Les huit communes du cercle ont retenu des projets scolaires, hydrauliques et routiers financés par les recettes minières. La sélection est terminée, mais les habitants attendent désormais les décaissements, les marchés et les réalisations.
Entre le 17 et le 28 août, les comités communaux de suivi du Fonds minier de développement local ont tenu leurs premières sessions dans les huit communes du cercle de Kangaba. Ils ont validé des travaux de réhabilitation de salles de classe et de pistes rurales, l’achat d’équipements scolaires ainsi que la réalisation de forages.
Le cercle doit recevoir 97 270 147 FCFA. Cette somme constitue une ressource nouvelle pour des collectivités confrontées à des besoins immédiats en eau, en éducation et en désenclavement. Elle reste cependant limitée au regard de l’étendue du territoire et du nombre de projets susceptibles d’être présentés.
La répartition exacte entre les huit communes n’a pas été rendue publique dans le compte rendu des sessions. Les coûts prévisionnels de chaque opération, le calendrier des décaissements et les délais d’exécution ne sont pas davantage précisés. Ces données permettront pourtant de mesurer ce que les 97 millions peuvent réellement produire.
Du choix au chantier
Le comité communal ne construit pas une classe et ne creuse pas un forage. Il sélectionne un projet qui doit ensuite recevoir son financement, faire l’objet d’une procédure de marché, être confié à une entreprise et être contrôlé jusqu’à sa réception.
Les participants eux-mêmes ont demandé un décaissement rapide et le recours à des entreprises professionnelles. Leur recommandation met en lumière les deux principaux risques. Le premier serait de laisser les projets attendre pendant plusieurs mois après leur validation. Le second serait d’engager des prestataires incapables de livrer des infrastructures durables.
À Maramandougou, le comité communal avait retenu l’équipement de 17 écoles publiques et communautaires. Le projet porte notamment sur des tables-bancs, des armoires et des bureaux métalliques. Son suivi devra indiquer combien d’unités sont commandées, dans quelles écoles elles seront livrées et à quelle date elles pourront être utilisées par les élèves.
La même précision s’impose pour les autres communes. Un forage doit être accompagné d’une étude d’implantation, d’un contrôle de la qualité de l’eau et d’un dispositif d’entretien. Une piste rurale réhabilitée doit pouvoir résister aux pluies et rester praticable au-delà d’une seule campagne. Une salle de classe réparée doit être réceptionnée avant de se dégrader de nouveau faute de toiture ou de drainage.
Traçabilité
Le Fonds minier de développement local a dépassé 18,4 milliards de FCFA pour l’exercice 2025. Il est alimenté par les contributions des titulaires de titres d’exploitation minière et des bénéficiaires d’autorisations industrielles de carrières.
La clé de redistribution accorde la moitié des ressources aux communes directement affectées par l’exploitation. Un quart revient aux autres collectivités de la zone minière et le dernier quart aux collectivités des autres régions. L’État affirme que les 819 communes du pays doivent bénéficier du dispositif.
Cette péréquation permet de partager une partie de la richesse minière au-delà des seuls sites d’extraction. Elle ne doit pas rendre invisibles les charges supportées par les communes productrices. À Kangaba, l’exploitation minière exerce une pression sur les terres, les routes, l’eau, l’environnement et les services locaux. Les collectivités les plus exposées doivent pouvoir vérifier que la part qui leur revient tient compte de ces réalités.
La publication des informations par commune donnerait au fonds sa véritable portée. Chaque mairie devrait afficher le montant reçu, le projet retenu, son coût, l’entreprise sélectionnée, le délai contractuel et le procès-verbal de réception. Les habitants pourraient alors comparer l’argent annoncé à l’ouvrage livré.
Le dispositif prévoit trois niveaux de suivi, communal, régional et national. Le président de la Transition a également annoncé que les manquements pourraient entraîner des procédures judiciaires. Ce contrôle sera crédible s’il intervient pendant l’exécution, lorsque les défauts peuvent encore être corrigés, et pas seulement après la disparition des fonds.
Responsabilités
Le Fonds minier ne remplace ni le budget ordinaire des collectivités ni les obligations environnementales et sociales des compagnies. Une entreprise reste responsable des mesures prévues par son permis, des indemnisations, de la réhabilitation des sites et du respect du contenu local. Les recettes transférées aux communes doivent apporter un supplément de développement, pas financer à la place des opérateurs les conséquences de leurs activités.
Les collectivités ont, de leur côté, la responsabilité de choisir des projets correspondant aux besoins exprimés par la population. La présence de représentants de l’administration, des élus, des villages, de la société civile et des sociétés minières dans les comités peut améliorer la concertation. Elle ne dispense pas d’un compte rendu public accessible aux habitants.
À Kangaba, les premières décisions sont prises. Le passage aux réalisations permettra de juger la réforme. Les 97,27 millions de FCFA auront une valeur politique et sociale lorsque les enfants disposeront effectivement de mobilier, que l’eau sortira des forages et que les pistes resteront praticables.
Massiré Diop




