqué par des défis sécuritaires et économiques majeurs. Des conflits persistants et une situation économique dégradée compliquent davantage la mise en œuvre des politiques de soutien aux populations vulnérables.
L’interruption des repas scolaires pourrait avoir des répercussions durables, compromettant l’accès des enfants à une éducation stable et aggravant la précarité alimentaire. Face à cette urgence, le CNCS et le PAM rappellent que des ressources financières sont indispensables pour assurer la continuité des cantines scolaires et préserver les acquis en matière de scolarisation et de nutrition.