Retour de l’Imam Mahmoud Dicko : Le plaidoyer religieux face aux crispations

La demande formulée par le Président du Haut Conseil islamique du Mali (HCIM), Chérif Ousmane Madani Haidara en faveur du retour au pays de l’Imam Mahmoud Dicko et d’autres exilés politiques a suscité de vives réactions au sein de l’opinion publique. Présentée comme un appel à la réconciliation nationale, cette initiative divise et relance le débat sur la place des acteurs religieux dans la sphère politique malienne.

La controverse trouve son origine dans la déclaration faite par Chérif Ousmane Madani Haidara le 12 janvier 2026, lors de la cérémonie de présentation des vœux de Nouvel An au Président de la Transition, le Général Assimi Goïta, au palais de Koulouba. À cette occasion, le Président du HCIM a publiquement sollicité des autorités la possibilité pour l’Imam Mahmoud Dicko de rentrer au Mali « en toute sécurité », estimant que ce dernier pourrait contribuer à la réconciliation nationale et à la sortie de crise.

Face à la vague de réactions suscitées par cette prise de position, Chérif Ousmane Madani Haidara est revenu sur ses propos le vendredi 16 janvier 2026, lors d’un sermon dans sa mosquée de Banconi. Il a tenu à clarifier sa démarche, affirmant qu’elle s’inscrivait dans une logique de dialogue inclusif, de cohésion sociale et de préservation de la paix. Le guide religieux a rappelé avoir à plusieurs reprises plaidé pour la libération d’imams et d’acteurs politiques détenus, estimant agir conformément à sa mission spirituelle.

Selon ses propres déclarations, Chérif Ousmane Madani Haidara a rencontré trois responsables des autorités de la Transition pour plaider le retour de son « grand frère », l’Imam Mahmoud Dicko. Il a également demandé des garanties afin que « rien ne lui arrive » à son retour, allant jusqu’à suggérer que Dicko puisse jouer un rôle de conseiller pour accompagner les efforts de sortie de crise.

Une initiative qui divise

Dans l’opinion publique, la sortie de Haidara a suscité des réactions contrastées, notamment sur les réseaux sociaux. Pour ses partisans, la démarche relève d’une volonté sincère de réconciliation nationale. Ils estiment que l’exclusion durable de figures influentes, religieuses ou politiques, ne peut qu’aggraver les fractures au sein de la société malienne.

Le journaliste et écrivain Dicko Seidina Oumar défend cette lecture. Selon lui, Chérif Madani parle en guide, en homme de foi conscient que les nations ne se relèvent pas durablement dans l’exclusion, mais dans l’addition des forces. Il ajoute que marginaliser des personnalités influentes revient à se priver de « ressources morales, sociales et humaines précieuses ».

À l’inverse, de nombreuses voix dénoncent une initiative jugée risquée. Certaines critiques accusent le Président du HCIM de complaisance envers une figure perçue comme politiquement clivante. D’autres y voient une atteinte potentielle au principe d’égalité devant la loi. Un analyste politique ayant requis l’anonymat reconnaît que le guide spirituel des Ançars agit « dans son rôle de responsable religieux », mais avertit que suivre ses demandes « revient à encourager l’impunité ».

Selon lui, « aucun Malien n’est au-dessus des lois nationales » et une décision politique ne doit pas interférer avec l’action de la justice. En effet, même s’il ne fait jusque-là pas l’objet de poursuites judiciaires, l’Imam Mahmoud Dicko, accusé à plusieurs reprises par les autorités de la Transition de mener des activités subversives, pourrait être à l’avenir traduit en justice.

Religion et politique : une frontière toujours floue

Au-delà de la question du retour de l’Imam Dicko, c’est une problématique plus profonde qui est soulevée : l’immixtion récurrente des acteurs religieux dans l’arène politique malienne. Depuis des décennies, les religieux jouent un rôle public significatif dans le pays. Leur influence dépasse souvent la sphère strictement spirituelle pour peser sur les choix politiques et sociaux.

Pour certains, cette influence peut favoriser la médiation et l’apaisement. Pour d’autres, elle comporte le risque de brouiller les frontières entre autorité spirituelle et pouvoir politique, au détriment de la laïcité et de la clarté institutionnelle.

Mohamed Kenouvi

Festival du livre de Bamako : La lecture comme levier éducatif et social

Bamako accueille, du 30 janvier au 1er février 2026, la première édition du Festival du livre, baptisé « FestiLire ». Organisé au Parc et au Musée national, l’événement ambitionne de faire du livre un outil de plaisir, de créativité et de réussite éducative.

Pensé comme un rendez-vous culturel et éducatif inédit, le FestiLire se tiendra autour du thème évocateur « Un Enfant, Un Livre, Un Avenir ». Dans un contexte marqué par un accès limité aux ouvrages et une pratique de la lecture encore peu valorisée au quotidien, le festival entend changer le regard porté sur le livre, en particulier chez les plus jeunes.

L’objectif est de donner envie de lire, non par obligation scolaire mais par curiosité et par plaisir, afin d’ancrer durablement cette habitude dans les familles et les écoles. Le projet repose sur quatre axes majeurs : promouvoir la lecture comme un acte volontaire et attractif, améliorer les parcours scolaires grâce à une meilleure maîtrise du langage, fédérer l’ensemble de l’écosystème éducatif (parents, enseignants, éducateurs, influenceurs) et poser les bases d’un événement pérenne, appelé à devenir un rendez-vous annuel structurant.

À travers cette approche globale, FestiLire se veut à la fois un levier culturel et un outil concret de transformation éducative.

Une programmation riche, ludique et inclusive

Durant trois jours, le public pourra découvrir une programmation dense et évolutive, pensée pour tous les âges.

Près de 15 jeux et activités ludiques, plus de 20 animations (Contes sous le baobab, chasse au trésor littéraire, espaces de lecture en plein air, concerts acoustiques, expositions) et 7 ateliers créatifs – de la calligraphie à la bande dessinée, en passant par l’écriture et le théâtre – rythmeront le festival.

Sept grands panels et conférences réuniront également des auteurs, conteurs, éducateurs et penseurs maliens et internationaux autour des enjeux de l’éducation et de la lecture.

Plus de 10 000 visiteurs sont attendus sur l’ensemble de l’événement, organisé en trois temps : une journée institutionnelle et médiatique le 30 janvier, une journée éducative et ludique le 31 janvier, puis une clôture compétitive et festive le 1er février.

Au-delà de l’animation culturelle, le FestiLire vise des retombées sociales et économiques importantes, avec un impact direct ou indirect sur plus de 100 000 personnes, tout en valorisant l’écosystème du livre au Mali.

Comme le résume sa promotrice, Mme Sylla Fatoumata Sidibé : « le FestiLire, c’est le pari de faire du livre un réflexe, pas un luxe, une fête, pas une contrainte, un chemin vers l’avenir ».

BoloKan : L’application qui démocratise le langage des signes

Au Mali, la traduction du langage des signes entre dans une nouvelle ère. Longtemps reléguée aux marges des politiques publiques et des innovations technologiques, la question de l’inclusion des personnes sourdes et malentendantes connaît aujourd’hui une avancée majeure avec BoloKan, une application mobile pensée comme un interprète instantané, propulsée par l’intelligence artificielle.

À l’origine du projet, une histoire bouleversante : celle d’un enfant sourd et muet incapable de communiquer avec sa propre famille. Au fil de leurs recherches sur les besoins des personnes en situation de handicap auditif, Maimouna Sangaré, manager du projet, et son équipe, à l’origine de BoloKan, rencontrent le petit garçon. En langage des signes, il leur confie une phrase lourde de sens : « mes parents ne m’aiment pas ». Non pas par manque d’affection, mais faute de compréhension. Ce moment agit comme un électrochoc et révèle l’ampleur du fossé linguistique qui isole encore des milliers de Maliens, nous confie la manager du projet.

BoloKan naît de cette urgence. Concrètement, l’application fonctionne grâce à la caméra arrière du téléphone, dirigée vers la personne qui s’exprime en langue des signes. Les gestes sont analysés en temps réel par un système d’intelligence artificielle, puis traduits simultanément en texte ou en voix. Des mises à jour sont en préparation pour y intégrer le bamanankan et d’autres langues de plusieurs communautés, afin de garantir une utilisation plus facile et universelle de l’appli.

Les concepteurs ont patiemment intégré les mouvements et combinaisons propres au langage des signes utilisé au Mali, un travail minutieux qui témoigne d’une volonté d’ancrage local plutôt que d’une simple adaptation de modèles étrangers.

Au Mali, l’accès aux interprètes professionnels est limité, surtout en dehors de Bamako. Cette innovation pourrait transformer l’accès aux services de santé, à l’éducation, aux démarches administratives, ou simplement favoriser un meilleur vivre-ensemble au quotidien. Elle ouvre aussi une réflexion plus large sur la place du numérique dans la réduction des inégalités structurelles.

La reconnaissance obtenue lors de l’Orange Summer Challenge 2025, où BoloKan a décroché la troisième place, confirme l’intérêt suscité par cette initiative prometteuse. L’application symbolise une avancée dans la traduction du langage des signes dans le pays et rappelle qu’en matière d’inclusion la technologie est un pont durable entre des mondes qui se sont longtemps ignorés faute de langage commun.

Ibrahim Baby

Europe – Inde : Un accord au cœur de la recomposition mondiale

L’Union européenne et l’Inde ont annoncé le 27 janvier 2026 la conclusion d’un accord commercial après près de vingt ans de négociations. Ce texte s’inscrit dans une reconfiguration plus large des équilibres économiques et géopolitiques mondiaux.

Après deux décennies de discussions intermittentes, Bruxelles et New Delhi sont parvenues à un compromis présenté comme l’un des accords commerciaux les plus importants conclus par l’Union européenne avec une économie émergente. Les négociations, lancées en 2007 puis longtemps suspendues, ont été relancées dans un contexte international marqué par la fragmentation du commerce mondial.

L’accord prévoit notamment une réduction progressive des droits de douane sur une large gamme de produits. L’Inde obtient ainsi un meilleur accès au marché européen pour ses exportations, notamment dans le textile, les produits pharmaceutiques, les technologies de l’information et certains services. De son côté, l’Union européenne bénéficie d’engagements visant à faciliter l’implantation et l’activité de ses entreprises sur le marché indien, en particulier dans les secteurs industriels, les équipements, les services et les marchés publics.

Selon les estimations communiquées par les institutions européennes, la suppression partielle des barrières tarifaires pourrait permettre à l’Union d’économiser jusqu’à 4 milliards de dollars par an en droits de douane. Les échanges commerciaux entre les deux partenaires dépassaient déjà les 120 milliards d’euros par an, un volume appelé à progresser avec l’entrée en vigueur du texte.

L’accord prévoit également des facilités encadrées de mobilité pour certains profils qualifiés indiens, notamment dans le numérique, l’ingénierie et les services, afin de répondre aux besoins de plusieurs économies européennes.

Sur le plan stratégique, le rapprochement concerne aussi l’Inde, première nation la plus peuplée au monde et membre des BRICS, qui cherche à renforcer sa place dans les chaînes de valeur internationales en diversifiant ses partenariats, notamment vers l’Europe, l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique.

Pour l’Union européenne, ce partenariat s’inscrit dans une stratégie de diversification de ses échanges face aux incertitudes liées aux orientations commerciales des États-Unis, à la concurrence chinoise et aux tensions géoéconomiques. Bruxelles cherche ainsi à multiplier les accords structurants. Dans cette même logique, l’accord politique conclu le 17 janvier 2026 avec le Mercosur – le principal bloc économique d’Amérique du Sud – encore en attente de ratification, vise à élargir les débouchés européens et à sécuriser les chaînes d’approvisionnement.

L’accord Europe – Inde s’inscrit dans cette recomposition des équilibres commerciaux mondiaux, marquée par la constitution de partenariats destinés à peser durablement sur les règles du commerce international.

 

FIER II : Quels apports réels pour l’emploi rural ?

Le projet FIER II est entré dans une phase décisive avec la signature récente de 19 conventions de partenariat représentant plus de 25 milliards de francs CFA. Ces accords ouvrent la voie au déploiement opérationnel d’un programme dédié à l’emploi et à l’entrepreneuriat des jeunes en milieu rural.

Avec la signature de ces conventions, l’État malien engage concrètement la deuxième phase du Projet national de Formation professionnelle, d’insertion et d’appui à l’entrepreneuriat des jeunes ruraux, connu sous l’appellation FIER II. Le programme est mis en œuvre avec l’appui du Fonds international de développement agricole (FIDA) et s’inscrit dans une durée longue, couvrant la période 2022 – 2030.

Les conventions signées portent sur la mise en œuvre opérationnelle des différentes composantes du projet, notamment la formation professionnelle, l’orientation, l’accompagnement technique et l’appui financier aux jeunes ruraux. Elles constituent une étape déterminante dans la mesure où elles conditionnent le passage du cadre programmatique à l’action sur le terrain.

Enjeux

Sur le plan économique, FIER II repose sur un dispositif structuré. Le projet prévoit la formation professionnelle d’environ 15 000 jeunes et l’appui à 14 000 projets générateurs de revenus, principalement dans les filières agricoles et les activités connexes. Il intègre également un mécanisme de financement destiné à soutenir l’insertion économique des bénéficiaires. Dans un pays où l’emploi formel reste marginal, l’Organisation internationale du Travail estime que plus de neuf emplois sur dix relèvent du secteur informel.

L’enveloppe globale du programme est estimée à près de 90 millions de dollars américains, dont une partie est mobilisée à travers les conventions récemment signées. Cette architecture financière traduit l’ambition du projet, mais souligne également son niveau d’exigence en matière de coordination, de suivi et de capacité d’exécution.

FIER II s’inscrit dans la continuité de la première phase du programme, qui avait permis la création de plus de 13 000 activités économiques dans 1 504 villages. Cette expérience a servi de base à la conception de la deuxième phase, avec l’objectif d’élargir la couverture géographique et de renforcer les mécanismes d’accompagnement.

La mise en œuvre du programme repose sur plusieurs conditions opérationnelles définies par les conventions signées. Celles-ci encadrent le déploiement des activités dans les zones rurales, la répartition des interventions entre partenaires d’exécution et les modalités de coordination.

Le dispositif prévoit un lancement progressif des formations, la mobilisation des mécanismes de financement et le suivi des projets soutenus. La signature des conventions constitue donc une étape institutionnelle préalable au démarrage effectif des activités en faveur de l’emploi rural.

Compétitions CAF : Une 4ème journée décisive pour les clubs maliens

Les clubs maliens se préparent pour une 4ème journée cruciale des compétitions africaines. En Ligue des Champions, le Stade Malien se déplace à Luanda pour affronter l’Atlético Petróleos, tandis que le Djoliba AC reçoit l’USM Alger en Coupe CAF, avec des enjeux déterminants pour la suite de leurs campagnes continentales.

La phase retour des matchs de poule des compétitions africaines débute ce week-end. En Ligue des Champions, le Stade Malien se déplace ce samedi 31 janvier dans la capitale angolaise pour y défier l’Atlético Petróleos. Un résultat positif permettrait aux Blancs de Bamako de conforter leur place de leader du groupe D et d’aborder les deux dernières journées avec un avantage stratégique.

Du côté du Djoliba AC en Coupe CAF, l’enjeu est vital. Les Rouges de Hérémakono reçoivent l’USM Alger à Bamako ce dimanche 1er février. Après trois défaites consécutives lors des trois premières journées, un succès est impératif pour espérer rester dans la course à la qualification. Tout autre résultat compromettrait fortement les chances du Djoliba AC.

Bilan contrasté de la 3ème journée

Le week-end dernier, les fortunes des deux représentants maliens sur la scène continentale ont été diamétralement opposées, comme depuis le début de la campagne africaine cette saison.

Le Stade Malien s’est imposé 2 à 0 contre l’Atlético Petróleos de Luanda au Stade du 26 Mars, grâce à des buts de Taddeus Nkeng et de Mamadou Traoré. Les Champions du Mali en titre ont fait preuve d’une grande maîtrise, combinant solidité défensive et efficacité offensive, et ont bouclé cette phase aller de la Ligue des champions en tête du groupe D avec 7 points, invaincus après trois journées.

À l’inverse, le Djoliba AC a connu une soirée difficile sur le terrain de l’USM Alger, s’inclinant 2 à 0. Les Algériens ont marqué dès la 12ème minute et doublé la mise en fin de match, laissant les Rouges à la dernière place du Groupe A, avec 0 point, aucun but marqué et 5 buts encaissés en 3 matchs. Cette situation impose une réaction rapide lors du prochain match pour espérer poursuivre l’aventure continentale, même si l’élimination semble quasi inévitable.

Pendant cette 4ème journée qui s’annonce décisive, le Stade Malien tentera de confirmer sa progression et de sécuriser sa position de leader, tandis que le Djoliba AC devra impérativement décrocher une première victoire pour conserver des espoirs de qualification.

Mohamed Kenouvi

Justice communautaire : le Mali obtient gain de cause devant l’UEMOA

La Cour de justice de l’Union économique et monétaire ouest-africaine a tranché, le 28 janvier 2026, un litige opposant le Mali à l’organisation sous-régionale. La juridiction était saisie par les autorités maliennes à la suite des mesures prises contre le pays au début de l’année 2022.

 

Ces décisions, adoptées dans un contexte politique tendu, avaient entraîné la suspension du Mali de plusieurs cadres communautaires. Bamako avait alors contesté la régularité de ces mesures, estimant qu’elles ne reposaient pas sur une base juridique conforme aux textes de l’Union.

 

Dans son arrêt, la Cour a relevé des irrégularités dans la procédure ayant conduit à l’adoption des sanctions. Elle a considéré que certaines dispositions prévues par les traités de l’UEMOA n’avaient pas été respectées, notamment en ce qui concerne les compétences des organes décisionnels.

 

La juridiction a rappelé que les États membres demeurent liés par un cadre légal commun, même en période de crise politique. Toute décision affectant un pays doit, selon elle, s’inscrire strictement dans les règles prévues par les instruments communautaires.

 

Cette décision intervient dans un climat régional marqué par des interrogations sur la gouvernance des organisations d’intégration. Elle met en lumière le rôle de la justice communautaire comme instance de régulation entre les États et les institutions.

 

Pour le Mali, cet arrêt constitue une reconnaissance de ses arguments juridiques. Il confirme que le droit communautaire peut servir de recours face aux décisions prises dans un contexte politique exceptionnel.

 

La décision de la Cour pourrait également faire jurisprudence pour d’autres différends similaires au sein de l’espace UEMOA, où les rapports entre institutions et États membres restent étroitement surveillés.

 

Données personnelles : Un enjeu de sécurité nationale

Au Mali, la protection des données personnelles est encadrée par la loi n°2013-015 du 21 mai 2013, modifiée en 2017. Sa mise en œuvre est assurée par l’Autorité de Protection des Données à Caractère Personnel (APDP). Dans un contexte marqué par l’extension rapide des usages numériques, la question de la sécurisation des données s’impose désormais comme un enjeu stratégique pour l’État, les institutions et les citoyens.

Deux événements majeurs remettent cette question au centre des enjeux. En effet, le 28 janvier de chaque année est dédié à la Journée mondiale de la Protection des données personnelles. Au Mali, elle intervient à la veille du lancement de la Semaine nationale du numérique, consacrée aux enjeux de cybersécurité, de transformation digitale et de gouvernance des données, dans un contexte de numérisation accélérée des services publics et privés.

À l’heure du numérique, la protection des données à caractère personnel constitue un défi majeur pour l’ensemble des acteurs du secteur. Elle doit répondre à la fois aux exigences de la transformation digitale et aux impératifs de sécurité d’un espace devenu central pour l’administration, l’économie et les services publics. C’est dans cette perspective que le Mali a adopté dès 2013 une loi spécifique destinée à encadrer la collecte, le traitement et la conservation des données personnelles.

Chargée de veiller à l’application de ce cadre juridique, l’Autorité de Protection des Données à Caractère Personnel a été instituée par la même loi. Elle est notamment investie de missions de régulation, de contrôle et de sensibilisation. L’APDP définit les normes applicables à la collecte des données, encadre leur finalité et peut prononcer des sanctions administratives en cas de manquements. Elle dispose également de la faculté de saisir le Procureur lorsque des infractions pénales sont constatées.

Au-delà de ses missions de sensibilisation, l’APDP a déjà été amenée à prononcer plusieurs sanctions administratives pour des traitements de données non conformes, notamment dans les secteurs des télécommunications, des services et des plateformes numériques. Ces décisions ont porté sur l’absence de déclaration préalable, le non-respect du consentement ou des manquements aux obligations de sécurité prévues par la loi. Ces interventions traduisent la volonté de l’autorité de faire appliquer le cadre légal, malgré des moyens humains et techniques limités.

De plus, dans l’exercice de ses missions, l’APDP a déjà engagé plusieurs procédures à l’encontre d’organismes publics et privés pour non-respect des obligations prévues par la loi. Les manquements constatés concernent notamment l’absence de déclaration des traitements, le défaut de consentement des usagers ou des insuffisances dans la sécurisation des données collectées.

Ces interventions traduisent l’existence d’un cadre juridique actif, mais révèlent également les contraintes auxquelles fait face l’autorité, notamment en matière de moyens techniques, de contrôle effectif et de suivi des plateformes numériques en forte expansion.

Sécuriser le cyberespace

La problématique dépasse largement le cadre national. En Afrique, selon des données compilées en 2024, vingt-quatre pays disposent aujourd’hui d’une loi accompagnée d’une autorité de protection des données, tandis que douze autres ont adopté une législation sans organe dédié. Quatre pays travaillent encore à l’élaboration de leurs textes. Sur le continent, la sensibilisation demeure l’un des principaux leviers d’action afin d’informer les citoyens sur les enjeux liés à la vie privée et à la monétisation des données personnelles.

La Convention de l’Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données à caractère personnel, adoptée en 2014, n’est entrée en vigueur qu’en 2023. Ce décalage, ainsi que la portée du texte, sont analysés de manière critique dans l’édition 2024 de l’Africa Data Protection Report. Ratifiée par quinze États sur cinquante-quatre, la convention est présentée comme un engagement à instaurer des cadres juridiques nationaux, mais le rapport souligne qu’elle n’accorde pas de droits directs aux citoyens et laisse une large marge d’interprétation aux États.

Le document estime par ailleurs que le texte apparaît aujourd’hui partiellement dépassé, dans la mesure où il regroupe sous un même cadre juridique la cybersécurité, la cybercriminalité, la protection des données et le commerce électronique. Or, l’émergence de nouvelles technologies comme l’Intelligence Artificielle, les objets connectés ou la circulation transfrontalière massive des données impose des réponses juridiques plus spécialisées.

C’est dans ce contexte que le Mali a validé en janvier 2024 sa Stratégie nationale de cybersécurité. Couvrant la période 2020 – 2028, ce document repose sur trois axes majeurs : le renforcement de la gouvernance et de la coopération, le développement d’une culture nationale de cybersécurité fondée sur la formation et la sensibilisation, ainsi que la sécurisation des infrastructures critiques à travers des normes techniques renforcées.

Nécessaire mise à jour

Il convient de signaler qu’une donnée à caractère personnel désigne toute information permettant d’identifier directement ou indirectement une personne physique. Il peut s’agir d’un nom, d’une photographie, d’une empreinte, d’un numéro de téléphone, d’une adresse électronique, d’un identifiant informatique ou encore d’une adresse IP, qu’elles soient publiques ou non.

Ces données ne cessent d’être personnelles que lorsqu’elles sont rendues totalement anonymes. Toutefois, dès lors qu’un recoupement permet d’identifier un individu, la qualification demeure. Cette réalité renforce la nécessité d’adapter en permanence les dispositifs juridiques aux évolutions technologiques.

La maîtrise des données sensibles est devenue un enjeu central pour l’État. Cette question s’est imposée dans le débat public à la suite du différend ayant opposé le Mali à la société française Idemia, chargée de la gestion du fichier biométrique de l’état-civil. La suspension d’accès au système en 2023, puis l’annonce officielle en février 2024 de la récupération des données et du lancement de « Mali Kura Biométrie », ont replacé la souveraineté numérique au cœur des priorités nationales.

Cet épisode a mis en lumière les risques liés à la dépendance technologique, mais aussi la nécessité de garanties juridiques, techniques et institutionnelles renforcées pour la gestion des bases de données stratégiques, notamment celles liées à l’identité, à l’état-civil et aux services publics.

Avec la numérisation progressive de l’administration, les données personnelles sont devenues un maillon central de l’action publique. Leur fiabilité et leur sécurité conditionnent désormais l’accès aux prestations sociales, aux documents administratifs et à de nombreux services essentiels.

Pour Ahmed Salif Camara, ingénieur en informatique, la question des données doit être abordée comme un levier de développement. Dans ce contexte, plusieurs spécialistes appellent à repenser la gouvernance des données au-delà de la seule logique de protection, afin d’en faire un outil structurant du développement et de la modernisation de l’État.

« Les données personnelles, comme le nom ou l’empreinte, doivent parfois être lues pour permettre l’accès à un service », explique-t-il. Dans un contexte d’interopérabilité des systèmes d’information, l’authentification des usagers repose précisément sur l’exploitation sécurisée de ces informations.

Selon lui, le débat ne doit donc pas se limiter à la protection, mais s’élargir au contrôle de l’usage. Il s’agit de permettre aux citoyens d’accéder à leurs propres données et de définir les conditions dans lesquelles ces informations peuvent être utilisées au service du développement.

À l’échelle nationale, il estime nécessaire que les autorités envisagent une meilleure organisation de la gouvernance des données produites par les systèmes, publics et privés. La mise en place de structures capables de centraliser, de sécuriser et d’exploiter ces données constitue, selon lui, un enjeu stratégique. L’autorité de régulation doit, à ce titre, « créer les conditions permettant l’interopérabilité entre les différents secteurs ».

Innovation numérique comme levier de développement

Le numérique occupe désormais une place centrale dans les politiques publiques. En dépit des progrès réalisés, le Mali reste confronté à une fracture numérique importante. Début 2025, le pays comptait environ 8,72 millions d’utilisateurs d’Internet, soit un taux de pénétration de 35,1%. Sur la même période, près de 16,1 millions de personnes demeuraient non connectées.

Le nombre de connexions mobiles actives atteignait 23,4 millions, un chiffre supérieur à la population en raison de l’usage de plusieurs cartes SIM. Selon les données de GSMA Intelligence, 87,5% de ces connexions relèvent désormais du haut débit, grâce aux réseaux 3G, 4G et 5G.

Pour consolider ces avancées, les autorités ont annoncé des investissements structurants, notamment la construction d’un centre de données de niveau Tier 3 et l’extension du réseau national de fibre optique. En parallèle, l’Agence de gestion du Fonds d’accès universel prévoit un investissement de plus de 43 milliards de francs CFA afin d’améliorer l’accès aux télécommunications, y compris dans les secteurs de la santé et de l’éducation.

À mesure que les systèmes d’information deviennent indispensables au fonctionnement de l’État, la protection des données personnelles prend une dimension stratégique. Toute vulnérabilité affectant ces systèmes peut désormais avoir des répercussions sur la continuité des services publics et sur la confiance des citoyens.

Dans ce contexte, la protection des données personnelles apparaît de plus en plus comme une composante essentielle de la souveraineté numérique et de la sécurité nationale, au croisement des enjeux technologiques, institutionnels et humains.

 

Arrestations à la mine d’or de Yanfolila : cinq cadres maliens détenus

Cinq responsables maliens exerçant à la mine d’or de Yanfolila ont été placés en détention par les autorités judiciaires, dans le cadre d’une enquête portant sur l’application du code minier et de la réglementation des changes, selon des sources proches du dossier.

Les personnes concernées travaillent pour la Société des Mines de Komana (SMK), entité chargée de l’exploitation du site aurifère de Yanfolila, situé dans le sud du Mali. Les interpellations sont intervenues le vendredi 26 janvier 2026, à l’issue de vérifications menées par les services compétents.

Les faits portent sur le rapatriement des recettes d’exportation en devises, une obligation prévue par le code minier révisé et les textes encadrant les activités extractives. Les autorités cherchent à établir les flux financiers concernés ainsi que leur conformité aux règles en vigueur.

Une enquête financière est en cours afin de déterminer le volume exact des montants concernés. Aucun chiffre officiel n’a, pour l’heure, été communiqué par les autorités judiciaires.

La mine de Yanfolila constitue l’un des principaux sites aurifères du pays. Elle a produit 83 965 onces d’or, soit environ 2,61 tonnes, au cours de l’année 2023. Les réserves connues du gisement sont estimées à près de 493 000 onces, selon les données techniques publiées par l’opérateur.

L’exploitation du site est assurée par la SMK, filiale de Hummingbird Resources, société minière d’origine britannique spécialisée dans l’or en Afrique de l’Ouest. Depuis 2025, Hummingbird Resources n’est plus cotée en bourse, après le rachat de l’ensemble de ses actions par le groupe burkinabè Nioko Resources Corporation, devenue propriétaire unique du groupe.

Dans le cadre de l’application du code minier révisé, l’État malien a porté sa participation dans la Société des Mines de Komana à 20 %, conformément aux nouvelles règles encadrant les actifs miniers stratégiques.

Un accord signé en janvier 2025 entre l’entreprise et les autorités prévoit par ailleurs le versement d’environ 16,4 millions de dollars, soit près de 10 milliards de francs CFA, au Trésor public. Ce montant couvre des régularisations liées à la mise en conformité du projet minier et à certains ajustements fiscaux.

Les activités de la mine se poursuivent normalement pendant la procédure. Les autorités n’ont pas encore communiqué sur les suites judiciaires envisagées, l’instruction se poursuivant sous la conduite des services compétents.

 

Approvisionnement en carburant : plus de 54 millions de litres importés en janvier

Plus de 54 millions de litres de carburant ont été importés entre le 12 et le 21 janvier 2026, selon les conclusions de la 12ᵉ réunion du cadre de concertation entre l’État et les professionnels du secteur pétrolier. Ces volumes correspondent à plus de 1 190 camions citernes entrés sur le territoire durant la période.

 

Les importations concernent deux vagues successives, avec 40 348 300 litres acheminés entre le 12 et le 18 janvier, puis 14 445 025 litres supplémentaires entre le 13 et le 21 janvier. Les autorités indiquent que ces flux ont permis d’améliorer le ravitaillement des stations-service et de réduire les files d’attente observées dans plusieurs localités. Le taux de ravitaillement moyen a dépassé 50 % sur certaines périodes.

 

Les échanges ont également porté sur les contraintes logistiques rencontrées au cours des dernières semaines, notamment la forte dépendance du pays aux importations d’hydrocarbures et la nécessité de sécuriser les corridors d’approvisionnement. Le secteur pétrolier reste en effet largement tributaire des flux extérieurs, ce qui rend la distribution sensible aux délais de transport et à la disponibilité des citernes.

 

À l’approche du mois de Ramadan, les autorités ont réaffirmé l’importance de la constitution d’un stock de sécurité commercial afin d’anticiper la hausse de la demande. Les acteurs du secteur estiment que la dynamique actuelle des importations pourrait contribuer à une meilleure stabilité de l’approvisionnement national dans les semaines à venir.

 

La Russie précise ses priorités africaines et son appui aux pays du Sahel

Lors de sa conférence annuelle de bilan diplomatique tenue à Moscou récemment, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a exposé les grandes lignes de la politique africaine de la Russie pour l’année en cours, avec un accent particulier sur le Sahel.

Le chef de la diplomatie russe a confirmé la poursuite du redéploiement diplomatique de Moscou sur le continent. Cette dynamique repose sur l’ouverture progressive de nouvelles ambassades africaines, dans l’objectif de renforcer les relations politiques, économiques et institutionnelles avec les États partenaires.
Sergueï Lavrov a également annoncé la préparation du troisième sommet Russie–Afrique, prévu en 2026. Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des sommets de Sotchi en 2019 et de Saint-Pétersbourg en 2023, qui avaient réuni dirigeants africains, institutions régionales et acteurs économiques autour de projets de coopération.
Évoquant l’Afrique de l’Ouest, le ministre russe a cité les pays membres de l’Alliance des États du Sahel, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Il a réaffirmé la position de Moscou en faveur du respect des choix souverains opérés par ces États dans leurs orientations politiques, sécuritaires et diplomatiques.
Selon les autorités russes, plusieurs accords-cadres ont déjà été conclus ou sont en cours de finalisation avec des partenaires sahéliens. Ces coopérations concernent principalement les domaines sécuritaire, économique, institutionnel et de formation, dans un contexte marqué par la reconfiguration des alliances régionales.
Sergueï Lavrov a par ailleurs souligné l’intérêt de la Russie pour les initiatives africaines de dialogue régional, estimant que la stabilité du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest repose sur des mécanismes portés par les États du continent eux-mêmes.
La conférence a enfin permis à Moscou de réaffirmer sa vision d’un partenariat fondé sur la non-ingérence et la coopération bilatérale, dans un contexte international marqué par une intensification de la concurrence diplomatique en Afrique.

UE : le Mali retiré de la liste financière à risque

Le retrait du Mali de la liste européenne des juridictions à haut risque en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme entre en vigueur ce 29 janvier 2026, selon une décision adoptée par la Commission européenne à la fin de l’année 2025.

Cette mesure intervient après la sortie du pays de la liste grise du Groupe d’action financière, actée lors de la session plénière de juin 2025. Les autorités européennes estiment que Bamako a apporté des améliorations jugées suffisantes à son cadre de prévention des flux financiers illicites.
La Commission européenne indique que les dispositifs nationaux de surveillance bancaire, de déclaration des transactions suspectes et de coopération institutionnelle ont été renforcés au cours des dernières années. Ces évolutions ont conduit Bruxelles à revoir son évaluation du niveau de risque associé aux opérations financières impliquant le Mali.
L’entrée en vigueur de cette décision ouvre la voie à un assouplissement des contrôles appliqués par les établissements financiers européens lors des transactions avec le pays. Elle concerne notamment les transferts bancaires, les relations de correspondance financière et certaines opérations commerciales transfrontalières.
Pour les acteurs économiques, cette évolution est susceptible d’améliorer la lisibilité du cadre financier malien et de réduire les coûts liés aux obligations de vigilance renforcée imposées jusqu’alors par les partenaires européens.
Les autorités maliennes avaient engagé, depuis 2022, plusieurs réformes techniques portant sur la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la traçabilité des flux financiers, en lien avec les standards internationaux portés par le GAFI.
La Commission européenne précise que le suivi du dispositif reste maintenu afin d’assurer la consolidation durable des mécanismes mis en place. Le Mali demeure ainsi tenu de poursuivre l’application effective des réformes engagées, dans un contexte régional marqué par des enjeux sécuritaires et financiers sensibles.

Burkina Faso : l’AES précise son architecture institutionnelle par de nouveaux protocoles

Le Conseil des ministres du Burkina Faso a adopté, le 22 janvier 2026, quatre projets de loi autorisant la ratification de protocoles additionnels au traité portant création de la Confédération des États du Sahel. Ces textes, signés le 23 décembre 2025 à Bamako, visent à encadrer les mécanismes de fonctionnement de l’Alliance réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Les projets de loi concernent respectivement l’organisation des sessions confédérales des Parlements, la coordination en matière de défense et de sécurité, l’harmonisation de l’action diplomatique ainsi que la coordination des politiques de développement. Leur adoption en Conseil des ministres marque une étape institutionnelle dans la structuration juridique de l’AES, moins de deux mois après sa proclamation officielle.
Ces protocoles additionnels ont pour objectif de préciser les modalités d’application du traité fondateur, entré en vigueur à la suite des décisions politiques prises par les trois États sahéliens à la fin de l’année 2025. Ils visent notamment à définir les cadres de concertation entre institutions nationales, à formaliser la coopération militaire déjà engagée sur le terrain et à organiser la représentation diplomatique commune sur certaines questions internationales.
Sur le plan institutionnel, la démarche s’inscrit dans une logique progressive connue en droit international. À l’image de l’Union européenne, dont la construction s’est faite par traités successifs venant compléter le texte initial, l’AES opte pour une consolidation par étapes plutôt que par la création immédiate d’institutions supranationales.
La comparaison s’arrête toutefois à la méthode. Contrairement à l’Union européenne, l’AES ne dispose pas, à ce stade, d’organes permanents autonomes, de budget commun consolidé ni de parlement élu à l’échelle confédérale. Les protocoles visent avant tout à organiser la coopération interétatique, sans transfert formel de souveraineté.
L’approche diffère également de celle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La CEDEAO repose sur un traité révisé qui encadre une intégration économique étendue, dotée d’institutions communautaires et de mécanismes juridictionnels. L’AES, pour sa part, concentre ses priorités sur la sécurité, la diplomatie et le développement, dans un contexte marqué par la crise sécuritaire persistante au Sahel central.
La comparaison avec le G5 Sahel, aujourd’hui inactif, apparaît plus directe. Alors que cette structure était essentiellement sécuritaire et largement dépendante de financements extérieurs, les textes adoptés par l’AES visent à intégrer les volets militaire, diplomatique et de développement dans un cadre confédéral unique, fondé sur une gouvernance interne.
L’adoption de ces projets de loi par le Burkina Faso intervient alors que les autres États membres sont également engagés dans leurs procédures nationales de ratification. Conformément aux règles constitutionnelles propres à chaque pays, les textes doivent encore être examinés par les organes législatifs de transition avant leur entrée en vigueur.
Cette phase juridique conditionne la mise en œuvre effective des mécanismes prévus par les protocoles. Elle constitue une étape déterminante pour la transformation de l’AES, encore largement politique, en un dispositif institutionnel opérationnel.
À travers ces ratifications, les autorités sahéliennes cherchent à doter la Confédération d’un socle normatif capable d’encadrer durablement leur coopération, dans un contexte régional marqué par la recomposition des alliances et la redéfinition des cadres d’intégration en Afrique de l’Ouest.

Mahamet Traoré, Analyste et consultant en gouvernance du football

Mahamet Traoré est analyste et consultant en gouvernance du football. Il nous livre son regard sur la crise actuelle au sein de la Femafoot et les perspectives pour le football malien. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.

Quel regard portez-vous sur la crise actuelle à la FEMAFOOT ?

Il s’agit d’une crise de gouvernance installée dans la durée, qui fragilise profondément l’institution. Au-delà des personnes, c’est le fonctionnement même de la fédération qui est en cause, avec des répercussions directes sur l’image du Mali. La CAN 2025 a été un révélateur : le talent seul ne suffit plus à compenser des dysfonctionnements structurels persistants. Le football malien a aujourd’hui besoin d’un projet clair, structuré, avec des objectifs précis, des mécanismes de suivi et une gouvernance responsable.

Après la démission de l’ensemble du Bureau exécutif, quelle pourrait être la suite ?

Deux options sont juridiquement et institutionnellement envisageables : l’organisation d’une Assemblée Générale ou la mise en place d’un Comité de normalisation. Dans le contexte actuel, les autorités du pays sont les mieux placées pour apprécier la solution la plus appropriée afin de garantir une refondation durable du football malien.

Selon vous, que faut-il aujourd’hui pour un véritable renouveau du football malien ?

L’État a déjà consenti des efforts considérables, tant dans l’accompagnement des sélections nationales que dans la rénovation et le développement des infrastructures sportives. Ce fort engagement doit désormais être un levier pour amener l’ensemble des acteurs du football à se doter d’outils de gouvernance inclusifs, transparents et orientés vers la performance. C’est à cette seule condition que les résultats seront à la hauteur des attentes légitimes du peuple malien.

Gilles Yabi : « La force unifiée de l’AES ne peut pas, à elle seule, résoudre la crise sécuritaire »

Dans un entretien qu’il nous a accordé, Gilles Yabi, fondateur et directeur exécutif du think tank ouest-africain WATHI, analyse les apports et les limites de la force unifiée de l’Alliance des États du Sahel face à la crise sécuritaire. Il souligne que son efficacité dépendra d’une coordination réelle, de la protection des civils et d’une coopération régionale encore fragilisée. Propos recueillis par Massiré Diop.

La force unifiée de l’AES, lancée en décembre 2025, peut-elle réellement changer la dynamique sécuritaire en 2026 ? À quelles conditions concrètes ?

La force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (FU-AES) composée à son lancement en décembre 2025 de 5000 militaires issus des trois pays membres de l’AES peut et devrait constituer une contribution significative à la lutte contre les groupes armés divers opérant dans la région sahélienne. Elle pourra modifier le rapport de forces avec ces groupes armés dans les zones de déploiement mais elle ne me semble pas en mesure de constituer, seule, une réponse décisive à la crise sécuritaire sahélienne qui est profonde, multidimensionnelle et exige des réponses qui ne se limitent pas aux actions des armées nationales individuellement et collectivement.

Le principal apport potentiel de la Force unifiée réside dans la coordination opérationnelle transfrontalière qui sera rendue possible par un commandement unifié, là où les armées nationales ont longtemps agi de manière fragmentée, souvent de façon ponctuelle et réactive. La FU-AES s’inscrit dans la continuité d’expériences antérieures de coopération militaire, notamment les opérations conjointes dans le Liptako-Gourma, comme le plan Yéréko en 2025, mais aussi les actions à l’époque du G5 Sahel, avant les changements politiques consécutifs aux coups d’Etat. Ces initiatives ont montré que la coordination des armées et des appareils de sécurité, de défense et de renseignement est nécessaire et possible, mais qu’elle est toujours limitée dans un espace donné, essentiellement dans les zones frontalières, et qu’elle ne constitue pas un substitut aux efforts d’amélioration des réponses de chaque État concerné. La menace incarnée par les groupes armés djihadistes dans ces trois pays est vaste et diffuse. Elle ne se limite pas aux zones frontalières. Les groupes armés exploitent aussi bien l’isolement des zones rurales enclavées que les failles de gouvernance, les tensions communautaires et les fragilités économiques.

Pour que la FU-AES ait un impact réel en 2026, il me semble qu’il faut veiller à ce que la chaîne de commandement soit réellement intégrée, avec le degré de confiance entre les officiers des trois pays qui permet de prendre rapidement des décisions opérationnelles, et de les exécuter efficacement. Il faudra s’assurer que la Force ne soit pas une juxtaposition de contingents nationaux. Et il faudra s’assurer qu’elle dispose effectivement des moyens logistiques adaptés avec un accent particulier sur la mobilité terrestre et aérienne, le partage de renseignements. Une articulation claire avec les autorités civiles locales me semble aussi indispensable. Les opérations militaires qui ne s’accompagnent pas d’une volonté délibérée de protection des civils, de fourniture d’un accès minimal aux services de base et de possibilités et cadres de dialogue avec les communautés tendent à nourrir les dynamiques que les groupes armés exploitent.

La CEDEAO travaille en parallèle sur une force antiterroriste régionale : comment éviter une duplication inefficace avec la force de l’AES ?

Le risque de duplication est réel mais le cœur du problème réside dans le contexte de fragmentation politique en Afrique de l’Ouest, espace dont font partie les trois pays du Sahel central qui ont créé l’AES et qui sont ensuite sortis de la CEDEAO. J’ai toujours estimé qu’il fallait dans l’analyse distinguer la décision des dirigeants de trois États de créer un dispositif d’intégration poussé comme une confédération de celle de sortir leurs pays respectifs – et leurs populations – d’une organisation régionale plus large comme la CEDEAO. À partir du moment où les pays de l’AES ne sont plus membres de la CEDEAO, on ne peut pas s’attendre à ce que cette dernière ne se préoccupe pas de ses dispositifs de sécurité régionale et s’en remette à ceux mis en place par la Confédération de l’AES. On sait en plus dans quel contexte de défiance et d’animosité s’est opéré le divorce entre ces États sahéliens, d’une part, les pays côtiers voisins et la CEDEAO, de l’autre.

Les divergences et les tensions politiques entre certains États sont telles qu’on ne peut espérer à court terme un travail commun de l’AES et de la CEDEAO à douze États pour mettre en place une force anti-terroriste ouest-africaine. Ceci dit, je ne suis pas sûr que la priorité au niveau de la CEDEAO soit celle de la création d’une force anti-terroriste qui prendra des années encore à faire émerger, alors que le contexte sécuritaire continue à se dégrader. Il y a des alternatives plus souples, flexibles, moins coûteuses et plus réalistes qui pourraient être envisagées, donnant la priorité au partage de renseignements et éventuellement à des opérations conjointes ponctuelles aux frontières. Mais si ces alternatives ne permettent pas la jonction entre des pays comme le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire et même le Sénégal d’une part et de l’autre, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, les groupes armés continueront probablement à tirer profit du déficit de coopération régional ancré dans le déficit de confiance entre les États concernés par la menace.

Quel minimum de coopération AES–CEDEAO est aujourd’hui indispensable, sachant que la menace jihadiste s’étend désormais vers les pays côtiers et le golfe de Guinée ?

Il faut de la coopération sécuritaire au niveau opérationnel, mais c’est difficile d’aller loin dans cette direction et de partager notamment des renseignements lorsque la méfiance plutôt que la confiance règne entre les autorités politiques de pays voisins. C’est la qualité des relations bilatérales qui est déterminante en l’absence d’un cadre sécuritaire régional comme celui de la CEDEAO. Malgré toutes ses faiblesses, le dispositif de la CEDEAO permettait par exemple aux chefs d’état-major des pays membres, aux hauts responsables de la police et des services de renseignements et d’autres institutions sécuritaires des pays membres de se retrouver dans des réunions régulières, de tisser des liens de confiance qui facilitent des initiatives communes.

Lorsqu’on n’a plus ces cadres formels, il est toujours possible de coopérer entre États dans le cadre de relations bilatérales ou dans des cadres ad hoc réunissant quelques pays volontaires. À court terme, et peut-être même à moyen terme, donc pendant quelques années, les alternatives que je viens de citer sont sans doute les plus réalistes. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas pousser parallèlement la CEDEAO et l’AES à créer et à maintenir un canal de dialogue structuré sur les questions cruciales d’intérêt commun. Il ne faut juste pas oublier que ces organisations n’existent pas indépendamment de leurs États membres et que les relations entre ces États resteront déterminantes pour l’avenir de la coopération dans la région.

La question du financement des forces régionales est centrale : quelles garanties de transparence et de contrôle devraient être exigées ?

Le financement des forces régionales est toujours un défi majeur. Il renvoie de manière générale au financement de toutes les initiatives les plus stratégiques à l’échelle d’une région ou d’un groupe d’États. Que ce soit au niveau des États individuellement ou d’une région, il faut des mécanismes de transparence et de contrôle pour s’assurer que les ressources affectées à une initiative comme une force militaire soient utilisées efficacement et échappent aux formes diverses de malversations bien connues dans les pays de la région. L’absence de transparence et de mécanismes de contrôle crédibles alimente la défiance des populations et fragilise durablement la légitimité des dispositifs sécuritaires.

Des garanties minimales sont indispensables, même dans des contextes sécuritaires difficiles avec un besoin de rapidité dans les procédures, notamment l’identification claire des budgets alloués, un contrôle parlementaire ou « quasi-parlementaire », y compris en période de transition, ainsi qu’une traçabilité effective des principales dépenses militaires. Dans les faits, ces exigences se heurtent fortement aux logiques de transition politique et de secret-défense, qui tendent à restreindre l’accès à l’information et à affaiblir les mécanismes de redevabilité. Cette opacité a contribué, par le passé, à fragiliser des régimes pourtant élus, notamment dans les trois pays du Sahel central.

Les détournements liés aux équipements militaires, même lorsqu’ils ne sont pas parfaitement documentés et confirmés par la justice, constituent un problème récurrent et structurel grave dès lors que la perception populaire est celle d’une corruption au sein des forces armées et des acteurs politiques et militaires en charge de la défense et de la sécurité d’un pays. Mais il faut aujourd’hui observer que dans le Sahel et dans plusieurs autres pays de la région ouest-africaine, les pouvoirs exécutifs en place sont en roue libre et que les organisations et acteurs de la société civile ainsi que les médias indépendants ne sont plus en mesure ne serait-ce que de poser des questions sensibles aux dirigeants, comme celles qui touchent aux dépenses de sécurité.

Quels mécanismes de contrôle civil et de respect des droits humains doivent encadrer ces forces pour éviter les dérives en 2026 ?

C’est un point absolument central. Les violations des droits humains ne constituent pas seulement un problème moral ou juridique. Elles sont un facteur direct d’insécurité, car elles alimentent la défiance des populations, fragilisent la légitimité des forces de sécurité et offrent aux groupes armés un puissant levier de recrutement et de propagande. Toute stratégie sécuritaire qui néglige cette dimension est, à terme, contre-productive. Il est donc indispensable de disposer de règles d’engagement claires, connues et publiquement assumées, alignées sur le droit international humanitaire et intégrées dans la conduite quotidienne des opérations. Ces règles doivent être accompagnées de mécanismes d’enquête indépendants, capables de traiter rapidement, de manière crédible et transparente les allégations d’abus.

Plusieurs enquêtes ont été annoncées ces dernières années, notamment à la suite des événements de Moura au Mali en 2022, mais l’absence de conclusions rendues publiques continue d’alimenter le doute et le sentiment d’impunité. Par ailleurs, il est essentiel d’intégrer des formations systématiques et continues sur la protection des civils, la gestion des interactions avec les populations et la prévention des abus, y compris dans les unités engagées en opérations conjointes. Ces formations ne doivent pas être perçues comme un volet accessoire, mais comme une composante opérationnelle à part entière. Enfin, même en période de transition politique sous présidence militaire, un contrôle civil minimal demeure indispensable.

Sans mécanismes de redevabilité, les forces régionales risquent de devenir des forces autonomes, échappant à tout encadrement institutionnel et au service exclusif de leurs donneurs d’ordre au sommet des États et des armées nationales. En l’absence de garde-fous, les forces censées protéger les populations risquent, paradoxalement, de renforcer l’ancrage et la légitimité des groupes armés, compromettant ainsi les objectifs de la lutte contre l’insécurité. Et il ne faut pas oublier que l’objectif dans les pays du Sahel et dans la région ouest-africaine ne devrait pas se limiter à la lutte contre les groupes armés recourant, entre autres moyens, au terrorisme. Il doit être de créer les conditions d’un retour effectif et durable à la paix, à la stabilité et à la sécurité collective dans la région.

Classement FIFA : Le Mali recule

La FIFA a publié le 19 janvier 2026 son traditionnel classement des sélections nationales de football, au lendemain de la finale de la CAN 2025, remportée par le Sénégal devant le Maroc. Ces deux pays continuent de dominer ce classement au niveau continental. Le Maroc (1er en Afrique) a gagné 3 places sur le plan mondial, quittant la 11ème place pour la 8ème, tandis que le Sénégal (2ème) a fait un bond de 7 places et se retrouve désormais à la 12ème place mondiale. Éliminés en quart de finale de la CAN 2025, les Aigles du Mali chutent de 2 places en Afrique et d’une place au niveau mondial. Classé 53ème dans le monde et 8ème en Afrique dans le classement précédent de décembre dernier, le Mali occupe désormais la 54ème place mondiale et la 10ème en Afrique, fermant le top 10 continental.

MK

CAN 2025 : Une édition record entre succès sportifs et polémiques

La CAN 2025 s’est achevée le 18 janvier 2026 par le sacre du Sénégal devant le Maroc, au terme d’une édition historique. Des records d’affluence, de recettes et de buts ont marqué la compétition, malgré des polémiques arbitrales venant nuancer un bilan globalement positif.

Sur le plan logistique, le Maroc a largement répondu aux attentes de la CAF. L’organisation, la sécurité, la qualité des infrastructures et la mobilisation du public ont été saluées tout au long de la compétition.

Avec 1,25 million de spectateurs cumulés dans les stades, la CAN 2025 a établi un record d’affluence. Les retombées économiques ont été à la hauteur de l’événement : selon la CAF, les revenus liés à la compétition ont progressé de plus de 90%, tandis que la billetterie a généré 55 millions de dollars, un niveau inédit pour le football africain.

Sportivement, la CAN 2025 a également battu des records. Elle est devenue la plus prolifique de l’histoire, avec 121 buts inscrits en 54 matchs, soit une moyenne de 2,3 buts par rencontre.

Contrairement à certaines éditions précédentes, marquées par les éliminations précoces de favoris, les grandes nations africaines ont cette fois-ci tenu leur rang. Le dernier carré, composé de l’Égypte, du Nigeria, du Sénégal et du Maroc, illustre cette hiérarchie respectée.

Distinctions et controverses

Les distinctions individuelles ont mis en avant des figures majeures du tournoi. Le trophée du meilleur joueur a été décerné à Sadio Mané, leader du Sénégal, champion d’Afrique. Celui du meilleur gardien est revenu à Yassine Bounou du Maroc, décisif tout au long du tournoi. Quant au titre de meilleur buteur, il a été attribué à son coéquipier Brahim Diaz, avec 5 réalisations, malgré une finale cruelle marquée par une panenka ratée qui aurait pu lui offrir le titre. Les prix du fair-play et de l’équipe la plus fair-play ont été respectivement attribués à Achraf Hakimi et au Maroc.

Un point noir a toutefois terni le bilan : l’arbitrage. Plusieurs décisions controversées ont alimenté la polémique, avec des accusations de favoritisme envers le pays hôte.

La finale a cristallisé les tensions, entre un but refusé au Sénégal et un penalty accordé au Maroc dans les dernières secondes, provoquant une interruption de près de vingt minutes, après la sortie des Sénégalais en signe de protestation.

Toutefois, malgré ces controverses, la CAN 2025 restera globalement comme une édition réussie sur plusieurs plans.

Mohamed KENOUVI

 

CPI : La procédure de retrait de l’AES toujours en attente

Annoncé en 2025, le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cour pénale internationale n’a pas encore été formalisé. En l’absence de notification officielle, la procédure prévue par le Statut de Rome demeure juridiquement inchangée.

En septembre 2025, les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont annoncé leur intention de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), dans le cadre d’une démarche présentée comme concertée au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette déclaration intervenait dans un contexte de redéfinition des relations entre les États sahéliens et certaines institutions internationales. Plusieurs mois plus tard, aucune évolution juridique formelle n’a toutefois été enregistrée.

La Cour pénale internationale est régie par le Statut de Rome, traité entré en vigueur en 2002. Celui-ci prévoit, en son article 127, la possibilité pour tout État partie de se retirer selon une procédure précise. Le retrait doit être notifié par écrit au Secrétaire général des Nations unies, dépositaire du traité. Ce n’est qu’à compter de la réception officielle de cette notification que le processus juridique est engagé.

Procédure

Conformément aux dispositions du Statut, le retrait n’entre en vigueur qu’un an après cette notification. Durant cette période, l’État concerné demeure pleinement partie au traité, avec l’ensemble des droits et obligations qui en découlent. En l’absence de notification formelle, une annonce politique ne produit donc aucun effet juridique.

À ce stade, aucune communication publique de la CPI ni des Nations unies ne fait état de la réception d’une notification de retrait émanant du Mali, du Burkina Faso ou du Niger. Les trois pays demeurent ainsi, sur le plan juridique, États parties au Statut de Rome. À la date de consultation des registres officiels du dépositaire du Statut de Rome, aucune notification de retrait concernant le Mali, le Burkina Faso ou le Niger n’est enregistrée.

Obligations

Selon une source institutionnelle proche de la Cour pénale internationale, la procédure repose sur plusieurs principes essentiels. Le retrait doit être notifié individuellement par chaque État, même lorsqu’une démarche est politiquement coordonnée. Il ne devient effectif qu’un an après la notification officielle. Par ailleurs, le retrait ne soustrait pas l’État à son obligation de coopérer pour toutes les procédures engagées durant la période où il était partie au Statut.

Cette règle constitue un élément central du fonctionnement de la justice pénale internationale. Les enquêtes ouvertes avant la date effective d’un éventuel retrait demeurent juridiquement valables et la Cour conserve sa compétence pour les faits concernés.

Dans le cas du Mali, l’intervention de la CPI remonte à 2012, lorsque l’État avait saisi la juridiction afin qu’elle enquête sur les crimes commis sur son territoire dans le contexte d’un conflit armé. La Cour dispose toujours d’un bureau à Bamako, relevant du Greffe, organe administratif chargé du soutien aux activités judiciaires.

Deux affaires sont actuellement publiques. La première concerne Al-Hassan Ag Abdoul Aziz, ancien membre de la police islamique d’Ansar Eddine, condamné en juin 2024 à 10 ans d’emprisonnement pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La seconde porte sur un mandat d’arrêt délivré en 2017 contre Iyad Ag Ghali, chef du Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans, toujours en fuite.

Précédents

Des précédents existent dans d’autres pays. En 2016, l’Afrique du Sud avait engagé une procédure de retrait, avant qu’elle ne soit suspendue pour des raisons constitutionnelles. En Gambie, une annonce similaire avait été abandonnée en 2017 à la suite d’un changement politique. À l’inverse, le Burundi (2016 – 2017) et les Philippines (2018 – 2019) ont mené à terme leur retrait, sans que cela n’empêche la CPI de poursuivre les enquêtes ouvertes antérieurement.

Ces expériences montrent que seules les démarches formalisées conformément au Statut de Rome produisent des effets juridiques. Dans l’espace AES, le processus demeure donc, à ce stade, au niveau déclaratif.

L’évolution du dossier dépendra de la transmission éventuelle d’actes officiels aux instances compétentes et de leur enregistrement. En attendant, les règles du droit international continuent de s’appliquer, la distinction entre annonce politique et effectivité juridique restant au cœur de la compréhension de cette procédure.

FEMAFOOT : La fin d’un cycle, l’heure des choix

La démission collective, le 17 janvier 2026, de l’ensemble du Comité exécutif de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) marque l’aboutissement d’une longue crise de gouvernance, entamée dès l’élection de Mamoutou Touré en 2019. Désormais, l’avenir du football malien se joue sous le regard attentif de la FIFA, appelée à arbitrer une sortie de crise décisive.

Tout s’est accéléré à la suite de la Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025. Le 9 janvier 2026, les Aigles du Mali quittent la compétition après une défaite face au Sénégal, concluant un parcours sans la moindre victoire en cinq matchs. Une élimination douloureuse qui agit comme le révélateur d’un malaise plus profond.

Le lendemain, le message officiel de soutien publié par le Comité exécutif de la FEMAFOOT provoque l’effet inverse de celui escompté. Sur les réseaux sociaux et dans l’opinion sportive, les supporters dénoncent une gouvernance déconnectée, un manque d’autocritique et l’absence de vision. Les appels à la dissolution du Comité exécutif se multiplient.

Une hémorragie institutionnelle sans précédent

Sous la pression conjuguée de l’opinion publique et des tensions internes, une première vague de démissions intervient le mardi 13 janvier 2026. Dix membres influents du Comité exécutif, responsables de commissions stratégiques, quittent officiellement leurs fonctions pour « convenances personnelles ».

Le 15 janvier, la crise prend une tournure judiciaire. Le Secrétaire général de la FEMAFOOT, Sidy Bekaye Magassa, est interpellé puis libéré dans le cadre d’enquêtes portant sur la légalité de sa nomination et sur des accusations de diffamation et de falsification de documents.

Selon plusieurs sources proches du dossier, il aurait tenté d’appliquer l’article 38.9 des statuts afin de pourvoir les postes vacants du Comité exécutif, une initiative jugée illégale par de nombreux acteurs du football national. Ses déclarations faisant état de pressions des autorités sur les membres démissionnaires, transmises à la FIFA, aggravent davantage la situation.

Face à l’impasse institutionnelle et à la perte totale de crédibilité, les neuf membres restants du Comité exécutif, y compris le Président Mamoutou Touré et ses Vice-présidents, annoncent à leur tour leur démission le 17 janvier. La FEMAFOOT se retrouve alors sans aucun organe exécutif en fonction.

Une crise enracinée depuis plusieurs années

L’implosion actuelle de la FEMAFOOT est l’aboutissement d’un long cycle de tensions entamé dès l’élection de Mamoutou Touré à la tête de l’instance, le 29 août 2019. Dès ses premiers mois de mandat, sa gouvernance est contestée par plusieurs acteurs du football national.

Recours juridiques, conflits entre ligues, défiance de certains clubs, relations tendues avec les autorités sportives : la fédération devient un champ de bataille permanent. L’arrestation de Mamoutou Touré, en août 2023, dans une affaire de détournement de fonds, puis sa réélection controversée alors qu’il est en détention, accentuent la fracture.

La révision des statuts, en mars 2025, dans un climat très contesté, est par ailleurs perçue par de nombreux acteurs comme un outil de verrouillage du système, limitant l’accès à la gouvernance à des cercles restreints.

Comme le souligne le consultant sportif Sidi Yaya Koné, la crise actuelle dépasse largement les personnes. Elle révèle un système figé depuis plusieurs décennies, dominé par les mêmes associations, les mêmes équilibres électoraux et les mêmes pratiques. Les élections fédérales se jouent entre cercles restreints, sans réel renouvellement ni ouverture.

Ali Kaba Sacko, ancien membre du staff des Aigles, abonde dans le même sens. Pour lui, la démission du Comité exécutif de la FEMAFOOT « ne doit pas être analysée comme une simple crise de dirigeants ni comme une conséquence mécanique de l’échec à la CAN. Elle est la conséquence logique d’un système mal construit depuis des années ».

Il pointe également un déséquilibre du corps électoral, où des structures peu actives sportivement disposent d’un poids décisif lors des scrutins, au détriment des clubs et acteurs réellement engagés sur le terrain. Cette configuration, estime-t-il, fausse la démocratie interne et éloigne les décisions de la réalité du football malien.

Cette lecture est partagée par d’autres observateurs, qui estiment que le football malien fonctionne depuis 30 à 40 ans sur les mêmes équilibres. Les mêmes associations, les mêmes réseaux et les mêmes pratiques dominent la gouvernance, empêchant tout renouvellement réel.

Un vide statutaire qui appelle une réponse exceptionnelle

Selon Sidi Yaya Koné, la situation est juridiquement claire : sans Comité exécutif, la FEMAFOOT ne dispose plus d’un organe légitime pour gérer les affaires courantes, convoquer une Assemblée générale ou organiser une élection crédible. Les mécanismes internes sont épuisés.

« Selon les statuts de la FIFA, auxquels la FEMAFOOT a adhéré, chaque fédération membre doit disposer d’organes élus, stables et légitimes. Lorsque ces conditions ne sont plus réunies, la FIFA prévoit un dispositif exceptionnel : la mise en place d’un Comité de normalisation (CONOR) », affirme le consultant.

À l’en croire, loin d’être une sanction ou une humiliation, ce mécanisme a déjà été utilisé dans plusieurs pays confrontés à des crises similaires, avec pour objectif clair de rétablir l’ordre statutaire, de réviser les textes si nécessaire et d’organiser des élections libres et transparentes. Cela avait d’ailleurs déjà été le cas au Mali en 2018, après une longue crise qui avait secoué la FEMAFOOT.

Pour sa part, Moustaph Maiga, Président de la ligue de football de Ségou, explique également que la balle est désormais dans le camp de la FIFA, qui a le choix entre deux options principales. La première consisterait à demander au Secrétaire général de convoquer une Assemblée générale extraordinaire élective dans un délai de 90 jours, conformément aux textes antérieurs. Une option juridiquement délicate, dans un climat de défiance et avec des statuts contestés.

La seconde, plus probable au regard du vide institutionnel actuel, serait la mise en place d’un Comité de normalisation. Celui-ci aurait pour mission de gérer la fédération sur une période transitoire, de revoir les statuts de manière inclusive et d’organiser un scrutin crédible, car, estiment plusieurs observateurs, un simple changement de dirigeants sans réforme structurelle reviendrait à reproduire mécaniquement les crises passées.

Au-delà de la crise, l’enjeu d’une refondation

Pour de nombreux observateurs du football malien, dont Ali Kaba Sacko et le journaliste sportif Boun Afane Doumbia, la crise qui secoue aujourd’hui la FEMAFOOT ne peut être traitée comme une simple parenthèse institutionnelle. Elle constitue au contraire un moment charnière qui impose une remise en question profonde des fondements mêmes de la gouvernance du football national. Tous les deux estiment que l’heure n’est plus aux solutions de circonstance ni aux changements cosmétiques, mais à une refondation structurelle capable de rompre durablement avec les dérives du passé.

Selon eux, cette réforme ne saurait être importée ou dictée de l’extérieur. Le football malien possède ses spécificités, ses contraintes et ses dynamiques propres, qu’il s’agisse du fonctionnement des clubs, de l’état des infrastructures, des réalités économiques ou de la culture sportive locale. Copier mécaniquement des modèles étrangers, sans adaptation au contexte national, a souvent produit des réformes de façade, inefficaces sur le long terme. Toute transformation crédible doit donc être pensée à partir du terrain, en intégrant les attentes des clubs, des ligues, des acteurs techniques et des supporters.

Pour autant, cette exigence d’ancrage local ne signifie pas un affranchissement des règles internationales. Ali Kaba Sacko et Boun Afane Doumbia soulignent que le respect strict des textes de la FIFA constitue un socle indispensable pour garantir la stabilité institutionnelle. Ces normes ne sont pas perçues comme une contrainte, mais comme un cadre de protection contre l’arbitraire, les conflits d’intérêts et les crises à répétition qui ont fragilisé la FEMAFOOT au fil des années. L’enjeu est donc de trouver un équilibre subtil entre souveraineté sportive nationale et crédibilité internationale.

Concrètement, cette refondation devrait s’accompagner d’un assainissement complet de l’administration du football. Les deux analystes plaident pour une remise à plat du fonctionnement du Secrétariat général, souvent cité comme maillon faible de la gouvernance, ainsi que pour la réorganisation des commissions électorales et juridictionnelles, dont la légitimité est aujourd’hui largement contestée. La mise en place d’organes véritablement indépendants apparaît comme une condition essentielle pour restaurer la confiance et garantir la transparence des processus décisionnels.

Ils appellent également à une relecture approfondie des statuts révisés en mars 2025, afin d’en corriger les dispositions jugées ambiguës ou exclusives. Le corps électoral, souvent critiqué pour son déséquilibre, devrait être réexaminé afin de mieux refléter la réalité du football malien et de redonner une voix prépondérante aux structures réellement actives. Dans le même esprit, la gouvernance de certaines ligues et districts mis en place sous l’ancienne direction mérite d’être revue pour éviter toute reproduction des logiques de verrouillage.

Enfin, au-delà des textes et des structures, Ali Kaba Sacko et Boun Afane Doumbia insistent sur la nécessité d’une rupture éthique. La sortie durable de crise passe par l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants, sélectionnés sur la base de la compétence, de l’intégrité et d’un véritable projet de développement. Sans ce renouvellement moral et institutionnel, préviennent-ils, le football malien risque de retomber rapidement dans les mêmes travers, au détriment de sa crédibilité et de son immense potentiel sportif.

Mohamed Kenouvi

 

Examens nationaux : le calendrier officiel arrêté pour 2026

Le ministère de l’Éducation nationale a fixé les dates des examens nationaux de l’année scolaire 2025-2026 à travers une décision officielle. Le calendrier concerne l’ensemble des cycles de formation générale, technique et professionnelle.

Pour le Certificat d’Aptitude Professionnelle, les travaux pratiques se dérouleront du 11 au 15 mai 2026, suivis des épreuves écrites prévues du 18 au 23 mai. Le Diplôme d’Études Fondamentales entamera les épreuves d’éducation physique et sportive du 11 au 23 mai, avant les compositions écrites programmées du 1er au 3 juin 2026.

Le Brevet de Technicien prévoit ses travaux pratiques du 8 au 13 juin, tandis que les épreuves écrites auront lieu du 15 au 19 juin 2026. Pour le Baccalauréat, les travaux pratiques et l’épreuve d’éducation islamique sont fixés du 10 au 12 juin, avant les épreuves écrites prévues du 22 au 25 juin.

Concernant les Instituts de formation des maîtres, les épreuves d’éducation physique et sportive se tiendront du 15 au 18 juin, les épreuves orales et pratiques du 22 au 25 juin, puis les épreuves écrites du 29 juin au 3 juillet 2026.

Le BT Santé se déroulera avec les épreuves écrites du 20 au 24 juillet, suivies, le cas échéant, des épreuves pratiques du 27 juillet au 10 août 2026. Le BT Agro-pastoral est programmé du 7 au 11 septembre 2026 pour les épreuves écrites.

Ce calendrier marque le cadre officiel d’organisation des examens nationaux pour l’année scolaire 2025-2026.

Lors de la précédente session, les examens nationaux avaient mobilisé environ 135 000 candidats à l’échelle du pays, selon les données communiquées par le ministère de l’Éducation nationale, illustrant l’ampleur logistique de ces épreuves.

 

 

65ᵉ anniversaire de l’Armée malienne : la nation rend hommage à ses forces

Le Mali a commémoré ce mardi le 65ᵉ anniversaire de la création de son armée nationale, à l’occasion d’une cérémonie officielle présidée par le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, Chef suprême des Armées.

La cérémonie s’est tenue à la place d’armes du 34ᵉ Bataillon du Génie militaire de Bamako, en présence du Premier ministre, du Président du Conseil national de Transition, du ministre de la Défense et des Anciens combattants, du Chef d’état-major général des Armées, des membres du gouvernement, ainsi que de nombreux responsables militaires. Des représentants du corps diplomatique et des partenaires du Mali ont également pris part à l’événement.

À son arrivée, le Chef de l’État a procédé au dépôt d’une gerbe de fleurs au pied du mémorial militaire, en hommage aux soldats tombés pour la patrie. Il a ensuite passé les troupes en revue après l’exécution de l’hymne national, dans un moment de recueillement et de solennité.

La commémoration a été marquée par la remise de distinctions honorifiques à plusieurs militaires, en reconnaissance de leur bravoure, de leur engagement et de leur sens du devoir. Parmi les décorations attribuées figurent notamment la Croix de la valeur militaire, la médaille du Mérite militaire, la médaille de sauvetage ainsi que la médaille des blessés. Ces distinctions ont été remises par le Chef d’état-major général des Armées, le Général de Division Oumar Diarra.

Dans le cadre de l’action sociale au profit des Forces armées, le Président de la Transition a également remis un chèque géant d’un montant de 17 213 725 920 francs CFA au ministre de la Défense et des Anciens combattants, destiné au service social des Armées. Des chèques individuels ont ensuite été remis aux ayants droit au cours de la cérémonie.

L’événement s’est achevé par un défilé militaire réunissant troupes à pied, unités motorisées et moyens aériens, illustrant la montée en puissance progressive des Forces armées et de sécurité.

Lien indissociable

S’exprimant à l’issue de la cérémonie, le Chef de l’État a rendu un hommage appuyé au Président Modibo Keïta et à ses compagnons, fondateurs de l’Armée malienne, rappelant la portée historique du 20 janvier, symbole du lien indissociable entre la Nation et son armée.

Le Président de la Transition a également souligné la résilience du peuple malien depuis 2021, estimant que cette mobilisation collective a permis d’engager des réformes profondes au sein des Forces armées et de sécurité. Selon lui, ces efforts ont contribué à la reconquête d’une grande partie du territoire national autrefois sous contrôle de groupes armés, ainsi qu’au retour progressif de l’administration et de certaines populations déplacées.

Il a salué l’engagement des Forces armées sur les différents théâtres d’opérations, menées de façon autonome ou dans le cadre de la Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel, précisant que ces actions ont permis la destruction de plusieurs bases terroristes, la neutralisation de combattants et la reddition de certains éléments armés.

Le Chef suprême des Armées a annoncé que l’année 2026 sera consacrée à l’intensification des opérations militaires sur l’ensemble du territoire, avec un renforcement des effectifs, le redéploiement des unités et la construction de nouveaux camps afin d’assurer une présence durable de l’État.

Défense des intérêts du pays

Il a par ailleurs adressé ses félicitations aux médias publics et privés pour leur contribution à l’information nationale et leur rôle dans la défense des intérêts du pays, les appelant à poursuivre leur engagement dans un contexte sécuritaire exigeant.

Tout en réaffirmant la priorité accordée aux efforts de réconciliation, le Président de la Transition a indiqué que les combattants qui choisiront de déposer les armes continueront d’être accompagnés, tout en soulignant que ceux qui refuseront cette dynamique feront face à une réponse ferme des forces de défense.

Concluant son intervention, le Chef de l’État a réaffirmé la détermination du Mali à poursuivre la montée en puissance de son armée jusqu’à la sécurisation complète du territoire national, insistant sur la vigilance, l’unité et la mobilisation permanente face à un ennemi en constante mutation.

Extradition de Paul-Henri Damiba : le Togo applique la procédure judiciaire

Le gouvernement togolais a confirmé, à la mi-janvier 2026, l’extradition vers le Burkina Faso de l’ancien chef de l’État burkinabè, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, renversé en septembre 2022 et installé depuis lors au Togo.

Dans un communiqué officiel daté du 19 janvier 2026, les autorités togolaises indiquent avoir reçu, le 12 janvier, une demande d’extradition formulée par les autorités judiciaires du Burkina Faso. Cette requête visait l’ancien président de la transition burkinabè, poursuivi notamment pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite, corruption, blanchiment de capitaux et incitation à la commission de crimes et délits.

Après examen de la régularité de la demande, les autorités compétentes togolaises ont engagé la procédure prévue par le droit interne. Paul-Henri Damiba a été interpellé le 16 janvier 2026 à Lomé, en exécution du mandat d’arrêt joint à la demande d’extradition, avant d’être placé sous écrou.

Le dossier a ensuite été transmis à la chambre d’instruction de la cour d’appel de Lomé, juridiction compétente en matière d’extradition. À l’issue d’une audience publique tenue le même jour, la juridiction a rendu un avis favorable à la remise de l’intéressé aux autorités burkinabè. Cette décision s’est appuyée sur plusieurs éléments, notamment les garanties fournies par le Burkina Faso quant au respect de l’intégrité physique de l’ancien dirigeant, de ses droits au cours de la procédure judiciaire, ainsi que l’absence de peine de mort.

Le communiqué précise également que l’avis favorable s’inscrivait dans le cadre des instruments internationaux auxquels le Togo est membre, ainsi que sur le principe de réciprocité entre États. Paul-Henri Damiba a été remis aux autorités burkinabè le 17 janvier 2026.

Ancien officier de l’armée burkinabè, Paul-Henri Damiba avait accédé au pouvoir en janvier 2022 à la suite du renversement du président Roch Marc Christian Kaboré. Il avait lui-même été écarté huit mois plus tard, en septembre 2022, lors d’un nouveau coup d’État conduit par le capitaine Ibrahim Traoré, avant de quitter le Burkina Faso pour s’installer au Togo.

L’extradition intervient alors que le Burkina Faso demeure sous régime de transition, sans pouvoir issu d’élections nationales. Sur le plan juridique, toutefois, la demande émane des autorités judiciaires burkinabè et non d’une instance politique, ce qui constitue la base formelle retenue par la justice togolaise pour instruire la procédure.

Aucune communication officielle n’a encore précisé les suites judiciaires attendues.

 

Situation humanitaire : plus de 414 000 déplacés internes recensés au Mali

Publié à partir du bulletin OCHA partagé récemment, le dernier état des lieux humanitaire dévoile une dynamique persistante des déplacements internes. Les données confirment l’ampleur des mouvements de population et la pression croissante sur plusieurs régions du pays.

La situation humanitaire au Mali demeure marquée par l’ampleur des déplacements de population. Selon la Matrice de suivi des déplacements de septembre 2025, publiée conjointement par l’Organisation internationale pour les migrations et le ministère de la Santé et du Développement social, le pays compte 414 524 personnes déplacées internes. Ce chiffre représente une hausse de 12 357 personnes par rapport à la précédente mise à jour.

Cette évolution est attribuée à la persistance de l’insécurité dans plusieurs zones, à la dégradation des conditions climatiques et à l’élargissement progressif des opérations d’enregistrement menées sur le terrain. Les mouvements concernent principalement des ménages contraints d’abandonner leurs localités d’origine à la suite d’attaques armées, de restrictions de mobilité ou de la fragilisation de leurs moyens de subsistance.

Les données indiquent que les déplacements restent fortement concentrés dans certaines régions. Quatre d’entre elles regroupent à elles seules 70,6% de la population déplacée interne. Gao enregistre environ 227 000 personnes déplacées, suivie de Bandiagara avec près de 92 000, Ménaka avec 74 000 et Mopti avec environ 28 000 personnes.

D’autres régions accueillent également des effectifs significatifs. Tombouctou compte environ 36 300 personnes déplacées internes, tandis que Ségou en recense près de 47 000. Kidal et Taoudéni enregistrent respectivement environ 6 000 et 2 000 déplacés. Ces chiffres traduisent une dispersion géographique progressive du phénomène, au-delà des foyers historiques de crise.

La composition démographique de la population déplacée demeure préoccupante. Les femmes et les enfants représentent 58% des personnes concernées, accentuant les besoins en matière de protection, de santé, de nutrition et d’éducation. Les sites d’accueil et les communautés hôtes, souvent déjà vulnérables, subissent une pression intense sur l’accès à l’eau, aux services sociaux de base et aux moyens de subsistance.

Le rapport fait également état de la présence de réfugiés sur le territoire malien, estimés à plus de 45 000 personnes, principalement originaires du Burkina Faso et du Niger. Parallèlement, plus de 190 000 réfugiés maliens sont enregistrés dans les pays voisins, notamment au Niger, en Mauritanie et au Burkina Faso, selon les données humanitaires consolidées.

Ces mouvements croisés illustrent une crise régionale durable, où déplacements internes et exil transfrontalier se répondent. Pour les acteurs humanitaires, la situation souligne la nécessité de maintenir les mécanismes d’assistance, d’améliorer l’accès aux zones affectées et de renforcer les réponses de protection, alors que les besoins continuent d’évoluer sur fond d’insécurité persistante et de vulnérabilités climatiques.

Transformation numérique : une stratégie nationale pour structurer le secteur à l’horizon 2030

La transformation numérique est désormais érigée en priorité stratégique avec l’adoption d’un cadre national destiné à organiser le développement du secteur pour les années à venir. La stratégie couvre la période 2026-2030 et ambitionne de moderniser l’administration, sécuriser les usages et améliorer l’accès des citoyens aux services numériques.

Adoptée en Conseil des ministres le 16 janvier 2026 sur le rapport du ministre de la Sécurité et de la Protection civile, la stratégie nationale de transformation numérique marque une nouvelle étape dans la structuration du secteur. Elle intervient dans un contexte où les outils digitaux occupent une place croissante dans la gestion publique, l’économie et la vie quotidienne, souvent sans cadre suffisamment harmonisé.
Ces dernières années, l’usage du numérique s’est développé à un rythme soutenu. Les services administratifs ont progressivement intégré les plateformes en ligne, les opérateurs économiques se sont adaptés aux nouveaux modes de communication et les citoyens ont massivement adopté le téléphone mobile comme principal moyen d’accès à l’information. Aujourd’hui, près de neuf millions de personnes utilisent internet, tandis que le nombre de connexions mobiles dépasse largement celui de la population, traduisant à la fois un fort potentiel et des disparités persistantes.
La stratégie 2026-2030 entend répondre à ces déséquilibres. Elle vise à renforcer les infrastructures numériques, promouvoir l’économie digitale et développer les compétences locales afin de mieux accompagner l’évolution des usages. L’un des objectifs affichés est de réduire la fracture numérique entre les zones urbaines et rurales, où l’accès reste inégal et parfois instable.
Enjeu sécuritaire 
Le document met également un accent particulier sur la sécurisation de l’espace numérique. À mesure que l’administration se digitalise et que les données circulent davantage, les risques augmentent. Les autorités relèvent la nécessité de protéger les systèmes d’information, les plateformes publiques et les infrastructures critiques contre les cybermenaces, dans un environnement régional marqué par la multiplication des attaques informatiques et des usages malveillants.
Cette dimension sécuritaire est présentée comme un préalable à toute transformation durable. La stratégie prévoit ainsi un renforcement de la gouvernance de la cybersécurité, le développement d’une culture numérique responsable et la mise en place de mécanismes de prévention et de réponse aux incidents. L’objectif est de créer un cadre de confiance permettant aux administrations, aux entreprises et aux citoyens d’utiliser les outils numériques sans crainte.
Moteur de croissance 
Au-delà des aspects techniques, la stratégie porte une vision plus large du développement. Le numérique y est perçu comme un moteur de croissance économique, capable de stimuler l’innovation, de soutenir l’entrepreneuriat et de favoriser l’émergence de nouveaux métiers. La formation des ressources humaines occupe ainsi une place centrale, avec la volonté de renforcer les capacités locales et de limiter la dépendance à l’expertise extérieure.
Les autorités estiment que cette approche globale permettra d’améliorer l’efficacité de l’action publique, de rapprocher l’administration des usagers et de renforcer la transparence. La numérisation des procédures est appelée à simplifier les démarches, réduire les délais et limiter certaines pratiques informelles, à condition toutefois que l’accès soit équitable et inclusif.
La mise en œuvre de la stratégie s’étalera sur plusieurs années et nécessitera des textes d’application, des investissements conséquents et une coordination étroite entre les différents acteurs publics et privés. Son succès dépendra également de la capacité à traduire les orientations générales en actions concrètes sur le terrain.
À travers ce document, l’État affirme sa volonté de reprendre la maîtrise de son espace numérique et d’en faire un outil au service du développement et de la souveraineté. Reste désormais le défi de l’exécution, dans un secteur où les ambitions sont souvent fortes mais où les résultats se mesurent dans la durée.

Année de la Culture : Un bilan contrasté

Décrétée « Année de la Culture » par le Président de la Transition, l’année 2025 s’est achevée avec l’organisation de la Biennale artistique et culturelle à Tombouctou, du 18 au 28 décembre. Cette décision, largement saluée par les acteurs culturels, portait l’ambition d’aller au-delà d’une succession d’événements pour repositionner durablement la culture au cœur du projet de refondation nationale.

Le lancement officiel du programme « Mali Culture 2025 », le 27 février au Centre international de conférences de Bamako, avait donné le ton. Les autorités avaient alors mis en avant la transmission des valeurs du Mali Kura à la jeunesse, la revitalisation culturelle des territoires et le rôle de la culture dans la cohésion sociale. Une conférence nationale sur la revitalisation de la culture et du tourisme, organisée en début d’année, avait également réuni professionnels et décideurs autour des défis structurels du secteur.

Refonder

Pour de nombreux acteurs, la décision de consacrer 2025 à la culture représentait avant tout un signal politique. « Il s’agit désormais de mettre la culture au centre de tout », estime Binogo Ouologuem, membre de l’association Guina Dogon, pour laquelle la culture constitue un socle dans la quête de cohésion sociale et de paix. Une culture enracinée dans les valeurs locales, mais ouverte sur le monde, est perçue comme un levier de développement à l’échelle des territoires.

Dans les faits, plusieurs manifestations ont jalonné l’année, dont la Biennale, Ségou’Art ou encore des festivals de théâtre et de marionnettes maintenus malgré un contexte sécuritaire contraignant. Ces rendez-vous ont offert une visibilité au secteur, sans toutefois combler les attentes en matière de structuration durable.

Pour les acteurs du livre, l’Année de la Culture a ravivé l’espoir d’une relance. Niaré Fatoumata Keita, écrivaine et éditrice, plaide pour des mesures concrètes, allant du soutien à l’édition à la création de bibliothèques dans les régions et les communes. Des propositions similaires ont émergé dans le cinéma, où Salif Traoré souligne la nécessité d’une véritable école de cinéma et d’une relance des circuits de distribution et de diffusion.

Au-delà des expressions artistiques, plusieurs observateurs notent que les enjeux de diplomatie culturelle, d’industrie culturelle et d’économie culturelle sont restés peu visibles. Le financement, les infrastructures et l’accès aux marchés constituent toujours des points de fragilité.

Pour beaucoup, l’Année de la Culture aura permis de replacer le sujet dans le débat public. Reste désormais à transformer cette visibilité en politiques culturelles durables, capables de faire de la culture un pilier économique, social et symbolique du renouveau national.

Office du Niger : Abdoulaye Diané nommé nouveau président-directeur général

Le Conseil des ministres du 16 janvier 2026 a procédé à la nomination d’Abdoulaye Diané à la tête de l’Office du Niger. Cette décision intervient dans un contexte marqué par plusieurs changements à la direction de cette structure stratégique pour l’agriculture malienne.

Abdoulaye Diané prend officiellement les rênes de l’Office du Niger à l’issue du Conseil des ministres tenu le 16 janvier 2026. Il succède à une direction intérimaire assurée depuis décembre dernier par Sékou Ibrahima Barry, mise en place après l’abrogation, en novembre 2025, du décret portant nomination de Badara Aliou Traoré. Cette nouvelle désignation met ainsi fin à une période de transition à la tête de l’un des établissements publics les plus sensibles du pays.

Structure clé du dispositif agricole national, l’Office du Niger occupe une place centrale dans la production rizicole et l’aménagement des périmètres irrigués. Il concerne directement plusieurs dizaines de milliers d’exploitants et conditionne, en grande partie, les performances du secteur agricole et les politiques publiques en matière de sécurité alimentaire. À ce titre, chaque évolution de sa gouvernance suscite une attention particulière.

Interrogations

Les changements intervenus ces derniers mois n’ont pas manqué d’alimenter interrogations et attentes. Dans les cercles agricoles comme au sein de l’administration, beaucoup s’interrogent sur la capacité de l’institution à retrouver une stabilité managériale durable, indispensable à la planification des campagnes et à la conduite des projets structurants.

Ce contexte s’explique en partie par les conclusions de plusieurs missions de contrôle. Les rapports du Bureau du Vérificateur général consacrés à la gestion de l’Office du Niger, notamment sur la période allant de 2020 à 2024, ont mis en évidence diverses insuffisances. Les auditeurs relèvent des faiblesses dans le dispositif de contrôle interne, des irrégularités administratives et des manquements dans la gestion de certains marchés publics.

Sur le plan financier, les mêmes rapports font état d’irrégularités portant sur plusieurs milliards de francs CFA, liées à des paiements indus, à des dépenses insuffisamment justifiées et à des pratiques non conformes aux règles de passation des marchés. Certains faits jugés susceptibles de poursuites ont été transmis aux autorités judiciaires compétentes, conformément aux procédures prévues.

D’autres observations concernent la gestion foncière et le suivi du cadastre, éléments pourtant essentiels dans une zone où l’accès à la terre constitue un enjeu majeur. Les retards de mise à jour et les insuffisances de traçabilité ont été signalés, tout comme des difficultés dans la gestion du parc automobile et des ressources humaines.

 

La question des subventions agricoles, notamment celles relatives aux engrais, a également été évoquée dans les rapports de contrôle. Des dysfonctionnements administratifs et des retards dans la mise à disposition ont été relevés, avec des répercussions directes sur les campagnes agricoles et les producteurs.

Contraintes

Pour de nombreux observateurs, ces constats traduisent moins des défaillances individuelles que les limites d’un système confronté à de fortes contraintes. L’Office du Niger demeure une structure ancienne, aux missions multiples, soumise à des pressions économiques, sociales et institutionnelles permanentes. Sa gestion nécessite à la fois rigueur administrative, vision stratégique et dialogue constant avec les exploitants.

La nomination d’Abdoulaye Diané s’inscrit ainsi dans une volonté de relance et de réorganisation. Les attentes sont nombreuses, tant du côté des autorités que des producteurs et des partenaires techniques. Le nouveau dirigeant est désormais attendu sur la mise en œuvre effective des recommandations issues des audits, le renforcement de la gouvernance interne et la restauration d’un climat de confiance.

Au-delà du changement d’homme, c’est la capacité de l’Office du Niger à se réformer durablement qui est en jeu. Dans un contexte marqué par les enjeux de souveraineté alimentaire et de résilience économique, la performance de cette institution reste un facteur déterminant pour l’avenir du secteur agricole malien.

 

Front social : Vers l’exécution des engagements ?

L’année 2026 s’annonce comme celle des attentes pour les acteurs du front social. Alors qu’elle doit enregistrer l’entrée en vigueur de l’augmentation graduelle des salaires, elle constitue également une étape importante pour l’application du Pacte de stabilité sociale signé en 2023 entre le gouvernement et les partenaires sociaux.

Les syndicats et autres acteurs sociaux placent de fortes attentes dans 2026, espérant la concrétisation de plusieurs engagements en faveur de l’amélioration des conditions de vie et de travail. Ces attentes s’inscrivent dans le cadre du Pacte de stabilité sociale et de croissance signé le 25 août 2023 entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Présenté comme un accord historique destiné à l’apaisement du climat social, ce pacte, structuré autour du dialogue social et de la liberté syndicale, comporte 7 chapitres et prévoit 60 domaines d’activité, ainsi que 125 actions programmées sur 5 ans, conformément aux recommandations de la Conférence sociale d’octobre 2022.

L’année 2025 s’est inscrite dans la continuité de 2024 dans le cadre de la mise en œuvre du Pacte de stabilité sociale. Selon Ousmane Almoudou Touré, membre de la Synergie des syndicats de l’enseignement, des ateliers d’évaluation ont toutefois mis en évidence des engagements non exécutés par le gouvernement. Si la revalorisation de la valeur indiciaire a été engagée, « beaucoup de procès-verbaux attendent encore d’être exécutés », souligne-t-il. À l’inverse, les partenaires sociaux auraient respecté leurs engagements, privilégiant le dialogue et la réduction des mouvements de grève, ce qui a contribué à un climat social relativement apaisé.

Application mitigée

Concernant l’application du Pacte de stabilité sociale et de croissance, des insuffisances persistent, notamment sur les engagements financiers. Le leader syndical espère donc que 2026 marquera l’exécution de ces points, parmi lesquels figurent certaines primes, dont la prime spéciale très attendue par les syndicats. Selon lui, leur mise en œuvre permettrait de soulager les militants et de renforcer la crédibilité des partenaires sociaux.

Par ailleurs, le premier bras de fer social de l’année semble s’orienter vers un dénouement. Il concernait les enseignants des régions de Kidal et de Ménaka dont les salaires avaient été suspendus en raison de la non-reprise des postes liée à l’insécurité. Selon les informations disponibles, cette décision aurait été levée, les enseignants concernés se disant prêts à regagner leurs postes dès la reprise des vols vers ces zones.

Partis politiques : Une relance des activités en 2026 ?

L’annonce par le Président de la Transition de concertations nationales en 2026 autour de l’avant-projet de la nouvelle Charte des partis politiques ouvre une nouvelle séquence politique, attendue mais encore entourée d’incertitudes.

Près de huit mois après la dissolution des partis politiques, le débat sur leur avenir refait surface. Dans son discours du Nouvel An, le 31 décembre 2025, le Président de la Transition a annoncé que « l’année 2026 ouvrira le chantier des concertations nécessaires autour de l’avant-projet de loi déterminant les conditions de formation et d’exercice des activités des partis politiques ». Une déclaration qui relance les spéculations sur un éventuel retour encadré de l’activité partisane, dans un contexte politique profondément reconfiguré.

Si l’annonce marque un signal politique fort, elle ne signifie pas encore une reprise des activités. Le Chef de l’État évoque un avant-projet de charte et non un texte finalisé, laissant entendre un processus graduel, étalé dans le temps et dont l’issue dépendra largement du contenu des concertations à venir.

Des concertations sans partis ?

La principale interrogation porte sur la nature des acteurs appelés à participer à ces concertations. Les partis politiques, en tant que structures juridiques, n’existent plus officiellement. Dès lors, comment organiser des discussions sur leur avenir en l’absence de leurs représentants légaux ?

Pour plusieurs observateurs, une concertation véritablement inclusive supposerait non seulement la participation d’anciens acteurs politiques, mais aussi un climat politique apaisé permettant une expression libre et équilibrée.

Pour Sékou Niamé Bathily, ancien cadre du RPM dissous, le risque est celui d’une concertation « exclusive », menée « au nom des partis politiques mais en leur absence ». Il s’interroge ouvertement sur la crédibilité d’un tel exercice et sur la réelle volonté d’en faire une priorité politique, évoquant une annonce qui pourrait relever davantage de la gestion du temps que de l’urgence des réformes.

Cette réserve est partagée, de manière plus lapidaire, par d’autres anciens responsables. Hamidou Doumbia, de l’ancien parti Yelema, qualifie l’annonce de « non événement » et refuse tout commentaire. D’autres anciens acteurs politiques contactés ont également choisi le silence, signe d’un scepticisme ambiant et d’une profonde méfiance vis-à-vis du processus annoncé.

Du côté des autorités, la ligne officielle se veut plus inclusive. Dès le lendemain de la dissolution, le ministre délégué chargé des Réformes politiques, Mamani Nassiré, avait assuré lors d’un point de presse, le 14 mai 2025, que « toutes les personnalités qui peuvent contribuer à élaborer une bonne loi » seraient associées, « y compris les anciens acteurs politiques ». Reste à savoir sous quelle forme et avec quel poids réel.

Une crédibilité conditionnée à l’inclusivité

Toutefois, la question de la décrispation politique, notamment le sort des responsables politiques toujours en détention, reste absente du discours officiel, alors qu’elle conditionne largement toute dynamique de réconciliation et de dialogue crédible.

Pour l’analyste politique Dr Jean-François Marie Camara, enseignant-chercheur à l’Université des Sciences juridiques et politiques de Bamako, l’initiative présidentielle va dans le bon sens. Les partis politiques, rappelle-t-il, « sont indispensables à la vie d’un État, surtout dans le cadre de la gouvernance démocratique ». Mais il pose une condition claire : sans implication des anciens partis dissous et de la société civile, les concertations risquent de manquer de crédibilité.

Selon lui, le débat devra porter à la fois sur la forme – qui participe et comment – et sur le fond, c’est-à-dire la philosophie même de la future Charte. Une discussion limitée à des experts ou à des personnalités choisies pourrait difficilement produire un consensus national durable.

À ce stade, ni les modalités précises ni les termes de référence des concertations annoncées pour 2026 n’ont été rendus publics, alimentant les incertitudes et les conjectures.

Cette réflexion s’inscrit également dans le sillage de l’audit conduit par la Cour suprême du Mali sur le financement public des partis politiques, qui a mis en lumière plus de 24 milliards de francs CFA alloués entre 2000 et 2018, ainsi que d’importantes insuffisances en matière de transparence et de reddition des comptes.

Vers une refondation profonde

Sur le fond, plusieurs signaux laissent penser que la relance éventuelle des partis ne se fera qu’au prix de conditions drastiques. Les recommandations formulées par les forces vives de la Nation lors des consultations d’avril 2025 pourraient largement inspirer la future Charte. Elles vont d’un durcissement des critères de création à un contrôle renforcé du fonctionnement interne des partis.

Parmi les propositions les plus marquantes figurent la réduction drastique du nombre de partis, l’instauration d’une enquête de moralité, une caution financière élevée pour la création, l’obligation de représentations régionales effectives ou encore l’exigence de la déclaration de biens des membres fondateurs des partis.

Autant de mesures qui dessinent un paysage politique plus resserré et plus contrôlé, dont la viabilité dépendra de l’inclusivité du processus et de sa capacité à s’inscrire dans une dynamique d’apaisement durable.

Mohamed Kenouvi

Sécurité : 2025, des succès militaires sans soulagement civil

En 2025, la situation sécuritaire a continué de structurer l’ensemble des dynamiques politiques, sociales et humanitaires, avec un impact direct sur les civils et l’action publique. À l’heure où 2026 est placée sous le signe de la consolidation, du bien-être et du progrès, le bilan de l’année écoulée pose des questions décisives sur les choix opérés et les perspectives réelles de stabilisation.

L’année 2025 aura confirmé que, malgré une présence militaire plus affirmée sur plusieurs théâtres, l’insécurité reste une réalité quotidienne pour une large partie de la population. Des opérations ont été menées, des positions ont été reprises et certains groupes armés ont subi des pertes. Dans le même temps, les attaques contre les civils, les restrictions de circulation et les perturbations économiques liées à l’insécurité ont continué de peser sur la vie sociale et productive.

Pour l’analyste Yacouba Sogoré, 2025 marque une période charnière de la crise sécuritaire malienne. Il la décrit comme une « phase aiguë » au cours de laquelle la pression atteint son maximum sur les plans sécuritaire, économique et social, après plus d’une décennie de conflit.

Une insécurité diffuse malgré l’effort militaire

Entre janvier et octobre 2025, au moins 326 attaques visant des civils ont été recensées, faisant près de 480 victimes. Ces violences n’ont pas été confinées aux zones historiquement les plus touchées. Elles ont également concerné des régions jusque-là perçues comme périphériques, confirmant une extension géographique de l’insécurité et une pression continue sur les communautés locales.

Cette extension géographique n’a toutefois pas débouché sur une perte durable de contrôle des centres urbains. Yacouba Sogoré souligne qu’en dépit des attaques enregistrées au sud et à l’ouest du pays, aucune ville majeure ou moyenne n’a été durablement occupée par les groupes armés, évoquant des actions à portée essentiellement symbolique ou médiatique.

Pour le chercheur Alassane Maïga, l’année 2025 confirme un déplacement du foyer de la crise vers le sud du pays, notamment dans les régions de Sikasso et de Kayes. Il rappelle que des signaux faibles étaient observables depuis 2021 dans plusieurs localités, avant de se matérialiser par des attaques directes, des pressions économiques, l’embargo sur l’approvisionnement en hydrocarbures et des attaques ciblant des infrastructures industrielles.

Civils en première ligne et crise humanitaire durable

Cette situation s’est accompagnée d’une crise humanitaire d’ampleur nationale. En 2025, environ 6,4 millions de personnes ont été identifiées comme ayant besoin d’une aide humanitaire, dont près de 3,5 millions d’enfants. Les déplacements forcés restent un indicateur central, dans la mesure où plus de 402 000 personnes vivent en situation de déplacement interne, tandis qu’environ 847 000 relèvent du mandat du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, déplacés internes, réfugiés, retournés et apatrides.

Au-delà des violences directes, les conditions de vie des civils ont été fortement affectées par les entraves à l’accès humanitaire. Les incidents liés à l’accès des acteurs humanitaires aux populations ont augmenté de plus de 60% en un an, limitant la capacité d’intervention dans plusieurs zones. À partir de septembre 2025, les attaques répétées contre les axes logistiques, notamment les convois de carburant, ont aggravé les pénuries, provoquant une hausse des prix et affectant le fonctionnement des services essentiels.

Pour le Directeur du Think Tank « Timbuktu Institute » Bakary Sambe, l’année 2025 marque un tournant dans la stratégie du JNIM, passé d’une logique de conquête territoriale à une véritable « guerre économique ». Le groupe privilégie désormais les blocus, les attaques contre les axes routiers, les convois de carburant et les infrastructures productives, avec l’objectif d’asphyxier les économies et d’isoler les capitales plutôt que de les prendre militairement.

Selon l’analyste, le ciblage des infrastructures répond à une triple logique : provoquer des pénuries immédiates, fragiliser la légitimité de l’État et générer des ressources propres à travers la taxation illégale, les enlèvements et les économies criminelles. Cette stratégie vise à transformer la pression sécuritaire en pression sociale et politique sur les populations.

Yacouba Sogoré, quant à lui, estime que le blocus imposé à partir de l’été 2025 – d’abord sur certaines villes, puis sur l’approvisionnement national en carburant – constituait une stratégie visant à exercer une pression directe sur les civils et à provoquer une instabilité politique. Il estime toutefois que cette stratégie n’a pas atteint son objectif, la mobilisation sociale ayant plutôt renforcé le soutien aux forces de défense et aux autorités.

Cette dégradation se traduit aussi par une fragilisation intense des mécanismes de protection et des parcours éducatifs. Selon les analyses du Cluster Protection couvrant le premier semestre 2025, les violations affectant les civils, en particulier les enfants, ont progressé dans plusieurs régions, exposant davantage les populations aux violences, aux déplacements forcés et aux abus. Dans le secteur de l’Éducation, l’insécurité a conduit à la fermeture de plus de 2 100 écoles, privant des centaines de milliers d’enfants d’un accès régulier à l’enseignement. Les capacités de réponse du Cluster Éducation sont restées limitées, ne couvrant qu’une part restreinte des besoins identifiés.

Pour Alassane Maïga, cette exposition accrue des civils s’explique aussi par la place prise par certaines milices d’autodéfense dans les dynamiques locales de sécurité. Lorsque leur action n’est pas strictement encadrée, elle peut entraîner des représailles ciblant directement les communautés dont elles sont issues. Il souligne la nécessité de maintenir une séparation claire entre opérations militaires et initiatives civiles, et de renforcer la coordination civilo-militaire, notamment à travers des dispositifs de police de proximité.

Cette crise humanitaire s’est en outre déroulée dans un contexte de sous-financement marqué. Pour 2025, le Plan de réponse humanitaire élaboré par les Nations unies pour le Mali évaluait les besoins à 771,3 millions de dollars afin d’assister 4,7 millions de personnes. Au 12 janvier 2026, seuls 157,1 millions de dollars avaient été mobilisés dans le cadre de ce plan, soit un taux de couverture de 20,4%. En incluant les financements humanitaires hors plan, le total rapporté atteint 201,4 millions de dollars, un niveau qui reste largement insuffisant au regard de l’ampleur des besoins. Cette contrainte financière a pesé directement sur la capacité des acteurs humanitaires à maintenir leurs opérations, en particulier dans les zones les plus affectées par l’insécurité et les restrictions d’accès.

Réponses de l’État et limites persistantes

Face à cette situation, l’État a engagé des décisions concrètes au sommet de l’appareil militaire. En octobre 2025, un remaniement de la haute hiérarchie a conduit à la nomination du Général de brigade Toumani Koné comme Chef d’état-major de l’armée de Terre, tandis que le Général de brigade Sambou Minkoro Diakité a été désigné responsable du renseignement militaire. Dans le même mouvement, le Général Élisé Jean Dao, précédemment en poste à l’étranger, a été rappelé et nommé adjoint au Chef d’état-major général des Armées, dans l’objectif de renforcer la coordination au sommet du commandement.

Sur le plan opérationnel, le Général de brigade Famouké Camara a été chargé de la conduite de l’opération Fougakènè, déployée sur des zones identifiées comme prioritaires. Ces nominations et affectations ont permis une clarification de la chaîne de commandement, une conduite plus structurée des opérations sur certains théâtres et une pression plus soutenue sur plusieurs groupes armés, avec des effets localisés sur le contrôle de certaines zones et axes.

Outre ces réajustements du commandement, les forces armées maliennes ont été dotées de nouveaux équipements, présentés publiquement lors de cérémonies officielles, notamment au défilé du 22 septembre 2025. Le port de Conakry et l’axe logistique Conakry – Bamako ont constitué des voies majeures d’acheminement de matériels vers le Mali.

Parallèlement au volet militaire, les autorités ont engagé un mécanisme non armé à travers la mise en œuvre effective du programme de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Intégration (DDR-I). Lancé en novembre 2025, ce programme prévoit la prise en charge de 3 000 ex-combattants, dont 2 000 destinés à l’intégration dans les forces armées et de sécurité et 1 000 orientés vers la réinsertion civile. Après des étapes dans plusieurs régions, les opérations DDR-I ont officiellement démarré à Tombouctou le 7 janvier 2026, marquant une avancée institutionnelle concrète dans la stratégie de stabilisation.

Ces actions traduisent des résultats réels sur les plans organisationnel, opérationnel et institutionnel. Elles n’ont toutefois pas encore entraîné une amélioration sensible de la situation des civils. Les attaques, les déplacements, les restrictions de circulation et l’insécurité économique demeurent à des niveaux élevés, soulignant l’écart entre les gains enregistrés sur le terrain militaire et l’impact attendu sur la vie quotidienne des populations.

Perspectives

Selon Alassane Maïga, les limites observées en 2025 tiennent moins à l’absence de moyens qu’à une gouvernance sécuritaire incomplète. Il estime que l’approche reste largement centrée sur l’action armée, au détriment d’une implication réelle des collectivités locales et des acteurs de terrain, pourtant essentiels à une stabilisation durable.

Pour Bakary Sambe, le conflit est entré dans une phase de maturité où ni une victoire militaire totale ni un triomphe jihadiste ne paraissent réalistes. Il estime que la lutte contre la radicalisation ne peut reposer uniquement sur la force et plaide pour un dialogue inter-Maliens inclusif, fondé sur la réconciliation, la gouvernance locale et la mobilisation des ressources sociales et religieuses du pays.

L’entrée dans l’année 2026 s’inscrit ainsi dans une équation complexe. Alors que le Président de la Transition a placé l’année sous le signe de la consolidation, du bien-être et du progrès, les faits observés en 2025 rappellent que la sécurité reste le principal déterminant de toute perspective de stabilisation durable. La capacité de l’État à transformer les avancées militaires et institutionnelles en protection effective des civils, en mobilité retrouvée et en accès aux services essentiels constituera l’un des principaux défis des mois à venir.

Massiré DIOP

 

Maroc : un journaliste sportif malien retrouvé mort en marge de la CAN
Le journaliste sportif malien Mohamed Soumaré a été retrouvé mort le 14 janvier 2026 dans une chambre d’hôtel à Rabat, où il séjournait pour couvrir la Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc. Les autorités marocaines ont ouvert une enquête afin d’établir les circonstances exactes du décès, qui n’ont pas encore été rendues publiques.
Présent au Maroc dans le cadre de la couverture médiatique de la compétition, Mohamed Soumaré s’apprêtait à suivre les phases décisives du tournoi. Sa disparition soudaine a provoqué une vive émotion au sein de la presse sportive africaine, largement mobilisée autour de cet événement continental.
Au-delà de son activité journalistique, Mohamed Soumaré occupait plusieurs responsabilités dans l’écosystème du football malien. Il était officier média du Stade Malien de Bamako et assurait des fonctions liées au marketing, à la télévision et aux médias au sein de la Ligue professionnelle malienne, contribuant à la structuration de la communication sportive nationale.
Selon les informations disponibles, le corps a été découvert dans sa chambre d’hôtel après qu’il n’a plus donné signe de vie. À ce stade, aucune indication officielle n’a fait état de signes de violence ou de causes identifiées, dans l’attente des résultats des examens médico-légaux et des investigations en cours.
La nouvelle a suscité de nombreuses réactions parmi les journalistes, dirigeants sportifs et acteurs du football présents au Maroc, ainsi qu’au Mali, où plusieurs organisations professionnelles ont salué la mémoire d’un confrère reconnu pour son engagement et sa connaissance du sport. Les autorités diplomatiques maliennes suivent le dossier en lien avec les services marocains compétents, dans l’attente d’éclaircissements officiels.