Prévention des inondations : Bamako muscle son dispositif avant l’hivernage

À l’approche de l’hivernage 2026, les autorités renforcent les mesures de prévention dans le district de Bamako, particulièrement exposé aux crues urbaines. Le nouveau plan met l’accent sur le curage des réseaux d’évacuation, la gestion des urgences et la protection des populations des quartiers à risque.

Le comité interministériel de gestion des crises et catastrophes, réuni autour du Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC), a validé un plan de prévention doté de 4,071 milliards de FCFA pour la saison des pluies 2026. L’objectif affiché est de limiter les risques d’inondation dans la capitale, où les débordements de caniveaux et l’occupation des lits de marigots continuent de menacer plusieurs zones habitées.
Le dispositif, élaboré sous la supervision du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, s’articule autour de quatre axes : la coordination institutionnelle, les mesures anticipatives, la gestion des urgences et la protection du système éducatif. Il prévoit des campagnes de sensibilisation dans les quartiers vulnérables, le prépositionnement de kits d’urgence, l’identification de sites d’accueil pour les éventuels sinistrés et des dispositions spécifiques pour préserver la continuité des cours pendant la saison des pluies.
Le volet urbain reste au cœur du plan. Selon les données présentées lors de la réunion, 5 des 11 marigots recensés dans Bamako ont déjà été dégagés, soit 40,6 kilomètres traités, pour un taux d’exécution de 55,54 %. Pour 2026, les services techniques annoncent le curage de 241 kilomètres de caniveaux et de 85 kilomètres de collecteurs, avec une attention particulière portée aux zones régulièrement touchées, notamment dans certaines communes du district.
Ce programme s’inscrit dans la continuité des opérations engagées l’année précédente. En 2025, 2,66 milliards de FCFA avaient été mobilisés pour les travaux de curage à Bamako, portant sur 131 kilomètres de collecteurs et 235 kilomètres de caniveaux. À cela s’ajoute un appui financier de 31,5 milliards de FCFA soutenu par la Banque mondiale pour l’assainissement urbain et la réduction des risques d’inondation.
L’enjeu reste particulièrement concret pour plusieurs quartiers de Bamako, notamment ceux installés à proximité des collecteurs naturels ou dans les zones basses, régulièrement exposés lors des fortes pluies. Les autorités cherchent ainsi à éviter la répétition des dégâts enregistrés en 2024, année durant laquelle les inondations avaient causé 75 décès et affecté près de 250 000 personnes à travers le pays.
À l’issue de la rencontre, le Premier ministre a annoncé que le comité de crise se réunira deux fois par mois avant l’entrée en phase opérationnelle du plan, afin d’assurer un suivi régulier des travaux et une meilleure réactivité pendant l’hivernage.

Corridor d’Abidjan : la Côte d’Ivoire facilite l’accès portuaire pour le Mali et le Burkina

Abidjan a décidé d’alléger les formalités douanières sur les marchandises à destination du Mali et du Burkina Faso. Cette mesure vise à réduire les délais de transit et à fluidifier un corridor essentiel pour l’approvisionnement des deux pays sahéliens.

La Côte d’Ivoire a officiellement supprimé, par une circulaire signée le 31 mars 2026, l’obligation de visa douanier préalable sur les déclarations de marchandises destinées au Mali et au Burkina Faso. Cette formalité, en vigueur depuis le 28 avril 2000, imposait jusqu’ici aux commissionnaires en douane de faire viser leurs documents par les représentations douanières malienne et burkinabè installées en territoire ivoirien avant tout dépôt auprès des bureaux compétents.
La nouvelle disposition met fin à une procédure vieille de 26 ans. Désormais, les déclarations peuvent être déposées directement auprès des services douaniers ivoiriens, sans validation préalable. Les autorités ivoiriennes s’appuient pour cela sur des outils numériques déjà opérationnels, notamment le module T1 pour le corridor ivoiro-malien et le système SIGMAT pour le corridor vers le Burkina Faso. Ces plateformes permettent le suivi en temps réel des marchandises en transit, rendant le visa papier devenu redondant.
Cette décision intervient sur un axe commercial stratégique pour les pays enclavés du Sahel. Le port autonome d’Abidjan demeure l’un des principaux points d’entrée maritime pour le commerce extérieur du Mali et du Burkina Faso. Selon les données portuaires et gouvernementales disponibles, une part importante du transit des pays de l’hinterland ouest-africain passe par Abidjan, notamment pour les hydrocarbures, les produits alimentaires, les matériaux de construction et les intrants industriels.
Pour le Mali, ce corridor reste particulièrement sensible. Le port d’Abidjan a longtemps absorbé une part majeure du commerce extérieur malien, notamment sur l’axe Abidjan–Bouaké–Korhogo–frontière–Bamako. Les autorités ivoiriennes avaient déjà indiqué que le port ambitionnait de redevenir le premier port de transit maritime du commerce malien, avec des investissements dans les quais, le canal de Vridi, les espaces logistiques et les dessertes routières.
La mesure est également significative pour le Burkina Faso, dont le corridor Abidjan–Ouagadougou constitue l’un des axes logistiques majeurs, à la fois par route et par rail. La ligne ferroviaire reliant Abidjan à Ouagadougou, longue d’environ 1 145 kilomètres, reste l’une des plus importantes de la sous-région pour le transport de marchandises.
En pratique, la suppression du visa douanier devrait réduire les délais administratifs, accélérer le passage portuaire et limiter certains coûts supportés par les opérateurs économiques. Pour le Mali comme pour le Burkina Faso, où les prix à l’importation restent sensibles aux coûts logistiques, cette simplification peut avoir un effet direct sur la rapidité d’acheminement des marchandises et, à terme, sur les délais d’approvisionnement des marchés intérieurs.
Cette évolution intervient alors que les corridors régionaux font l’objet d’une attention renforcée, avec plusieurs initiatives en cours sur les axes ouest-africains destinés à sécuriser et moderniser les chaînes logistiques reliant les ports du Golfe de Guinée aux pays sahéliens.

Hydrocarbures : 105 millions de litres importés pour stabiliser le marché

Le gouvernement a annoncé l’entrée de 105 millions de litres de carburant en mars, transportés par 2 200 camions-citernes. Cet approvisionnement intervient alors que la pression reste forte sur le gasoil, essentiel à la fois pour le transport, les activités industrielles et la production d’électricité.

Le Mali a réceptionné 105 millions de litres de carburant au cours du mois de mars 2026, selon les chiffres communiqués par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, à l’issue de la 18e réunion du Cadre de concertation avec les groupements professionnels du pétrole, tenue le 2 avril à Bamako. Ce volume, acheminé par 2 200 camions-citernes, a été présenté comme permettant d’assurer la disponibilité des produits pétroliers sur l’ensemble du territoire.
L’annonce s’inscrit dans une période d’approvisionnement soutenue depuis le début de l’année. En février, les autorités avaient déjà fait état d’environ 39 millions de litres livrés entre le 2 et le 8 février, après une première semaine à près de 34,9 millions de litres, soit plus de 73 millions de litres en deux semaines.
Le volume enregistré en mars confirme donc une montée en cadence des livraisons, dans un contexte marqué par la tension sur les corridors logistiques et la hausse de la demande intérieure.
Le ministre a indiqué que le gouvernement travaille à la diversification des axes d’approvisionnement, avec une attention particulière portée au corridor de Kayes, ainsi qu’aux axes en provenance du Nigeria, du Ghana et du port de Lomé. L’objectif affiché est de réduire les risques de rupture, de mieux répartir les flux et de sécuriser les stocks pour les trois à six prochains mois.
La pression reste particulièrement forte sur le gasoil, dont la demande demeure élevée. Le diesel alimente simultanément les ménages, les usines, les transporteurs et surtout les centrales d’EDM-SA, qui continuent de fonctionner en grande partie sur des groupes thermiques. Le ministre a d’ailleurs reconnu qu’une part importante des convois est orientée vers l’opérateur électrique, ce qui peut se traduire par des tensions dans les stations-service destinées au grand public.
Cette situation intervient alors que le pays vient de se doter d’un stock national de sécurité des produits pétroliers, avec une couverture annoncée de 45 jours pour le super, le gasoil, le jet A1 et le gaz butane. Les importations de produits pétroliers ont atteint 2 665 106 m³ en 2024, contre 2 621 513 m³ en 2023, soit une progression de 1,66 %, tandis que le gaz butane a progressé de 14,38 % sur la même période.
Chambre de Commerce et d’Industrie
Les autorités indiquent désormais vouloir passer d’une gestion de court terme à une planification plus anticipée de l’approvisionnement, avec des projections trimestrielles et semestrielles destinées à mieux répondre à la demande nationale.

FESMAMAS 2026 : La tradition repensée pour l’ère contemporaine

Du 30 mars au 6 avril 2026, la ville de Markala accueille la 33ème édition du Festival des masques et marionnettes (FESMAMAS), dans un format renouvelé qui prolonge la dynamique engagée en 2025.

Cette édition vise à concilier modernité organisationnelle et valorisation d’un patrimoine culturel profondément ancré dans les traditions locales.

Porté par une approche plus structurée, le festival se distingue cette année par une implication accrue des communautés locales, désormais organisées en coopératives. Ce choix traduit la volonté de renforcer l’ancrage territorial de l’événement et de mieux garantir la transmission des savoirs.

Parallèlement, le FESMAMAS poursuit son ouverture au numérique avec la diffusion en direct de ses temps forts, permettant à un public élargi de vivre l’expérience à distance.

Au cœur de cette édition 2026, la programmation reste fidèle à l’esprit du festival tout en se diversifiant : spectacles de masques, performances artistiques, danses traditionnelles et animations rythmeront une semaine durant laquelle Markala se transformera en véritable carrefour culturel.

Les visiteurs pourront également assister à des activités populaires comme les courses de pirogues ou d’ânes, qui contribuent à l’ambiance festive et conviviale.

De la tradition locale à la reconnaissance mondiale

Créé en 1993, le FESMAMAS célèbre l’identité culturelle des communautés bambara, bozo, maraka et somono de la région. À travers les masques et les marionnettes se déploie tout un système de transmission sociale et symbolique, notamment lors des cérémonies initiatiques destinées aux jeunes générations.

Au fil des ans, le festival s’est imposé comme un rendez‑vous majeur du patrimoine culturel malien, contribuant à la reconnaissance du « Sogobo » de Markala. Celui‑ci a été inscrit en 2012 à l’Inventaire national des biens culturels, puis reconnu en 2014 par l’UNESCO comme élément du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

La mutation amorcée lors de l’édition 2025, sous l’impulsion du Centre culturel Blonba, marque une nouvelle étape dans l’histoire du FESMAMAS. Pensé désormais comme une véritable production scénique, avec des standards inspirés des plateaux télévisuels, le festival gagne en lisibilité et en attractivité.

Cette modernisation s’accompagne d’une ligne éditoriale orientée vers l’éducation citoyenne. « Nous proposons un festival moderne, avec des formes d’organisation modernes et une ligne éditoriale axée sur l’éducation à une citoyenneté contemporaine », explique Alioune Ifra Ndiaye, Directeur du Centre culturel Blonba.

Entre héritage et innovation, le FESMAMAS 2026 confirme son rôle de vitrine culturelle majeure, capable de faire dialoguer traditions séculaires et enjeux contemporains.

Mohamed Kenouvi

Déplacements forcés : plus de 610 000 personnes sous protection au Mali

Le Mali fait face à une pression humanitaire toujours forte, avec plus de 610 000 personnes relevant aujourd’hui des mécanismes de protection. Entre déplacements internes, accueil de réfugiés et situation des personnes sans nationalité établie, les chiffres les plus récents traduisent la persistance d’une crise qui continue de peser sur le pays.

La crise sécuritaire et humanitaire continue de marquer profondément le Mali. Selon les données les plus récentes compilées par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le pays comptait à la fin février 2026 un total de 414 524 personnes déplacées internes, 70 050 réfugiés et demandeurs d’asile ainsi que 126 107 personnes relevant d’autres catégories de protection, notamment les personnes apatrides ou de nationalité non déterminée.
Au total, ce sont donc plus de 610 000 personnes qui se trouvent aujourd’hui dans une situation de vulnérabilité nécessitant une assistance et une protection spécifiques. Ce chiffre confirme que, malgré certaines opérations de sécurisation menées dans plusieurs régions, la question humanitaire reste l’un des principaux défis du pays.
Les déplacements internes demeurent la composante la plus importante de cette crise. Avec plus de 414 000 personnes contraintes d’abandonner leur localité tout en restant à l’intérieur des frontières nationales, le Mali reste confronté à des mouvements de populations directement liés à l’insécurité persistante dans le nord, le centre et certaines zones frontalières. Les régions de Gao, Ménaka, Tombouctou et une partie du centre continuent de concentrer une part importante de ces déplacements.
À cette réalité s’ajoute l’accueil de plus de 70 000 réfugiés et demandeurs d’asile, en provenance principalement des pays voisins également affectés par l’instabilité dans la bande sahélienne. Le Mali demeure ainsi à la fois pays d’origine de déplacés et territoire d’accueil pour des populations en quête de protection.
Le chiffre de 126 107 personnes relevant d’autres catégories de protection attire également l’attention. Il inclut notamment les personnes apatrides, celles dont la nationalité n’est pas clairement établie, ainsi que d’autres groupes nécessitant une assistance juridique et administrative. Cette situation pose des enjeux importants en matière d’accès aux droits, à la documentation civile, à l’éducation et aux services sociaux.
Ces données s’inscrivent dans un contexte régional particulièrement préoccupant. En Afrique de l’Ouest et du Centre, les chiffres du HCR font état de 14,7 millions de déplacés internes, 3,8 millions de réfugiés et demandeurs d’asile et près de 900 000 personnes apatrides ou de nationalité non déterminée. La République démocratique du Congo, le Nigeria et le Burkina Faso figurent parmi les pays les plus touchés.
Pour le Mali, cette situation rappelle que la crise ne se limite pas au seul terrain militaire. Elle se traduit aussi par une forte pression sur les communautés d’accueil, les services publics, les écoles, les centres de santé et les dispositifs d’assistance humanitaire.
Derrière ces chiffres se trouvent des familles déplacées, des enfants déscolarisés, des ménages fragilisés et des populations qui continuent de vivre dans l’incertitude. La réponse à cette crise reste donc à la fois sécuritaire, humanitaire et sociale, dans un pays où la stabilité du tissu communautaire demeure un enjeu central.

Insertion des jeunes : Le défi demeure

Malgré l’annonce de 65 503 emplois nets créés en 2025, la question de l’insertion des jeunes reste entière au Mali. Entre pression démographique, inadéquation formation-emploi et faible poids du secteur formel, le défi de l’employabilité continue de peser sur l’avenir d’une jeunesse majoritaire dans la population.

La ministre en charge de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Oumou Sall Seck, a présenté un bilan jugé encourageant, mettant en avant la création de 65 503 emplois nets en 2025, dont 40 566, soit 59%, relèvent du secteur public. Si ce chiffre traduit une dynamique réelle, il reste inférieur au flux annuel des nouveaux entrants sur le marché du travail, estimé à plus de 235 000 jeunes par an selon plusieurs analyses internationales.

Le Mali demeure confronté à des défis structurels persistants : forte croissance démographique, urbanisation rapide, accès inégal aux services sociaux de base et pression croissante sur les ressources économiques. Dans ce contexte, la jeunesse continue de rechercher des emplois décents et productifs dans un marché encore dominé par l’informel. Selon la Banque mondiale, près de 90% des actifs maliens exercent dans l’économie informelle, souvent sans protection sociale ni stabilité de revenu.

Comme le soulignent Daman-Guilé Diawara, Amidou Ballo et Boubacar Bagayoko dans « Enseignement supérieur et marché de l’emploi au Mali », le pays dispose pourtant d’opportunités importantes dans l’agriculture, les ressources naturelles et les technologies de l’information. L’agriculture concentre encore une grande part des jeunes actifs, souvent dans des activités peu productives. Mais ces potentialités peinent encore à absorber la demande.

Chômage des jeunes

Estimé globalement entre 8 et 10%, le taux de chômage atteint 20 à 30% chez les 15 à 24 ans. Cette situation s’explique en partie par la croissance rapide de la population active et surtout par le décalage entre les compétences acquises et les besoins réels des employeurs.

Le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur reste faible, généralement situé autour de 5 à 10%, ce qui souligne l’ampleur du défi éducatif. Selon une enquête de l’INSTAT, seuls 40% des diplômés trouvent un emploi dans les six mois suivant l’obtention de leur diplôme, tandis qu’une étude du Bureau de l’Emploi indiquait que 60% des employeurs jugeaient insuffisantes les compétences pratiques des diplômés.

Pour les experts, la réforme des programmes, le renforcement de la formation professionnelle et le développement de l’entrepreneuriat restent les principales pistes pour améliorer durablement l’insertion des jeunes.

Autisme : Le défi de l’inclusion et de la prise en charge

Chaque 2 avril, la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme rappelle les difficultés liées à la prise en charge et à l’inclusion des personnes concernées. Au Mali, entre méconnaissance, stigmatisation et faiblesse des structures spécialisées, des initiatives associatives et privées tentent d’apporter des réponses.

Instaurée par l’ONU en 2007, cette journée vise à promouvoir les droits, l’acceptation et l’inclusion des personnes autistes. Au Mali, les associations créées par des parents d’enfants autistes mènent des actions de sensibilisation pour mieux faire connaître ce trouble du neurodéveloppement et réduire la marginalisation qui touche encore de nombreuses familles.

Une étude menée par l’association Autisme Mali en 2014 faisait état d’une prévalence de 4,5% au sein des cas recensés dans les structures de santé étudiées. Elle relevait aussi que 88,6% des enfants identifiés n’étaient pas scolarisés. Depuis, l’association poursuit ses efforts à travers « Autisme Tour », une caravane annuelle destinée à sensibiliser le grand public et les soignants, encore souvent peu familiarisés avec le diagnostic. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le repérage précoce et l’accompagnement éducatif restent les leviers les plus efficaces pour améliorer le développement et l’autonomie des enfants concernés.

Assurer l’inclusion

En 2025, l’association des enfants autistes Djiguiya rapportait qu’environ 1 200 enfants étaient concernés à Bamako. Derrière les inquiétudes des familles se trouvent aussi des capacités, des sensibilités et des talents encore trop souvent ignorés, d’où l’appel constant des associations pour garantir à ces enfants le respect de leurs droits, notamment celui à l’éducation. Dans la pratique, plusieurs familles dénoncent encore le refus d’inscription de certains enfants dans les établissements classiques, faute de personnel formé ou par méconnaissance du trouble.

Madame Koïta Aminata Camara est mère d’un enfant autiste. Elle découvre l’autisme lorsque sa fille, âgée de trois ans, cesse progressivement de parler. Après consultation, le diagnostic confirme un trouble neurodéveloppemental dont il existe plusieurs formes, explique-t-elle.

Le centre Césame, qu’elle dirige, fonctionne depuis deux ans. Né de l’initiative de l’association des parents d’enfants autistes, il s’appuie sur un personnel spécialisé et formé, avec l’aide de parents installés à l’extérieur du pays. Son existence constitue un soulagement pour de nombreuses familles.

La prise en charge peut atteindre 150 000 francs CFA par mois, un coût trop lourd pour beaucoup de parents. Le centre a donc été pensé comme un espace plus accessible. Grâce à une classe d’apprentissage assurant la transition, certains enfants peuvent ensuite intégrer le système scolaire classique avec un accompagnement adapté.

Les associations demandent à l’État la création d’un centre public spécialisé et la prise en charge des éducateurs formés afin qu’aucun enfant ne soit laissé en marge.

Alassane Maïga: « La nouvelle contribution risque surtout d’ajouter une couche administrative supplémentaire ».

Alassane Maïga est analyste des dynamiques sécuritaires et institutionnelles. Il répond aux questions de Journal du Mali sur le prélèvement de 10% sur les ressources des associations et fondations.

La contribution de 10% soulève aujourd’hui beaucoup d’inquiétudes. Où se situe, selon vous, le principal problème ?

Il n’est pas clairement établi si cette contribution s’applique uniquement aux financements du développement ou si elle pourrait aussi concerner les programmes d’urgence humanitaire. Cette distinction est fondamentale, car mêler les deux reviendrait à fragiliser les interventions les plus urgentes, celles liées à la réponse immédiate et à la sauvegarde des vies.

L’État justifie cette mesure par un besoin de suivi et de contrôle. Cet argument vous paraît-il fondé ?

Le besoin de contrôle existe, mais les organisations évoluent déjà dans un cadre rigoureux, avec avis de non-objection, rapports transmis à l’administration territoriale, implication des services techniques de l’État et suivi sectoriel. La nouvelle contribution risque surtout d’ajouter une couche administrative supplémentaire sans améliorer réellement la redevabilité.

Quels risques voyez-vous pour les partenaires et les populations ?

Le premier risque tient à l’incompréhension de certains bailleurs, dont les ressources proviennent souvent de contribuables ou de fondations étrangères engagés dans une logique de solidarité. Le second touche directement les populations, car taxer les fonds destinés à la santé, à l’eau, à la nutrition ou à l’urgence réduirait les moyens de survie des plus vulnérables. Une clarification du champ d’application, avec une exemption explicite des interventions d’urgence, permettrait d’apaiser une grande partie des inquiétudes.

Eduardo Gonzalez : « La solution à cette crise ne peut être exclusivement militaire »

L’expert indépendant des Nations unies sur les droits humains au Mali, Eduardo Gonzalez, a présenté son rapport au Conseil des droits de l’Homme à Genève les mercredi 25 et jeudi 26 mars 2026, en soulignant que la sortie de crise ne pouvait reposer uniquement sur une réponse militaire. Les autorités maliennes contestent la méthodologie du document, rejettent plusieurs conclusions et défendent l’action de l’État ainsi que celle des forces de sécurité.

Le rapport a-t-il été officiellement présenté aux autorités maliennes. Quelle a été leur réaction face à son contenu, en particulier concernant les critiques émises à l’égard de la gestion des droits humains dans le pays ?

Le rapport que j’ai présenté au Conseil des droits de l’Homme est le fruit d’une enquête minutieuse au cours de laquelle j’ai sollicité à plusieurs reprises la collaboration des autorités maliennes. En effet, le 24 septembre 2025, j’ai adressé au gouvernement une lettre accompagnée d’un questionnaire détaillé afin de recueillir son point de vue sur la situation des droits de l’Homme dans le pays, mais je n’ai reçu aucune réponse. De même, le projet de mon rapport a été remis au gouvernement le 18 décembre 2025 afin de recueillir ses observations et suggestions, mais là encore je n’ai reçu aucune réponse. Ce n’est que le 27 janvier 2026, alors que le texte avait déjà été remis pour traduction, que j’ai reçu un document de réponse que j’ai remercié le gouvernement d’avoir fourni et que j’ai publié en annexe du rapport.

Le gouvernement malien répond de trois manières : premièrement, il critique la méthodologie du rapport en affirmant qu’elle repose sur des informations non confirmées. Deuxièmement, il nie les faits en indiquant, entre autres, que le gouvernement n’a pas adopté de mesures liberticides, que les forces armées n’attaquent pas de cibles civiles, qu’il n’y a jamais eu de présence du groupe « Wagner » au Mali, que de nombreux procès sont menés contre les violations des droits de l’Homme et que le rapport exagère la gravité de la situation. Troisièmement, le gouvernement critique personnellement le titulaire du mandat, m’attribuant le désir de rester en fonction, un manque d’impartialité et une incapacité à proposer des solutions.

Quel genre de dialogue peut-il y avoir pour garantir que la justice puisse pleinement accomplir son travail, malgré les tensions actuelles ? Pensez-vous qu’un dialogue direct avec les autorités maliennes est envisageable dans un avenir proche, compte tenu des défis politiques actuels ? Est-ce que le fil du dialogue entre les Nations Unies et les autorités maliennes reste ouvert, même après le rejet de certains points critiques de ce rapport ?

En tant qu’expert indépendant nommé par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, je suis témoin de l’espoir que les différents pays placent dans un dialogue constructif avec les autorités maliennes. Ce dialogue est possible et nécessaire. Il existe, bien sûr, des domaines où nos analyses et nos positions divergent, mais j’ose dire que la plupart des questions font l’objet d’un consensus : le rejet des actions des groupes terroristes tels que le JNIM et l’État islamique de la province du Sahel; la nécessité d’une paix durable, qui implique des actions à tous les niveaux, et pas seulement sur le plan militaire ; la nécessité d’élections crédibles, participatives et équitables ; le respect absolu de la souveraineté du Mali et de la souveraineté de son peuple à décider de son destin.

De manière plus concrète, de quoi parle précisément ce rapport ? Quelles sont les principales conclusions en termes de violations des droits humains et de manquements observés ?

Le rapport présente une analyse contextuelle du pays, passant en revue la situation politique, sécuritaire et l’état de la lutte contre l’impunité. Il salue comme une avancée positive à tous ces égards l’adoption de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, mais constate une détérioration générale de la situation due à des mesures telles que la dissolution des partis politiques et la prolongation du mandat des autorités en place sans élections ; l’extension géographique et l’ampleur des actes commis par les groupes terroristes ; ainsi que l’absence de progrès dans les enquêtes judiciaires sur les violations des droits de l’Homme et l’aggravation de cette situation suite à la dénonciation du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

Le rapport analyse en détail les violations classées selon le type de droits concernés : droits civils et politiques, situation des femmes, situation des enfants, situation des réfugiés et des personnes déplacées et droits économiques, sociaux et culturels. Il s’agit de la section la plus longue du rapport, qui recense de nombreuses violations commises tant par les groupes terroristes que par les forces de l’État et leurs alliés.

Le rapport souligne que la solution à cette crise multidimensionnelle ne peut être exclusivement ni principalement militaire, mais qu’elle nécessite la création d’un climat d’ouverture politique et l’élargissement de l’espace civique, afin que toutes les voix de la société malienne puissent, en toute liberté, proposer des voies vers la paix. De même, le rapport propose que la lutte contre le terrorisme soit menée dans le strict respect des droits humains. Il propose notamment que les forces de sécurité mettent en place des protocoles pour protéger la population civile des risques liés aux nouvelles technologies militaires, telles que les drones, et que des mécanismes soient mis en place pour la réparation des victimes civiles du conflit.

Le rapport souligne que la justice transitionnelle est un instrument de consolidation de la paix; que le rapport de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation, remis au gouvernement en décembre 2022, soit publié dans son intégralité, car il constitue une contribution précieuse au dialogue national et à la paix ; que l’Agence pour la gestion de la réparation des victimes, créée en 2023, commence à indemniser efficacement les victimes et que l’on mette fin à l’impunité au sein du système judiciaire malien en publiant de manière transparente toutes les enquêtes menées et en fournissant des informations sur leurs résultats et la participation des victimes. Le rapport exige de tous les acteurs armés non étatiques qu’ils mettent fin à toutes les pratiques qui violent le droit international humanitaire, telles que les enlèvements, les barrages routiers, les assassinats de civils et de soldats hors combat. Le rapport recommande en outre que la communauté internationale, dans le strict respect de la souveraineté du Mali, favorise la coordination et le dialogue entre l’Alliance des États du Sahel, l’Union africaine et la CEDEAO. Enfin, le rapport recommande que si la justice malienne ne parvient pas à faire progresser la lutte contre l’impunité celle-ci soit renforcée par le biais de la Cour pénale internationale et de la justice universelle.

Pouvez-vous nous expliquer comment les enquêtes ont été menées sur le terrain pour garantir la transparence de la démarche et la rigueur des données recueillies ? Quelles ont été les sources principales utilisées dans le rapport ?

Conformément au Code de conduite pour les titulaires de mandat au titre des procédures spéciales du Conseil des droits de l’Homme, le présent rapport est rédigé sur la base d’informations objectives et fiables émanant de sources pertinentes crédibles, qu’il a dûment vérifiées par recoupements, dans toute la mesure possible.

Conformément aux normes internationales et à la pratique en la matière, l’Expert indépendant a utilisé la norme des « motifs raisonnables de croire » pour fonder son rapport sur des informations fiables, crédibles et concordantes, sur la base desquelles une personne raisonnable et prudente aurait des motifs de croire qu’un incident ou comportement s’est produit.Le présent rapport n’inclut pas les allégations jugées peu crédibles ou des incidents non confirmés.

En outre, le Code de conduite susmentionné souligne également que les rapports rédigés par les titulaires de mandat au titre des procédures spéciales ont un caractère non judiciaire.

Ainsi, conformément aux normes internationales et à la pratique en la matière, en ma qualité d’Expert indépendant, je ne suis pas tenu d’établir la culpabilité et n’adopte donc pas, contrairement aux tribunaux, le niveau de preuve « hors de tout doute raisonnable » applicable en matière pénale.

Comment les autres acteurs internationaux ont-ils réagi à ce rapport et y a-t-il des initiatives de soutien à la mise en œuvre des recommandations qui en découlent ?

De nombreux pays de toutes les régions ont pris la parole lors du dialogue interactif du 25 mars au cours duquel le rapport a été présenté. Un large consensus s’est dégagé autour du respect de la souveraineté du Mali et de la salutation des avancées positives telles que l’adoption de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation. La position de l’Union africaine, exprimée par plusieurs pays, s’est montrée particulièrement favorable à la Charte nationale et a soutenu les efforts du gouvernement. Dans le même temps, plusieurs pays, dont ceux de l’Union européenne (notamment la Belgique et l’Espagne), ainsi que d’autres comme l’Égypte, la Colombie et le Pérou, ont demandé au gouvernement de renforcer sa coopération avec mon mandat. De nombreuses délégations ont demandé comment renforcer la protection des civils, en particulier des enfants, et d’autres ont exprimé leur inquiétude face au phénomène de la violence sexuelle liée au conflit.

De nombreuses ONG internationales ont pris part au dialogue, exprimant leur inquiétude face à la détérioration de la situation au Mali. Certaines ont fait part de leurs préoccupations concernant la fermeture de plus de 20% des écoles du pays, qui affecte les enfants. D’autres ont dénoncé les arrestations et les poursuites arbitraires de journalistes et d’opposants et, dans certains cas, les disparitions forcées.

Dans quelle mesure la société civile malienne, ainsi que les victimes des violations des droits humains, ont-elles été impliquées dans le processus de collecte d’informations et d’élaboration de ce rapport ?

Toutes les informations sur lesquelles s’appuie ce rapport proviennent de sources dignes de confiance, issues de tous les secteurs sociaux du pays. Il convient de noter qu’au cours de l’année, j’ai rédigé, en collaboration avec d’autres experts des Nations Unies, de nombreuses lettres adressées au gouvernement pour demander des informations sur certains faits marquants, tels que des allégations de massacres de civils, de disparitions forcées et de détentions arbitraires. Ces allégations ne peuvent être présentées qu’avec le consentement des victimes.

Selon vous, comment l’État de droit peut-il être rétabli dans un contexte aussi complexe, où des groupes armés continuent de menacer la stabilité du pays ? Existe-t-il des pistes de réconciliation qui pourraient être explorées au sein des institutions judiciaires maliennes ?

Le rétablissement de l’État de droit exige que les autorités maliennes tiennent dès que possible leur promesse de mettre fin à la transition par le biais d’un processus électoral pacifique et inclusif. Cela nécessite de sortir au plus vite du vide juridique engendré par la dissolution des partis politiques. De même, le rétablissement de l’État de droit passe par la restauration de l’espace civique, car il n’est pas possible pour les autorités de fonctionner en toute indépendance et transparence si elles ne sont pas soumises au regard de l’opinion publique.

La réconciliation nationale est une nécessité et une possibilité. Le Mali avait déjà entamé un processus de réconciliation à partir du processus d’Alger, qui a été dénoncé par les autorités. Ce processus comprenait différentes initiatives visant à concilier justice et réconciliation, à travers la vérité, le pardon et la réparation. C’est pourquoi la Commission Vérité, Justice et Réconciliation a été créée, suivie de l’Agence pour la gestion de la réparation des victimes et du Centre pour la paix et l’unité. Mais il faut que ces initiatives ne restent pas au niveau bureaucratique, qu’elles mobilisent la population. La Commission Vérité, par exemple, a reçu plus de 30 000 témoignages de victimes qui, malgré la situation sécuritaire, sont venues raconter leurs expériences, faisant ainsi un geste généreux de confiance envers l’État malien. L’Agence pour la gestion de la réparation des victimes et le Centre pour la paix doivent également aller à la rencontre de la population et créer des espaces de dialogue communautaire afin d’apaiser les esprits et de renforcer les droits des victimes.

Quel rôle la communauté internationale peut-elle jouer pour soutenir les autorités maliennes dans la restauration de l’État de droit, tout en respectant la souveraineté nationale du pays ?

La communauté internationale doit dialoguer avec l’État malien dans le plus grand respect de sa souveraineté, sans arrogance ni hautaineté. Le dialogue doit progresser au rythme de la confiance, sans précipitation ni retard. Il existe différents domaines dans lesquels le dialogue technique peut contribuer à l’échange d’expériences internationales, notamment en s’appuyant sur l’expérience d’autres pays du Sud qui ont connu des situations similaires. Je pense par exemple à l’expérience de la Colombie, qui combine la justice pénale avec des éléments réparateurs de pardon. Je pense à l’expérience de l’Afrique du Sud, qui a réalisé d’énormes progrès dans les technologies de recherche des personnes disparues. Je pense au Maroc, qui travaille depuis des décennies à la réparation des victimes et des populations touchées par des violations des droits humains. La liste est longue et le Mali pourrait compter sur la meilleure volonté du Sud global.

Quels seraient, selon vous, les premiers pas concrets que le gouvernement malien pourrait entreprendre pour améliorer la situation des droits humains et restaurer la confiance dans les institutions ?

Je pense que le gouvernement opérerait un revirement radical en annonçant la relance du processus politique visant à mettre fin à la transition. La libération des prisonniers d’opinion et la clarification du sort des personnes disparues constitueraient des mesures très positives qui entraîneraient une reprise immédiate du dialogue national avec toutes les voix du pays. De même, entamer les réparations en faveur des victimes en toute transparence et mener un dialogue national sur la base de la Charte pour la paix et la réconciliation et du rapport de la Commission Vérité créeraient des conditions de confiance accrues. Le gouvernement devrait également annoncer des mesures concrètes pour prévenir les abus contre les populations civiles dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et mener des enquêtes aboutissant à des résultats concrets sur tous les crimes commis contre des civils et des personnes hors des combats.

Rwanda : Le pari d’un contrôle sans blocage de l’aide

Kigali a construit un cadre qui permet à l’État de suivre les financements extérieurs sans freiner les ONG et les partenaires humanitaires. L’expérience rwandaise montre qu’il est possible de concilier pilotage national et continuité des interventions.

Souvent cité parmi les modèles africains en matière de gouvernance publique, le Rwanda a progressivement mis en place un dispositif qui lui permet de garder la maîtrise des financements venus de l’extérieur tout en maintenant un espace opérationnel pour les ONG, les fondations et les partenaires de l’aide.

Le choix fait par les autorités repose moins sur une ponction directe des ressources que sur une organisation rigoureuse du suivi. Dès 2006, la politique nationale de l’aide pose un principe clair indiquant que les interventions financées de l’extérieur doivent s’aligner sur les priorités définies par l’État. L’objectif n’est pas d’entraver l’action des partenaires, mais de s’assurer que les fonds mobilisés répondent effectivement aux besoins identifiés au niveau national.

Ce cadre s’est ensuite renforcé avec un système centralisé de déclaration et de suivi. Les organisations intervenant dans le pays doivent communiquer les montants reçus, les secteurs concernés, les zones d’intervention et les résultats attendus. Ce mécanisme offre aux autorités une visibilité précise sur les flux financiers et la répartition des projets sur le territoire.

Fiscalité ciblée

L’un des enseignements les plus parlants concerne la fiscalité. Plutôt qu’une retenue uniforme sur les financements, Kigali a privilégié un régime d’exemptions encadrées pour les programmes de développement et les opérations humanitaires. Concrètement, les aides provenant des États partenaires, des institutions internationales ou des agences multilatérales peuvent bénéficier d’allègements sur la TVA, les droits de douane et certaines charges liées aux importations ou à l’exécution des projets, ce qui permet de préserver les ressources destinées aux bénéficiaires tout en maintenant un contrôle étroit des flux financiers. L’État conserve ainsi la maîtrise administrative, exige le reporting et l’alignement sur les priorités nationales, sans amputer directement les budgets alloués à la santé, à la nutrition, à l’eau ou à l’assistance d’urgence.

Pour de nombreux observateurs, c’est cet équilibre qui fait la force du dispositif, à savoir un contrôle fondé sur la traçabilité, l’enregistrement et l’évaluation des résultats, plutôt que sur une ponction directe des fonds. L’expérience rwandaise montre ainsi qu’il est possible de renforcer la souveraineté financière et les exigences de transparence sans compromettre l’efficacité de l’aide aux populations vulnérables.

Succession d’António Guterres : L’Afrique sans position commune

La désignation du prochain Secrétaire général des Nations unies se poursuit en 2026 dans un contexte de candidatures multiples. Des documents officiels confirment l’absence de position commune africaine autour de la candidature de Macky Sall, tandis que d’autres profils structurent la compétition.

Le processus a été lancé fin novembre 2025 par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité, avec des auditions publiques prévues à partir d’avril 2026. Le Secrétaire général sortant, António Guterres, doit achever son mandat le 31 décembre 2026 et son successeur entrera en fonction le 1er janvier 2027. La procédure prévoit la soumission de lettres de candidature et de déclarations de vision, ainsi que des auditions interactives publiques avant les consultations du Conseil de sécurité.

Selon une note de la Commission de l’Union africaine datée du 27 mars 2026, une vingtaine d’États membres ont rompu la procédure de silence engagée pour soutenir la candidature de Macky Sall, empêchant l’adoption d’une position commune. Le même jour, la mission permanente du Sénégal auprès de l’Union africaine a indiqué que Dakar n’avait « à aucun stade » endossé cette candidature et ne pouvait être considérée comme partie prenante à l’initiative.

Au total, cinq candidatures ont été enregistrées depuis l’ouverture du processus, dont une s’est retirée. Michelle Bachelet, Chilienne, ancienne cheffe d’État et ex Haute-commissaire aux droits de l’Homme, poursuit sa candidature malgré le retrait du soutien de son pays, avec l’appui d’autres États. Rafael Grossi, diplomate argentin et actuel Directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, s’appuie sur une expérience technique dans les dossiers de sécurité nucléaire. Rebeca Grynspan, économiste costaricienne et ancienne Vice-présidente, incarne un profil orienté vers les enjeux économiques et de développement. Macky Sall, ancien Président du Sénégal, est présenté par le Burundi sans soutien officiel de son pays.

La situation de Michelle Bachelet et de Macky Sall met en évidence deux configurations distinctes, l’une marquée par le retrait du soutien du pays d’origine, compensé par d’autres appuis étatiques et par une expérience au sein du système des Nations unies, notamment à la tête du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, l’autre par l’absence d’endossement national et de position continentale formalisée.

La désignation finale dépendra d’une recommandation du Conseil de sécurité, soumise à l’absence de veto d’un membre permanent, puis d’une validation par l’Assemblée générale. Si l’équilibre régional est régulièrement évoqué sans constituer une règle formelle, plusieurs initiatives plaident également pour l’élection d’une femme à la tête de l’Organisation.

L’augmentation avant la concertation

La hausse des prix des produits pétroliers est entrée en vigueur le 28 mars, alors que la désignation du représentant des associations de consommateurs n’est prévue que le 2 avril. Cette chronologie, établie par les communiqués officiels, interroge sur l’ordre des décisions publiques.

Le 27 mars, le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation a invité les associations légalement constituées à se faire enregistrer avant le 31 mars afin de désigner leur représentant appelé à siéger au Conseil d’administration d’un organisme public. La rencontre est fixée au jeudi 2 avril à 14 heures.

Dans le même temps, les nouveaux tarifs du carburant et du gaz s’appliquent depuis le 28 mars à 0 heure. Le litre de super sans plomb est fixé à 875 francs CFA et le gasoil à 940 francs CFA, tandis que les bouteilles de gaz butane ont également connu un relèvement. Pour les ménages, la mesure prend donc effet avant même que les associations censées porter leur voix ne soient officiellement représentées.

Cette hausse intervient dans un quotidien déjà éprouvé. Les tensions sur l’approvisionnement en carburant ont conduit les autorités à annoncer, ces derniers temps, l’arrivée d’un important convoi de camions-citernes destiné à renforcer les stocks. Dans le même temps, les délestages continuent de peser sur de nombreux quartiers, avec des effets directs sur l’activité économique, la mobilité et les dépenses des foyers.

La hausse dépasse le seul cadre de l’énergie. Elle se répercute sur le transport, le prix des marchandises et le budget de ménages déjà confrontés à la hausse des denrées de base. Reste à voir quelle place sera réellement accordée à la voix des consommateurs dans les décisions à venir.

Aide humanitaire : Les 10% qui inquiètent

Le prélèvement de 10 % sur les ressources des associations et fondations continue d’alimenter le débat. Entre impératifs de contrôle, baisse des financements et besoins humanitaires toujours élevés, la mesure soulève de nombreuses interrogations.

Le débat autour du financement de l’action humanitaire et des programmes de développement a pris une autre dimension depuis l’entrée en vigueur du décret N°2026-0152/PT-RM. Le texte fixe les modalités du contrôle administratif, technique et financier des associations et fondations, avec en son article 16 une contribution de 10% sur les ressources destinées au développement économique, social, environnemental et culturel. Selon le décret, ce montant est destiné à la prise en charge des frais liés au suivi et au contrôle des activités menées par ces structures. Le texte présente ainsi cette contribution non comme une taxe budgétaire classique, mais comme un mécanisme de financement du suivi-évaluation administratif et financier des associations et fondations.

Cette précision est importante, car cela vise formellement les ressources affectées au développement. La question qui est posée, et qui nourrit aujourd’hui les inquiétudes, est celle du champ exact d’application de cette mesure. Le décret ne précise pas expressément si les interventions purement humanitaires d’urgence, notamment dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l’eau, de la protection ou de l’assistance aux déplacés, sont concernées ou non. Cette frontière entre actions de développement et interventions d’urgence est déterminante, car les financements humanitaires obéissent généralement à des cadres contractuels distincts, souvent négociés directement avec les bailleurs internationaux.

Cette absence de clarification alimente les préoccupations des acteurs du secteur. Entre un programme de développement à moyen terme et une opération d’urgence destinée à sauver des vies, la logique financière et opérationnelle n’est évidemment pas la même.

Inquiétudes

Ainsi, sur le terrain, les réactions sont inquiètes. Un agent de l’ONG AMSS, qui suit de près l’évolution de la question, estime que la mesure pourrait peser directement sur les financements et sur les activités elles-mêmes. Selon lui, le risque d’une réévaluation ou d’un ralentissement de certains financements par des partenaires techniques et financiers ne peut être écarté, alors que plusieurs bailleurs ont déjà réduit leur engagement au Sahel.

Pour cet acteur humanitaire, la conséquence la plus préoccupante concerne les populations. Plus de cinq millions de Maliens vivent aujourd’hui dans des situations de grande vulnérabilité, entre déplacés internes, ménages touchés par l’insécurité alimentaire et communautés affectées par les conflits. Une contraction des ressources disponibles pourrait encore aggraver leur situation.

Il attire également l’attention sur l’impact économique potentiel. Les ONG participent déjà à l’économie nationale, à travers le paiement de l’impôt sur les traitements et salaires, les cotisations sociales, les achats locaux, les contrats de prestation et les emplois générés directement ou indirectement. Une baisse de leurs interventions aurait donc des effets en cascade sur les recettes publiques et le tissu économique local.

Mamadou Ben Coulibaly, autre intervenant dans ce dossier, insiste sur les conséquences mécaniques d’un prélèvement de 10%. Son raisonnement repose sur une logique simple. Lorsqu’une organisation mobilise des ressources pour équiper cent villages en services de santé, en ambulances, en kits sanitaires ou en infrastructures sociales, une ponction immédiate de 10% réduit nécessairement le nombre de bénéficiaires finaux.

Avec des budgets déjà serrés, cela signifie moins de villages couverts, moins de kits distribués, moins de services offerts et parfois une réduction directe des vies potentiellement secourues. Son analyse rappelle une réalité souvent absente du débat réglementaire. Derrière les pourcentages se trouvent des interventions concrètes et des bénéficiaires bien réels.

Pression financière

Les données humanitaires confirment cette tension. Selon le plan de réponse humanitaire 2026 publié par OCHA, environ 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance au Mali. Le plan vise à atteindre 3,8 millions de personnes avec un besoin financier estimé à 577,9 millions de dollars. À la fin du premier trimestre 2026, seuls environ 53 millions de dollars avaient été mobilisés, soit à peine 9,2% des besoins. À ce niveau de couverture, chaque réduction, même marginale, peut avoir un effet immédiat sur le volume de l’assistance, qu’il s’agisse des distributions alimentaires, des soins de santé ou de la prise en charge des déplacés.

Ce niveau de couverture, déjà faible, nourrit les craintes des acteurs du secteur. Pour beaucoup, chaque réduction de ressources a un effet immédiat sur le terrain.

Cette évolution n’est pas propre au Mali. Les grandes crises internationales mobilisent une part importante des financements humanitaires, notamment en Ukraine, au Proche-Orient, au Soudan, en République démocratique du Congo, en Afghanistan ou encore au Pakistan.

Le Sahel, déjà confronté à une crise durable, se retrouve ainsi dans une compétition plus rude pour l’accès aux fonds. L’introduction d’un prélèvement supplémentaire suscite donc une inquiétude légitime chez les partenaires.

Les organisations, signataires d’un communiqué commun, adoptent toutefois une posture plus nuancée. Elles reconnaissent la nécessité d’un meilleur encadrement des flux financiers, d’une transparence renforcée et d’un contrôle plus rigoureux des activités. Elles rappellent cependant que les projets financés par les bailleurs intègrent déjà des mécanismes stricts d’audit, de reporting et d’évaluation.

Contrôle

Pourtant, le décret lui-même confirme l’existence d’un dispositif de contrôle déjà étoffé. Avant toute intervention, les associations et fondations sont soumises à des avis de non-objection, à la transmission régulière de rapports trimestriels, au contrôle des services déconcentrés de l’État ainsi qu’au suivi de la Direction générale de l’Administration du territoire. Le texte prévoit également un cadre national de concertation réunissant plusieurs départements ministériels et les représentants des associations et fondations. Dans ce contexte, plusieurs observateurs s’interrogent sur le risque d’une duplication des coûts de suivi, sans garantie d’amélioration réelle de la redevabilité.

Équilibre

L’intervention d’Alassane Maïga, spécialiste des dynamiques sécuritaires et institutionnelles, apporte un éclairage supplémentaire. Selon lui, la première faiblesse de la mesure réside dans son ambiguïté. Le texte ne permet pas encore de savoir avec certitude si la contribution concerne uniquement les financements de développement ou si elle s’appliquera également aux programmes d’urgence humanitaire.

À ses yeux, cette distinction est essentielle. Il estime que taxer indistinctement les ressources destinées à la santé d’urgence, à l’éducation en situation de crise, à l’eau, à l’hygiène, à l’assainissement ou à la nutrition reviendrait à fragiliser les moyens de survie des populations les plus vulnérables.

Alassane Maïga attire aussi l’attention sur un autre aspect. Selon lui, les mécanismes de contrôle existent déjà. En effet, avant toute intervention sur le terrain, les organisations sont généralement soumises à des avis de non-objection, à la transmission régulière de rapports d’activités, au contrôle des services déconcentrés de l’État et à l’implication des services techniques sectoriels.

Dans sa lecture, la nouvelle contribution risque surtout d’ajouter une couche administrative supplémentaire sans améliorer réellement l’efficacité du suivi. Il met également en garde contre les risques liés aux bailleurs. Les fonds mobilisés proviennent souvent de contribuables étrangers, de fondations privées ou de programmes publics de coopération. Il pourrait être difficilement acceptable pour certains partenaires qu’une partie significative des ressources destinées à l’assistance soit prélevée par l’État bénéficiaire.

Engagements réexaminés

Cette situation pourrait conduire certains partenaires à réexaminer leurs engagements, même s’il est encore prématuré de parler d’un retrait certain. Selon Alassane Maïga, la logique avancée par les autorités semble s’inscrire dans une volonté de renforcer le contrôle administratif et de mieux aligner les interventions sur les priorités nationales. Il estime toutefois que la question centrale reste celle de l’équilibre entre souveraineté administrative et efficacité opérationnelle.

À ses yeux, une exemption claire des interventions purement humanitaires d’urgence pourrait contribuer à apaiser les inquiétudes, tandis qu’une application uniforme à l’ensemble des projets risquerait d’accentuer les tensions avec les partenaires.

Chaque décision prise autour de cette contribution peut avoir des conséquences directes sur l’accès à l’aide pour des millions de personnes. Le débat touche donc à la capacité collective de préserver les mécanismes de solidarité dans un moment où les besoins sont immenses et les ressources limitées.

Tempête de poussière : le Mali sous un ciel chargé jusqu’à la fin de la semaine

Une vaste brume de poussière venue du Sahara recouvre progressivement le Mali depuis le 31 mars et devrait se maintenir jusqu’à vendredi. La baisse de visibilité, la dégradation de l’air et les perturbations du trafic aérien figurent parmi les premières conséquences observées.

Depuis mardi, un voile de poussière s’est installé sur une grande partie du territoire malien. D’abord signalé dans les régions de Taoudéni, Kidal, Tombouctou et Gao, le phénomène gagne progressivement les autres zones du pays, avec par endroits une visibilité tombant sous le seuil d’un kilomètre. Selon l’Agence nationale de la météorologie, cette situation devrait durer jusqu’à la fin de la semaine.

Les premiers effets se ressentent déjà dans les transports. La compagnie Sky Mali a annoncé le réaménagement de plusieurs vols à destination de Mopti, Gao et Tombouctou. Certains appareils ont été reportés, d’autres annulés, la compagnie invoquant des conditions météo défavorables à la sécurité des opérations aériennes.

Sur le terrain, le phénomène s’explique par l’arrivée de vents secs venus du Sahara. En cette fin de saison sèche, les sols désertiques et sahéliens, très exposés et peu humides, libèrent facilement de fines particules sous l’effet de rafales parfois soutenues. Ces poussières sont ensuite transportées sur de longues distances et finissent par envelopper une grande partie du pays.

Ce type d’épisode est bien connu dans l’espace sahélien. Il est généralement lié aux flux de nord-est qui traversent les zones désertiques avant de descendre vers le centre et le sud du Mali. À cette période de l’année, la combinaison entre chaleur, sécheresse des sols et circulation des vents favorise ce genre de situation.

Les conséquences dépassent la seule question de la visibilité. L’air devient plus lourd, avec une concentration importante de particules fines susceptibles de gêner la respiration. Les enfants, les personnes âgées ainsi que les personnes souffrant de maladies respiratoires sont les plus exposés.

Les autorités recommandent le port du masque ou, à défaut, d’un foulard couvrant le nez et la bouche, tout en appelant à limiter les déplacements non indispensables. La prudence est également recommandée sur les routes, notamment sur les axes interurbains où la visibilité peut se dégrader brusquement.

Cet épisode rappelle la forte exposition du Mali aux aléas climatiques liés à sa position géographique entre Sahara et Sahel. Chaque année, à cette période, les vents désertiques peuvent transformer rapidement le ciel en un épais écran de poussière, avec des répercussions directes sur les transports, la santé et les activités quotidiennes.

Si les prévisions actuelles se confirment, le retour à des conditions plus favorables n’est pas attendu avant la fin de la semaine.

 

Mort de Sangaré Oumou Ba, figure de la promotion des femmes au Mali

Militante de conviction, éducatrice passionnée et figure majeure de la promotion des droits des femmes au Mali, Mme Sangaré Oumou Ba s’est éteinte à Bamako ce 31 mars 2026 à l’âge de 79 ans. Son parcours, riche et cohérent, aura profondément marqué la vie politique, sociale et institutionnelle du pays.

Née à Bamako en 1947, elle suit un parcours académique exemplaire : baccalauréat au Lycée des jeunes filles, maîtrise d’anglais à l’ENSUP, puis formations post‑universitaires en Écosse et aux États‑Unis dans les domaines de la linguistique, de l’administration de l’éducation et des études sur la femme. Enseignante d’anglais au Lycée des jeunes filles de Bamako, elle forme plusieurs générations et encadre les volontaires du Corps de la Paix américain.

Membre fondatrice du RPM, elle s’impose comme une voix forte du militantisme féminin. Députée de 2002 à 2007, puis chef de Cabinet au ministère de l’Élevage et de la Pêche, elle accède en 2013 au poste de ministre de la Promotion de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, qu’elle occupe jusqu’en 2017.

Son principal héritage politique demeure l’adoption de la loi n°052 du 18 décembre 2015, instaurant un quota minimum de 30 % de femmes dans les fonctions nominatives et électives. Une avancée majeure pour la représentation féminine, même si son application reste aujourd’hui incomplète.

Très engagée dans la société civile, elle anime plusieurs organisations dédiées à l’épanouissement des femmes, des enfants et à la protection de l’environnement. Sur le plan régional, elle siège au Parlement de la CEDEAO, où elle occupe notamment les fonctions de Présidente de la Commission Santé et de Rapporteur à la Commission Droit de la femme et de l’enfant.

Travailleuse infatigable, formée sur trois continents, Mme Sangaré Oumou Ba laisse l’image d’une femme de devoir, profondément attachée à l’éducation, à la justice sociale et à l’autonomisation des femmes maliennes. Son engagement restera une référence pour les générations futures.

 

Bilan février‑mars : le ministère de la Jeunesse et des Sports met en avant ses avancées

Le ministre Abdoul Kassim Ibrahim Fomba a présenté, le 30 mars 2026 au Palais des Pionniers, les principales actions menées par son département au cours des deux derniers mois, entre engagement citoyen, insertion des jeunes et performances sportives.

Le ministère en charge de la Jeunesse, des Sports, de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne affiche une activité soutenue sur la période février‑mars. Au cœur de ce bilan : le renforcement du Service national des jeunes (SNJ), considéré comme un levier stratégique de formation et de cohésion nationale.

1 936 jeunes fonctionnaires ont ainsi été mobilisés dans le cadre de la 7e cohorte, deuxième vague, au centre de formation de Bapho. Cette dynamique s’accompagne de sessions de formation destinées aux agents déclarés inaptes, notamment à la Maison des jeunes de Bamako.

Au‑delà de l’aspect quantitatif, les autorités insistent sur la portée qualitative du SNJ. Le programme vise à forger une jeunesse disciplinée, patriote et apte à contribuer activement au développement du pays. Il intègre également des modules d’insertion socio‑professionnelle afin de renforcer l’employabilité des bénéficiaires.

Une citoyenneté structurée et des initiatives renforcées

Sur le plan institutionnel, plusieurs chantiers ont été lancés ou poursuivis : l’élaboration d’une réglementation dédiée à la construction citoyenne et l’institutionnalisation de la Semaine nationale d’éducation à la citoyenneté et d’éveil patriotique (SNECEP). Autre moment fort : l’inauguration, le 10 mars 2026, du Palais des Pionniers, désormais présenté comme un centre moderne de formation civique destiné à accompagner la refondation du pays.

Le programme « À l’École de la Citoyenneté » prépare sa cinquième cohorte, tandis que l’opération « Sounkalo Solidarité » a relancé le dialogue direct entre les jeunes et les autorités grâce à des cadres d’échanges organisés à Bamako et dans plusieurs localités.

Dans le volet « Village des opportunités », le Conseil national de la jeunesse a marqué sa proximité avec les autorités de la Transition, tout en poursuivant ses activités de formation, notamment dans le cadre du programme de gouvernance locale redevable. Une mission d’étude sur la consolidation de la paix et de la cohésion sociale dans les régions de Ségou et de Koutiala a également été menée en partenariat avec le PNUD.

Des performances sportives encourageantes

Sur le plan sportif, les résultats enregistrés sont jugés prometteurs. L’équipe nationale masculine de basket‑ball a réalisé un parcours sans faute lors de la première fenêtre des éliminatoires de la Coupe du monde 2027, en Égypte, laissant entrevoir de réelles chances de qualification. De son côté, la sélection féminine a validé son ticket pour la phase finale mondiale à l’issue d’une campagne disputée en Chine.

Parallèlement, une réforme du cadre réglementaire du sport est engagée, avec la relecture des textes encadrant les activités physiques et sportives, notamment les dispositions relatives aux primes et à la gestion des infrastructures.

« Nous avons plusieurs textes en relecture aujourd’hui. Cela va nous permettre de donner de plus en plus le service adéquat dans le cadre de notre mission car parfois nous avons envie de bien faire, mais nous sommes freinés par des problèmes de texte », a expliqué le ministre Fomba.

« Ces relectures vont nous aider à avancer et à lever certaines incompréhensions qui existent dans certains groupements, notamment au sein des fédérations », a‑t‑il ajouté.

Enfin, le ministère a multiplié les échanges avec plusieurs partenaires internationaux. Des accords ou perspectives de collaboration ont été actés avec le HCR, le PNUD, l’UNICEF, l’OMS, la Chine et le Royaume‑Uni, dans une logique affirmée de respect de la souveraineté nationale et des priorités stratégiques du Mali.

Mohamed Kenouvi

 

Situation sécuritaire : les FAMa gardent l’initiative

La Direction de l’information et des relations publiques des armées (DIRPA) a organisé, ce 30 mars 2026, un point de presse pour faire le point sur la situation sécuritaire. L’armée malienne garde l’initiative sur le terrain, malgré des tentatives de désinformation, ont affirmé les responsables de la DIRPA.
Pour informer le public sur la situation sécuritaire à l’échelle nationale, la DIRPA a renoué avec son traditionnel point de presse le 30 mars 2026. Après plusieurs mois marqués par des attaques contre des convois de citernes, provoquant des perturbations dans l’approvisionnement du pays en carburant, la situation reste stable sur le terrain, a déclaré le directeur de la DIRPA.
Les opérations de sécurisation des axes routiers, notamment les escortes, ont permis de maintenir l’approvisionnement des villes en produits pétroliers.
Outre cette mise en avant de la « détermination » des forces armées, qui gardent l’initiative sur le terrain, les autorités militaires ont démenti formellement certaines allégations. Ainsi, l’information selon laquelle une centaine de terroristes auraient été libérés pour faciliter l’approvisionnement en carburant est « erronée », selon la DIRPA. Ces propos, « relayés par certains médias, visent à ternir l’image du Mali et à rompre la confiance entre le peuple et ses institutions ».
Désinformation
Ces éléments relèvent, selon la DIRPA, d’« un terrorisme médiatique, organisé et savamment orchestré ».
Le directeur de la DIRPA a également dénoncé « l’instrumentalisation des droits de l’homme », rappelant que les forces armées demeurent professionnelles et attachées au respect du droit international humanitaire ainsi que des droits fondamentaux de tous les citoyens.
Riposte
Face aux attaques coordonnées contre les positions des Forces armées maliennes (FAMa), celles‑ci ont offert une riposte vigoureuse, a ajouté le directeur de la DIRPA. Contre les attaques visant les citernes, les FAMa « se sont adaptées ».
L’existence d’un accord avec des terroristes n’est donc, selon les autorités, qu’une nouvelle « manipulation destinée à dénigrer » l’armée et à semer le doute dans l’opinion.
Coopération
Enfin, face à la menace transnationale, les autorités militaires appellent les pays voisins à « faire preuve de responsabilité », estimant que « la menace ne pourra être réellement contenue que si tous les États concernés s’impliquent pleinement »

Yambo Ouologuem: Le retour d’une voix brisée

Une tournée nationale du film « Yambo Ouologuem, la blessure s’ouvre » est organisée du 26 au 31 mars 2026 au Mali. Plus qu’un hommage, elle participe à la réhabilitation d’une figure majeure longtemps marginalisée.

Au Mali, la mémoire de Yambo Ouologuem entre dans une nouvelle phase. Réalisé par le cinéaste sénégalais Kalidou Sy, ce film propose une plongée dans le parcours singulier de l’écrivain malien, premier Africain lauréat du prix Renaudot en 1968 avec « Le devoir de violence ». Salué pour sa critique radicale des récits historiques et des pouvoirs en Afrique, ce roman tranche avec les discours dominants de l’époque en proposant une lecture sans concession des violences politiques et sociales, ce qui lui confère une portée singulière dans le paysage littéraire africain.

Le documentaire revient sur l’ascension fulgurante de l’auteur, suivie de sa chute brutale après des accusations de plagiat qui ont durablement entaché sa carrière. À travers archives et témoignages, il explore les zones d’ombre de cette controverse et interroge la place des écrivains africains dans le champ littéraire international. Il met aussi en lumière son retrait progressif de la vie publique et le long silence qui a suivi.

Installé au Mali après son retrait, Yambo Ouologuem s’est consacré à l’enseignement et à la vie religieuse, loin des cercles littéraires internationaux. Cette disparition volontaire a contribué à entretenir une forme de mystère autour de sa figure, renforçant à la fois son isolement et l’intérêt critique pour son œuvre.

Initiative salutaire

Pourtant, cette initiative dépasse le cadre cinématographique. Elle s’inscrit dans une dynamique portée par les autorités culturelles visant à restaurer la place de l’écrivain dans le patrimoine intellectuel national. Le ministère en charge de la Culture, à travers le Centre national de la cinématographie du Mali, organise la tournée en mobilisant acteurs culturels et universitaires.

La réhabilitation s’appuie aussi sur des actes institutionnels récents. Ainsi, l’Université des Lettres et des sciences humaines de Bamako a été rebaptisée Université Yambo Ouologuem et une journée officielle et académique lui a été consacrée, marquant une reconnaissance publique de son apport.

Cette redécouverte interroge la mémoire culturelle en Afrique et les mécanismes d’exclusion qui ont pu frapper certaines figures intellectuelles. Elle pose aussi la question de la justice symbolique dans un contexte où les États cherchent à affirmer leur souveraineté culturelle.

À travers cette tournée, le Mali engage un travail de réappropriation qui dépasse ses frontières, en replaçant Yambo Ouologuem dans le débat littéraire contemporain.

Assistance humanitaire : la Croix‑Rouge malienne vise 2,7 millions de bénéficiaires en 2026

La Croix‑Rouge malienne a officiellement lancé, le 24 mars, son plan unifié 2026 avec une ambition claire : apporter une assistance à 2,7 millions de personnes à travers le pays.
Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante, les déplacements de populations et les effets du changement climatique, ce plan se veut une réponse structurée et coordonnée aux multiples crises que traverse le Mali.
La cérémonie, présidée par le représentant du ministre de la Santé et du Développement social, a réuni plusieurs acteurs majeurs du secteur humanitaire, dont le directeur général du Développement social, le chef de la délégation du Comité international de la Croix‑Rouge (CICR), ainsi que des représentants de la Fédération internationale et du corps diplomatique.
Dans son intervention, le directeur général de la Croix‑Rouge malienne, Nouhoum Maïga, a souligné l’importance de cette approche unifiée. Selon lui, depuis plusieurs années, l’institution s’attache à harmoniser les contributions des partenaires autour d’un plan unique, élaboré chaque année en fonction des besoins réels des populations.
Un contexte humanitaire toujours préoccupant
Le Mali continue de faire face à des défis humanitaires majeurs. « Aujourd’hui, plus de 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance humanitaire à travers le pays et plus de 400 000 sont déplacées », a rappelé le Dr Abdoulaye Keïta, représentant du ministre de la Santé, soulignant que les effets combinés de l’insécurité, des crises climatiques et des pressions économiques fragilisent fortement les moyens de subsistance des communautés.
Selon lui, le plan unifié 2026 apparaît comme un outil stratégique pour renforcer la réponse nationale. Il complète les efforts du gouvernement dans des domaines essentiels tels que la santé publique, la nutrition, l’accès à l’eau potable, la protection sociale et le soutien aux populations vulnérables.
La représentante de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix‑Rouge et du Croissant‑Rouge, Dorien Irène Dolman, a insisté sur la nécessité d’un engagement collectif. Elle a décrit ce plan comme bien plus qu’un simple document opérationnel, le qualifiant d’« engagement commun pour répondre de manière plus efficace à des besoins humanitaires en constante augmentation ».
Dans le même sens, le chef de la délégation du CICR au Mali, Nicolas Lambert, a souligné la pertinence de ce cadre structuré. Selon lui, les crises actuelles exigent des réponses coordonnées, durables et adaptées aux réalités du terrain, notamment dans des secteurs clés comme la santé, la gestion des catastrophes, le climat, la migration et l’inclusion.
Un plan ambitieux
Le plan unifié 2026 prévoit de toucher 2,7 millions de bénéficiaires à travers plusieurs axes d’intervention. Parmi eux : 930 000 personnes concernées par les actions liées aux catastrophes et crises, 608 000 par les initiatives sur le climat et l’environnement, 483 000 dans le domaine de la santé et du bien‑être, 366 000 dans les programmes de valeur et d’inclusion, et 159 000 dans les actions liées à la migration et aux déplacements.
Pour atteindre ces objectifs, un financement global de 21,8 milliards de FCFA est requis. À ce stade, 56 % de ce budget devrait être mobilisé par les partenaires traditionnels, notamment le CICR, la Fédération internationale et les sociétés nationales partenaires. Les 44 % restants constituent un appel direct aux partenaires techniques et financiers.
« Le plan unifié 2026 de la Croix‑Rouge malienne traduit notre vision opérationnelle annuelle, fondée sur les besoins réels des populations, l’expérience du terrain et l’exigence de redevabilité envers les partenaires et les communautés », a précisé Assitan Coulibaly, présidente de la Croix‑Rouge malienne. Elle a insisté sur la nécessité « d’améliorer la qualité des services rendus, de renforcer l’impact des interventions et de consolider les mécanismes de suivi et de coordination ».
Les autorités maliennes ont, pour leur part, lancé un appel aux partenaires afin de soutenir la mise en œuvre du plan. Elles estiment qu’il s’agit d’un investissement stratégique dans une réponse humanitaire portée par un acteur national crédible, capable d’intervenir rapidement et efficacement auprès des populations.
Mohamed Kenouvi

Bamako : Mal bâtir peut tuer

À Bamako, les immeubles ne s’effondrent plus seulement par simple accident, ils cèdent sous le poids d’un système défaillant. Le drame de Daoudabougou, survenu le dimanche 22 mars dernier, n’est qu’un épisode de plus dans une série où les mêmes causes produisent inlassablement les mêmes tragédies.

Derrière chaque dalle qui s’écroule, il y a des vies brisées, des familles endeuillées, des ouvriers exposés sans protection et des habitants qui doutent de la solidité de leur logement. Depuis Banconi, en 2019, jusqu’aux effondrements récents, les alertes se sont accumulées. Ce qui manque, c’est une rupture réelle avec le laxisme et la négligence.

Le problème est connu. Permis délivrés sans rigueur ou contournés, chantiers lancés sans étude sérieuse du sol, contrôles absents ou fictifs, matériaux frauduleux largement utilisés. Le fer à béton non conforme n’est pas une rumeur, c’est une réalité documentée. Tant que cette chaîne persistera, chaque construction comportera un risque.

Ailleurs, des décisions ont suivi les drames. Au Maroc, des immeubles ont été démolis et des responsables poursuivis après des effondrements à Casablanca. Au Sénégal, des chantiers ont été stoppés et des promoteurs traduits en justice. Là-bas, construire mal expose à des sanctions.

Il devient nécessaire à Bamako aussi d’imposer un contrôle technique indépendant à chaque étape, de certifier strictement les matériaux et de responsabiliser pénalement tous les acteurs, du promoteur à l’ingénieur. Suspendre immédiatement les chantiers non conformes s’impose désormais.

Ce qui est en jeu dépasse le bâtiment. Il s’agit de la place accordée à la vie humaine. Tant que les règles ne seront pas appliquées, les immeubles continueront de s’écrouler.

Action humanitaire : Le CICR sensibilise les médias 

Le Comité international de la Croix‑Rouge (CICR) a organisé, le 24 mars 2026, une master class à l’intention des professionnels des médias. Une vingtaine de journalistes et responsables de presse ont participé à cette session destinée à leur fournir des outils pour mieux appréhender les enjeux de l’action humanitaire en contexte de crise.

Dans le cadre de ses missions, le CICR Mali, en partenariat avec la Maison de la Presse, a animé une session sur les principes du droit international humanitaire (DIH) et les défis de la réponse humanitaire. Des représentants de la presse écrite et audiovisuelle ont pris part aux échanges.
Dans un contexte malien marqué par une crise multidimensionnelle persistante, le rôle des médias est essentiel : expliquer la situation, sensibiliser l’opinion et mobiliser l’action. L’objectif de la rencontre était donc de renforcer les connaissances des journalistes sur le DIH, d’éclairer les enjeux de la crise humanitaire et de favoriser une meilleure collaboration entre médias et acteurs humanitaires, en particulier le CICR.
Des enjeux nombreux et complexes
Les défis humanitaires sont nombreux : déplacements de populations, violations des droits, atteintes au vivre‑ensemble, difficultés d’accès aux soins et à l’éducation… Ces réalités affectent directement des milliers de personnes. Dans ce contexte, le travail des médias consiste à rendre compte de ces situations humaines tout en respectant des normes relevant du DIH et des droits humains, et en incitant à la prise de conscience et à l’action.
Ce travail est souvent rendu difficile par l’accès limité à l’information sur des sujets sensibles. Le cadre d’échanges proposé par le CICR permet de clarifier les concepts, de renforcer les capacités et de partager les retours d’expérience entre professionnels des médias et acteurs humanitaires.
Responsabilité journalistique
Porter à la connaissance du public des réalités peu visibles et faire comprendre les conséquences des conflits sur la vie des populations est un double défi pour la presse, qui doit en même temps respecter l’éthique et la déontologie du métier. Malgré l’urgence et la gravité des faits, les journalistes doivent trouver l’équilibre entre le devoir d’informer et l’obligation de préserver la dignité et la sécurité des personnes.
Le respect du DIH, la protection des civils et des missions médicales, ainsi que la visibilité des difficultés quotidiennes des populations sont autant de sujets à traiter afin de sensibiliser le public et susciter des actions appropriées. Cela implique un dialogue continu entre acteurs humanitaires et médias.
Bilan d’activités 2025
En 2025, le CICR a mené plusieurs actions au Mali : plus de 22 000 ménages ont bénéficié d’une assistance alimentaire ; plus de 24 000 patients ont été pris en charge dans des centres de santé et hôpitaux soutenus par l’organisation ; 44 ouvrages d’accès à l’eau ont été réalisés, desservant 162 400 personnes. S’y ajoutent des activités de prévention (sensibilisation au DIH), des visites de détenus et le rétablissement de liens familiaux pour des personnes séparées.

Trading au Mali : Une nouvelle génération bâtit sa liberté financière

Le trading, activité consistant à acheter et à vendre des actifs financiers (Devises, actions, cryptomonnaies) dans le but de générer des profits, connaît au Mali une croissance discrète mais réelle.

Longtemps marginal, ce secteur attire aujourd’hui une jeunesse connectée en quête d’indépendance financière. Selon des estimations de la Banque mondiale et des données relayées par des plateformes comme Statista, l’Afrique de l’Ouest enregistre une hausse significative du nombre de particuliers impliqués dans le trading en ligne, avec plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs actifs au Mali, principalement via le Forex et les cryptomonnaies. Cette progression s’explique par l’accès intense à Internet et aux smartphones, mais aussi par un contexte économique où les opportunités d’emploi restent limitées.

Dans ce paysage en mutation, des parcours individuels illustrent cette montée en puissance. C’est le cas de Modibo Ongoiba, jeune entrepreneur malien dont l’histoire reflète la détermination d’une génération. Très tôt, Modibo nourrit l’ambition d’atteindre la liberté financière par ses propres moyens. Sans orientation précise au départ, il découvre le trading, domaine qui suscite immédiatement son intérêt. Convaincu de son potentiel, il décide de s’y consacrer pleinement.

Cependant, l’accès à la formation constitue un obstacle majeur. Faute de moyens financiers suffisants, Modibo ne peut s’offrir les formations en ligne souvent coûteuses. Loin de renoncer, il fait preuve de résilience : il enchaîne les petits boulots sur des chantiers et dans des boutiques et participe à des tontines afin de réunir les fonds nécessaires. Il parvient finalement à se former auprès d’un trader togolais en ligne, une étape décisive dans son parcours.

Au fil du temps, ses efforts portent leurs fruits. De formation en formation et de connaissance en connaissance, Modibo commence à enregistrer ses premiers résultats en trading. Fort de cette expérience, il fonde la VB Sniper Académie, une structure dédiée à la formation des jeunes Maliens intéressés par ce secteur.

Aujourd’hui, Modibo Ongoiba vit de son activité et accompagne de nombreux débutants. Il développe également des stratégies adaptées au contexte local, dont « La stratégie Nansongo », qu’il enseigne dans ses formations. Il est aussi l’auteur de l’ouvrage « Le processus d’un trader rentable », dans lequel il partage son expérience et ses méthodes. Son parcours illustre l’émergence d’un métier encore discret, mais porteur d’espoir pour une jeunesse en quête d’opportunités.

Ibrahim Baby

 

Procès Paramount-Embraer : vingt ans de prison pour Boubou Cissé et quatre coaccusés 

Le verdict est tombé ce vendredi 27 mars 2026 à Bamako dans l’affaire Paramount-Embraer, ouverte le 22 décembre 2025 devant la chambre criminelle spécialisée de la Cour d’appel.

Boubou Cissé, ancien Premier ministre et ex-ministre de l’Économie et des Finances, Tiéman Hubert Coulibaly, ancien ministre de la Défense, Mamadou Igor Diarra, également ancien ministre de l’Économie et des Finances, Babaly Bah, ancien directeur général de la Banque Malienne de Solidarité, et Mamadou Lamine Diakité ont été condamnés à 20 ans de réclusion criminelle pour faux et usage de faux, corruption, atteinte aux biens publics et blanchiment de capitaux.
Tiéna Coulibaly, ancien ministre, ainsi que trois officiers généraux, dont le général Souleymane Bamba, ancien chef d’état-major de l’Armée de l’air et chef d’état-major général adjoint des Armées, et le général de brigade Moustapha Drabo, ancien directeur du matériel, des hydrocarbures et du transport des Armées, ont été condamnés à sept ans de prison. La colonel-major Aminata Doho a été condamnée à un an d’emprisonnement avec une amende de cinq millions de francs CFA pour blanchiment de capitaux. Plusieurs accusés ont été acquittés, dont le général Mahamane Touré, ancien chef d’état-major général des Armées, et le colonel-major Nouhoum Dabitao, ancien directeur du Commissariat des Armées.
Le dossier concerne deux marchés signés en 2015 avec Paramount Group et Embraer, portant sur 36 blindés pour 11 milliards de francs CFA et six avions Super Tucano pour 7,5 milliards de francs CFA. Les équipements n’ont pas été livrés et le montant global évoqué dépasse 33 milliards de francs CFA.
À l’ouverture du procès, la Cour avait constaté l’absence de plusieurs accusés, notamment Boubou Cissé, Mamadou Igor Diarra, Tiéman Hubert Coulibaly et Babaly Bah, visés par des mandats d’arrêt internationaux.
Le ministère public avait requis, le 26 janvier 2026, des peines allant jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité. Après plusieurs renvois du délibéré, la décision a été rendue ce 27 mars.
Le jugement a été rendu à l’issue d’un procès ouvert le 22 décembre 2025 et consacré à l’examen des conditions de passation, d’exécution et de financement de marchés publics militaires conclus en 2015.

Sahel : Le nouvel épicentre du terrorisme mondial

Selon le Global Terrorism Index 2026, les morts liées au terrorisme ont reculé de 28% en 2025, à 5 582 victimes pour 2 944 attaques dans le monde. Mais cette baisse masque un basculement majeur, puisque le Sahel concentre désormais près de la moitié des décès.

Le terrorisme recule globalement, mais il se transforme. En 2025, les violences ont diminué dans leurs anciens bastions, notamment au Moyen-Orient. À l’inverse, l’Afrique subsaharienne s’impose comme le nouveau centre de gravité du phénomène, avec le Sahel en première ligne.

La région concentre près de la moitié des morts liées au terrorisme, contre moins de 1% en 2007. En une décennie, les décès y ont été multipliés par dix. Cette dynamique s’organise autour d’un noyau de pays – Burkina Faso, Niger, Nigeria et Mali – qui concentrent l’essentiel de la violence.

Les tendances nationales confirment une menace en mutation. Au Niger, les attaques sont passées de 102 en 2024 à 88 en 2025, avec une baisse des décès. Au Mali, 341 morts ont été recensés pour 106 attaques. Au Burkina Faso, malgré un recul, les niveaux de violence restent parmi les plus élevés au monde. Ces évolutions traduisent un redéploiement plus qu’un recul.

Cette violence est portée par quelques groupes dominants. L’État Islamique, le JNIM, Al-Shabaab et le Tehrik-e-Taliban Pakistan concentrent l’essentiel des victimes à l’échelle mondiale. Dans le Sahel, le JNIM et les branches locales de l’État Islamique structurent les attaques, ciblant forces de sécurité, civils et axes économiques.

Ce basculement s’explique aussi par une recomposition sécuritaire. Le retrait progressif des forces occidentales, la fin de la mission onusienne au Mali et la dissolution du G5 Sahel ont contribué à fragiliser les dispositifs régionaux. Dans le bassin du lac Tchad, la force multinationale mixte reste active, mais ses capacités demeurent limitées.

En réponse, des pays sahéliens ont engagé de nouvelles formes de coopération, notamment à travers l’Alliance des États du Sahel. Mais ces initiatives restent confrontées à des défis de coordination, de moyens et de contrôle territorial durable.

La menace déborde désormais des frontières sahéliennes. Des incursions sont observées vers les pays du Golfe de Guinée, notamment au Bénin et au Togo. Le Maghreb reste exposé à des risques de résurgence, tandis qu’en Occident les attaques isolées et les phénomènes de radicalisation individuelle progressent.

Ainsi, le terrorisme ne disparaît pas, il se déplace et s’adapte. Tant que ce basculement ne sera pas pleinement intégré, le Sahel restera le cœur de cette menace globale.

Substances précieuses : L’encadrement en question

Le Mali s’est engagé depuis quelque temps dans un processus de réorganisation du secteur minier. Après la Brigade des mines, l’Office malien des substances précieuses, chargé de la commercialisation de ces ressources, notamment l’or issu de l’orpaillage, vient d’être créé. Un instrument dont les missions restent à clarifier pour en garantir l’efficacité.

Institué par décret en Conseil des ministres, cet Office intervient dans un secteur stratégique. Le Mali figure parmi les trois premiers producteurs d’or en Afrique, avec plus de 70 tonnes par an, dont 72,2 tonnes en 2022, pour environ 763 milliards de francs CFA de recettes publiques. L’or représente plus de 70% des exportations et entre 7 et 9% du PIB. Cette création s’inscrit dans la mise en œuvre du Code minier de 2023 et de la Loi sur le contenu local, visant à mieux capter les retombées du secteur. L’Office est chargé de réguler, centraliser et sécuriser la commercialisation de l’or et des autres substances précieuses.

Sa mise en place répond à un besoin réel, mais pose aussi la question de la répartition des rôles. L’artisanat minier, qui mobilise plus d’un million d’orpailleurs et fait vivre près de 2 millions de personnes, reste en grande partie en dehors des circuits formels, avec une production difficile à tracer.

Cette situation relance le débat sur l’organisation du secteur. En attendant la définition précise des prérogatives de l’Office, plusieurs acteurs insistent sur la nécessité d’un dispositif spécifique pour l’orpaillage. La création d’une structure dédiée à la gestion de l’exploitation artisanale, encore largement informelle, apparaît comme une piste à examiner, selon Djibril Diallo, expert minier.

Distinguer les missions

La question de l’organisation renvoie à celle des responsabilités. Pour M. Diallo, la mise en place de deux entités distinctes – l’une pour l’orpaillage, l’autre pour la commercialisation – permettrait une meilleure répartition des tâches.

Plusieurs leviers sont avancés : organiser et former les acteurs, recenser les exploitants et les sites afin de garantir une exploitation légale, mais aussi développer le raffinage local pour assurer la traçabilité et mieux cerner les volumes produits. Alors que la production artisanale officiellement déclarée est estimée à 6 tonnes, des évaluations évoquent entre 200 et 300 tonnes échappant chaque année aux statistiques officielles, avec des pertes fiscales importantes. Le passage des comptoirs et commerçants par un circuit formel, sous le contrôle de l’Office, contribuerait à mieux structurer le marché. Malgré le poids du secteur aurifère, ces éléments montrent les limites actuelles dans le suivi de l’exploitation artisanale et des flux commerciaux.

Tuberculose : Une lutte entravée malgré les progrès

La tuberculose est la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé, elle a causé environ 1,23 million de décès en 2024, pour 10,7 millions de cas, confirmant sa place de première cause de mortalité infectieuse devant la Covid-19. Malgré le fait qu’elle soit évitable et guérissable, elle reste étroitement liée à la pauvreté, à la malnutrition et aux systèmes de santé fragiles.

Identifiée en 1882 avec la découverte du bacille par Robert Koch, la maladie continue de toucher des millions de personnes chaque année. Les efforts de lutte se heurtent à des financements insuffisants, estimés à un déficit d’environ 22 milliards de dollars par an, tandis que la recherche n’a mobilisé que 1,2 milliard de dollars en 2023, soit une infime fraction des besoins. Accélérer la riposte suppose à la fois des ressources durables et une adaptation des stratégies.

Parmi les leviers mobilisés, l’innovation occupe une place centrale. De nouveaux outils de diagnostic, des traitements plus courts et plus efficaces, ainsi que l’imagerie numérique permettent d’améliorer la prise en charge et de réduire les délais de détection.

L’IA au service du dépistage

L’Intelligence Artificielle s’impose progressivement comme un outil-clé dans la lutte contre la tuberculose. Des logiciels capables d’analyser les radiographies thoraciques permettent d’identifier rapidement les cas suspects, y compris dans des zones où les radiologues sont absents. Ces solutions, déjà utilisées dans plusieurs pays à ressources limitées, facilitent un dépistage à grande échelle.

Selon le Fonds mondial, ces technologies améliorent la qualité du diagnostic, notamment dans les zones rurales ou isolées. Entre 2021 et 2025, plus de 193 millions de dollars ont été mobilisés pour soutenir leur déploiement dans une vingtaine de pays. En parallèle, le nombre de cas diagnostiqués est passé de 7,5 millions en 2022 à 8,2 millions en 2023, tandis que les cas non détectés ont reculé de 4 millions en 2020 à 2,7 millions en 2023.

Au Mali, 8 632 cas ont été enregistrés en 2024, contre un peu plus de 8 200 en 2023, avec 491 décès. Le pays dispose d’environ 110 centres de traitement et d’une prise en charge gratuite, avec un taux de succès thérapeutique estimé à 84%. Des ruptures ponctuelles de médicaments et des difficultés d’accès aux soins continuent toutefois de freiner la lutte contre la maladie.

 

Diplomatie malienne : Entre réorganisation et redéfinition des priorités

Le Mali a engagé la réorganisation de plusieurs de ses missions diplomatiques à l’étranger, en redéfinissant leurs effectifs et leur organisation. Cette évolution démontre les liens étroits entre adaptation administrative, priorités stratégiques et efficacité du dispositif diplomatique.

Le gouvernement malien a adopté de nouveaux cadres organiques pour plusieurs représentations diplomatiques, notamment à Beijing, Berlin, Kigali, Rome, Le Caire et Moscou, ainsi qu’au Consulat général à Paris. Ces ajustements, prévus pour une période de cinq ans, portent sur l’organisation interne des missions et les effectifs nécessaires à leur fonctionnement, avec pour objectif de corriger les insuffisances relevées dans l’application des textes adoptés en 2018. Ils interviennent aussi dans un contexte de repositionnement du Mali dans les cadres multilatéraux, notamment sur les questions commerciales et économiques.

Ces missions s’inscrivent dans un réseau diplomatique structuré depuis l’indépendance du Mali, marqué par l’établissement de relations bilatérales avec plusieurs partenaires, dont la Chine dès 1960 et l’ex-Union soviétique dans les premières années de l’État. Pendant plusieurs décennies, cette diplomatie s’est développée autour de partenariats classiques, notamment avec des pays européens, dans les domaines de la coopération, de l’aide et de la sécurité.

Orientations

Depuis le coup d’État intervenu en août 2020, les relations extérieures du Mali ont connu une évolution caractérisée par une diversification des partenariats et une redéfinition des équilibres diplomatiques. Cette évolution s’inscrit dans une ligne diplomatique fondée sur le respect de la souveraineté, le libre choix des partenaires et la prise en compte des intérêts du pays, principes régulièrement mis en avant par les autorités maliennes. Dans ce cadre, certains postes paraissent liés à des enjeux spécifiques, notamment Moscou pour la coopération sécuritaire, Beijing pour les investissements et les financements, ou encore Paris, où les questions consulaires et liées à la diaspora occupent une place importante.

Les nouveaux décrets adoptés définissent les profils, les catégories de personnel et les effectifs affectés dans ces missions. Ils visent, selon les autorités, à doter les représentations de moyens en adéquation avec leurs missions et à renforcer la présence du Mali à l’international.

Enjeux

La réorganisation concerne principalement des représentations situées hors du voisinage immédiat du Mali, alors même que les enjeux régionaux, notamment en matière de sécurité, de mobilité et d’intégration économique, occupent une place centrale dans les relations extérieures du pays. Des capitales comme Dakar ou Abidjan, partenaires importants dans l’espace ouest-africain, ne figurent pas parmi les postes concernés par ces ajustements.

Dans plusieurs pays, la réorganisation des dispositifs diplomatiques s’est accompagnée d’une clarification des priorités. Le Rwanda a ainsi concentré ses représentations sur des partenaires économiques stratégiques, tandis que la Turquie a renforcé sa présence à l’étranger en l’orientant vers des objectifs commerciaux et d’influence. Comme l’a souligné le Président rwandais Paul Kagame, la diplomatie doit produire des résultats concrets pour les citoyens. À l’inverse, des réseaux plus étendus mais faiblement coordonnés ont montré des limites en termes d’efficacité et d’efficience. Ces expériences mettent en évidence l’importance d’une articulation entre organisation des moyens et définition d’objectifs précis.

Dans cette dynamique, plusieurs analystes soulignent que l’efficacité diplomatique repose moins sur l’étendue du réseau que sur la clarté des priorités et la capacité à orienter les missions vers des résultats concrets, notamment en matière de coopération économique et de positionnement stratégique. En l’absence d’objectifs différenciés et d’évaluation des résultats, le renforcement des effectifs pourrait se limiter à un ajustement administratif sans impact mesurable sur l’influence du Mali.

Perspectives

Parallèlement, le gouvernement a procédé à des nominations au sein du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, notamment à des postes administratifs et diplomatiques, en cohérence avec la réorganisation engagée.

L’ensemble de ces mesures traduit une actualisation du dispositif diplomatique malien, fondée sur la révision des structures et des moyens humains. Reste à observer dans quelle mesure ces ajustements permettront de renforcer la lisibilité et l’efficacité de l’action extérieure du pays, en lien avec ses priorités sécuritaires, économiques et régionales.

 

26 mars : Que reste‑t‑il de la promesse démocratique ?

Le 26 mars 1991 a ouvert une ère nouvelle au Mali, fondée sur l’espoir d’un État démocratique et respectueux des libertés. Trentecinq ans plus tard, le bilan de cette ambition collective se lit à l’aune des crises traversées et des mutations politiques en cours.

Le 26 mars 1991 marque une date fondatrice de l’histoire contemporaine du Mali. Ce jour‑là, à la suite d’un soulèvement populaire et d’une répression sanglante, le régime de Moussa Traoré s’effondre, ouvrant la voie à une transition démocratique conduite par Amadou Toumani Touré. Dans la foulée, le multipartisme est instauré, les libertés publiques reconnues et un nouveau contrat social scellé par la Constitution de 1992.

Pendant plusieurs années, le Mali fut cité en exemple sur le continent pour la vitalité de sa démocratie. Alternance politique, liberté de la presse et dynamisme de la société civile donnaient corps à une promesse longtemps espérée. Mais, derrière cette vitrine, des fragilités structurelles persistaient. Trois décennies plus tard, la trajectoire du pays invite à un examen lucide : la promesse démocratique de 1991 a‑t‑elle été tenue ou progressivement dévoyée ?

Après les événements de 1991, le Mali s’engage dans une dynamique de transformation politique profonde. La Conférence nationale, l’adoption de la Constitution et l’organisation d’élections pluralistes marquent l’entrée dans la IIIe République. L’élection d’Alpha Oumar Konaré en 1992 consacre ce tournant.

Une rupture fondatrice porteuse d’espoirs

Pour de nombreux observateurs, cette période inaugure une ère nouvelle. « Les événements de 1991 ont permis au peuple malien de signer un nouveau contrat social », rappelle le politologue Jean‑François Marie Camara. Ce contrat consacre le principe de souveraineté populaire et installe un modèle de démocratie représentative.

Sur le plan formel, les avancées sont indéniables : institutions républicaines, pluralisme politique, libertés fondamentales. Le Mali devient, dans les années 1990 et 2000, une référence en Afrique de l’Ouest. L’alternance entre Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré illustre cette stabilité apparente. Cette période est également marquée par une effervescence médiatique et associative sans précédent, avec la naissance de nombreux journaux indépendants, radios privées et organisations de la société civile qui alimentent le débat public.

Cependant, cette dynamique ne s’accompagne pas toujours d’un enracinement profond des pratiques démocratiques. Derrière les apparences d’un système pluraliste, les institutions peinent à s’imposer comme de véritables contre‑pouvoirs. Les mécanismes de contrôle restent limités et la culture démocratique, encore en construction, se heurte à des logiques anciennes de gouvernance.

Des acquis réels fragilisés par des failles structurelles

Si la démocratie malienne a produit des acquis réels, elle s’est aussi construite sur des bases fragiles. Pour l’analyste Amidou Tidiani, enseignant‑chercheur en droit à l’Université Paris‑13, l’une des erreurs majeures réside dans l’importation d’un modèle institutionnel peu adapté aux réalités locales. « Nous avons pensé qu’il suffisait de faire du « prêt‑à‑porter » : on prend des institutions qui fonctionnent ailleurs et on les reproduit chez nous », explique‑t‑il.

Selon lui, le Mali s’est longtemps limité à une approche formelle de la démocratie, centrée sur l’organisation d’élections et l’adoption de textes juridiques. « L’adoption de règles et l’organisation d’élections ne suffisent pas », insiste‑t‑il. « La démocratie suppose un ajustement constant, une capacité d’adaptation et un renforcement continu des institutions. À défaut, celles‑ci restent vulnérables et exposées aux crises ».

Le constat est partiellement partagé par Jean‑François Marie Camara, qui souligne le décalage entre les avancées constitutionnelles et leur mise en œuvre effective. « Au plan fonctionnel, il y a beaucoup de choses à améliorer, notamment la gouvernance démocratique et la liberté d’opinion », note‑t‑il. Cette tension entre norme et pratique a progressivement alimenté une crise de confiance entre les citoyens et leurs dirigeants.

Au fil des années, des pratiques telles que la corruption, le clientélisme et la personnalisation du pouvoir ont fragilisé l’édifice. « Nous avons construit notre État autour de personnes plutôt que d’institutions solides », analyse Amidou Tidiani. Une faiblesse structurelle qui rend le système particulièrement vulnérable aux chocs politiques : à chaque crise majeure, l’architecture institutionnelle vacille, révélant l’absence d’équilibres durables.

2012 – 2021 : Des ruptures qui ébranlent le modèle

Le coup d’État de mars 2012 constitue un tournant majeur. Il met fin au régime d’Amadou Toumani Touré et plonge le pays dans une crise multidimensionnelle, marquée notamment par l’effondrement de l’État dans le Nord. Cette rupture affecte durablement la crédibilité des institutions démocratiques et installe une instabilité persistante.

La décennie suivante ne parvient pas à inverser cette tendance. Malgré le retour à l’ordre constitutionnel en 2013, avec l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta, les attentes des populations restent largement insatisfaites. Les difficultés sécuritaires, la gouvernance contestée et la montée du mécontentement social contribuent à fragiliser davantage le système.

Les événements d’août 2020, qui conduisent à la chute du régime IBK, puis le coup de force du 24 mai 2021, ouvrent une nouvelle séquence de rupture. Depuis lors, le Mali est engagé dans une transition politique prolongée, caractérisée par des restrictions des libertés publiques et une recomposition du paysage politique, notamment avec la dissolution des partis. Cette situation alimente un débat intense sur la nature du régime actuel et l’avenir du pluralisme politique.

Pour Amidou Tidiani, le diagnostic est sans appel : « ce n’est pas un recul, c’est pire que cela. C’est une rupture. » Il estime que la multiplication des coups d’État traduit l’échec du modèle démocratique tel qu’il a été conçu après 1991. Selon lui, le pays paie aujourd’hui le prix d’un système qui n’a pas su se réformer ni se consolider.

À l’inverse, Jean‑François Marie Camara adopte une lecture plus nuancée. Selon lui, la période actuelle s’inscrit dans une logique transitoire. « C’est une suspension », affirme‑t‑il, rappelant que la finalité reste, en principe, le retour à l’ordre constitutionnel par le biais d’élections.

Entre refondation et incertitudes

La notion de « refondation » est aujourd’hui au cœur du discours politique. Elle renvoie à l’idée d’un nouveau départ, d’une reconstruction du système sur des bases plus solides et mieux adaptées aux réalités nationales. Mais sa mise en œuvre concrète soulève de nombreuses interrogations.

Pour Amidou Tidiani, il est impératif de tirer les leçons des échecs passés. « Les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets », prévient‑il. Il appelle à une refonte en profondeur des institutions pour construire un modèle démocratique plus robuste, capable de résister aux crises. Dans cette perspective, la transition actuelle pourrait constituer une opportunité historique, à condition qu’elle débouche sur des réformes structurelles sérieuses.

Jean‑François Marie Camara partage l’idée d’une possible recomposition, mais conditionne son succès à l’orientation des réformes engagées. « Tout dépend de la manière dont la refondation est menée », souligne‑t‑il. Une refonte qui ne viserait pas à consolider la gouvernance démocratique risquerait d’aboutir à l’affaiblissement durable du pluralisme et des libertés.

La question de la participation citoyenne apparaît également déterminante. Au fil des années, une certaine désaffection vis‑à‑vis de la politique s’est installée, nourrie par le sentiment que les institutions ne répondent pas aux attentes. Pourtant, la vitalité de la société civile et l’engagement des jeunes témoignent d’un attachement aux principes démocratiques, même dans un contexte contraint.

Trente‑cinq ans après le 26 mars 1991, le Mali se trouve à un moment charnière de son histoire politique. La promesse démocratique issue de cette date n’a ni totalement disparu ni pleinement abouti. Elle est aujourd’hui mise à l’épreuve par les réalités d’un pays confronté à des défis multiples.

Entre espoir de refondation et risque de recul durable, l’avenir dépendra de la capacité des acteurs à dépasser les logiques passées pour construire un système plus inclusif, plus stable et véritablement ancré dans les réalités nationales. Plus qu’un simple retour à l’ordre constitutionnel, c’est sans doute une redéfinition en profondeur du projet démocratique malien qui est désormais en jeu.

Mohamed Kenouvi

Risque d’épuisement de la résilience au Mali : analyse et recommandations

Une résilience communautaire à bout de souffle

La capacité d’adaptation des communautés maliennes montre des signes inquiétants d’essoufflement. Ce phénomène résulte d’une combinaison structurelle de facteurs : précarité croissante des conditions de subsistance, déficit énergétique persistant, prolongation des difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures, asphyxie de secteurs économiques pourtant viables, entraves à la mobilité interurbaine ainsi qu’aux échanges entre zones urbaines et rurales. À cela s’ajoute la flambée des denrées de première nécessité, qui fragilise davantage des populations déjà vulnérables.

Une alerte aux autorités : agir avant le point de rupture

Face à cette dégradation, il ne s’agit plus d’un simple constat mais d’un signal adressé aux autorités : les ressorts traditionnels de solidarité et d’adaptation s’épuisent et ne pourront se maintenir sans un renforcement immédiat et structuré. L’heure n’est plus à des mesures ponctuelles, mais à une action systémique.

Les marqueurs d’un épuisement silencieux

Sur le terrain, cet affaiblissement se manifeste par une réduction des stratégies d’adaptation traditionnelles : mobilités de survie devenues trop risquées ou coûteuses, effritement des solidarités familiales sous le poids de la précarité, repli sur des activités informelles sans perspective de régénération économique. Les secteurs jadis viables (agropastoral, petit commerce, transformation locale) meurent faute d’énergie, de débouchés ou de continuité d’approvisionnement. Ce n’est plus une simple vulnérabilité, c’est une érosion des capacités mêmes à se reconstruire.

Au-delà des indicateurs macroéconomiques, c’est le tissu social et économique de base qui se délite. Le renforcement des capacités de résistance ne peut plus se limiter à des actions humanitaires ponctuelles ni à des annonces politiques. Il nécessite une approche intégrée, alliant restauration des services de base, soutien aux chaînes d’approvisionnement locales et rétablissement des circulations interurbaines et entre urbain et rural. Faute de quoi, le risque est celui d’une rupture brutale, avec des répercussions en cascade sur la stabilité et la cohésion nationale.

Priorité absolue : l’énergie comme levier fondamental

L’amélioration de la qualité du service énergétique est une priorité non négociable. L’accès à l’électricité ne saurait être relégué au rang d’option ni conditionné à des considérations politiques ou à des préférences étatiques. Aucun grief, qu’il soit interne ou lié à des tensions interétatiques, ne doit entraver cette exigence fondamentale. Dans le contexte actuel, la crise des hydrocarbures aggrave encore la situation énergétique, rendant impérative une réponse rapide et coordonnée.

Sortir de l’impasse : des solutions politiques face à la crise des hydrocarbures

Sur le volet des hydrocarbures, il est essentiel que les autorités privilégient des issues politiques à une crise dont les solutions militaires, malgré leur recours répété, ont montré les limites. L’épuisement de l’approche sécuritaire appelle à un changement de paradigme : explorer des alternatives diplomatiques et promouvoir une diplomatie équilibrée, fondée sur les besoins réels du pays et non sur des logiques d’alignement rigides.

Réorienter la politique étrangère : alliances diversifiées et souveraineté effective

Les autorités doivent œuvrer à consolider les liens interétatiques en dépassant le cadre des simples alignements politiques, souvent davantage porteurs de postures idéologiques que de résultats concrets.

Affirmer la souveraineté ne signifie pas se couper du monde ; au contraire, une souveraineté effective passe par la capacité à nouer des alliances économiques et politiques diversifiées, sans cloisonnement étatique ou fédéral qui priverait le pays des solutions dont ses populations ont besoin.

L’État a plus que jamais besoin d’alliés économiques et politiques. Il gagnerait à s’inscrire dans une logique de coopération élargie, orientée vers l’intérêt général et le bien-être des populations. Il doit replacer les capacités d’adaptation des communautés au cœur des choix politiques.

Éthiopie : le Tigré à l’épreuve de la paix

Un rapport publié en début de semaine alerte sur la stabilité précaire dans le nord de l’Éthiopie, malgré l’accord de paix signé à Pretoria en 2022. Tensions politiques internes, affrontements récents et crise humanitaire persistante continuent de fragiliser la région.

Plus de trois ans après cet accord entre le gouvernement fédéral et le Tigray People’s Liberation Front (TPLF), la paix reste incertaine. S’il a mis fin aux combats à grande échelle ayant causé des centaines de milliers de morts entre 2020 et 2022, plusieurs facteurs continuent d’alimenter l’instabilité.

Depuis début 2026, des affrontements ont été signalés dans l’ouest du Tigré, notamment à Tselemti. Fin janvier, forces fédérales et combattants liés au TPLF se sont opposés, avec usage de drones et d’artillerie lourde. Les vols commerciaux entre Addis-Abeba et Mekele ont été suspendus pendant une semaine.

Les tensions concernent aussi les zones frontalières avec l’Afar, autour d’Alamata et Korem, deux localités stratégiques reprises par le TPLF. Parallèlement, l’organisation paramilitaire Fano, proche des Amhara, contrôle toujours des secteurs de l’ouest du Tigré. Ce territoire devait être restitué selon l’accord de Pretoria, sans que ce retrait n’ait été pleinement appliqué, maintenant plus d’un million de déplacés.

À ces tensions militaires s’ajoutent des divisions internes au sein du TPLF. Le mouvement est aujourd’hui partagé entre la faction de Getachew Reda, à la tête de l’administration intérimaire, et celle de Debretsion Gebremichael, plus radicale. Cette rivalité complique la gouvernance alors que le mandat de l’administration intérimaire expire en avril 2026, sans calendrier électoral clair.

La situation reste également influencée par les relations avec l’Érythrée. En octobre 2025, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a saisi l’ONU pour dénoncer une « alliance entre le TPLF et l’Érythrée ». Des mouvements de troupes érythréennes ont été observés près de Badme et Tsedal, ravivant les craintes d’escalade. L’Érythrée avait soutenu Addis-Abeba pendant la guerre sans participer aux négociations de Pretoria.

La situation humanitaire demeure préoccupante. Près de deux millions de personnes sont déplacées, tandis que plusieurs camps font face à des pénuries alimentaires. Les autorités fédérales et régionales se renvoient la responsabilité des difficultés d’acheminement de l’aide.

À l’approche des élections de juin 2026, la question du vote dans les zones contestées reste sensible, certains scrutins devant être organisés séparément. La paix au Tigré apparaît ainsi comme un équilibre fragile, appelant à un cadre sécuritaire renforcé impliquant Addis-Abeba, Mekele et les pays voisins.