Au terme de sa mission, l’ambassadrice des États-Unis a consacré l’une de ses dernières rencontres publiques à l’initiative locale et au rôle de la jeunesse dans le développement du Mali. Accueilli dans les locaux de Garden Grid, le dialogue a également permis de présenter un projet d’agriculture numérique encore en phase de test.
La rencontre « Testimony: Inside Diplomacy – The Mali I Carry with Me », organisée le vendredi 28 août 2026 autour du thème « Leadership, Impact, Innovation », a réuni des journalistes, des entrepreneurs et des acteurs de la société civile.
Devant ce public, Rachna Korhonen a dressé un bilan à la fois humain et professionnel de son séjour. Elle a évoqué ses rencontres avec les populations, les entrepreneurs, les femmes, les jeunes et différents acteurs de la société malienne.
Son propos a rapidement dépassé le cadre de son expérience diplomatique pour porter sur l’avenir du pays. Selon elle, les idées capables de transformer le Mali doivent d’abord être conçues et portées par les Maliens. Les initiatives étrangères peuvent les accompagner, mais elles ne sauraient s’y substituer.
Le choix de Garden Grid pour accueillir la rencontre donnait une illustration concrète à ce message. Portée par un entrepreneur malien et disposant d’une implantation à Bamako, l’entreprise développe une plateforme destinée à accompagner les producteurs, à suivre les cultures et à faciliter la commercialisation des surplus agricoles.
Garden Grid, du jardin au marché
Selon son PDG, Moussa Konaté, le projet est parti d’une difficulté fréquemment rencontrée par les producteurs : l’écoulement des surplus, souvent compliqué par le coût du transport vers Bamako. Garden Grid travaille ainsi à la mise en place d’un système de collecte directement auprès des cultivateurs, avant l’acheminement des produits vers les consommateurs.
Le dispositif ambitionne de réduire le nombre d’intermédiaires, de limiter certaines pertes et de rendre les produits locaux plus accessibles. « Nous allons directement aller prendre les légumes à la source », explique Younouss Koly Kanté, directeur technique et développeur full-stack de Garden Grid.
L’entreprise mise également sur une intelligence artificielle baptisée « Timbuktu ». Selon ses concepteurs, celle-ci doit contribuer au suivi des jardins et des cultures à partir d’images, de caméras et de capteurs mesurant notamment la température, l’humidité et la luminosité.
La plateforme peut analyser des photographies des plantes, signaler certaines anomalies et transmettre des recommandations à l’utilisateur. Dans sa version gratuite, celui-ci prend lui-même les images nécessaires à l’analyse. Des formules payantes prévoient l’utilisation de kits de capteurs et des fonctions de surveillance plus étendues.
Garden Grid souhaite ainsi réunir sur une même plateforme le suivi des cultures, la mise en relation des producteurs et des acheteurs ainsi que l’organisation de la collecte. Le projet demeurant en phase de test, sa portée devra toutefois être appréciée à partir de son utilisation effective, de son accessibilité pour les producteurs et des résultats obtenus sur le terrain.
L’entrepreneuriat comme trait d’union
Pour Rachna Korhonen, cette initiative témoigne de la capacité d’entreprendre présente au Mali. Avec humour, la diplomate a estimé que « les Maliens n’ont pas besoin des conseils de l’ambassadrice américaine pour faire des affaires ». Elle a plutôt salué leur tradition commerciale, leur créativité et leur présence dans les échanges économiques de la région.
Cette conviction rejoint sa lecture des relations entre Bamako et Washington. L’ambassadrice a reconnu que celles-ci étaient moins fluides au début de sa mission. Elle estime néanmoins qu’elles évoluent aujourd’hui « dans une direction positive », notamment grâce aux relations entre les peuples et au rapprochement entre les entrepreneurs des deux pays.
Elle a cité AmCham Mali parmi les instruments capables de soutenir cette dynamique. La Chambre de commerce américaine au Mali vise à rapprocher les entreprises maliennes et américaines, à favoriser les partenariats et à mieux faire connaître les possibilités d’investissement.
Tout en reconnaissant l’intérêt de programmes américains comme le Young African Leaders Initiative, YALI, et l’International Visitor Leadership Program, IVLP, Rachna Korhonen a estimé que leur portée restait limitée au regard des besoins du pays. « Les programmes doivent être créés ici », a-t-elle soutenu.
Elle a notamment évoqué Timbuktu American University comme exemple d’une initiative implantée au Mali et susceptible de proposer une formation répondant à des standards internationaux. À ses yeux, le pays doit aussi devenir une destination où des étudiants étrangers viendraient étudier son histoire, sa culture et sa musique.
L’ambassadrice a également insisté sur le potentiel de l’agriculture et de l’élevage. Le Mali possède, selon elle, les ressources nécessaires pour mieux assurer son alimentation, à condition de développer ses capacités de production, de transformation et de commercialisation.
Cette ambition suppose aussi une amélioration du climat des affaires. Rachna Korhonen a appelé à simplifier les procédures liées à la création et au développement des entreprises afin de faciliter l’investissement et de renforcer l’attractivité économique du pays.
Dans le prolongement de ces échanges, Moussa Konaté a annoncé la préparation de « Select Mali », une initiative portée par AmCham Mali. Le projet devrait réunir des entreprises, des investisseurs, des institutions financières et des partenaires internationaux, notamment américains, afin de présenter les possibilités économiques offertes par le Mali.
Au moment d’évoquer son départ, Rachna Korhonen a laissé transparaître son attachement au pays. « Je vais laisser une petite partie de mon cœur au Mali et emporter une petite partie du Mali dans mon cœur », a-t-elle confié, tout en saluant les efforts accomplis quotidiennement par les Maliens malgré les difficultés.
Son dernier message a pris la forme d’un appel à la confiance et à l’initiative. Elle a encouragé les jeunes à apprendre des langues, à développer leurs compétences, à créer des entreprises et à rester ouverts sur le monde, sans attendre que toutes les réponses viennent de l’extérieur.
« Vous devez arrêter de chercher les choses à l’extérieur. Ça doit venir de l’intérieur », a-t-elle insisté. Pour la diplomate, la principale richesse du Mali ne se trouve « ni sous le sol ni dans le ciel », mais dans son peuple et, plus particulièrement, dans sa jeunesse.
Joseph Amara Dembélé




