La Direction régionale de l’Agriculture appelle les producteurs à développer le maraîchage après un hivernage jugé insuffisant localement. La contre-saison peut protéger les revenus et l’alimentation, mais elle dépend d’une ressource déjà fragilisée.
À San, la préparation de la contre-saison commence par une inquiétude. La Direction régionale de l’Agriculture fait état d’une faible pluviométrie et d’une baisse des réserves d’eau dans les sols. Elle encourage les producteurs et productrices à se tourner vers le maraîchage pour préserver leurs revenus et contribuer à l’approvisionnement alimentaire.
L’appel lancé le 1er septembre intervient avant même que les résultats définitifs de la campagne pluviale soient disponibles. Il constitue donc une mesure d’anticipation, pas encore le constat chiffré d’une mauvaise récolte dans l’ensemble de la région.
La situation locale doit aussi être distinguée des moyennes nationales ou régionales. Les précipitations de juillet ont été globalement proches de la normale en Afrique de l’Ouest, selon AGRHYMET. Les céréales pluviales disposaient, dans l’ensemble, d’une alimentation hydrique satisfaisante à la fin du mois.
Ces moyennes peuvent cependant masquer des poches sèches. Des interruptions de pluie ont déjà obligé des exploitants de plusieurs pays à recommencer leurs semis. La mise à jour climatique publiée par AGRHYMET le 30 juillet a également réduit les perspectives favorables annoncées au début de la saison et signalé une tendance plus marquée vers des déficits pluviométriques.
Produire sans épuiser la ressource
La contre-saison permet de cultiver des légumes après l’hivernage, lorsque les pluies ne suffisent plus. Elle peut fournir aux familles des tomates, des oignons, des feuilles, des pommes de terre ou d’autres produits frais, tout en générant des revenus pendant une période où l’activité agricole ralentit.
Cette production repose cependant sur l’irrigation. Lorsque les mares, les puits et l’humidité des sols diminuent, l’extension des superficies peut accroître la pression sur une ressource déjà limitée.
La Direction régionale recommande le paillage, qui réduit l’évaporation, ainsi qu’une irrigation raisonnée et l’utilisation de variétés plus résistantes à la chaleur et au manque d’eau. Elle préconise également le compost, le fumier, les engrais organiques et une surveillance renforcée des maladies et des ravageurs.
Ces pratiques peuvent améliorer le rendement de chaque quantité d’eau utilisée. Elles ne remplacent pas un diagnostic hydrologique. Avant de distribuer des motopompes ou de creuser de nouveaux forages, les services compétents doivent connaître le niveau des nappes, le débit disponible et le nombre de producteurs susceptibles de partager le même point d’eau.
Un forage trop sollicité peut s’épuiser ou devenir inutilisable au milieu de la campagne. Une motopompe remise sans carburant, pièces de rechange ou mécanisme d’entretien risque également d’être abandonnée après une panne.
La réponse devrait donc commencer par une cartographie des sites. Pour chacun, il faudrait connaître la superficie irrigable, la source d’eau, son état, le nombre d’exploitants, les cultures envisagées et les équipements manquants. Cette information permettrait de réserver les appuis aux zones où la production peut être maintenue sans compromettre les usages domestiques.
Semences, financement et marchés
Les besoins ne se limitent pas à l’eau. Les producteurs doivent acheter des semences, des fertilisants, des traitements phytosanitaires et parfois du petit matériel. Lorsque la campagne pluviale a déjà mobilisé l’épargne du ménage, le financement d’une nouvelle production devient difficile.
La Direction régionale sollicite l’intervention des projets et programmes de développement. Cet appui peut prendre la forme de semences adaptées, de kits d’irrigation, de forages, de pompes et de formations. Il gagnerait à être organisé selon des critères publics afin que les équipements n’atteignent pas uniquement les groupements les mieux connectés aux administrations.
Les femmes occupent une place importante dans le maraîchage, mais elles disposent souvent de parcelles plus petites et d’un accès plus fragile à la terre, au crédit ou aux points d’eau. Les jeunes rencontrent également des difficultés pour obtenir une surface stable et financer leur première campagne. Leur inclusion doit apparaître dans les critères de sélection, pas seulement dans les discours d’accompagnement.
L’organisation en coopératives peut faciliter l’achat collectif des intrants, le partage des pompes et la négociation avec les commerçants. Elle ne produira des résultats que si les règles de gestion de l’eau, les contributions aux réparations et la répartition des équipements sont fixées dès le départ.
Le marché constitue l’autre limite. Une production abondante de tomates ou d’oignons arrivant au même moment peut provoquer une chute rapide des prix. Les légumes frais se conservent difficilement et les producteurs les plus éloignés des grands marchés disposent d’une faible marge de négociation.
La programmation des semis devrait donc être échelonnée. Les services agricoles peuvent aussi diffuser des informations sur les prix, aider à conclure des accords avec des commerçants et identifier les besoins des cantines, restaurants et marchés urbains. De petits espaces de stockage, des moyens de transport et des unités de transformation réduiraient les pertes.
Une campagne à mesurer
L’appel de San doit maintenant être traduit en plan opérationnel. Les autorités régionales devraient préciser les superficies visées, les cultures retenues, le nombre de producteurs accompagnés et les équipements réellement disponibles.
Le suivi de la pluviométrie et des réserves d’eau permettra d’ajuster les ambitions au fil des semaines. Une contre-saison réussie ne se mesure pas seulement en hectares cultivés. Elle doit être évaluée selon les volumes récoltés, les revenus obtenus, la quantité d’eau consommée, les pertes enregistrées et la stabilité des prix.
Cette campagne peut compenser une partie des difficultés de l’hivernage et maintenir une activité économique dans les villages. Elle ne réparera pas toutes les pertes éventuelles des cultures céréalières et ne doit pas devenir une nouvelle source de concurrence autour de l’eau.
À San, l’urgence consiste donc à produire davantage avec une ressource plus incertaine. Le maraîchage peut devenir une protection pour les familles si l’accompagnement arrive avant les semis, si les équipements restent fonctionnels et si les récoltes trouvent un marché. Sans ces conditions, l’appel à la mobilisation laisserait les producteurs supporter seuls le coût du risque climatique.

