Permis d’or : trois ans pour transformer les indices en preuves

Quatre sociétés minières obtiennent une prolongation de leurs travaux de recherche dans les régions de Bougouni, Sikasso, Koulikoro et Kayes. Les renouvellements autorisent de nouvelles investigations, mais ne prouvent encore ni l’existence de réserves exploitables ni l’ouverture prochaine de mines.

Le gouvernement a renouvelé, mercredi 2 septembre, quatre permis de recherche d’or et de substances minérales du groupe 2. Les périmètres concernés se trouvent à Ourounia, dans le cercle de Bougouni, à Dézébéla, dans le cercle de Sikasso, à Faladiè-Nord, dans le cercle de Kangaba, et à Liberta-Sud, dans celui de Kéniéba.

Le permis d’Ourounia avait été attribué à Yiyuan Mines SARL avant d’être cédé, en 2021, à Hongda Liujiu SARL. Celui de Dézébéla appartient à A.NA.DI.S SARL. Les deux autres sont détenus par L’Horizon SARL. Initialement accordés entre 2019 et 2022, ces titres ont été affectés par la suspension des renouvellements miniers appliquée de décembre 2022 à mars 2025.
Le communiqué gouvernemental indique que les premiers travaux ont mis en évidence « plusieurs anomalies » justifiant leur poursuite. Dans le langage de la recherche minière, ce mot désigne des indices ou des variations géologiques qui méritent d’être examinés. Il ne renvoie pas à des irrégularités administratives et ne signifie pas davantage qu’un gisement commercial a déjà été découvert.
Les sociétés disposent désormais d’une période supplémentaire de trois ans. Le Code minier de 2023 permet deux renouvellements de même durée, sous réserve du respect des obligations légales et réglementaires. Les décisions prises le 2 septembre constituent le premier renouvellement de chacun des quatre permis.
Chercher n’est pas exploiter
Un permis de recherche autorise une entreprise à étudier un périmètre par des levés, des prélèvements, des analyses et, lorsque le programme le prévoit, des forages. Ces travaux doivent permettre de déterminer la teneur du minerai, la continuité des zones minéralisées, la profondeur des formations et la quantité de ressources éventuellement présentes.
Même lorsque de l’or est identifié, plusieurs étapes restent nécessaires. Il faut établir une ressource selon des méthodes reconnues, démontrer qu’une partie peut être exploitée dans des conditions économiques réalistes, réaliser une étude de faisabilité, évaluer les effets environnementaux et sociaux, puis obtenir un permis d’exploitation distinct.
Aucun volume de ressources, taux de teneur, investissement prévisionnel ou calendrier de construction n’a été publié pour les quatre périmètres renouvelés. Il serait prématuré de promettre une production, des recettes publiques importantes ou des centaines d’emplois permanents.
La recherche peut néanmoins créer une activité locale. Les campagnes de terrain mobilisent des techniciens, des ouvriers, des fournisseurs, des transporteurs et des prestataires. Ces emplois restent généralement temporaires et varient selon l’intensité des travaux. Leur portée doit être mesurée à partir des recrutements réellement effectués dans les communes concernées.
Trois années à documenter
Le renouvellement devrait s’accompagner d’un programme précis pour chaque périmètre. Les montants que les sociétés s’engagent à consacrer aux travaux, le nombre de forages, les analyses prévues et les principales échéances permettraient de vérifier si les titres sont effectivement valorisés.
La publication des décrets complets, des coordonnées des permis et de l’identité des bénéficiaires effectifs apporterait la même clarté. Elle serait particulièrement utile pour le permis d’Ourounia, transféré d’une société à une autre en 2021. Le public doit pouvoir connaître l’entreprise qui contrôle réellement le titre et les obligations qui lui ont été transmises.
Cette exigence répond aux faiblesses déjà relevées dans le suivi du secteur. Dans son rapport portant sur 2024, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives au Mali indiquait n’avoir pas reçu tous les documents nécessaires pour vérifier la conformité des procédures d’octroi et de transfert examinées cette année-là. Le constat ne vise pas les quatre décisions de septembre 2026, mais il souligne l’importance d’une traçabilité accessible.
Les collectivités et les populations riveraines doivent également être informées avant le déploiement des équipes. La recherche peut affecter des champs, des pâturages, des pistes ou des points d’eau, même sans exploitation industrielle. Les conditions d’accès aux terres, l’indemnisation d’éventuels dommages et la remise en état des sites de forage doivent être réglées dès cette phase.
Préparer l’après-recherche
Le Mali comptait treize projets à un stade avancé de recherche selon le dernier rapport ITIE. Tous ne deviendront pas des mines. La sélection entre les projets viables et ceux qui seront abandonnés fait partie du fonctionnement normal de l’exploration.
Cette prudence est d’autant plus nécessaire que l’or domine déjà l’économie extractive. En 2024, la production déclarée atteignait 54,88 tonnes, pour une valeur estimée à 1 632 milliards de FCFA. Elle représentait près de 95 % de la valeur de l’ensemble des substances minérales produites.
Les nouveaux travaux peuvent contribuer au renouvellement futur des réserves, mais ils ne doivent pas prolonger indéfiniment l’immobilisation de vastes périmètres sans résultats. À la fin des trois années, chaque société devra pouvoir présenter les travaux réalisés, les dépenses justifiées, les découvertes obtenues et la décision prise sur la suite du projet.
Les quatre renouvellements ne constituent ni un succès minier acquis ni une simple formalité. Ils accordent aux titulaires du temps supplémentaire pour apporter des preuves. La valeur de la décision se mesurera aux recherches effectivement conduites, à la transparence des résultats et au respect des populations dont les terres se trouvent à l’intérieur des périmètres.
Massiré Diop