Alhadji Dicko : « Notre objectif est de nous qualifier pour la Coupe du monde »

Les Aigles du Mali s’apprêtent à participer à la première fenêtre de qualification pour la Coupe du monde FIBA Qatar 2027, prévue du 26 février au 1er mars prochain en Égypte. À quelques jours de cette importante échéance, le sélectionneur national Alhadji Dicko se confie, dans cet entretien exclusif, sur les préparatifs du tournoi. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Nous sommes à quelques jours du début de la première fenêtre de qualification pour la Coupe du monde 2027. Comment avancent les préparatifs ?
Il nous reste encore neuf jours (entretien réalisé le 17 février 2026, NDLR). Ce n’est pas beaucoup, mais je peux vous assurer que les préparatifs avancent bien sur le plan administratif. Nous avons convoqué des joueurs qui, pour la plupart, ont répondu favorablement. Les billets ont été envoyés et ils commencent à arriver. Certains sont déjà sur place. Nous aurons un court temps de travail pour ajuster les différents schémas. Il faut comprendre que les joueurs sont en pleine saison. La FIBA accorde simplement cette pause pour permettre leur participation aux compétitions internationales.
Qu’en est-il du programme de regroupement des joueurs ?
Le regroupement dépend surtout des calendriers des différents championnats. Par exemple, Mahamane Coulibaly est présent depuis le 14 février. En Italie, Oumar Ballo est arrivé hier soir (16 février, NDLR) et une grande partie du groupe est attendue demain (18 février, NDLR). Les arrivées vont se poursuivre jusqu’au 21 février. Il n’y aura pas de préparation lourde, car les joueurs sont en jambes. Dans de nombreux championnats, la première phase est en cours. Notre travail consistera surtout à mettre en place des schémas de jeu pour aborder cette fenêtre avec sérénité.
Peut-on avoir un aperçu des joueurs convoqués ? S’agit-il du même groupe vice-champion d’Afrique à l’AfroBasket 2025 ?
C’est pratiquement le même groupe, à 85 ou 90 %. Un joueur, encore pris par ses obligations universitaires aux États-Unis, ne sera pas disponible, et un autre, engagé en Euroligue, n’a pas pu être libéré par son club. Sur les 12 joueurs vice-champions d’Afrique à l’AfroBasket 2025, dix seront présents. Nous avons complété l’effectif avec deux nouveaux joueurs.
La route vers la Coupe du monde 2027 est encore longue. Quels sont vos objectifs pour cette première fenêtre ?
J’ai l’habitude de dire qu’on ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir abattu. Nous avons un objectif clair : nous qualifier pour la Coupe du monde. Nous allons jouer nos matchs avec l’ambition d’en gagner le maximum.
Le Mali est logé dans le groupe D aux côtés de l’Égypte, de l’Angola et de l’Ouganda. Quel regard portez-vous sur ces adversaires ?
Ce sont des équipes que nous connaissons pour les avoir affrontées lors de l’AfroBasket 2025. Nous étions dans le même groupe que l’Égypte et l’Ouganda, et nous avons joué l’Angola en finale. Nous savons donc à peu près leur valeur. Un match de basketball reste un match de basketball. Nous aborderons le tournoi avec beaucoup de respect pour nos adversaires, mais en restant concentrés sur notre objectif : gagner chaque match.

Bilan humanitaire 2025 : Plus de 2 millions de personnes assistées par le CICR et la Croix-Rouge malienne

Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge au Mali a présenté le bilan de ses activités pour l’année 2025 lors d’un café de presse organisé le 17 février 2026 au siège de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Bamako. Au total 2,3 millions de personnes ont été touchées en 2025.

Face aux journalistes, le chef de délégation du CICR au Mali, Nicolas Lambert, et le directeur général de la Croix-Rouge Malienne, Nouhoum Maïga ont détaillé les réalisations de l’année écoulée et présenté les perspectives opérationnelles pour 2026.

Selon les chiffres communiqués, les actions du CICR ont permis de toucher environ 1 100 000 personnes en 2025, malgré une baisse de 15 % du budget. Les interventions ont concerné plusieurs secteurs clés, notamment la protection des personnes affectées par les conflits, la sécurité alimentaire, la santé, l’accès à l’eau et la prévention.

Dans le domaine de la protection, 83 visites ont été effectuées dans 13 lieux de détention afin de suivre les conditions de détention et le traitement des détenus. Le rétablissement des liens familiaux est resté un axe fort : 22 222 appels téléphoniques ont été facilités entre personnes séparées, 641 messages Croix-Rouge échangés et huit familles réunifiées, dont des enfants.

Sur le volet sécurité alimentaire et économique, les équipes ont conduit des réponses d’urgence ciblées au profit de 22 970 ménages via une assistance alimentaire, tandis que 10 310 ménages ont reçu des biens ménagers essentiels. En parallèle, 11 808 ménages ont bénéficié d’un appui en semences, outils et intrants agricoles pour renforcer leurs moyens de subsistance.

Dans le secteur de la santé, plus de 24 000 patients ont été pris en charge, dont 13 784 blessés et cas urgents nécessitant des soins d’urgence ou chirurgicaux. Trente centres de santé ont également reçu un soutien, couvrant plus de 221 000 personnes à travers des programmes de santé communautaire.

L’accès à l’eau et l’habitat figurent aussi parmi les priorités. Au total, 44 ouvrages hydrauliques ont été réalisés ou réhabilités, au bénéfice de 162 400 personnes. La solarisation de 42 infrastructures a été assurée pour garantir la durabilité et la continuité des services. Enfin, 17 sessions de formation en droit des conflits armés ont été organisées au profit de 214 militaires.

Des besoins persistants et une priorisation en 2026

Évoquant les perspectives, Nicolas Lambert a annoncé un budget prévisionnel de 33 milliards de FCFA pour 2026. Il a souligné que les besoins humanitaires restent élevés, avec une possible évolution de la cartographie des zones d’intervention. Toutefois, la stratégie restera concentrée principalement sur le centre et le nord du pays, avec une logique de priorisation des actions.

De son côté, la Croix-Rouge Malienne a présenté un bilan également soutenu. En 2025, près de 13 milliards de FCFA ont été mobilisés pour ses opérations, avec plus de 1,2 million de bénéficiaires atteints dans différents domaines.

Dans le domaine de la santé et du bien-être social, 938 251 personnes ont été touchées à travers des interventions en santé maternelle et infantile, la prévention des épidémies et le soutien psychosocial.

En gestion des catastrophes, 613 personnes ont été formées aux premiers secours et au dépistage, tandis que 116 074 personnes ont reçu une assistance d’urgence. En outre, 210 membres d’équipes d’intervention et volontaires ont été formés à la préparation et à la réponse aux urgences ainsi qu’aux activités génératrices de revenus.

Sur le plan de la sécurité alimentaire et des moyens d’existence, 3 830 bénéficiaires ont reçu des appuis via des formations agricoles, des dotations et des distributions alimentaires ou monétaires. Des transferts en cash d’un montant global de 807 698 000 FCFA ont été distribués à 11 887 ménages.

Les actions de protection et de cohésion sociale ont concerné plus de 62 000 personnes, notamment des migrants, déplacés internes et communautés hôtes. Des campagnes de sensibilisation ont touché près de 40 000 personnes sur les droits des migrants et les violences basées sur le genre.

Enfin, les programmes environnementaux et d’assainissement ont permis de sensibiliser plus de 68 000 personnes, d’organiser des journées de salubrité, de planter 2 000 plants et d’aménager deux périmètres maraîchers.

Mohamed Kenouvi

Remaniement : le ministère des Réformes reste, les questions aussi

Malgré la prolongation en 2025 de la transition pour 5 ans renouvelables et l’absence d’échéances électorales immédiates, le ministère délégué auprès du Premier ministre, chargé des réformes politiques et du soutien au processus électoral, a été maintenu lors du remaniement du 12 février 2026. Un choix qui suscite plusieurs interrogations.

Dans la nouvelle architecture gouvernementale, certains portefeuilles techniques ou transversaux ont été conservés malgré l’évolution du contexte politique. C’est le cas du département dédié aux réformes politiques et à l’accompagnement du processus électoral.
Son maintien attire l’attention, car il intervient dans une phase où les scrutins nationaux ne constituent plus une priorité affichée des autorités de la transition.
Pour plusieurs observateurs, il faut cependant distinguer le calendrier électoral de la transformation du système politique. Le ministère délégué en question couvre un champ plus large que la seule organisation matérielle des élections.
Un ministère qui dépasse la seule question électorale
Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, même en l’absence d’élection présidentielle programmée, le chantier des réformes politiques reste ouvert. Il rappelle que, dans son adresse à la Nation du Nouvel An, le chef de l’État a annoncé l’ouverture de concertations sur l’avant-projet de loi portant charte des partis politiques.
« À défaut d’élections, le ministre aura à gérer des réformes politiques, ce qui justifierait son maintien », souligne-t-il. Le portefeuille servirait ainsi d’outil de pilotage pour la recomposition du champ politique, la refonte des règles partisanes et l’architecture institutionnelle future.
L’analyse est plus nuancée pour Dr Jean-François Camara, enseignant-chercheur à l’Université Kurukanfouga de Bamako, qui parle d’un choix inattendu.
« Le maintien du ministère relatif au processus électoral peut être considéré comme une grande surprise, d’autant plus que la transition a été prolongée pour 5 ans. On est en droit de se poser la question sur sa pertinence », avance l’universitaire.
Il souligne aussi que le Mali dispose déjà d’un organe technique dédié, l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE), qui pourrait, selon lui, « jouer ce rôle de conciliateur du processus électoral », ce qui relativise la nécessité opérationnelle du département ministériel.
Signal politique ou simple continuité administrative ?
Une question centrale demeure : faut-il voir dans ce maintien un signal d’ouverture vers l’élection présidentielle plus tôt que prévu ?
Les deux analystes appellent à la prudence. « On ne peut pas le dire, en l’absence d’une déclaration forte et directe dans ce sens », tranche Alexis Kalambry. Selon lui, le ministère crée une capacité d’action, mais ne signifie pas un engagement de calendrier.
Dr Camara abonde dans le même sens, tout en rappelant l’imprévisibilité politique. « Tout porte à croire qu’on ne peut pas organiser la présidentielle avant l’expiration des 5 ans annoncés par les autorités de la transition. Mais il faut savoir qu’en politique, les choses peuvent aller vite », glisse l’enseignant-chercheur.
Scrutins locaux : l’autre enjeu
Au-delà du scrutin présidentiel, la question des élections législatives et locales renforce toutefois l’argument du maintien.
Les autorités de la transition avaient annoncé en septembre 2023 qu’elles se focaliseraient uniquement sur l’organisation de l’élection présidentielle. Cependant, avec l’évolution du contexte, elles pourraient être amenées à organiser également les autres scrutins avant la fin de la transition.
Alexis Kalambry insiste sur l’urgence de ces consultations de proximité. « À défaut de présidentielle, il est urgent d’organiser des élections de proximité. Les municipalités sont bloquées. Les délégations spéciales ont des mandats limités », alerte-t-il. Pour lui, l’absence prolongée d’élus locaux fragilise la gouvernance territoriale.
Il met également en avant l’enjeu de la représentation nationale. Le Conseil national de transition (CNT) exerce aujourd’hui la fonction législative, mais sans base élective. « Beaucoup d’institutions de la République souffrent de limites en raison du manque d’élections et du manque de légitimité de certains acteurs », observe-t-il.
Dans cette optique, le ministère délégué en soutien au processus électoral apparaît selon lui comme « un pion majeur » pour préparer le retour progressif à la norme institutionnelle et « sortir du régime d’exception ».
Mohamed Kenouvi

UA : Conakry désignée siège du Centre africain de développement minier

La Guinée a été officiellement choisie pour abriter le siège du Centre africain de développement minier (CADM), à l’issue du 39ᵉ Sommet de l’Union africaine tenu les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba. Cette décision confère à Conakry un rôle stratégique dans la gouvernance du secteur extractif continental.

Créé dans le cadre de la Vision minière africaine adoptée en 2009, le CADM accompagne les États dans l’élaboration de politiques minières favorisant la transformation locale et la création de valeur. Le secteur minier représente environ 10 % du PIB africain et plus de 40 % des recettes d’exportation de plusieurs pays du continent. L’Afrique détient près de 30 % des réserves mondiales de minerais critiques, notamment le cobalt, le manganèse, la bauxite et le lithium.

Le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a indiqué que son pays assumera pleinement ses responsabilités financières et techniques pour assurer le fonctionnement du Centre. La commissaire de l’UA chargée du Développement économique a salué une étape majeure pour renforcer l’expertise africaine face à la compétition mondiale autour des ressources stratégiques.

Premier producteur mondial de bauxite et détenteur d’importantes réserves de fer et d’or, la Guinée consolide ainsi sa position dans la chaîne de valeur minière africaine. Cette désignation intervient alors que la demande mondiale en minerais critiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies numériques, connaît une forte progression.

Marchés urbains : un apport important à l’économie en Afrique

Les marchés en Afrique contribuent au développement socioéconomique des villes. Ils permettent aux acteurs d’accéder à des revenus réguliers et aux consommateurs d’avoir accès à des produits. Cependant, l’existence de ces marchés influence négativement l’économie, l’environnement et la société. Entre la gestion des déchets, le caractère informel de l’activité et la qualité des produits, les marchés urbains en Afrique doivent relever de nombreux défis pour améliorer leur contribution au développement urbain.

Dans une étude intitulée « Participation des marchés urbains au développement en Afrique », publiée en mai 2022 par l’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, les auteurs abordent les impacts économiques et sociaux, ainsi que l’influence sociale et économique négative des marchés urbains, ainsi que les défis au développement de ces marchés sur le continent africain.
Les marchés urbains ont un impact sur l’économie des villes à travers la collecte, la distribution, l’approvisionnement et le commerce de détail de produits manufacturiers et vivriers.
La demande des marchés urbains a entraîné une intensification de l’agriculture pour satisfaire les besoins en produits agropastoraux. À Bamako, par exemple, 100 % de la demande en légumes est assurée par l’agriculture urbaine. L’agriculture urbaine constitue ainsi un potentiel important pour l’emploi dans les villes.
Défis
La dynamique impulsée par les activités des marchés des villes constitue un facteur de développement pour les infrastructures économiques. Les marchés urbains, par l’importation et l’exportation, influencent la réalisation d’infrastructures de transport et des services liés au commerce.
Les marchés représentent moins de 10 % des revenus des villes. Cependant, les dysfonctionnements de ces marchés constituent un manque à gagner. En améliorant leur fonctionnement, ils pourraient contribuer entre 15 et 20 % au revenu total des villes en Afrique.
Les marchés des villes ont un impact socioéconomique important. Ils constituent de véritables pôles pour l’emploi. À ces emplois, il faut ajouter les services de transport, d’artisanat et de restauration qui se développent autour de ces marchés. Grâce à leur capacité d’accueil, ils absorbent le chômage. Le secteur informel des marchés urbains regroupe environ 61 % de la main-d’œuvre dans les villes.
Outre l’absence de recettes fiscales, le commerce informel entraîne d’autres nuisances économiques, comme la concurrence déloyale. L’encombrement, la surdensification des activités, l’occupation anarchique et les incendies constituent d’autres impacts négatifs créés par ces marchés sur l’économie urbaine. Ces marchés impactent également l’environnement par la production de déchets qui polluent.

Marchés en flammes : économie fragile et gouvernance en question

Dans la nuit du 15 au 16 février 2026, un violent incendie a ravagé une grande partie du marché Dossolo Traoré, dit Sougouni-Coura, en commune II du district de Bamako. Ce nouveau sinistre, survenu à la veille du mois de Ramadan, relance avec acuité la question de la sécurisation et de l’organisation des marchés, maillons essentiels mais vulnérables de l’économie urbaine.

Au lendemain de ce sinistre, le spectacle était celui d’un champ de ruines. Des hangars tordus, des étals réduits en cendres, des marchandises calcinées : vêtements, denrées alimentaires, produits cosmétiques, ustensiles de cuisine. Plusieurs commerçants ont tout perdu. Selon les premières estimations du Collectif national des acteurs des marchés du Mali (CNAM-Mali), près de 80 % de la zone centrale aurait été touchée. Aucune perte en vie humaine n’a été signalée, mais l’impact économique est considérable.

Sougouni-Coura n’est pas un marché périphérique. Avec une superficie estimée à 300 000 m² et un rôle stratégique dans l’approvisionnement de Bamako, il alimente une partie importante des circuits de distribution de la capitale. Sa vulnérabilité dépasse donc les seuls commerçants sinistrés : elle concerne l’ensemble de la chaîne commerciale urbaine.

Ce nouvel incendie n’est pas un cas isolé. Le Grand Marché de Bamako a connu plusieurs sinistres majeurs ces dernières années : décembre 2017 (avec un décès), juin 2018, puis mars 2025. En moins d’une décennie, les feux à répétition dessinent une tendance préoccupante. La question n’est plus celle d’un accident ponctuel, mais d’un problème structurel. Ces sinistres présentent des caractéristiques communes : déclenchement nocturne, propagation rapide dans des structures majoritairement en matériaux légers, et difficultés d’accès pour les secours. Dans la plupart des cas, les incendies surviennent à des périodes de forte activité commerciale, notamment à l’approche de grands événements religieux, lorsque les stocks sont reconstitués et les installations électriques davantage sollicitées.

Causes évitables

Selon les premiers témoignages, l’incendie de Sougouni-Coura serait parti d’un court-circuit aux environs de 23 heures, favorisé par un vent nocturne. Les équipes de la protection civile ont été confrontées à un obstacle récurrent à savoir l’inaccessibilité du site. Allées encombrées, étals débordant sur les passages, absence de couloirs de secours clairement dégagés. Les véhicules d’intervention ont eu du mal à progresser.

Abdoulaye Cissé, du CNAM-Mali, estime que « cette catastrophe pouvait être prévenue ». Il pointe la prolifération des branchements électriques anarchiques. Dans certaines zones, plusieurs commerçants se raccordent sur un même compteur, parfois contre le paiement informel d’environ 10 000 FCFA par mois. Des réfrigérateurs et congélateurs supplémentaires sont installés, notamment en période de forte demande. Un seul compteur peut alimenter plusieurs appareils, sans dispositif de sécurité adapté.

La veille du Ramadan constitue un facteur aggravant. Avec le mois de jeûne, les stocks augmentent, les chambres froides tournent davantage, l’activité nocturne s’intensifie. La combinaison surcharge électrique – promiscuité – absence de dispositifs anti-incendie crée un terrain propice aux sinistres.

Dans plusieurs marchés de la sous-région, notamment à Dakar ou à Abidjan, des réaménagements récents ont intégré des dispositifs obligatoires tels que des extincteurs normalisés, des issues de secours matérialisées et des bornes incendie raccordées au réseau hydraulique urbain. À Bamako, ces standards restent encore marginaux dans la majorité des sites commerciaux traditionnels.

Pourtant, le problème dépasse la seule électricité. Beaucoup de marchés de Bamako ne disposent ni d’extincteurs fonctionnels en nombre suffisant, ni de bornes incendie accessibles, ni de bacs à sable. Les plans d’aménagement sont souvent inexistants ou non respectés. Les couloirs d’évacuation sont progressivement occupés par des installations nouvelles, parfois tolérées par les autorités locales.

Un état des lieux réalisé à la suite du procès-verbal de négociations du 27 juillet 2021 entre le gouvernement et les organisations professionnelles révélait déjà que, sur 110 marchés inspectés dans 11 capitales régionales et le district de Bamako, la majorité ne disposait pas de plans d’aménagement approuvés, ni de délimitation claire. Plusieurs faisaient l’objet de litiges fonciers. Sougouni-Coura, bien qu’aménagé et doté d’un titre foncier, reste « fortement occupé ».

L’inventaire foncier avait également mis en évidence l’absence de bornage clair et la présence d’extensions non autorisées dans plusieurs marchés du district. Cette occupation progressive des espaces initialement prévus pour la circulation ou les équipements de sécurité réduit considérablement la capacité d’intervention en cas d’urgence.

Une économie sous-protection

Selon les données disponibles, le commerce constitue l’un des principaux pourvoyeurs d’emplois en milieu urbain. Il concentre une part importante de la valeur ajoutée du secteur informel, qui domine largement l’activité économique nationale.

Les incendies frappent un secteur déjà fragile. Selon les données de l’Enquête régionale intégrée sur l’emploi et le secteur informel (ERI-ESI), le commerce constitue l’activité dominante du secteur informel au Mali. L’emploi informel représente plus de 90 % des unités économiques privées. La majorité des commerçants ne tient pas de comptabilité formelle et ne dispose ni d’assurance ni de couverture adaptée.

Cela explique la difficulté à établir des bilans précis après chaque sinistre. Entre magasins de stockage et boutiques de détail récemment ravitaillées en vue du Ramadan, les pertes sont difficilement quantifiables. Faute de traçabilité et de documents comptables, toute évaluation reste approximative.

Les marchés constituent pourtant un pilier de l’économie urbaine. Ils structurent l’approvisionnement alimentaire, génèrent des milliers d’emplois directs et indirects et participent à la stabilité sociale. Leur vulnérabilité expose donc non seulement des commerçants individuels, mais aussi l’équilibre économique de quartiers entiers.

Dédommagement

Pour l’heure, aucun bilan financier consolidé n’a été communiqué. Les commerçants sinistrés se sont réunis le 17 février pour discuter des démarches à entreprendre. Beaucoup n’espèrent pas un dédommagement intégral, mais au moins un appui pour redémarrer leurs activités.

Les organisations professionnelles évoquent la nécessité d’un fonds de soutien d’urgence destiné aux acteurs sinistrés. Une telle mesure permettrait d’éviter l’effondrement d’activités familiales qui constituent souvent l’unique source de revenu de ménages entiers.

Le mois de Ramadan accentue la gravité de la situation. Pour de nombreuses familles, cette période représente un pic de revenus. L’incendie prive brutalement des dizaines de ménages de leur principale source de subsistance. En ce mois de jeûne, les marchés enregistrent traditionnellement une hausse significative des transactions. La destruction des stocks à cette période a donc un effet multiplicateur sur les pertes économiques, bien au-delà des seules infrastructures détruites.

L’absence d’assurance structurée rend toute indemnisation systémique difficile. Les pertes sont assumées individuellement ou, dans certains cas, partiellement compensées par des aides publiques ponctuelles ou des élans de solidarité.

Le déficit de formalisation réduit l’accès au crédit et aux produits d’assurance. En cas de catastrophe, les pertes sont assumées individuellement, en l’absence de mécanismes de mutualisation des risques.

Rebâtir

La répétition des incendies pose la question de la reconstruction sur des bases nouvelles. Plusieurs capitales ouest-africaines ont engagé, après des sinistres similaires, des programmes de modernisation : redéfinition des allées, installation d’extincteurs obligatoires, contrôle des branchements électriques, création de couloirs de secours permanents.

À Bamako, la réorganisation des marchés supposerait une combinaison de mesures comme l’audit des installations électriques, le contrôle régulier, l’interdiction des branchements multiples non conformes, la matérialisation d’issues de secours, des bornes d’eau fonctionnelles, la sensibilisation des commerçants aux risques incendie.

La modernisation implique également une clarification foncière et une gestion concertée associant collectivités locales et organisations professionnelles. Le CNAM-Mali plaide depuis plusieurs années pour une implication intense des acteurs dans la gouvernance des marchés.

Outre la reconstruction matérielle, il s’agit d’engager une transformation structurelle. Un marché moderne ne se limite pas à des hangars reconstruits, il suppose une planification, des normes de sécurité, un minimum de formalisation et des mécanismes de protection contre les risques.

Les incendies répétés rappellent que les marchés, socles de l’économie urbaine, évoluent dans une fragilité persistante. Tant que les causes structurelles – désordre spatial, branchements anarchiques, absence d’équipements de sécurité et informalité massive – ne seront pas traitées de manière cohérente, le risque demeurera.

L’incendie de Sougouni-Coura révèle les limites actuelles de l’organisation des marchés urbains. La remise en état du site implique une révision des dispositifs de sécurité et des modalités de gestion.

Emploi : l’État renforce ses services régionaux

Le gouvernement a adopté, le 18 février 2026, un projet de décret révisant les cadres organiques des Directions régionales et des Services subrégionaux de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Ces structures, créées en 2009 pour mettre en œuvre les politiques nationales au niveau territorial, ont vu leur organisation jugée inadaptée après plus de dix ans d’application.

La réforme vise à corriger ces insuffisances et à redéfinir les effectifs nécessaires au fonctionnement des services déconcentrés pour les cinq prochaines années. Elle intervient dans un contexte où le marché du travail malien est largement dominé par l’informel. En effet, près de 97,5 % des emplois privés relèvent du secteur informel, avec une forte concentration dans le commerce (environ 81,7 % de l’activité informelle). Le chômage, en particulier chez les jeunes, reste élevé, et une proportion significative de la population active ne bénéficie ni de contrat formel ni de protection sociale.

En renforçant l’encadrement administratif au niveau régional et subrégional, les autorités entendent améliorer l’efficacité des dispositifs d’insertion professionnelle, d’accompagnement à l’entrepreneuriat et de formation qualifiante. Cette réorganisation vise aussi à rapprocher les services publics de l’emploi des populations, notamment dans les régions où l’accès aux opportunités économiques formelles est limité.

 

Le village Nangnerki, mémoire vivante

Au cœur du Festival Nangnerki, un espace capte immédiatement l’attention des visiteurs : le village reconstitué. Plus qu’un décor, il s’agit d’une immersion dans l’univers sénoufo et, au-delà, dans les fondements culturels du Mali. Installé à l’occasion de la 7ᵉ édition du festival, à proximité de la foire artisanale, cet espace se veut un lieu de transmission et de réflexion sur l’identité à l’heure de la modernité.

Dès l’entrée, le visiteur traverse un enclos de paille évoquant l’organisation traditionnelle d’un village sénoufo. Les cases portent des inscriptions précises : chambre des femmes, chambre du chef du village, cuisine. Construites en matériaux traditionnels, elles sont animées par des femmes qui y circulent, donnant au site une dimension vivante et non muséale.

L’initiative est portée par Kassim Bengaly, directeur du festival, avec la conception du styliste et scénographe Yacouba Touré. Leur ambition est de créer un pont entre générations. « Les enfants de la ville ne connaissent malheureusement pas le village. À travers cette scénographie, ils peuvent avoir envie d’y aller », explique Vieux Touré, figure du projet. Pour lui, connaître ses origines demeure essentiel à toute construction identitaire.

Le parcours dévoile des objets d’époque, une moto ancienne, une radio, une lampe tempête, mais aussi une forêt sacrée symbolique et un python, figure spirituelle forte dans la culture sénoufo. Un grenier traditionnel, un cheval et un espace royal complètent l’ensemble. Les visiteurs peuvent revêtir des tenues sénoufo ou bamanan, transformant la visite en expérience participative.

Un espace est également dédié aux Korêduga et aux guérisseurs, qui présentent leur rôle social et la pharmacopée traditionnelle. Cette présence rappelle l’importance persistante des savoirs locaux dans l’organisation communautaire.

En plus de la scénographie, le projet repose sur un travail de recherche mené avec des anciens et en collaboration avec la direction régionale de la culture. Le village Nangnerki apparaît ainsi comme un outil pédagogique et patrimonial, destiné à rapprocher les jeunes urbains d’un héritage parfois éloigné de leur quotidien.

Dans un contexte marqué par l’urbanisation et l’évolution des modes de vie, cette reconstitution interroge la place de la tradition dans la société contemporaine. Elle ne cherche pas à figer le passé, mais à rappeler qu’une identité se construit aussi à partir de sa mémoire. Ici, le village n’est pas seulement un lieu ; il devient un symbole de continuité culturelle.

 

Bandiagara : Koro face à l’afflux des réfugiés burkinabè

Le HCR fait état d’une forte augmentation des arrivées de réfugiés burkinabè dans le cercle de Koro. Plus de 71 000 personnes y sont désormais enregistrées, selon les données arrêtées fin décembre 2025.

Depuis avril 2025, plus de 51 000 nouveaux réfugiés burkinabè ont été enregistrés dans le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara, d’après le dernier point de situation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ce chiffre porte à plus de 71 000 le nombre total de réfugiés recensés dans la zone, auxquels s’ajoutent environ 6 000 personnes pré-enregistrées.

Selon les informations communiquées par le HCR et ses partenaires, une partie importante des nouveaux arrivants provient de localités du nord du Burkina Faso situées à proximité de la frontière malienne. Des villages des provinces du Yatenga et du Loroum sont régulièrement cités parmi les zones de départ, notamment Mené, Bongole et Pela pour le Yatenga, ainsi qu’Ingani, Posso et Andekanda pour le Loroum. D’autres évaluations humanitaires mentionnent également Birigondogo, Gona, Yansa et Madougou comme localités d’origine de familles ayant franchi la frontière vers Koro.

La majorité des réfugiés sont des femmes et des enfants. Les déplacements se sont effectués dans un contexte d’insécurité persistante dans ces zones rurales, poussant des ménages entiers à quitter leurs habitations et leurs terres agricoles.

À Koro et dans les communes environnantes, les réfugiés sont principalement accueillis par les communautés hôtes. Le HCR indique que cet afflux exerce une pression sur les services de base, notamment l’accès à l’eau, aux soins de santé, à l’éducation et aux abris. Les opérations d’enregistrement et d’assistance se poursuivent en coordination avec les autorités locales et les partenaires humanitaires.

 

Approvisionnement : le Premier ministre inspecte les stocks de denrées essentielles

Le 14 février 2026, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a effectué une visite dans plusieurs entrepôts de produits de première nécessité à Bamako. Cette sortie visait à vérifier la disponibilité des stocks à l’approche du Ramadan et du Carême.

Sur instruction du Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, le Chef du Gouvernement s’est rendu dans deux structures majeures d’approvisionnement. À la Société Mamadou Diarra S.A, il a été fait état de 15 000 tonnes de sucre et de 45 000 tonnes de riz disponibles en magasin. Aux Établissements Gaakoye et Frères, la délégation a pu constater la présence d’importantes quantités de riz, de sucre et d’huile destinées au marché national.

Selon les données fournies par la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence, les stocks disponibles auprès des grossistes au 14 février 2026 sont estimés à 94 641 tonnes de riz, 50 152 tonnes de sucre, 7 984 tonnes de farine de blé, 4 877 tonnes d’huile et 3 773 tonnes de lait en poudre. Ces chiffres ne prennent pas en compte les volumes déjà répartis dans les circuits de distribution.

Cette visite intervient dans un contexte de suivi renforcé des produits de grande consommation, marqué par une attention particulière aux conditions d’approvisionnement et aux tensions observées ces derniers mois sur certains marchés. Les autorités entendent ainsi rassurer les populations sur la disponibilité des denrées essentielles et prévenir toute spéculation à l’approche des périodes de forte demande.

Au terme de la tournée, le Premier ministre a salué l’implication des opérateurs économiques, des services du ministère de l’Industrie et du Commerce ainsi que des forces de sécurité dans la sécurisation des circuits d’approvisionnement. Les autorités estiment que les volumes actuels devraient permettre de couvrir les besoins des ménages dans les semaines à venir.

Coupes CAF : le Stade malien en quarts, Djoliba sauve l’honneur

Le samedi 14 février, le Stade malien a perdu 1-0 contre le Simba SC en Ligue des champions de la CAF, mais reste leader de son groupe et rejoint les quarts de finale. Le lendemain, dimanche 15 février, le Djoliba AC a écrasé le FC San Pedro 4-0 en Coupe de la Confédération, offrant une note d’espoir à ses supporters.

En déplacement en Tanzanie, le Stade malien de Bamako a concédé une courte défaite 1-0 face au Simba SC lors de la 6e et dernière journée de la phase de groupes de la Ligue des champions africaine. Le but décisif est intervenu dès la quatrième minute, signé par Anicet Oura, qui a trompé le gardien malien d’une frappe précise dès l’entame de la rencontre, donnant ainsi l’avantage aux locaux. Malgré une première période tendue et quelques occasions maîtrisées par les visiteurs, les Maliens n’ont pas réussi à renverser la situation ; leur possession de balle plus faible n’a pas suffi à créer un flux offensif constant.
Cette défaite n’a toutefois rien changé à l’essentiel. Avec 11 points au classement, le Stade malien assure sa qualification en quarts de finale, terminant en tête du groupe D devant l’Espérance sportive de Tunis, deuxième avec 9 points. Les Blancs avaient déjà validé leur ticket avant cette dernière journée, illustrant la régularité de leur parcours malgré ce revers honorifique lors de l’ultime match de poules.
Pour les supporteurs maliens, l’heure est à la fierté mêlée de frustrations. L’équipe a dominé sa phase de groupes, mais a cédé sur un coup du sort précoce, preuve que chaque détail compte au plus haut niveau continental.
La scène malienne s’est cependant animée le lendemain, dimanche 15 février, à Bamako, où le Djoliba AC a signé une large victoire sur le FC San Pedro en Coupe de la Confédération de la CAF. Devant son public au stade du 26-Mars, le club rouge a livré une performance aboutie, imposant son rythme dès l’entame du match et concrétisant son avantage très tôt grâce à des combinaisons franches et des attaques bien orchestrées.
Les Maliens ont fait exploser le score en première mi-temps, avec un but rapide dès la quatrième minute, suivi d’un second à la 24e minute, illustrant l’efficacité retrouvée sur le front offensif. Cette domination s’est poursuivie en seconde période, permettant au Djoliba de creuser l’écart et de conclure la rencontre sur le score sans appel de 4-0, un résultat qui apporte un sentiment de revanche après une série de rencontres difficiles.
Bien que cette victoire n’ait pas suffi à qualifier le Djoliba pour le tour suivant, elle a permis à l’équipe de terminer troisième du groupe A, devant le FC San Pedro, et de quitter la compétition sur une note positive, ce qui sera apprécié par les joueurs et les supporters. Cette performance éclatante, après une longue période sans succès dans les compétitions interclubs africaines, redonne une dynamique psychologique importante pour la suite.
Ces deux rencontres illustrent à la fois le haut niveau atteint par le football malien dans les compétitions africaines et les contrastes d’émotions vécus par les clubs et leurs supporters. Le Stade malien, habitué des grandes scènes continentales, poursuit son aventure en quarts de finale avec des ambitions toujours plus élevées, tandis que le Djoliba AC revient avec une victoire brillante et des enseignements pour l’avenir.

39e sommet de l’UA : sécurité et eau au cœur des priorités

Réunis les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, les chefs d’État africains ont défini les grandes orientations politiques du continent. Au terme du 39e Sommet de l’Union africaine, la stabilité institutionnelle, la lutte contre l’insécurité et l’accès durable à l’eau se sont imposés comme des priorités majeures.

Le sommet s’est achevé dans la capitale éthiopienne sur une série d’engagements visant à consolider l’intégration africaine et à renforcer la voix du continent sur la scène internationale. Dans un contexte marqué par des crises multiples, les dirigeants ont insisté sur la nécessité de préserver l’unité africaine face aux défis sécuritaires et économiques.
Sur la question des changements anticonstitutionnels de gouvernement, les chefs d’État ont réaffirmé le principe de tolérance zéro inscrit dans les textes de l’organisation. Plusieurs interventions ont rappelé que la multiplication des coups d’État ces dernières années fragilise les institutions et compromet les efforts de développement. Sans annoncer de nouvelles sanctions spécifiques, le sommet a souligné l’importance d’appliquer rigoureusement les mécanismes existants de l’Union africaine et de renforcer l’Architecture africaine de paix et de sécurité.
La progression des menaces terroristes a également occupé une place centrale dans les discussions. Du Sahel à la Somalie, en passant par certaines parties de l’Afrique centrale, les dirigeants ont exprimé leur profonde préoccupation face à l’expansion des groupes armés et à l’aggravation de l’insécurité. Les débats ont mis l’accent sur la nécessité d’une meilleure coordination entre États membres, d’un partage accru du renseignement et d’un financement plus prévisible des missions africaines de soutien à la paix. L’Union africaine a insisté sur l’urgence de rendre plus opérationnelle la Force africaine en attente afin de répondre plus efficacement aux crises.
Parallèlement à ces enjeux sécuritaires, le sommet a confirmé que l’année 2026 sera consacrée à l’eau et à l’assainissement durables. Ce thème, en cohérence avec l’Agenda 2063, vise à placer la gestion des ressources hydriques au centre des stratégies de développement. Les chefs d’État ont appelé à mobiliser davantage d’investissements, à renforcer la coopération transfrontalière et à réduire les inégalités d’accès à l’eau potable, un enjeu majeur pour la santé publique et la sécurité alimentaire.
La réforme de la gouvernance mondiale a constitué un autre axe fort des échanges. Les États membres ont réaffirmé leur position commune en faveur d’une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies. L’intégration récente de l’Union africaine au G20 a été saluée comme une avancée diplomatique significative, tout en soulignant la nécessité de maintenir une position africaine unifiée dans les négociations internationales.
Les progrès de la Zone de libre-échange continentale africaine ont également été examinés. Les dirigeants ont insisté sur l’accélération de sa mise en œuvre, notamment à travers la levée des barrières non tarifaires et l’harmonisation des politiques commerciales, afin de stimuler le commerce intra-africain et de renforcer la résilience économique du continent.
Dans un registre plus politique et mémoriel, les chefs d’État ont évoqué la question de la justice historique, examinant la possibilité d’une qualification juridique de la colonisation et de certains crimes liés à l’esclavage, dans une perspective de reconnaissance et de réparation.
Enfin, les discussions ont porté sur la réforme interne de l’organisation, avec la volonté affichée de bâtir une Union africaine plus efficace, plus autonome financièrement et davantage centrée sur les populations.
À Addis-Abeba, l’Union africaine a esquissé une feuille de route ambitieuse, centrée sur la stabilité institutionnelle, la lutte contre l’insécurité et la gestion durable des ressources stratégiques. Reste désormais à transformer ces engagements en actions concrètes, dans un environnement continental et international toujours plus exigeant.

Médina Coura : Des dégâts matériels après un incendie

Un violent incendie a ravagé une partie du marché de « Sougouni-coura », à Médina Coura, en commune II du district de Bamako dans la nuit du 15 au 16 février 2026. Si aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée, les dégâts matériels sont considérables et de nombreux commerçants ont tout perdu.

 

Le sinistre s’est déclaré peu après minuit dans ce marché très fréquenté du district de Bamako. Alertés aux environs de 00h30, les sapeurs-pompiers sont intervenus rapidement pour contenir les flammes et empêcher leur propagation vers d’autres zones commerciales. Leur intervention a permis d’éviter un embrasement plus large dans ce secteur dense où les installations sont souvent rapprochées.

 

Plusieurs boutiques et étals ont été entièrement détruits. Des stocks de marchandises, constitués pour certains à crédit ou en prévision des prochaines semaines d’activité, sont partis en fumée. Au lever du jour, commerçants et riverains constataient l’ampleur des pertes, entre désolation et inquiétude pour la reprise des activités.

 

Les circonstances précises de l’incendie restaient à établir. Une enquête a été ouverte afin d’en éclaircir les causes.

Le marché de Médina Coura constitue un espace économique vital pour de nombreuses familles. Il regroupe des vendeurs de produits alimentaires, d’articles divers et de biens de consommation courante, contribuant fortement à l’économie informelle de la capitale. La destruction de plusieurs points de vente représente un coup dur pour ces acteurs déjà confrontés à un environnement économique contraint.

 

Cet incendie relance par ailleurs les interrogations sur les conditions de sécurité dans les marchés urbains. Promiscuité des installations, branchements électriques précaires et absence d’équipements anti-incendie adaptés sont régulièrement pointés du doigt lors de précédents sinistres.

 

En attendant les conclusions de l’enquête, l’heure est au constat et à la solidarité. Pour les commerçants sinistrés, l’enjeu est désormais de pouvoir se relever rapidement afin de préserver leur activité et les revenus qui en dépendent.

 

Loulo-Gounkoto : dix ans de plus pour Barrick après deux ans de bras de fer

Le gouvernement malien a renouvelé pour dix ans le permis d’exploitation de la mine d’or de Loulo, dans la région de Kayes, mettant fin à près de deux années de tensions entre Bamako et le groupe canadien Barrick Mining. Le décret, adopté en Conseil des ministres le 13 février 2026, intervient à la veille de l’expiration du permis initial accordé le 14 février 1996 pour une durée de trente ans.

Le site est exploité par la Société des Mines de Loulo (SOMILO S.A.), détenue à 80 % par Barrick et à 20 % par l’État malien. Son périmètre, initialement de 48 km², couvre désormais plus de 261 km² dans le cercle de Kéniéba.

Le différend avait éclaté après l’adoption du Code minier révisé en 2023, qui renforce la fiscalité et la participation de l’État dans les projets extractifs. Les exportations avaient été suspendues, une administration provisoire installée sur le complexe Loulo-Gounkoto, quatre employés détenus et environ trois tonnes d’or temporairement saisies. Barrick avait saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), avant de retirer sa procédure dans le cadre d’un accord conclu fin 2025. Bamako s’était alors engagé à lever les poursuites et à restituer la pleine gestion du site.

Les tensions ont pesé sur la production nationale. Selon des chiffres provisoires rendus publics, la production industrielle d’or du Mali est tombée à 42,2 tonnes en 2025, contre 54,8 tonnes en 2024 et 66,48 tonnes en 2023. Loulo-Gounkoto, principal actif aurifère du pays, n’aurait produit qu’environ 5,5 tonnes en 2025, contre plus de 22 tonnes l’année précédente.

L’or représente 80 à 85 % des recettes d’exportation du Mali. En 2024, le complexe aurait généré près de 900 millions de dollars de revenus pour Barrick. Une nouvelle étude de faisabilité évoque des réserves exploitables pour six ans en surface et seize ans en souterrain, avec une production annuelle brute estimée à environ 420 920 onces.

Au-delà de la dimension technique, ce renouvellement formalise un compromis : appliquer le nouveau cadre minier voulu par l’État tout en préservant un investisseur majeur dans un secteur vital pour les finances publiques. Il marque également un signal de stabilisation contractuelle après un épisode de confrontation juridique et opérationnelle suivi de près par les acteurs du secteur extractif.

Fonction publique : un nouveau Statut général adopté en Conseil des ministres

Le Conseil des ministres du 13 février 2026 a adopté un projet d’ordonnance portant nouveau Statut général des fonctionnaires. Le texte vise à corriger les insuffisances relevées dans l’application de la loi n°02-053 du 16 décembre 2002, modifiée, qui encadrait jusqu’ici la gestion des agents de l’État.

Selon le communiqué officiel, la réforme redéfinit le champ d’application du statut conformément à la Constitution de 2023, intègre le Service national des jeunes dans le stage probatoire et remplace le système de notation par un dispositif d’évaluation du personnel. Elle prévoit également une nouvelle grille indiciaire avec une réduction du nombre d’échelons, institue une indemnité de départ à la retraite et précise la position des fonctionnaires appelés à servir au sein d’autorités administratives indépendantes.

Adopté par voie d’ordonnance, le texte devra être soumis au Conseil national de Transition pour ratification. Il s’inscrit dans la mise en œuvre des recommandations du Dialogue inter-Maliens et de la Conférence sociale, évoquées par le gouvernement.

La fonction publique malienne regroupe plusieurs dizaines de milliers d’agents répartis entre administrations centrales, services déconcentrés et collectivités territoriales. La masse salariale constitue un poste majeur du budget national, faisant de la gestion des carrières, de la formation continue et des mécanismes d’avancement des enjeux structurants pour l’administration publique.

Poids structurant

Selon les données budgétaires récentes, la masse salariale publique représente près de 35 % des dépenses de l’État et environ 48 % des recettes fiscales. Dans le projet de loi de finances 2026, elle est estimée à plus de 1 134 milliards de FCFA, contre un peu plus de 1 056 milliards en 2025, confirmant son poids structurant dans l’équilibre budgétaire national.

Un autre axe de la réforme porte sur la rationalisation de la formation continue et l’encadrement plus strict des avancements de catégorie par voie de formation. Le gouvernement met en avant la nécessité d’assurer une plus grande équité dans les promotions et d’adapter les compétences des agents aux évolutions technologiques et organisationnelles de l’administration, notamment dans le contexte de la modernisation et de la digitalisation des services publics engagées ces dernières années.

La nouvelle ordonnance intervient également dans un climat social marqué par des revendications récurrentes de syndicats de la fonction publique sur les conditions de travail, les carrières et les rémunérations. En introduisant un système d’évaluation en remplacement de la notation et en instituant une indemnité de départ à la retraite, les autorités entendent formaliser davantage les parcours professionnels et sécuriser les droits des agents en fin de carrière, tout en cherchant à renforcer la performance et la transparence dans la gestion des ressources humaines de l’État.

En 2025, le gouvernement avait engagé une revalorisation progressive des salaires dans le cadre du Pacte de stabilité sociale et de croissance, avec une hausse programmée de la valeur du point d’indice à partir de janvier 2026 et un impact budgétaire global estimé à plus de 100 milliards de FCFA. Parallèlement, une opération d’enrôlement biométrique a conduit à la suspension des rémunérations de plus de 36 000 agents non recensés, représentant plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.

 

Fatoumata Keïta et Fatoumata Yaranangoré : Deux femmes à la rencontre de leur destin

Dans leurs ouvrages autobiographiques, Fatoumata Keïta et Fatoumata Yaranangoré retracent un parcours de résistance face aux attentes sociales. Deux récits qui placent l’éducation au cœur de l’émancipation.

« Sur les traces du Destin » et « Echappée à ma destinée », deux ouvrages signés respectivement par Fatoumata Keïta et Fatoumata Yaranangoré, retracent les parcours de ces deux Maliennes au cheminement singulier. Dans leurs livres, elles racontent leur histoire, un itinéraire semé d’obstacles mais porté par l’optimisme et la volonté d’avancer. À travers leurs récits, elles interrogent le poids des traditions familiales et sociales dans la construction du destin des femmes, et le courage nécessaire pour en infléchir le cours.
Fatoumata Keïta et Fatoumata Yaranangoré partagent bien plus qu’un prénom. Elles évoluent dans une société malienne ouverte sur le monde, mais profondément attachée à ses traditions. Au nom de ces normes sociales, les femmes sont souvent assignées à des rôles prédéfinis, notamment celui de femme au foyer. C’est à cette trajectoire que nos deux auteures semblaient promises.
Inscrite à l’école par la volonté de ses parents, Fatoumata Keïta a failli interrompre son parcours en raison de difficultés familiales. Elle ne doit la poursuite de ses études qu’à sa détermination, à son courage et au soutien de personnes bienveillantes rencontrées en chemin. Elle s’est battue pour modifier une trajectoire qui paraissait déjà écrite.
Un avenir tout aussi balisé semblait attendre Fatoumata Yaranangoré. Dans son environnement, les filles étaient appelées à se consacrer au foyer, loin de toute ambition académique. Pourtant, elle choisit de poursuivre ses études malgré l’opposition de son père. Elle grandira sans lui, mais parviendra à obtenir ses diplômes et à s’affirmer comme entrepreneure. Pour accomplir leurs aspirations, toutes deux ont consenti des sacrifices, multiplié les efforts et refusé de renoncer à leurs rêves.
Quête d’autonomie
Ce qui relie ces deux parcours, c’est la conviction profonde que l’éducation constitue une voie d’émancipation. Pour Fatoumata Keïta, aujourd’hui écrivaine et éditrice, l’objectif était clair : aller au bout de ses études, malgré l’éloignement familial, la solitude et les incertitudes. Elle s’était fixé ce cap et ne l’a jamais abandonné.
De son côté, Fatoumata Yaranangoré est devenue la seule fille de sa famille à être scolarisée. Son engagement personnel lui a permis de dépasser les résistances et d’accéder à l’autonomie professionnelle.
À travers « Sur les traces du Destin », roman autobiographique de 252 pages publié aux éditions Bandama, et « Echappée à ma destinée », ouvrage de 177 pages paru aux éditions Librinova, les deux auteures adressent un message de résilience et d’espoir. Elles invitent les femmes, en particulier, à croire en leurs capacités et à se donner les moyens d’atteindre leurs propres ambitions.

Traité nucléaire : Un monde désormais sans cadre contraignant

Depuis l’expiration du traité New START, aucun accord juridiquement contraignant ne limite plus les arsenaux nucléaires stratégiques des États-Unis et de la Russie. Cette situation intervient alors que plusieurs États dotés de l’arme nucléaire sont engagés dans des tensions ou des conflits persistants.

La fin du traité New START met un terme au dernier accord bilatéral encadrant les forces nucléaires stratégiques américaines et russes. Entré en vigueur en 2011, cet accord s’inscrivait dans l’architecture de contrôle des armements développée depuis la fin de la Guerre froide, dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. New START fixait des limites précises au nombre d’ogives nucléaires stratégiques déployées ainsi qu’au nombre de vecteurs autorisés, incluant les missiles balistiques intercontinentaux, les missiles lancés depuis des sous-marins et les bombardiers lourds, selon des règles de comptage définies. Il prévoyait des échanges de données et des inspections sur site.

À ce jour, aucun dispositif juridiquement contraignant n’est venu remplacer ces mécanismes. À la suite de l’expiration du traité, la Russie a indiqué que les obligations qui en découlaient ne s’appliquaient plus. Les États-Unis et la Russie ont toutefois maintenu des échanges, par le biais de canaux de communication militaire et stratégique, et la question d’une éventuelle poursuite de l’observation de certains paramètres a fait l’objet de discussions. Les Nations unies ont relevé l’absence de cadre formel de contrôle des armements entre les deux principales puissances nucléaires.

Selon les estimations internationales les plus récentes, neuf États possèdent des armes nucléaires, les États-Unis et la Russie concentrant l’essentiel des ogives mondiales sur un total estimé à plus de douze mille, dans un contexte international marqué par plusieurs foyers de tension.

La guerre en Ukraine se poursuit entre la Russie et un pays soutenu par plusieurs puissances nucléaires occidentales. En Asie du Sud, l’Inde et le Pakistan restent engagés dans une rivalité militaire durable, tandis qu’en Asie de l’Est, la Corée du Nord développe ses capacités balistiques et la Chine modernise son arsenal stratégique.

Au Moyen-Orient, le programme nucléaire iranien reste au cœur de l’actualité internationale. L’Iran poursuit l’enrichissement de l’uranium à des niveaux élevés tout en participant à des discussions diplomatiques d’encadrement, dans un contexte régional tendu.

Dans ce contexte, l’expiration du traité New START laisse les relations nucléaires stratégiques entre grandes puissances sans cadre juridiquement contraignant commun. Elles reposent désormais sur des engagements unilatéraux et des contacts bilatéraux, dans un environnement international marqué par des crises et rivalités multiples.

Alerti : une réponse technologique face à la récurrence des inondations au Mali

Les inondations ne sont plus des événements exceptionnels au Mali. Ces dernières années, notamment lors des saisons hivernales 2023 et 2024, de fortes pluies ont provoqué la montée rapide du fleuve Niger et la saturation des caniveaux urbains, en particulier à Bamako, Ségou et Mopti.

Des quartiers entiers ont été submergés après quelques heures de précipitations intenses, révélant la fragilité des infrastructures de drainage et l’urbanisation souvent anarchique des zones inondables. Les bilans publiés par les autorités ont fait état de pertes en vies humaines, de milliers de sinistrés et de dégâts matériels considérables, notamment sur les habitations précaires.

Ces épisodes répétés mettent en lumière une difficulté structurelle entre autres l’anticipation. Si la Protection civile intervient régulièrement en urgence, les alertes arrivent souvent tardivement, lorsque l’eau a déjà envahi les habitations. Le problème n’est donc pas uniquement l’intensité des pluies, mais aussi l’absence de dispositifs locaux capables de signaler rapidement une montée anormale des eaux dans les quartiers à risque.

C’est en réfléchissant à tout ce qui vient d’être dit qu’a été conçu Alerti, un système d’alerte précoce imaginé par de jeunes Maliens. Il s’agit d’un capteur installé sous forme de poteau, semblable à un poteau électrique, placé dans des zones exposées aux crues ou aux accumulations d’eau. Le dispositif surveille en temps réel l’état de l’eau en période de pluie. Lorsque le niveau atteint un seuil critique, une alerte est transmise immédiatement à la Protection civile afin de déclencher des mesures d’urgence.

L’intérêt d’un tel système réside dans la rapidité de transmission de l’information. Dans une situation théorique où quelques dizaines de minutes peuvent aggraver une situation, disposer d’un signal automatisé peut améliorer la coordination des secours. Toutefois, l’efficacité d’Alerti dépendra de son déploiement à grande échelle, de sa maintenance et de son intégration dans un réseau d’intervention déjà contraint par des moyens limités.

Le projet a obtenu le 2ᵉ prix au Orange Summer Challenge 2025, ce qui lui a offert une visibilité accrue. Mais au-delà de la distinction, une grande question demeure : comment intégrer durablement ce type d’innovation dans une politique globale de prévention des risques, combinant aménagement urbain, sensibilisation des populations et planification climatique ?

IBRAHIM BABY

Dr Guida Landouré : « L’épilepsie touche 14 à 15‰ de la population au Mali »

Le 9 février est la Journée internationale de l’épilepsie. Cette maladie touche environ 50 millions de personnes à travers le monde et le Mali fait partie des zones les plus touchées, avec une prévalence de 14 à 15‰. Le Dr Guida Landouré, neurologue au CHU du Point G, nous fait un état des lieux.

Qu’est-ce que l’épilepsie ?

L’épilepsie est caractérisée par une répétition de crises. On appelle crise épileptique des symptômes neurologiques qui peuvent être des manifestations motrices ou sensitives non provoquées et durant quelques secondes ou minutes. Elles sont dues à une irritation des neurones au niveau du cerveau. On parle d’épilepsie lorsque deux crises, espacées de 24 heures, surviennent, ou lorsqu’une crise survient avec une probabilité de 60% d’une nouvelle crise dans les 10 ans qui suivent, comme dans la population générale, ou en présence d’un syndrome épileptique (Manifestation spécifique).

Comment diagnostiquer la maladie ?

Lorsqu’on est face à une crise épileptique, il est nécessaire d’effectuer des examens complémentaires. Le plus simple est l’électroencéphalogramme (EEG), qui permet d’enregistrer les activités du cerveau pour détecter une activité anormale, confirmant ainsi le diagnostic. On peut aussi recourir à des examens plus poussés comme le scanner ou l’IRM. Il faut retenir que le diagnostic de l’épilepsie est clinique. Selon le type de crise, des traitements adaptés sont disponibles.

Quelle est l’ampleur de la maladie au Mali ?

Environ 50 millions de personnes souffrent de cette maladie dans le monde. Depuis 10 ans, ce chiffre pourrait être encore plus élevé, car 80% des cas se trouvent dans les pays en développement. Au Mali, la prévalence est de 14 à 15‰, parmi les plus élevées au monde. Cette situation peut s’expliquer par le fait que le paludisme est endémique : pour les patients souffrant de neuro-paludisme, cela peut entraîner secondairement l’épilepsie. De plus, la propagation de diverses infections mal soignées et des comportements tels que le non-port de casque ou de ceinture peuvent, en cas d’accident, provoquer un traumatisme crânien.

Le traitement est-il accessible ?

Il existe des molécules abordables, même si elles peuvent avoir des effets secondaires. Cependant, les nouvelles molécules, qui sont chères et difficiles d’accès, peuvent devenir coûteuses, car il s’agit d’un traitement de longue durée. En revanche, les anciennes molécules restent accessibles pour les foyers à revenus moyens.

Existe-t-il des moyens de prévenir la maladie ?

Il est crucial d’encourager les parents à soigner leurs enfants à temps afin d’éviter des lésions. Les motocyclistes et automobilistes doivent également porter des casques et des ceintures. Pour les cas génétiques, il est conseillé d’éviter les mariages consanguins en présence de cas d’épilepsie dans la famille.

Enfants soldats : Une menace qui persiste 

À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’utilisation des enfants soldats, le 12 février, la situation au Mali reste marquée par une progression documentée des cas de recrutement d’enfants par des acteurs armés. Les derniers rapports des Nations unies montrent à la fois une aggravation des chiffres, mais aussi des efforts de prévention et de réintégration qui peinent encore à inverser la tendance.

La question des enfants soldats demeure l’une des violations les plus graves des droits de l’enfant en contexte de guerre. Elle heurte à la fois le droit international humanitaire, les conventions relatives aux droits humains et les principes moraux fondamentaux.
Au Mali, pays confronté depuis plus d’une décennie à une instabilité sécuritaire durable, cette réalité ne relève pas du passé. Elle continue d’être documentée par les mécanismes onusiens de surveillance.
À l’heure de la 25ème édition de la Journée internationale dite de la « main rouge », qui marque l’entrée en vigueur en 2002 du traité interdisant l’implication des enfants dans les conflits armés, le bilan apparaît contrasté. Si les normes et les engagements sont réels, la protection effective reste incomplète.
Une hausse confirmée des cas
Le dernier rapport du Secrétaire général des Nations unies sur les enfants et le conflit armé au Mali, publié le 9 janvier 2025, couvre la période allant du 1er avril 2022 au 31 mars 2024. Il s’agit du cinquième rapport spécifique consacré au pays dans le cadre du mécanisme mis en place par la résolution 1612 du Conseil de sécurité. Le document repose sur des cas vérifiés selon une méthodologie stricte et ne retient que les situations confirmées par l’équipe spéciale de pays.
Sur cette période, 1 052 enfants ont été confirmés comme ayant été recrutés et utilisés par des forces ou groupes armés. Le chiffre marque une hausse notable par rapport aux 901 cas vérifiés lors du cycle précédent. Le Secrétaire général relève une augmentation significative par rapport au cycle antérieur. Sur la base des données vérifiées, la moyenne mensuelle s’établit désormais à environ 44 enfants concernés, contre 38 lors du cycle précédent.
Les garçons représentent l’écrasante majorité des cas, mais la situation des filles conserve une gravité particulière. Moins nombreuses statistiquement, elles sont fréquemment affectées à des tâches domestiques ou logistiques et exposées à des violences sexuelles pendant leur association avec les groupes armés. Les cycles de vérification onusiens recensent des enfants âgés de 4 à 17 ans, ce qui confirme que le phénomène touche aussi des enfants très jeunes.
Le rapport met aussi en évidence la diversité des acteurs impliqués. Les groupes armés signataires du défunt Accord pour la paix et la réconciliation de 2015 figurent parmi les principaux auteurs documentés, aux côtés de groupes extrémistes armés notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS). Des cas sont également attribués aux Forces de défense et de sécurité nationales ainsi qu’à des milices communautaires.
Engagements juridiques
Face à ce phénomène, le Mali n’est pas dépourvu d’engagements juridiques. Le pays a adhéré aux principaux instruments internationaux destinés à protéger les enfants contre leur implication dans les conflits armés.
La Convention relative aux droits de l’enfant adoptée en 1989 établit un socle de garanties fondamentales et reconnaît le droit de l’enfant à être protégé contre toute forme de violence, d’exploitation et d’abus. Cette convention est juridiquement contraignante pour les États parties, dont le Mali.
En complément, le Protocole facultatif concernant l’implication des enfants dans les conflits armés renforce explicitement l’interdiction. Entré en vigueur le 12 février 2002, il élève à 18 ans l’âge minimum pour la participation directe aux hostilités et impose aux États de prendre toutes les mesures possibles pour empêcher le recrutement par des groupes armés non étatiques. En y adhérant, le Mali s’est engagé non seulement à interdire l’enrôlement de mineurs, mais aussi à prévenir, sanctionner et réparer ces violations.
Par ailleurs, le dispositif onusien de suivi s’appuie sur les résolutions 1612, 1882 et 2427 du Conseil de sécurité, qui ont institué un mécanisme de surveillance et de communication de l’information sur six violations graves commises contre les enfants en temps de conflit, dont le recrutement et l’utilisation par les groupes armés. Le Mali est intégré à ce mécanisme depuis plusieurs années.
Le pays a également souscrit aux Principes de Paris, qui définissent des lignes directrices pour la libération et la réintégration des enfants associés aux forces et groupes armés. Ces principes insistent sur l’accompagnement psychosocial, la réinsertion scolaire et la réintégration communautaire.
Dans son rapport, Antonio Guterres salue cette adhésion tout en invitant les autorités maliennes à aller plus loin. « Je demande au gouvernement de transition de souscrire aux Principes de Vancouver sur le maintien de la paix et la prévention du recrutement et de l’utilisation d’enfants soldats », affirme-t-il. Les Principes de Vancouver visent à renforcer l’intégration de la protection de l’enfance dans les opérations de paix et les dispositifs de sécurité. Leur adoption constituerait un signal politique supplémentaire et un cadre opérationnel utile.
Dans le même esprit, le Secrétaire général appelle à une évolution du droit interne malien en insistant sur la révision du projet de loi sur la protection de l’enfance afin « d’ériger en crime » le recrutement et l’utilisation d’enfants, notamment ceux âgés de 15 à 17 ans, ainsi que les autres violations graves commises contre des enfants.
Le code pénal adopté en décembre 2024 définit, en son article 242-85, le recrutement et l’utilisation d’enfants de moins de 18 ans dans les forces de sécurité ou des groupes armés. L’infraction est punie des peines prévues à l’article 242-83, soit une réclusion pouvant aller jusqu’à dix ans.
Des causes enracinées dans la crise multidimensionnelle
Cependant, le droit ne suffit pas à lui seul à empêcher les recrutements. Les Nations unies soulignent que les causes observées au Mali sont largement enracinées dans la dégradation des conditions de vie.
Le recrutement se fait majoritairement au niveau communautaire et s’explique souvent par la détresse économique des familles. Lorsque les ménages ne peuvent plus couvrir les besoins essentiels, certains enfants rejoignent des groupes armés dans l’espoir d’obtenir nourriture, protection ou revenus.
Le rapport met en lumière un facteur déterminant : la fermeture massive d’écoles pour raisons sécuritaires. 1 788 établissements étaient fermés durant la période étudiée, selon les données vérifiées par les Nations unies. « L’école constitue à la fois un espace de protection et un facteur de résilience sociale. Lorsqu’elle disparaît, le risque de basculement augmente. Les enfants déscolarisés deviennent plus visibles, plus disponibles et plus vulnérables aux pressions des recruteurs », explique un acteur humanitaire.
L’insécurité alimentaire, la faiblesse des services sociaux, les déplacements de population et l’effritement des structures communautaires traditionnelles aggravent encore cette exposition.
« Dans certains cas, les familles n’ont pas dissuadé leurs enfants de rejoindre des groupes armés, voire les y ont encouragés pour des raisons de survie ou de protection locale », poursuit notre interlocuteur.
Obstacles persistants
Plusieurs obstacles structurels freinent aujourd’hui l’éradication du phénomène au Mali. D’abord, l’insécurité persistante dans de nombreuses zones limite l’accès des acteurs étatiques et humanitaires. Ensuite, la fragmentation des groupes armés complique le dialogue et les engagements de cessation de recrutement.
Par ailleurs, l’impunité demeure un facteur aggravant. Lorsque les recruteurs ne sont pas poursuivis ou sanctionnés, le caractère dissuasif de la norme disparaît. Les mécanismes judiciaires spécialisés restent insuffisamment mobilisés.
Parallèlement, les programmes de réinsertion souffrent parfois de financements limités. Or, sans accompagnement durable, les enfants libérés risquent d’être de nouveau enrôlés.
Un autre défi réside dans la stigmatisation. Les enfants sortis des groupes armés sont parfois rejetés par leur communauté. Cette exclusion sociale compromet la réintégration et favorise les retours vers les groupes armés qui, paradoxalement, offrent un sentiment d’appartenance.
Leviers d’actions
À l’échelle mondiale, le rapport du Secrétaire général publié le 17 juin 2025 sur les enfants et les conflits armés, couvrant l’année 2024, confirme que si le recrutement reste à un niveau très élevé avec 7 402 cas vérifiés, la libération progresse également.
Plus de 16 482 enfants ont bénéficié d’un appui de protection ou de réintégration au cours de cette seule année. Cela démontre que les mécanismes de négociation, de libération et de prise en charge peuvent produire des résultats lorsqu’ils sont soutenus.
Selon l’analyste politique et sécuritaire Oumar Sidibé, les leviers identifiés au Mali pour lutter contre le phénomène passent, entre autres, par le renforcement des poursuites judiciaires, la réouverture sécurisée des écoles et l’appui économique aux familles vulnérables.
« La formation des forces de sécurité, l’intégration des standards internationaux dans les doctrines opérationnelles et la coopération avec les mécanismes onusiens constituent également des axes déterminants », souligne-t-il.
Pour lui, la prévention communautaire apparaît également comme un pilier essentiel. « Plus les communautés sont informées, soutenues et associées aux stratégies de protection, plus le recrutement peut être détecté et découragé en amont », conclut M. Sidibé.
Mohamed Kenouvi

Digitalisation : le casier judiciaire et le certificat de nationalité désormais accessibles en ligne

Le ministère de la Justice a procédé, ce mardi 10 février 2026 à Bamako, au lancement officiel des plateformes numériques dédiées à la délivrance du casier judiciaire et du certificat de nationalité. Une démonstration du dispositif a été faite au cours de la cérémonie organisée dans les locaux du département.

Désormais, les usagers peuvent effectuer leurs demandes de casier judiciaire via le portail ecasierjudiciaire.gouv.ml, tandis que le certificat de nationalité est accessible à travers la plateforme enationalite.gouv.ml. Les démarches peuvent être réalisées entièrement en ligne, depuis la demande jusqu’à la réception du document.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la modernisation de l’administration judiciaire et de la mise en œuvre du Système intégré de gestion des dossiers judiciaires, porté par le ministère de la Justice. Elle vise à faciliter l’accès des citoyens à des documents administratifs essentiels, souvent requis pour les concours, les recrutements, les voyages ou certaines procédures judiciaires.

Selon les responsables du projet, la digitalisation de ces services permet également de réduire les déplacements vers les tribunaux, de limiter les délais de traitement et d’assurer une meilleure traçabilité des demandes. Le système repose sur des procédures standardisées, contribuant à une plus grande transparence dans la délivrance des actes.

Le lancement de ces plateformes marque une étape supplémentaire dans le processus de transformation numérique des services publics, engagé par les autorités, avec pour objectif d’améliorer la qualité du service rendu aux usagers sur l’ensemble du territoire.

Selon les informations communiquées lors de la démonstration, les plateformes sont accessibles sur l’ensemble du territoire national et destinées aussi bien aux citoyens résidant au Mali qu’à ceux de la diaspora. Les demandes s’effectuent à partir d’un formulaire numérique sécurisé, avec un traitement centralisé par les services compétents. Les documents délivrés conservent la même valeur légale que ceux obtenus par les procédures classiques, conformément aux dispositions en vigueur.

 

Kalan : une application innovante pour un apprentissage efficace

La plateforme éducative Kalan a été lancée ce 6 février 2026. Née d’une volonté de rendre l’apprentissage accessible aux élèves et étudiants, la plateforme ambitionne d’établir un pont durable entre enseignants et apprenants. Initiée par Fatoumata Yaranangoré, une entrepreneure malienne, et son associé Aly Bocoum, Kalan se veut un outil innovant au service d’un enseignement de qualité.

« Des élèves motivés et ambitieux, mais souvent seuls face à leurs difficultés ou sans accompagnement régulier ; des enseignants engagés, mais limités par le temps et les moyens ». C’est ce constat, véritable cri de cœur, qui a motivé Fatoumata Yaranangoré à initier Kalan, l’application éducative qui établit le lien entre enseignants et apprenants.
À l’heure du numérique, la transmission du savoir ne doit plus souffrir de barrières. La plateforme digitale Kalan ambitionne donc de rendre les études plus accessibles, à travers un professeur à l’écoute, une leçon révisée ou encore une incompréhension levée. L’objectif est d’apprendre autrement et de façon plus efficace. L’éducation doit entrer dans une nouvelle ère grâce à cet outil innovant, mais « pas question de remplacer l’école », s’empresse d’ajouter l’initiatrice de Kalan. Il s’agit plutôt de renforcer l’école en permettant aux apprenants de s’améliorer.
« Un cadeau pour les apprenants »
Accessible à travers les appareils connectés, l’application propose de « faire de son téléphone son allié pour réussir ». C’est un apprentissage adapté pour développer ses compétences et se préparer efficacement aux exigences du monde professionnel.
L’application est aussi un outil complémentaire pour les autorités publiques, contribuant à la démocratisation du savoir et à la transformation digitale du système éducatif.
L’application permet aux élèves et étudiants d’accéder à un cours ou un accompagnement personnalisé à partir d’un coût modique, variant en fonction du type de cours.
Les revenus générés par l’application appartiendront à 70 % aux enseignants, auteurs des cours, ajoute la promotrice. Les parents d’élèves auront également l’occasion de suivre l’évolution de leurs enfants afin d’opter pour les corrections nécessaires. Outre la rapidité et l’efficacité pour appuyer la compréhension, les enseignants inscrits sur la plateforme seront notés par les élèves, ce qui leur permettra de s’améliorer pour mieux répondre aux attentes.
L’application porte une attention particulière aux classes d’examen afin d’aider les candidats à mieux se préparer pour réussir. L’outil comprend une innovation majeure : une intelligence artificielle, pour offrir un accompagnement en temps réel et à tout moment.
L’existence d’un cadre juridique est également une des garanties que les promoteurs de Kalan promettent. Le lancement de Kalan est la promesse d’un partenariat stratégique avec l’État et le point de départ d’une collaboration entre l’État et le secteur privé dans l’amélioration de l’offre éducative.

« Libération des intelligences » : Mamadou N’Diaye plaide pour une refondation des repères africains

La présentation officielle de l’ouvrage « Libération des intelligences, une chance pour l’Afrique et pour le monde », de Mamadou N’Diaye, s’est tenue le 7 février 2026 au Mémorial Modibo Keita. Cette cérémonie s’est déroulée en présence de l’auteur et de plusieurs personnalités politiques et intellectuelles maliennes, venues saluer une contribution présentée comme une invitation à repenser les bases de la pensée et de l’action sur le continent.

Publié en décembre 2025 aux Éditions L’Harmattan, l’ouvrage compte 236 pages et se présente comme une réflexion de fond sur les cadres invisibles qui structurent les manières de penser, de juger et d’agir en Afrique.
Issu d’une introspection que l’auteur qualifie lui-même de longue et exigeante, le texte entend rompre avec les modèles imposés et encourager une relecture critique des concepts dominants à partir des réalités africaines.
Le livre propose une traversée des repères intellectuels, éducatifs, politiques et culturels, avec l’objectif de réancrer la pensée dans les expériences vécues. Mamadou N’Diaye y développe une approche qui mêle analyse historique, questionnement philosophique et propositions de transformation institutionnelle.
La cérémonie s’est articulée autour de plusieurs temps forts : une critique littéraire de l’œuvre, des échanges directs avec l’auteur, des témoignages vidéo de lecteurs et une séance interactive avec le public.
L’analyse critique a été assurée par le Pr Issoufi Dicko, ancien secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, qui a mis en avant la densité conceptuelle du livre et son ambition de questionner les évidences héritées.
Une architecture en cinq axes de réflexion
L’essai est structuré en cinq grandes parties. La première, consacrée à la relecture des « boussoles » intellectuelles, interroge des notions jugées fondamentales comme l’intelligence, la civilisation, la solidarité, l’éducation ou la justice. L’auteur y défend la nécessité d’un examen critique de ces concepts, souvent importés ou appliqués sans contextualisation suffisante.
La deuxième partie introduit la notion d’« épistémicide », décrite comme une destruction ou une marginalisation progressive des savoirs africains sous l’effet de la domination coloniale et de ses prolongements. Le livre y relie cette dynamique à plusieurs problématiques contemporaines, notamment la gouvernance, la corruption, les questions de genre, la laïcité, l’ethnicité et le terrorisme, afin de montrer la complexité des défis actuels.
La troisième partie élargit l’analyse aux rapports internationaux. Elle explore les déséquilibres géopolitiques hérités de la colonisation et les limites des indépendances formelles. Mamadou N’Diaye y discute des mécanismes de dépendance persistants, des formes de néocolonisation et des pistes alternatives comme le panafricanisme ou certaines formes de fédéralisme régional.
La quatrième section s’intéresse à la gouvernance et aux institutions. L’auteur y plaide pour une refondation des modèles politiques, en revisitant les notions de territoire, de nation, de citoyenneté et de démocratie. L’enjeu, selon lui, est de sortir des schémas importés pour imaginer des systèmes plus en phase avec les contextes sociaux et culturels africains.
Enfin, la cinquième partie se veut un appel au « réveil des intelligences ». Elle projette l’idée d’une Afrique capable de proposer de nouvelles grilles de lecture du monde et de contribuer activement à la reconstruction des équilibres globaux par la pensée et l’innovation.
Mohamed Kenouvi

Secteur minier : l’État renforce son contrôle avec la SOPAMIM

Adoptée en Conseil des ministres le 6 février 2026, la création de la Société de Patrimoine minier du Mali marque une nouvelle étape dans la stratégie de reprise en main du secteur aurifère. À travers cette réforme, les autorités veulent mieux structurer la gestion des participations publiques dans une industrie clé de l’économie nationale.

Le Mali poursuit la refonte de la gouvernance de son secteur minier avec la mise en place de la SOPAMIM, une société anonyme intégralement détenue par l’État et dédiée à la gestion de son patrimoine minier. Cette nouvelle structure a pour mission de centraliser les parts publiques détenues dans les sociétés minières, d’assurer le suivi des dividendes, de représenter l’État dans les organes de gouvernance et de sécuriser les intérêts nationaux dans un secteur longtemps marqué par une gestion éclatée.

Le secteur aurifère constitue l’un des piliers de l’économie malienne. L’or représente plus de 75 % des exportations du pays et contribue à hauteur d’environ 25 % des recettes budgétaires, pour une part estimée à près de 10 % du produit intérieur brut. Le Mali figure parmi les principaux producteurs d’or en Afrique, avec une production annuelle oscillant autour de 65 à 70 tonnes ces dernières années, principalement issue de mines industrielles exploitées par des groupes internationaux.

La création de la SOPAMIM s’inscrit dans la continuité du Code minier de 2023, qui a profondément modifié la place de l’État dans les projets extractifs. La législation prévoit désormais une participation gratuite de 10 % pour l’État dans tout nouveau projet minier, assortie d’une option d’acquisition pouvant porter la participation publique totale jusqu’à 30 % durant les premières années d’exploitation commerciale. Ces dispositions traduisent la volonté des autorités de capter une part plus importante de la valeur créée par l’exploitation des ressources naturelles.

En centralisant la gestion de ces participations, la SOPAMIM vise à améliorer la transparence et l’efficacité du suivi financier, dans un contexte où les audits menés ces dernières années ont mis en lumière d’importants manques à gagner pour le Trésor public. Les autorités estiment que plusieurs centaines de milliards de francs CFA pourraient être mieux mobilisées à moyen terme grâce à une gouvernance plus rigoureuse du secteur.

Cette nouvelle société complète le dispositif mis en place sous la transition, notamment avec la création de structures publiques dédiées à l’exploitation et à la recherche minière, traduisant une orientation claire vers un État actionnaire et stratège, au-delà de son rôle traditionnel de régulateur. À travers la SOPAMIM, le secteur aurifère est appelé à devenir non seulement une source de devises, mais aussi un levier plus structurant de financement du développement et de redistribution des richesses au profit de l’économie nationale.

5e journée des Coupes CAF : le Stade Malien qualifié, le Djoliba AC éliminé

Le dimanche 8 février 2026 a livré son verdict pour les clubs maliens engagés en compétitions africaines. À Bamako, le Stade Malien a validé son billet pour les quarts de finale de la Ligue des champions tandis qu’à Safi (Maroc) le Djoliba AC a concédé une nouvelle défaite synonyme d’élimination en Coupe de la Confédération.

Le football malien a connu une soirée à deux visages à l’occasion de la cinquième et avant-dernière journée des phases de groupes des compétitions de la CAF. Deux rencontres disputées presque simultanément ont définitivement fixé le sort des représentants maliens engagés, avec des issues diamétralement opposées.

Au stade du 26-Mars de Bamako, le Stade Malien recevait l’Espérance Sportive de Tunis avec l’objectif clair de s’imposer pour se qualifier avant la dernière journée. Dans une rencontre fermée et disputée, les Bamakois ont su faire la différence en seconde période grâce au jeune Daouda Coulibaly. Âgé de 23 ans, l’attaquant malien a inscrit l’unique but de la rencontre, offrant une victoire 1-0 à son équipe. Ce succès, acquis face à un adversaire habitué aux joutes continentales, permet au Stade Malien de totaliser onze points après cinq journées et de valider officiellement sa qualification pour les quarts de finale de la Ligue des champions CAF, à une journée de la fin de la phase de groupes.

Cette victoire place le club malien en tête de son groupe et confirme la solidité de sa campagne continentale. L’Espérance de Tunis, deuxième avec six points, devra pour sa part attendre la dernière journée pour tenter de décrocher sa qualification face à Petro Luanda, également crédité de six points, tandis que Simba SC ferme la marche avec trois unités.

Au même moment, en Coupe de la Confédération CAF, le Djoliba AC se déplaçait au Maroc pour affronter l’Olympique Club de Safi lors d’un match crucial pour la survie dans le groupe. La rencontre a débuté de manière défavorable pour les Rouges de Bamako, Sofiane El Moudane ouvrant le score dès la première minute pour les Marocains. Le Djoliba est parvenu à réagir rapidement grâce à Aboubacar Diarra, auteur de l’égalisation sur penalty à la quatorzième minute. Cet équilibre n’a toutefois pas résisté à la reprise, El Moudane inscrivant son deuxième but personnel à la cinquantième minute pour redonner un avantage définitif à l’OC Safi.

La défaite 2-1 laisse le Djoliba AC à la dernière place de son groupe avec un seul point récolté en cinq journées. À ce stade de la compétition, le club bamakois ne peut plus prétendre à une qualification pour la phase à élimination directe. De son côté, l’Olympique Club de Safi consolide sa deuxième place avec douze points et aborde la dernière journée dans une position favorable.

La sixième et dernière journée de la phase de groupes se disputera entre le 13 et le 15 février 2026. En Ligue des champions CAF, le Stade Malien se déplacera en Tanzanie pour affronter le Simba SC, une rencontre comptant pour le classement final du groupe, la qualification étant déjà acquise. En Coupe de la Confédération CAF, le Djoliba AC recevra à Bamako le FC San Pedro lors d’un dernier match de groupe, sans enjeu qualificatif pour le club bamakois.

Cette cinquième journée des Coupes CAF aura ainsi définitivement fixé les trajectoires des deux clubs maliens, entre la confirmation d’une qualification méritée pour le Stade Malien et la fin de parcours continentale pour le Djoliba AC.

 

Plan de réponse humanitaire 2026 : les autorités maliennes et les partenaires humanitaires fixent le cadre

Le Plan de réponse humanitaire 2026 a été présenté le 5 février 2026 à Bamako. Il encadre l’assistance humanitaire pour l’année en cours dans un contexte marqué par des besoins élevés et des contraintes de financement persistantes.

La ministre de la Santé et du Développement social, le colonel-major Assa Badiallo Touré, a pris la parole lors de la cérémonie de présentation du Plan de réponse humanitaire 2026 tenue à Bamako. Elle a rappelé l’engagement des autorités à soutenir les populations les plus vulnérables, notamment les personnes déplacées internes, les réfugiés, les retournés et les rapatriés maliens. La ministre a indiqué que des mesures sont engagées pour restaurer la paix et faciliter le retour des personnes déplacées dans leurs localités d’origine. Elle a également souligné que la prise en compte des effets du changement climatique figure parmi les priorités nationales, avec des actions orientées vers la mitigation et le renforcement de la résilience.
La présentation du plan s’est déroulée sous la coordination du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies au Mali, OCHA, en présence de représentants du gouvernement, des agences des Nations unies, des partenaires techniques et financiers ainsi que des organisations humanitaires nationales et internationales.
Selon le document publié sur ReliefWeb, 5,1 millions de personnes sont identifiées comme ayant besoin d’une assistance humanitaire au Mali en 2026. La communauté humanitaire prévoit d’orienter ses interventions vers 3,8 millions de personnes. Le financement requis pour la mise en œuvre du plan est estimé à 577,9 millions de dollars. Le contexte humanitaire demeure marqué par l’insécurité persistante, les déplacements de populations, les vulnérabilités socio-économiques structurelles, les chocs climatiques et des épisodes épidémiques, en particulier dans les régions du nord et du centre du pays.
Le dispositif prévoit une priorisation géographique des interventions dans 97 des 159 cercles administratifs du Mali. Parmi ces zones, 45 cercles présentent des poches de sévérité aiguë intégrées au ciblage, y compris lorsque le niveau global de sévérité du cercle n’atteint pas le seuil critique selon l’échelle multisectorielle utilisée par les acteurs humanitaires.
Les données rappellent que la réduction de plus de 20 % du nombre de personnes ciblées, du financement requis et du nombre de personnes identifiées comme étant dans le besoin par rapport à 2025 ne traduit pas une amélioration de la situation humanitaire. Selon le Financial Tracking Service des Nations unies, le Plan de réponse humanitaire 2025 pour le Mali avait requis 771,3 millions de dollars. Au 6 février 2026, le financement total rapporté s’élevait à 225 millions de dollars, dont 179,7 millions de dollars mobilisés à travers les plans coordonnés, soit un taux de couverture de 23,3 %.
Présentant le cadre opérationnel de la réponse humanitaire, la coordonnatrice résidente des Nations unies au Mali et coordonnatrice humanitaire, Hanaa Singer-Hamdy, a indiqué que l’action humanitaire avait permis d’assister 1,8 million de personnes en 2025 malgré des contraintes d’accès et de financement. Elle a précisé que le dispositif 2026 vise à fournir une assistance vitale tout en renforçant les liens entre aide humanitaire, relèvement et développement, conformément aux orientations des Nations unies.
Pour l’année 2026, le plan met en évidence des besoins humanitaires encore importants, notamment en matière d’abris, d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, d’éducation, de nutrition, de protection et de sécurité alimentaire, tels que documentés dans le résumé exécutif publié par OCHA.
En 2026, la situation humanitaire au Mali reste marquée par des besoins élevés, dans un contexte de contraintes persistantes sur les financements.

« Les lieux du sacré » : Un recours aux sources sans nostalgie

Le plasticien malien Ibrahim Bemba Kébé expose Les lieux du sacré jusqu’au 30 mars 2026 à l’Institut français du Mali. À travers cette exposition, il interroge la persistance du sacré dans les sociétés contemporaines, entre héritages symboliques et réalités actuelles. Entretien.

Les lieux du sacré est le titre de votre nouvelle exposition. De quoi s’agit-il ?

Cette exposition est une réflexion sur les espaces, visibles ou invisibles, où le sacré continue d’exister aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement de lieux physiques, mais aussi de corps, de gestes, de silences, de mémoires et de rituels. À travers la peinture, la sculpture et l’installation, je propose une traversée entre traditions anciennes et présent, en montrant que le sacré se transforme et se déplace sans disparaître.

Y a-t-il un lien avec les crises que traverse le Mali ?

Oui, ce lien est réel. En période de crise, les sociétés cherchent des repères profonds. Mon travail n’apporte pas une réponse politique, mais une réflexion sur la fragilisation et parfois le détournement de nos repères symboliques et spirituels. Le sacré devient alors un espace de résistance intérieure et de reconstruction.

Votre démarche invite-t-elle au silence et à la méditation ?

Absolument. Nous vivons dans une saturation permanente de paroles et d’images. J’essaie de proposer des œuvres qui offrent un temps de pause, qui ne s’imposent pas par le discours mais qui invitent à ressentir, à contempler et à se recentrer.

Faites-vous référence au sacré traditionnel africain ?

Oui, mais sans nostalgie. Je m’inspire des cosmogonies africaines, des rituels et des objets sacrés, tout en les mettant en dialogue avec des éléments contemporains. L’enjeu n’est pas de figer les traditions, mais de montrer qu’elles sont vivantes et capables de dialoguer avec le présent.

Après Bamako, quelles seront les prochaines étapes ?

L’exposition est appelée à voyager, avec des résidences et des expositions prévues à l’international. Bamako reste toutefois une étape-clé, car c’est ici que ce travail trouve tout son sens.

Quel bilan faites-vous de l’année de la Culture ?

Elle a remis la Culture au centre du débat public. Mais les besoins en structuration, en soutien durable aux artistes et en plateformes professionnelles demeurent importants.

Quels sont vos projets à venir ?

Je poursuis mes recherches sur le corps, le rituel et la mémoire à travers la peinture, la sculpture et l’installation, avec des résidences et expositions prévues en Afrique de l’Ouest et à l’international, tout en restant engagé auprès de la scène artistique malienne.

Émission de titres publics 2026 : Le Mali vise 1 450 milliards FCFA sur le marché financier régional

La Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique a procédé, le 5 février 2026 à Bamako, au lancement officiel du calendrier d’émission des titres publics pour l’exercice 2026. Les autorités financières annoncent un programme ambitieux de mobilisation de ressources, dans un contexte de stabilité macroéconomique jugé encourageant.

La cérémonie de lancement, tenue sous la présidence du ministre de l’Économie et des Finances, a enregistré la présence du Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique, de la Directrice d’UMOA-Titres, du Directeur national de la BCEAO pour le Mali, ainsi que de nombreux acteurs financiers, notamment des représentants des banques, compagnies d’assurance, sociétés de gestion et investisseurs institutionnels.
Au cœur de la rencontre se trouvait la présentation détaillée du programme d’émissions de l’État du Mali pour 2026. Selon les chiffres officiels, le montant total à mobiliser s’élève à 1 450 milliards de FCFA, à travers 27 émissions de titres publics, composées de 480 milliards de FCFA en bons du Trésor et 970 milliards de FCFA en obligations.
« Ce niveau d’endettement reste soutenable parce qu’il est conforme à la stratégie d’endettement de l’État du Mali et préserve également la viabilité de la dette publique », a rassuré le Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique, Siaka Samaké.
Il a également lancé un appel aux investisseurs pour une participation accrue aux émissions à venir, soulignant que certaines banques disposent encore de marges pour renforcer leur engagement.
La répartition trimestrielle des levées de fonds prévoit 340 milliards de FCFA au 1er trimestre, 400 milliards au 2ème, 430 milliards au 3ème et 280 milliards au 4ème trimestre. Cette programmation vise à lisser les besoins de financement de l’État tout en tenant compte des capacités d’absorption du marché régional.
Des indicateurs macroéconomiques jugés solides
Les responsables du Trésor public ont mis en avant plusieurs indicateurs macroéconomiques pour renforcer la confiance des investisseurs. En 2025, la croissance économique s’est établie à 6,1 %, tandis que l’inflation est restée contenue autour de 2,8 %. Le taux d’endettement public atteignait 42,3 % du PIB à la fin de 2025, un niveau présenté comme maîtrisé au regard des normes communautaires.
« Malgré le contexte difficile auquel le pays a été confronté en 2025, l’économie a montré une solide résilience », a insisté Boubacar Diakité, Directeur des Affaires monétaires, économiques et financières.
Il a rappelé que les agences de notation Moody’s et Bloomfield ont maintenu leurs notes du Mali en 2025 avec des perspectives stables, y voyant le reflet de la dynamique économique et des efforts de mobilisation des ressources intérieures.
Les perspectives à moyen terme tablent sur une croissance de 6,3 % en 2026 et de 6,5 % à l’horizon 2028. Le solde budgétaire est projeté à 2,4 % en 2026, puis à 2,9 % en 2028, tandis que le taux de pression fiscale progresserait de 14,6 % à 15,5 % sur la même période.
Prenant la parole au nom du secteur bancaire, Mme Sidibé Aïssata Koné, Présidente de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Mali (APBEF), a réaffirmé le soutien des banques à la stratégie de financement de l’État. Elle a assuré que, comme par le passé, l’accompagnement du secteur financier ne fera pas défaut en 2026.
Le ministre de l’Économie et des Finances, Alousseini Sanou, a pour sa part souligné que le Mali affiche « des fondamentaux macroéconomiques globalement solides », fruits de la discipline budgétaire, des réformes structurelles et de la priorisation des dépenses publiques.
S’adressant directement aux investisseurs, il les a invités à une participation conséquente aux émissions prévues en 2026. Selon lui, la souscription aux titres publics du Mali contribue directement au financement de projets structurants, de politiques sociales et d’infrastructures économiques, au service d’une croissance plus robuste.
La rencontre a également permis de dresser le bilan des mobilisations de 2025. Au cours de l’exercice écoulé, l’État du Mali a levé 1 193 milliards de FCFA sur le marché financier régional à travers 34 émissions, dont 32 par adjudication et 2 par appel public à l’épargne.
La cérémonie s’est achevée par la remise de prix aux trois meilleurs investisseurs en titres publics du Mali en 2025, à savoir la BDM-SA, la BMS et la BNDA.
Mohamed Kenouvi

AGOA : Une prolongation sous conditions

Les États-Unis ont reconduit le 3 février 2026 l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), mais pour une durée limitée à un an, confirmant le caractère transitoire de la décision. Le programme permet actuellement à près de 30 pays africains d’exporter vers le marché américain plusieurs milliers de produits en franchise de droits de douane.

Cette reconduction courte reflète les débats en cours à Washington sur l’avenir de l’AGOA. Longtemps présenté comme un pilier des relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique, le dispositif est désormais évalué à l’aune de ses retombées directes pour l’économie américaine. Plusieurs responsables estiment que le programme doit davantage favoriser les investissements américains, la création d’emplois aux États-Unis et une meilleure intégration des entreprises américaines dans les chaînes de valeur liées au continent.

À l’inverse, d’autres courants défendent l’AGOA comme un instrument stratégique de partenariat, utile à la diversification des économies africaines et au maintien de l’influence américaine face à une concurrence internationale intense. Le débat reste donc entier entre ceux qui voient l’AGOA comme un système à prolonger et à adapter et ceux qui y voient un programme ponctuel, appelé à évoluer vers des accords commerciaux plus ciblés et conditionnés aux intérêts économiques américains.

Lutte contre les mutilations génitales féminines : On avance à petits pas

Au Mali, les mutilations génitales féminines (MGF) restent largement pratiquées malgré des années de campagnes de sensibilisation. En l’absence d’une loi spécifique, les acteurs de la lutte misent sur le dialogue communautaire pour obtenir l’abandon progressif de cette pratique.

La pratique de l’excision demeure largement répandue au Mali et touche encore de nombreuses femmes et filles. En dépit des nombreux efforts consentis dans la sensibilisation, elle est perçue par une partie importante de la population comme une nécessité religieuse, ce qui rend la lutte plus complexe. Les acteurs concentrent donc  leurs efforts sur la conviction et l’adhésion volontaire des communautés.

Selon les résultats de l’Enquête démographique et de santé (EDS 2023-2024) de l’Institut national de la statistique (INSTAT), 89% des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi une excision, tout comme 70% des filles de 0 à 14 ans. Le rapport précise que l’excision est perçue comme une nécessité religieuse par 66% des femmes et 53% des hommes de 15 à 49 ans, tandis que 80% des femmes et 72% des hommes estiment que la pratique doit se poursuivre.

Ces chiffres illustrent l’ampleur du défi et le fossé persistant entre la volonté d’éradiquer une pratique aux conséquences sanitaires néfastes et des croyances qui entretiennent une confusion durable entre religion et coutume. Si le débat n’a pas été tranché officiellement par les autorités religieuses, plusieurs leaders reconnaissent que l’excision ne constitue pas une obligation, mais une recommandation. Cette nuance peine toutefois à infléchir les positions au sein des communautés, poussant les organisations de défense des droits des femmes à engager des discussions directes pour obtenir l’abandon de la pratique.

Convaincre la base

« À Nioro du Sahel, 35 villages ont signé une convention pour l’abandon des mutilations génitales féminines et du mariage des enfants », se félicite Mme Diawara Bintou Coulibaly, Présidente de l’Association pour la défense et le progrès de la femme (APDF). À travers ces conventions, l’organisation s’adresse directement aux communautés concernées, « parce que ce sont elles qui peuvent agir ». Le suivi est assuré par les autorités communales.

Pour venir à bout d’une pratique solidement ancrée, l’APDF estime toutefois que ces actions doivent être complétées par l’adoption d’une loi spécifique contre les violences basées sur le genre (VBG). « Nous poursuivons le plaidoyer pour l’adoption d’une loi spécifique anti-VBG », insiste Mme Diawara, soulignant le rôle dissuasif d’un tel cadre, y compris face à des acteurs de la sous-région où la pratique est déjà interdite.

Fatoumata Maguiraga