Travail des enfants : Un fléau mondial

Dans le monde, 200 millions d’enfants ont une activité économique. Parmi eux, 160 millions travaillent dans des conditions interdites par la loi. Cela représente un enfant sur dix parmi les 5 – 17 ans, dont la moitié travaille dans des conditions dangereuses.

Sur les 222 millions d’enfants qui travaillent dans le monde, 160 millions exercent dans des conditions contraires aux normes internationales prescrites. Selon l’OIT et l’Unicef, 79 millions d’entre eux travaillent dans des conditions jugées dangereuses. Des activités dans les champs familiaux au travail forcé, ces enfants subissent les effets néfastes d’un emploi précoce et dangereux.

Entre 2000 et 2020, le travail des enfants a reculé, passant de 245 millions, soit 16% des 5 – 17 ans, à 85 millions en 2020. Mais depuis 2016 la lutte semble stagner. Si la proportion d’enfants concernés, soit 9,6%, n’a pas bougé, la population infantile a augmenté de près de 10 millions en 2020.

L’Afrique plus touchée

L’Afrique est la région du monde où le nombre d’enfants travailleurs est le plus élevé. Ils sont 92 millions, soit 20% des 5 – 17 ans. Cette proportion atteint 24% en Afrique subsaharienne. Sur le continent, 41 millions d’enfants, soit 10% des 5 – 17 ans, effectuent un travail dangereux. En Asie, la part des enfants qui travaillent illégalement est de 6%.

Près de 3 enfants sur 4 travaillant dans des conditions contraires aux conventions internationales sont employés par leur famille et ne sont pas rémunérés. Seuls 17% occupent des emplois salariés et 11% sont considérés comme des travailleurs indépendants.

L’agriculture arrive en tête des secteurs qui emploient illégalement 70% des enfants dans des conditions souvent dangereuses. Alors que la part des enfants employés dans l’industrie a reculé de 12% à 10% de 2016 à 2020, le secteur des services progresse à 20% en 2020, contre 17% en 2016.

Le travail des enfants est similaire selon les tranches d’âge, autour de 10% pour les 5 – 11 ans et les 15 – 17 ans et de 9% pour les 12 – 14 ans. Alors que le travail des enfants de 12 à 14 ans a reculé, celui des jeunes enfants est resté le même entre 2008 et 2020.

Le travail des enfants concerne un peu plus les garçons (11%) que les filles (8%). Mais l’OIT reconnaît une certaine sous-estimation du travail des filles en raison des tâches domestiques ou de la prostitution, souvent peu observées. Lorsque l’on tient compte des 21 heures de tâches domestiques accomplies par semaine, l’écart entre filles (11%) et garçons (12%) se réduit.

Même si les enquêtes ne déterminent pas l’impact du travail sur l’échec ou la réussite scolaire, 65% des enfants de 5 à 17 ans qui travaillent vont aussi à l’école, mais 35% d’entre eux ne sont pas scolarisés.

Travail des enfants : Protéger sans ignorer la pauvreté

À l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, célébrée chaque 12 juin, il faut rappeler que le Mali reste confronté à un phénomène qui touche l’école, la santé et l’avenir de millions d’enfants. Malgré les textes, la pauvreté, l’insécurité, la déscolarisation et certaines pratiques sociales entretiennent un travail précoce dont la fin exige l’application des lois, mais aussi des alternatives durables pour les familles.

Au Mali, le travail des enfants s’observe partout, même si son ampleur est plus forte en milieu rural. Selon l’Enquête modulaire sur le travail des enfants, EMTE 2020, menée par l’Institut national de la statistique avec l’appui du Bureau international du Travail, 35% des enfants de 5 à 17 ans travaillent, soit 2,5 millions de personnes. Parmi eux, 2 millions sont astreints au travail des enfants à abolir et 1,7 million effectuent des travaux dangereux.

Ces chiffres rappellent l’urgence des actions à entreprendre. Le travail des enfants concerne les activités exercées par les moins de 18 ans lorsque celles-ci compromettent leur scolarité, leur santé, leur sécurité ou leur développement. Dans un contexte de pauvreté persistante, sortir les enfants du cercle du travail reste un défi majeur. Lorsque la récolte baisse, que l’école ferme, que l’insécurité bouleverse les moyens de subsistance ou que les parents n’ont pas d’activité stable, l’enfant devient parfois une main-d’œuvre disponible. Son travail est souvent présenté comme une aide, alors qu’il peut vite devenir une privation d’enfance.

Cadre légal

Le Mali a ratifié la Convention n°138 de l’Organisation internationale du Travail sur l’âge minimum d’admission à l’emploi et la Convention n°182 sur les pires formes de travail des enfants. Cet arsenal est complété par le Code du travail, le décret n°96-178/P-RM du 13 juin 1996 et l’arrêté n°2017-4388/MTFP-SG du 29 décembre 2017 sur les travaux dangereux interdits aux moins de 18 ans.

Conformément à cette législation, le travail des enfants à abolir concerne les enfants trop jeunes pour travailler, ceux qui exercent des activités au-delà des travaux légers autorisés, ainsi que les adolescents de 15 à 17 ans engagés dans des travaux dangereux. Le nouveau Code pénal de 2024 renforce aussi la répression de certaines formes d’exploitation touchant les enfants, notamment la traite, le travail forcé, la mendicité forcée, l’esclavage, la servitude et le recrutement d’enfants dans les conflits armés. Mais ces avancées doivent encore se traduire par une application effective sur le terrain.

La responsabilité de l’État ne s’arrête donc pas à l’adoption des lois. Elle se mesure aussi à leur application dans les champs, les marchés, les maisons, les sites d’orpaillage, les ateliers et les zones de déplacement. Dans son rapport 2024 sur les pires formes de travail des enfants, le Département américain du Travail estime que le Mali n’a réalisé que des progrès minimaux, malgré certaines avancées législatives. Le même rapport relève l’insuffisance des services sociaux et de réhabilitation, ainsi que l’absence d’une politique couvrant toutes les pires formes de travail des enfants.

Inégales vulnérabilités

Les enfants au travail subissent tous les impacts négatifs du phénomène, mais l’âge, le sexe et le lieu de résidence accentuent les risques. Selon l’INSTAT, environ 20% des enfants de 5 à 17 ans travaillent uniquement, tandis que 15,5% combinent travail et école. Parmi les autres, une partie va à l’école à plein temps, tandis que beaucoup ne sont ni à l’école ni au travail.

Le phénomène est plus marqué en milieu rural. Environ 40,1% des enfants y travaillent ou combinent travail et école, contre 18,6% en milieu urbain. Cette différence s’explique par le poids des activités agricoles, de l’élevage, de la pêche, de la collecte du bois, du petit commerce et de l’orpaillage artisanal. Dans les zones cotonnières, les enfants peuvent être exposés aux charges lourdes, aux outils coupants ou aux pesticides.

L’orpaillage constitue l’un des secteurs les plus préoccupants. Le Département américain du Travail estime que plus de 45 000 enfants seraient impliqués dans l’orpaillage artisanal au Mali. Ils y sont exposés à des substances toxiques, à la poussière, aux longues heures de travail, aux charges lourdes, aux fortes chaleurs et aux risques d’éboulement. Ces enfants transportent de l’eau, concassent des pierres, tamisent ou assistent les adultes, souvent au détriment de l’école et de leur santé.

Cette aggravation est également relevée par des acteurs nationaux. Le Directeur de la Cellule nationale de lutte contre le travail des enfants, Amadou Thiam, alertait sur le fait que « les travaux dangereux auxquels les enfants sont astreints prennent de l’ampleur au Mali ». Cette observation donne un poids particulier aux secteurs les plus exposés, notamment l’agriculture, l’orpaillage, la domesticité et la mendicité forcée.

La crise sécuritaire aggrave la situation. Selon l’UNICEF, plus de 2 320 écoles fermées perturbent la scolarité d’environ 696 000 enfants et affectent près de 13 920 enseignants. En 2026, près de 2 millions d’enfants auraient besoin d’un appui éducatif. Lorsque l’école disparaît du quotidien, le travail précoce progresse plus facilement, surtout dans les familles déplacées ou accueillies par des communautés déjà fragilisées.

Les filles restent très exposées. Leur travail est souvent moins visible, car il se déroule dans la maison, chez des parents ou chez des employeurs privés. À Bamako et dans d’autres villes, des jeunes filles venues de zones rurales travaillent comme aides domestiques, parfois avant 15 ans, sans contrat, sans horaires clairs et sans protection. Cette domesticité précoce compromet leur scolarité, leur santé et leur autonomie future.

Réticences

Pour sortir les enfants du travail, la sensibilisation est indispensable, mais elle ne suffit pas. Pour plusieurs parents, le travail de l’enfant constitue une source de revenus ou d’économies dont la famille peut difficilement se passer. Un enfant qui garde les animaux, aide au champ, vend dans la rue ou travaille dans une maison permet parfois au ménage de survivre. Demander aux familles de renoncer à cette contribution sans leur offrir une alternative économique risque donc de produire peu d’effets.

Il faut aussi tenir compte des représentations sociales. Dans certains milieux, le travail précoce est perçu comme une forme d’éducation ou de préparation à la vie adulte. La frontière entre aide familiale et exploitation devient alors difficile à tracer. Le défi est de convaincre, de protéger sans ignorer la pauvreté et de rappeler que l’apprentissage ne doit jamais mettre en danger l’enfant ni l’éloigner durablement de l’école.

Pistes de solutions

L’État a accompli des progrès avec la mise en place de mécanismes de lutte contre le travail des enfants. La Cellule nationale de lutte contre le travail des enfants, rattachée à la Direction nationale du Travail, constitue un outil de coordination et de suivi. Mais cet outil ne peut produire des résultats que s’il dispose de moyens suffisants, d’une présence dans les régions et d’une capacité à travailler avec les inspections du travail, les écoles, les collectivités, les services sociaux, les ONG et la justice.

L’une des mesures utiles est la Stratégie de scolarisation accélérée passerelle, qui donne aux enfants non scolarisés ou en abandon scolaire une seconde chance pour réintégrer le système formel. Initiée par la Fondation Strømme, elle a été expérimentée à partir de 2004. En 2011, les ONG GRAADECOM et CAEB, agréées par le ministère de l’Éducation, ont ouvert 100 centres dans les cercles de Kati, Kolokani, Banamba et Bougouni.

Ces programmes doivent être renforcés et adaptés aux zones touchées par l’insécurité, l’orpaillage et les migrations saisonnières. Mais ils doivent aller avec des cantines scolaires, des fournitures, des appuis aux familles vulnérables, des activités génératrices de revenus pour les parents et un meilleur accès à la protection sociale. La lutte contre le travail des enfants passe aussi par le travail décent des adultes.

Le 12 juin doit donc être plus qu’une date de rappel. Protéger les enfants exige de faire respecter la loi, de fermer les portes de l’exploitation et de rouvrir celles de l’école. Mais cela exige aussi d’aider les familles à vivre sans dépendre du travail de leurs enfants. C’est à ce prix que le Mali pourra offrir une alternative durable à ceux qui travaillent trop tôt.

Convention 189 de l’OIT : le MTC plaide pour sa ratification par le Mali

Avec pour objectif d’amener les autorités politiques du Mali à ratifier et mettre en application la Convention 189 de l’Organisation internationale du travail (OIT) permettant aux travailleurs et travailleuses domestiques de jouir effectivement de leurs droits à la protection sociale, le Mouvement des travailleurs croyants du Mali (MTC-Mali) a organisé jeudi 25 mai 2023 une journée de plaidoyer à Bamako. Plusieurs travailleuses domestiques de la capitale, des membres du CNT et des représentants des pouvoirs publics y ont pris part.

« Oui à la valorisation des droits des travailleurs domestiques par la ratification de la C189, stop aux violences basée sur le genre ». C’est le thème de cette journée de plaidoirie tenue à l’hôtel Millénium de Bamako. Pour le MTC-Mali, et l’Etat malien et le groupe cible (travailleurs et travailleuses domestiques) gagneraient si la Convention 189 de l’OIT est ratifiée. Parmi les retombées possibles, le mouvement met en avant, entre autres, la conformité de l’Etat malien avec les engagements pris au niveau international, la réduction des conflits sociaux de travail, ce qui va contribuer à créer un climat de paix sociale propice à la productivité, l’extension des systèmes de prévoyance sociale aux travailleurs et travailleuses domestiques grâce à leur immatriculation, ou encore l’amélioration de l’image de marque du pays.
La Conférence Internationale du Travail de l’OIT a adopté le 16 juin 2011, la convention 189 sur le travail décent pour les travailleurs et travailleuses domestiques qui est entrée en vigueur depuis le 5 septembre 2013. Le Mali, qui compte plus d’un million de travailleurs et travailleuses domestiques dans différents secteurs d’activité sur son territoire et plus d’un million de maliens expatriés dont certains travaillant comme des travailleurs ou travailleuses domestiques dans d’autres pays d’accueil, n’a pas encore ratifié cette convention.
« Nous interpellons le gouvernement, les membres du CNT et les délégués des ministères à s’associer à nous afin que cette convention qui est en vigueur soit ratifiée et mise en œuvre au Mali pour que les travailleurs et travailleuses domestiques soient mis dans leurs droits », a plaidé Mme Sanou Hortense Dembélé, présidente du Mouvement des travailleurs croyants du Mali
« Après le plaidoyer, nous attendons de nos ministères, qu’ils le prennent à bras le corps, et se disent que cette lutte n’est pas seulement pour ce mouvement qui se bat à travers ses petites forces mais que c’est une lutte de tout un peuple parce qu’aujourd’hui nous défendons un Mali nouveau et cela ne peut voir le jour que lorsque tous les maliens sont mis dans leurs droits, vivent dans la paix et bénéficient des avantages de leur travail », a-t-elle insisté.
Cette journée de plaidoirie, à laquelle étaient présentes en masse des travailleuses domestiques de Bamako, a été mis à profit pour véhiculer des messages de sensibilisation à travers des sketchs, non seulement pour la ratification de la convention 189 de l’OIT mais également sur l’arrêt des violences basées sur le genre dont sont victimes certaines de ces travailleuses domestiques.
Pour l’ancien Premier ministre Moussa Mara, parrain de la journée de plaidoirie, il faudrait « tout faire pour que cette convention 189, si elle ratifiée, qu’elle puisse être appliquée, contrôlée et surveillée à travers des interpellations régulières du ministre au niveau du CNT ». « Ces travailleurs et travailleuses à domicile sont d’abord des citoyens qui ont les même droits que tous et ils sont indispensables dans nos vies et domiciles. Je voudrais que nos autorités fassent de cette question une question majeure », a-t-il souligné
Quant à Adama Fomba, membre du CNT, représentant le président de la Commission Culture, Magma Gabriel Konaté, il a assuré que le CNT ne ménagera aucun effort et fera tout son mieux pour le respect des droits de tous les Maliens. « Il est important que nous nous donnions la main pour l’amélioration de vie et des conditions de ces travailleuses. Elles méritent un meilleur traitement. Le Mali que nous voulons n’est pas possible si nous ne respectons pas le droit de tout un chacun », a-t-il indiqué.
Le Mouvement des Travailleurs Croyants du Mali est un mouvement d’action catholique crée en 1985 au Mali. Il est affilié au Mouvement Mondial des Travailleurs Chrétiens qui a été créé dans les années 1967 et regroupant 156 pays sur 4 continents. Le MTC milite au sein de deux réseaux nationaux, le réseau de défense de droit des travailleurs domestiques et le Réseau Multi-acteurs droit à la protection Sociale, International Network for Social Protection Rights Mali (INSPIR-Mali). De 2017 à nos jours plus de 3 000 travailleurs et travailleuses domestiques ont bénéficié des formations dans ses centres au Mali.