Microfinance : Financer l’économie au plus près

Ouverte le 20 octobre au CICB, la 9ème Semaine de la Microfinance se poursuit jusqu’au 23. Derrière les chiffres se pose la question concrète du financement d’une boutique, d’une campagne agricole ou d’un petit atelier lorsque les banques classiques restent difficiles d’accès.

Kafa Traoré, Directeur général de Nyeta Musow Mopti, résume l’ambition du secteur en affirmant que « toute personne qui a une bonne idée peut se faire financer ». Dans la pratique, l’idée doit aussi devenir un projet viable, capable de supporter les échéances, le coût du crédit et les garanties demandées.

Le secteur pèse déjà dans l’économie. Fin 2025, le Mali comptait 116 systèmes financiers décentralisés et environ 1,6 million de clients. Les dépôts avaient atteint 184,4 milliards de francs CFA, en hausse de 11,7% sur un an, tandis que l’encours des crédits s’était établi à 209,9 milliards, en progression de 2,4%, selon les données présentées par l’APSFD-Mali. Les créances en souffrance avaient reculé de 13,7%, à 13,2 milliards. En 2025, plus de 40 000 nouveaux membres avaient rejoint ces institutions financières.

Cette évolution révèle un contraste. L’épargne augmente près de cinq fois plus vite que le crédit. L’écart ne signifie pas que l’argent reste immobile, puisque les institutions utilisent aussi des ressources de refinancement. Cet écart invite à examiner comment les institutions de microfinance peuvent transformer davantage de ressources en crédits productifs sans se fragiliser.

Des produits adaptés aux activités

Le panel du 21 octobre devait précisément examiner le financement de l’agriculture, des PME-PMI et du secteur informel. Pour un producteur, un crédit utile doit suivre le calendrier de la campagne. Pour une commerçante, les remboursements doivent rester compatibles avec des recettes souvent irrégulières.

Aïssata Dicko Diallo, Directrice générale de Nyogondèmè Soba, souhaite que la rencontre permette de « trouver des solutions » et des « produits adaptés » avec les clients. Cette écoute peut aider à éviter des offres standardisées, mal ajustées aux revenus ruraux ou aux petites activités.

Les discussions du 22 octobre porteront sur la continuité des services dans les zones d’insécurité et sur la digitalisation. Les opérations mobiles peuvent réduire les déplacements et les coûts, mais nécessitent réseau, sécurité informatique et accompagnement des usagers.

La feuille de route attendue devra répondre aux questions de refinancement, de garanties et de tarification. Son utilité se vérifiera dans la capacité des institutions à rendre le crédit plus accessible sans exposer l’épargne de leurs clients.

 

Le sacrifice sans issue

Depuis plus de trois ans, la crise énergétique ne cesse d’éprouver les ménages, les entreprises et l’activité économique. Les délestages se prolongent, les charges explosent et le coût de la vie s’alourdit. Pourtant, les ressources ont bien été mobilisées. Au moins 24 milliards de francs CFA ont été injectés dans le secteur de l’électricité dès juillet 2025, tandis qu’une partie des prélèvements sur les services télécoms, l’internet et le mobile money alimente le fonds de soutien aux infrastructures de base. Malgré cet effort, les coupures persistent et l’horizon reste flou.

Le vrai sujet n’est plus seulement financier. Il touche désormais à la confiance. Quand les populations acceptent de contribuer davantage, dans une période déjà marquée par la hausse du carburant, des denrées et du transport, elles attendent en retour des résultats visibles, ou, dans une moindre mesure, un partage clair de l’effort.

Dans plusieurs pays confrontés à des crises sévères, des dirigeants ont choisi d’envoyer un signal fort. Au Ghana, des réductions volontaires de salaires au sommet de l’État avaient été annoncées pour accompagner les sacrifices demandés aux citoyens. Ailleurs, des dépenses de prestige ont été gelées afin de montrer que l’effort national ne reposait pas uniquement sur les ménages.

C’est cette dimension qui manque aujourd’hui au débat. Le sacrifice demandé à la population ne peut durablement tenir sans une perspective lisible ni un sentiment d’équité. Après un an de prélèvements exceptionnels sans amélioration notable du quotidien, la question que tout le monde se pose est de savoir jusqu’à quand peut-on encore demander aux populations de tenir si aucun signe concret de sortie de crise n’apparaît ?

Fonds de Soutien aux Infrastructures : Une gestion sous haute surveillance

Le gouvernement malien a instauré un Fonds de Soutien aux Projets d’Infrastructures de Base et de Développement Social, officialisé par le décret n°2025-0077/PT-RM du 7 février 2025. Ce fonds, financé par des taxes sur les recharges téléphoniques et les transactions Mobile Money, vise à collecter des ressources supplémentaires pour financer des projets essentiels, notamment dans le secteur énergétique en crise.

Son entrée en vigueur, initialement prévue plus tôt, a été reportée à deux reprises avant d’être finalement appliquée depuis le 5 mars 2025. Il est établi pour cinq ans renouvelables et placé sous la Présidence de la République, avec le Secrétaire général de Koulouba comme ordonnateur principal des dépenses. L’argent collecté est déposé dans une banque commerciale et peut être dépensé hors des procédures classiques des marchés publics, ce qui suscite des interrogations sur son contrôle effectif.

La taxe sur les recharges téléphoniques prélève 10% par transaction, soit 500 francs CFA sur une recharge de 5 000 francs. Celle sur les retraits Mobile Money applique un prélèvement de 1%, soit 200 francs CFA sur un retrait de 20 000 francs. En parallèle, une taxe sur les boissons alcoolisées devrait générer annuellement 62 milliards de francs CFA et l’augmentation de la TARTOP, passée de 5% à 7%, rapportera 12 milliards de francs CFA. Au total, ces mesures pourraient mobiliser 214 milliards de francs CFA par an, dont 140 milliards uniquement pour les télécommunications et la Mobile Money.

L’ancien Premier ministre Moussa Mara a critiqué cette initiative, estimant qu’elle affaiblissait les ministères en charge des Infrastructures et manquait de transparence. Selon lui, ces ressources auraient pu être directement versées au Trésor public au lieu d’être centralisées sous le contrôle exclusif de la Présidence. Il s’inquiète également du risque de dépenses excessives dans un contexte où l’État cherche à rationaliser son train de vie.

Il faut noter que les consommateurs subissent déjà l’impact de ces taxes. L’augmentation des coûts des recharges téléphoniques et des transactions Mobile Money alourdit le coût de la vie. Si certains y voient un levier pour financer des infrastructures, d’autres dénoncent une pression fiscale supplémentaire et craignent une diminution de l’accessibilité aux services numériques.

Le gouvernement devra donc garantir une gestion rigoureuse et transparente des fonds. La répartition sectorielle et les premiers projets financés seront déterminants pour l’adhésion de la population, qui attend des retombées concrètes.

Massiré Diop