Tapentadol : L’antalgique opioïde qui inquiète

Conçu pour traiter certaines douleurs intenses, le tapentadol fait l’objet d’un détournement préoccupant au Mali, notamment chez des jeunes. Consommé sans prescription ou à fortes doses, cet opioïde expose à la dépendance, à la perte de connaissance et à une dépression respiratoire potentiellement mortelle.

Dans les grands marchés, sur les trottoirs, aux arrêts de bus et dans les gares de Bamako, des scènes frappent les passants. Des jeunes, parfois des femmes, restent figés, somnolent debout ou paraissent incapables de s’asseoir. Des témoins les attribuent au tapentadol, surnommé « bloqué » au Mali. Ce médicament, normalement délivré sur prescription, agit sur le cerveau et le système nerveux pour soulager les douleurs sévères. Son détournement et sa disponibilité dans des circuits clandestins alimentent l’inquiétude.

La dernière saisie annoncée par les Douanes confirme l’ampleur de cette circulation. Le 25 septembre 2026, à 1h 30, la Brigade mobile d’intervention de Bancoumana a découvert 11 259 plaquettes, soit 112 590 comprimés, dans une Sotrama contrôlée dans le Mandé. La Direction générale des Douanes a rendu l’opération publique le 1er octobre. Selon Amadou Coulibaly, chauffeur de Sotrama, le produit est devenu une drogue de rue. « Je ne passe pas une journée sans voir une victime dans la zone du Grand Marché. Les usagers se retrouvent bloqués au milieu de la chaussée, au risque de provoquer des accidents », témoigne-t-il. Cette saisie pose aussi la question de l’approvisionnement des vendeurs et du contrôle des circuits pharmaceutiques.

Risques médicaux majeurs

Le tapentadol agit sur les récepteurs opioïdes du système nerveux central et modifie la transmission de la douleur. La dose, la durée du traitement et la forme prescrite doivent être déterminées par un professionnel de santé. Même utilisé conformément à une ordonnance, il peut entraîner une dépendance.

Pris sans suivi médical ou au-delà des doses prescrites, il peut provoquer somnolence, vertiges, nausées, constipation, confusion et troubles de la coordination. Un surdosage peut entraîner des pupilles contractées, une perte de connaissance, un coma ou l’arrêt de la respiration. Une respiration lente ou entrecoupée de longues pauses exige une prise en charge médicale urgente.

Le danger augmente lorsque le tapentadol est associé à l’alcool, aux somnifères, aux anxiolytiques, à certains médicaments sédatifs ou à d’autres opioïdes. Ces mélanges renforcent la somnolence et peuvent provoquer une dépression respiratoire fatale. La prévention passe par un contrôle plus strict de la distribution, l’information du public et l’orientation des consommateurs dépendants vers des services de soins adaptés.

Joseph Amara Dembélé

Mali : les médicaments ont-ils la même efficacité qu’ailleurs ?

Les médicaments sont utiles au maintien de notre santé, mais l’efficacité de certains d’entre eux pose question au Mali. S’il existe un mécanisme de suivi pour le circuit licite, beaucoup de médicaments échappent à ce dispositif. En outre, avec les conditions de conservation, difficile de garantir des médicaments efficaces à 100% du fabricant au consommateur.

Pour garantir la qualité et la sécurité des médicaments, il existe un dispositif, un mécanisme, le Schéma directeur d’approvisionnement et de distribution des Médicaments Essentiels et autres produits de Santé (SDADME-PS), axé sur les médicaments du circuit légal pour lesquels des contrôles administratifs et analytiques sont effectués.

Le premier niveau de contrôle est le statut du médicament dans le pays de fabrication, qui permet de savoir s’il y est autorisé ou non, avant d’apprécier les autres critères après un contrôle analytique au Laboratoire national de la santé (LNS). L’accent est ensuite mis sur le contrôle post commercialisation.

Un même médicament peut être fabriqué par plusieurs laboratoires et avoir des dénominations différentes sans que cela ne nuise à son efficacité, qu’il soit vendu ici, en Europe ou en Asie. C’est par exemple le cas des médicaments à base de paracétamol fabriqués par différents laboratoires, appelés différemment et dosés à 500 mg ou à 1g et présentés en comprimé, en sirop ou sous forme injectable (forme galénique). Les différences peuvent donc aussi concerner l’association du produit à d’autres molécules.

Efficacité conditionnée

« L’efficacité des médicaments d’ici est la même qu’ailleurs si les conditions de conservation sont respectées jusqu’au consommateur », explique le Dr Patomo Dominique Arama, Directeur adjoint de la Direction de la pharmacie et du médicament (DPM).

Au Mali, pour le circuit d’approvisionnement, les commandes sont faites sur la base des besoins. L’importateur adresse ses besoins au fournisseur, qui lui donne une facture. Elle est transmise à la Direction de la pharmacie et du médicament (DPM) pour visa, ce qui permet à l’importateur d’obtenir une levée d’intention auprès de la Direction générale du commerce de la concurrence et de la consommation (DGCC) et de récupérer les produits auprès des services de Douane. Les médicaments sont conservés selon les conditions définies par les fabricants, généralement précisées sur les conditionnements.

Ici, les grossistes-répartiteurs qui importent sont la Pharmacie populaire du Mali (PPM) et d’autres distributeurs. À l’extérieur, les fournisseurs sont des laboratoires pharmaceutiques industriels et des sociétés de distribution reconnues dans le secteur pharmaceutique.

Malheureusement, tous les produits ne rentrent pas dans le circuit réglementaire. Difficile donc de garantir l’efficacité et la qualité de certains médicaments douteux, qui sont « destinés à être saisis et détruits », selon le Dr Arama.