Bandiagara : Koro face à l’afflux des réfugiés burkinabè

Le HCR fait état d’une forte augmentation des arrivées de réfugiés burkinabè dans le cercle de Koro. Plus de 71 000 personnes y sont désormais enregistrées, selon les données arrêtées fin décembre 2025.

Depuis avril 2025, plus de 51 000 nouveaux réfugiés burkinabè ont été enregistrés dans le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara, d’après le dernier point de situation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ce chiffre porte à plus de 71 000 le nombre total de réfugiés recensés dans la zone, auxquels s’ajoutent environ 6 000 personnes pré-enregistrées.

Selon les informations communiquées par le HCR et ses partenaires, une partie importante des nouveaux arrivants provient de localités du nord du Burkina Faso situées à proximité de la frontière malienne. Des villages des provinces du Yatenga et du Loroum sont régulièrement cités parmi les zones de départ, notamment Mené, Bongole et Pela pour le Yatenga, ainsi qu’Ingani, Posso et Andekanda pour le Loroum. D’autres évaluations humanitaires mentionnent également Birigondogo, Gona, Yansa et Madougou comme localités d’origine de familles ayant franchi la frontière vers Koro.

La majorité des réfugiés sont des femmes et des enfants. Les déplacements se sont effectués dans un contexte d’insécurité persistante dans ces zones rurales, poussant des ménages entiers à quitter leurs habitations et leurs terres agricoles.

À Koro et dans les communes environnantes, les réfugiés sont principalement accueillis par les communautés hôtes. Le HCR indique que cet afflux exerce une pression sur les services de base, notamment l’accès à l’eau, aux soins de santé, à l’éducation et aux abris. Les opérations d’enregistrement et d’assistance se poursuivent en coordination avec les autorités locales et les partenaires humanitaires.

 

Données publiques : une infrastructure dédiée

Un centre de données certifié Tier III a été mis en service à Bamako pour l’hébergement des données publiques et des services numériques de l’État. L’infrastructure a été inaugurée en marge de la Semaine du Numérique, en présence des autorités maliennes et de représentants du Burkina Faso et du Niger.

 

Ce data center est destiné à accueillir les plateformes de l’administration électronique, les bases de données publiques et les systèmes d’information de l’État. Jusqu’à présent, une partie des données administratives maliennes était hébergée sur des infrastructures situées hors du territoire national, principalement en Europe et en Amérique du Nord, via des prestataires internationaux.

 

La certification Tier III garantit une disponibilité théorique de 99,982 %, correspondant à une indisponibilité maximale annuelle de 1 heure et 35 minutes. Ce niveau repose sur la redondance complète des systèmes critiques, incluant l’alimentation électrique, le refroidissement et les équipements réseau, permettant la continuité des services numériques publics.

 

Les autorités maliennes n’ont pas communiqué de chiffres officiels sur la capacité installée du centre de Bamako. À titre de comparaison documentée, le data center national public du Niger, conçu selon des standards équivalents, représente un investissement de 9 000 000 000 FCFA et dispose d’une capacité adaptée à l’hébergement des services numériques de l’État nigérien. Au Burkina Faso, deux data centers publics ont été réalisés pour un coût global de 15 000 000 000 FCFA, avec une capacité de stockage annoncée de 3 000 téraoctets.

 

La cérémonie a été présidée par le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’administration, Alhamdou Ag Ilyène. Les autorités ont indiqué que l’infrastructure constitue un support pour la dématérialisation des procédures administratives et pour l’hébergement des services numériques de l’État.

 

Les données économiques disponibles pour des projets comparables en Afrique indiquent que le coût annuel d’exploitation d’un data center public certifié Tier III, incluant l’énergie, la maintenance et la sécurité, s’établit à environ 1 000 000 000 FCFA par an. Ce niveau de dépense est principalement lié aux besoins énergétiques continus et à la maintenance des équipements critiques.

 

La présence des ministres en charge du numérique du Burkina Faso et du Niger inscrit cette infrastructure dans la dynamique de la Confédération des États du Sahel.

 

Dans les pays disposant de centres de données publics certifiés, les premières migrations concernent les portails administratifs, les systèmes budgétaires et financiers et certaines bases de données d’état civil. Les volumes de données rapatriées atteignent plusieurs dizaines de téraoctets dès les premières phases d’exploitation.

 

À l’échelle continentale, l’Afrique concentre moins de 5 % de la capacité mondiale des centres de données, une part majoritairement localisée en Afrique du Sud, au Nigeria, au Kenya et en Égypte. Les centres certifiés Tier III restent rares dans l’espace sahélien.

 

Avec cette infrastructure, le Mali dispose désormais d’un outil conforme aux standards internationaux pour l’hébergement des données publiques.

 

L’évolution des volumes hébergés, le nombre de services migrés et l’exploitation effective du site permettront d’en mesurer l’impact dans l’organisation numérique de l’État et dans l’environnement régional.

 

Arrestations à la mine d’or de Yanfolila : cinq cadres maliens détenus

Cinq responsables maliens exerçant à la mine d’or de Yanfolila ont été placés en détention par les autorités judiciaires, dans le cadre d’une enquête portant sur l’application du code minier et de la réglementation des changes, selon des sources proches du dossier.

Les personnes concernées travaillent pour la Société des Mines de Komana (SMK), entité chargée de l’exploitation du site aurifère de Yanfolila, situé dans le sud du Mali. Les interpellations sont intervenues le vendredi 26 janvier 2026, à l’issue de vérifications menées par les services compétents.

Les faits portent sur le rapatriement des recettes d’exportation en devises, une obligation prévue par le code minier révisé et les textes encadrant les activités extractives. Les autorités cherchent à établir les flux financiers concernés ainsi que leur conformité aux règles en vigueur.

Une enquête financière est en cours afin de déterminer le volume exact des montants concernés. Aucun chiffre officiel n’a, pour l’heure, été communiqué par les autorités judiciaires.

La mine de Yanfolila constitue l’un des principaux sites aurifères du pays. Elle a produit 83 965 onces d’or, soit environ 2,61 tonnes, au cours de l’année 2023. Les réserves connues du gisement sont estimées à près de 493 000 onces, selon les données techniques publiées par l’opérateur.

L’exploitation du site est assurée par la SMK, filiale de Hummingbird Resources, société minière d’origine britannique spécialisée dans l’or en Afrique de l’Ouest. Depuis 2025, Hummingbird Resources n’est plus cotée en bourse, après le rachat de l’ensemble de ses actions par le groupe burkinabè Nioko Resources Corporation, devenue propriétaire unique du groupe.

Dans le cadre de l’application du code minier révisé, l’État malien a porté sa participation dans la Société des Mines de Komana à 20 %, conformément aux nouvelles règles encadrant les actifs miniers stratégiques.

Un accord signé en janvier 2025 entre l’entreprise et les autorités prévoit par ailleurs le versement d’environ 16,4 millions de dollars, soit près de 10 milliards de francs CFA, au Trésor public. Ce montant couvre des régularisations liées à la mise en conformité du projet minier et à certains ajustements fiscaux.

Les activités de la mine se poursuivent normalement pendant la procédure. Les autorités n’ont pas encore communiqué sur les suites judiciaires envisagées, l’instruction se poursuivant sous la conduite des services compétents.

 

Burkina Faso : l’AES précise son architecture institutionnelle par de nouveaux protocoles

Le Conseil des ministres du Burkina Faso a adopté, le 22 janvier 2026, quatre projets de loi autorisant la ratification de protocoles additionnels au traité portant création de la Confédération des États du Sahel. Ces textes, signés le 23 décembre 2025 à Bamako, visent à encadrer les mécanismes de fonctionnement de l’Alliance réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Les projets de loi concernent respectivement l’organisation des sessions confédérales des Parlements, la coordination en matière de défense et de sécurité, l’harmonisation de l’action diplomatique ainsi que la coordination des politiques de développement. Leur adoption en Conseil des ministres marque une étape institutionnelle dans la structuration juridique de l’AES, moins de deux mois après sa proclamation officielle.
Ces protocoles additionnels ont pour objectif de préciser les modalités d’application du traité fondateur, entré en vigueur à la suite des décisions politiques prises par les trois États sahéliens à la fin de l’année 2025. Ils visent notamment à définir les cadres de concertation entre institutions nationales, à formaliser la coopération militaire déjà engagée sur le terrain et à organiser la représentation diplomatique commune sur certaines questions internationales.
Sur le plan institutionnel, la démarche s’inscrit dans une logique progressive connue en droit international. À l’image de l’Union européenne, dont la construction s’est faite par traités successifs venant compléter le texte initial, l’AES opte pour une consolidation par étapes plutôt que par la création immédiate d’institutions supranationales.
La comparaison s’arrête toutefois à la méthode. Contrairement à l’Union européenne, l’AES ne dispose pas, à ce stade, d’organes permanents autonomes, de budget commun consolidé ni de parlement élu à l’échelle confédérale. Les protocoles visent avant tout à organiser la coopération interétatique, sans transfert formel de souveraineté.
L’approche diffère également de celle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La CEDEAO repose sur un traité révisé qui encadre une intégration économique étendue, dotée d’institutions communautaires et de mécanismes juridictionnels. L’AES, pour sa part, concentre ses priorités sur la sécurité, la diplomatie et le développement, dans un contexte marqué par la crise sécuritaire persistante au Sahel central.
La comparaison avec le G5 Sahel, aujourd’hui inactif, apparaît plus directe. Alors que cette structure était essentiellement sécuritaire et largement dépendante de financements extérieurs, les textes adoptés par l’AES visent à intégrer les volets militaire, diplomatique et de développement dans un cadre confédéral unique, fondé sur une gouvernance interne.
L’adoption de ces projets de loi par le Burkina Faso intervient alors que les autres États membres sont également engagés dans leurs procédures nationales de ratification. Conformément aux règles constitutionnelles propres à chaque pays, les textes doivent encore être examinés par les organes législatifs de transition avant leur entrée en vigueur.
Cette phase juridique conditionne la mise en œuvre effective des mécanismes prévus par les protocoles. Elle constitue une étape déterminante pour la transformation de l’AES, encore largement politique, en un dispositif institutionnel opérationnel.
À travers ces ratifications, les autorités sahéliennes cherchent à doter la Confédération d’un socle normatif capable d’encadrer durablement leur coopération, dans un contexte régional marqué par la recomposition des alliances et la redéfinition des cadres d’intégration en Afrique de l’Ouest.

Gilles Yabi : « La force unifiée de l’AES ne peut pas, à elle seule, résoudre la crise sécuritaire »

Dans un entretien qu’il nous a accordé, Gilles Yabi, fondateur et directeur exécutif du think tank ouest-africain WATHI, analyse les apports et les limites de la force unifiée de l’Alliance des États du Sahel face à la crise sécuritaire. Il souligne que son efficacité dépendra d’une coordination réelle, de la protection des civils et d’une coopération régionale encore fragilisée. Propos recueillis par Massiré Diop.

La force unifiée de l’AES, lancée en décembre 2025, peut-elle réellement changer la dynamique sécuritaire en 2026 ? À quelles conditions concrètes ?

La force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (FU-AES) composée à son lancement en décembre 2025 de 5000 militaires issus des trois pays membres de l’AES peut et devrait constituer une contribution significative à la lutte contre les groupes armés divers opérant dans la région sahélienne. Elle pourra modifier le rapport de forces avec ces groupes armés dans les zones de déploiement mais elle ne me semble pas en mesure de constituer, seule, une réponse décisive à la crise sécuritaire sahélienne qui est profonde, multidimensionnelle et exige des réponses qui ne se limitent pas aux actions des armées nationales individuellement et collectivement.

Le principal apport potentiel de la Force unifiée réside dans la coordination opérationnelle transfrontalière qui sera rendue possible par un commandement unifié, là où les armées nationales ont longtemps agi de manière fragmentée, souvent de façon ponctuelle et réactive. La FU-AES s’inscrit dans la continuité d’expériences antérieures de coopération militaire, notamment les opérations conjointes dans le Liptako-Gourma, comme le plan Yéréko en 2025, mais aussi les actions à l’époque du G5 Sahel, avant les changements politiques consécutifs aux coups d’Etat. Ces initiatives ont montré que la coordination des armées et des appareils de sécurité, de défense et de renseignement est nécessaire et possible, mais qu’elle est toujours limitée dans un espace donné, essentiellement dans les zones frontalières, et qu’elle ne constitue pas un substitut aux efforts d’amélioration des réponses de chaque État concerné. La menace incarnée par les groupes armés djihadistes dans ces trois pays est vaste et diffuse. Elle ne se limite pas aux zones frontalières. Les groupes armés exploitent aussi bien l’isolement des zones rurales enclavées que les failles de gouvernance, les tensions communautaires et les fragilités économiques.

Pour que la FU-AES ait un impact réel en 2026, il me semble qu’il faut veiller à ce que la chaîne de commandement soit réellement intégrée, avec le degré de confiance entre les officiers des trois pays qui permet de prendre rapidement des décisions opérationnelles, et de les exécuter efficacement. Il faudra s’assurer que la Force ne soit pas une juxtaposition de contingents nationaux. Et il faudra s’assurer qu’elle dispose effectivement des moyens logistiques adaptés avec un accent particulier sur la mobilité terrestre et aérienne, le partage de renseignements. Une articulation claire avec les autorités civiles locales me semble aussi indispensable. Les opérations militaires qui ne s’accompagnent pas d’une volonté délibérée de protection des civils, de fourniture d’un accès minimal aux services de base et de possibilités et cadres de dialogue avec les communautés tendent à nourrir les dynamiques que les groupes armés exploitent.

La CEDEAO travaille en parallèle sur une force antiterroriste régionale : comment éviter une duplication inefficace avec la force de l’AES ?

Le risque de duplication est réel mais le cœur du problème réside dans le contexte de fragmentation politique en Afrique de l’Ouest, espace dont font partie les trois pays du Sahel central qui ont créé l’AES et qui sont ensuite sortis de la CEDEAO. J’ai toujours estimé qu’il fallait dans l’analyse distinguer la décision des dirigeants de trois États de créer un dispositif d’intégration poussé comme une confédération de celle de sortir leurs pays respectifs – et leurs populations – d’une organisation régionale plus large comme la CEDEAO. À partir du moment où les pays de l’AES ne sont plus membres de la CEDEAO, on ne peut pas s’attendre à ce que cette dernière ne se préoccupe pas de ses dispositifs de sécurité régionale et s’en remette à ceux mis en place par la Confédération de l’AES. On sait en plus dans quel contexte de défiance et d’animosité s’est opéré le divorce entre ces États sahéliens, d’une part, les pays côtiers voisins et la CEDEAO, de l’autre.

Les divergences et les tensions politiques entre certains États sont telles qu’on ne peut espérer à court terme un travail commun de l’AES et de la CEDEAO à douze États pour mettre en place une force anti-terroriste ouest-africaine. Ceci dit, je ne suis pas sûr que la priorité au niveau de la CEDEAO soit celle de la création d’une force anti-terroriste qui prendra des années encore à faire émerger, alors que le contexte sécuritaire continue à se dégrader. Il y a des alternatives plus souples, flexibles, moins coûteuses et plus réalistes qui pourraient être envisagées, donnant la priorité au partage de renseignements et éventuellement à des opérations conjointes ponctuelles aux frontières. Mais si ces alternatives ne permettent pas la jonction entre des pays comme le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire et même le Sénégal d’une part et de l’autre, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, les groupes armés continueront probablement à tirer profit du déficit de coopération régional ancré dans le déficit de confiance entre les États concernés par la menace.

Quel minimum de coopération AES–CEDEAO est aujourd’hui indispensable, sachant que la menace jihadiste s’étend désormais vers les pays côtiers et le golfe de Guinée ?

Il faut de la coopération sécuritaire au niveau opérationnel, mais c’est difficile d’aller loin dans cette direction et de partager notamment des renseignements lorsque la méfiance plutôt que la confiance règne entre les autorités politiques de pays voisins. C’est la qualité des relations bilatérales qui est déterminante en l’absence d’un cadre sécuritaire régional comme celui de la CEDEAO. Malgré toutes ses faiblesses, le dispositif de la CEDEAO permettait par exemple aux chefs d’état-major des pays membres, aux hauts responsables de la police et des services de renseignements et d’autres institutions sécuritaires des pays membres de se retrouver dans des réunions régulières, de tisser des liens de confiance qui facilitent des initiatives communes.

Lorsqu’on n’a plus ces cadres formels, il est toujours possible de coopérer entre États dans le cadre de relations bilatérales ou dans des cadres ad hoc réunissant quelques pays volontaires. À court terme, et peut-être même à moyen terme, donc pendant quelques années, les alternatives que je viens de citer sont sans doute les plus réalistes. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas pousser parallèlement la CEDEAO et l’AES à créer et à maintenir un canal de dialogue structuré sur les questions cruciales d’intérêt commun. Il ne faut juste pas oublier que ces organisations n’existent pas indépendamment de leurs États membres et que les relations entre ces États resteront déterminantes pour l’avenir de la coopération dans la région.

La question du financement des forces régionales est centrale : quelles garanties de transparence et de contrôle devraient être exigées ?

Le financement des forces régionales est toujours un défi majeur. Il renvoie de manière générale au financement de toutes les initiatives les plus stratégiques à l’échelle d’une région ou d’un groupe d’États. Que ce soit au niveau des États individuellement ou d’une région, il faut des mécanismes de transparence et de contrôle pour s’assurer que les ressources affectées à une initiative comme une force militaire soient utilisées efficacement et échappent aux formes diverses de malversations bien connues dans les pays de la région. L’absence de transparence et de mécanismes de contrôle crédibles alimente la défiance des populations et fragilise durablement la légitimité des dispositifs sécuritaires.

Des garanties minimales sont indispensables, même dans des contextes sécuritaires difficiles avec un besoin de rapidité dans les procédures, notamment l’identification claire des budgets alloués, un contrôle parlementaire ou « quasi-parlementaire », y compris en période de transition, ainsi qu’une traçabilité effective des principales dépenses militaires. Dans les faits, ces exigences se heurtent fortement aux logiques de transition politique et de secret-défense, qui tendent à restreindre l’accès à l’information et à affaiblir les mécanismes de redevabilité. Cette opacité a contribué, par le passé, à fragiliser des régimes pourtant élus, notamment dans les trois pays du Sahel central.

Les détournements liés aux équipements militaires, même lorsqu’ils ne sont pas parfaitement documentés et confirmés par la justice, constituent un problème récurrent et structurel grave dès lors que la perception populaire est celle d’une corruption au sein des forces armées et des acteurs politiques et militaires en charge de la défense et de la sécurité d’un pays. Mais il faut aujourd’hui observer que dans le Sahel et dans plusieurs autres pays de la région ouest-africaine, les pouvoirs exécutifs en place sont en roue libre et que les organisations et acteurs de la société civile ainsi que les médias indépendants ne sont plus en mesure ne serait-ce que de poser des questions sensibles aux dirigeants, comme celles qui touchent aux dépenses de sécurité.

Quels mécanismes de contrôle civil et de respect des droits humains doivent encadrer ces forces pour éviter les dérives en 2026 ?

C’est un point absolument central. Les violations des droits humains ne constituent pas seulement un problème moral ou juridique. Elles sont un facteur direct d’insécurité, car elles alimentent la défiance des populations, fragilisent la légitimité des forces de sécurité et offrent aux groupes armés un puissant levier de recrutement et de propagande. Toute stratégie sécuritaire qui néglige cette dimension est, à terme, contre-productive. Il est donc indispensable de disposer de règles d’engagement claires, connues et publiquement assumées, alignées sur le droit international humanitaire et intégrées dans la conduite quotidienne des opérations. Ces règles doivent être accompagnées de mécanismes d’enquête indépendants, capables de traiter rapidement, de manière crédible et transparente les allégations d’abus.

Plusieurs enquêtes ont été annoncées ces dernières années, notamment à la suite des événements de Moura au Mali en 2022, mais l’absence de conclusions rendues publiques continue d’alimenter le doute et le sentiment d’impunité. Par ailleurs, il est essentiel d’intégrer des formations systématiques et continues sur la protection des civils, la gestion des interactions avec les populations et la prévention des abus, y compris dans les unités engagées en opérations conjointes. Ces formations ne doivent pas être perçues comme un volet accessoire, mais comme une composante opérationnelle à part entière. Enfin, même en période de transition politique sous présidence militaire, un contrôle civil minimal demeure indispensable.

Sans mécanismes de redevabilité, les forces régionales risquent de devenir des forces autonomes, échappant à tout encadrement institutionnel et au service exclusif de leurs donneurs d’ordre au sommet des États et des armées nationales. En l’absence de garde-fous, les forces censées protéger les populations risquent, paradoxalement, de renforcer l’ancrage et la légitimité des groupes armés, compromettant ainsi les objectifs de la lutte contre l’insécurité. Et il ne faut pas oublier que l’objectif dans les pays du Sahel et dans la région ouest-africaine ne devrait pas se limiter à la lutte contre les groupes armés recourant, entre autres moyens, au terrorisme. Il doit être de créer les conditions d’un retour effectif et durable à la paix, à la stabilité et à la sécurité collective dans la région.

CPI : La procédure de retrait de l’AES toujours en attente

Annoncé en 2025, le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cour pénale internationale n’a pas encore été formalisé. En l’absence de notification officielle, la procédure prévue par le Statut de Rome demeure juridiquement inchangée.

En septembre 2025, les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont annoncé leur intention de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), dans le cadre d’une démarche présentée comme concertée au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette déclaration intervenait dans un contexte de redéfinition des relations entre les États sahéliens et certaines institutions internationales. Plusieurs mois plus tard, aucune évolution juridique formelle n’a toutefois été enregistrée.

La Cour pénale internationale est régie par le Statut de Rome, traité entré en vigueur en 2002. Celui-ci prévoit, en son article 127, la possibilité pour tout État partie de se retirer selon une procédure précise. Le retrait doit être notifié par écrit au Secrétaire général des Nations unies, dépositaire du traité. Ce n’est qu’à compter de la réception officielle de cette notification que le processus juridique est engagé.

Procédure

Conformément aux dispositions du Statut, le retrait n’entre en vigueur qu’un an après cette notification. Durant cette période, l’État concerné demeure pleinement partie au traité, avec l’ensemble des droits et obligations qui en découlent. En l’absence de notification formelle, une annonce politique ne produit donc aucun effet juridique.

À ce stade, aucune communication publique de la CPI ni des Nations unies ne fait état de la réception d’une notification de retrait émanant du Mali, du Burkina Faso ou du Niger. Les trois pays demeurent ainsi, sur le plan juridique, États parties au Statut de Rome. À la date de consultation des registres officiels du dépositaire du Statut de Rome, aucune notification de retrait concernant le Mali, le Burkina Faso ou le Niger n’est enregistrée.

Obligations

Selon une source institutionnelle proche de la Cour pénale internationale, la procédure repose sur plusieurs principes essentiels. Le retrait doit être notifié individuellement par chaque État, même lorsqu’une démarche est politiquement coordonnée. Il ne devient effectif qu’un an après la notification officielle. Par ailleurs, le retrait ne soustrait pas l’État à son obligation de coopérer pour toutes les procédures engagées durant la période où il était partie au Statut.

Cette règle constitue un élément central du fonctionnement de la justice pénale internationale. Les enquêtes ouvertes avant la date effective d’un éventuel retrait demeurent juridiquement valables et la Cour conserve sa compétence pour les faits concernés.

Dans le cas du Mali, l’intervention de la CPI remonte à 2012, lorsque l’État avait saisi la juridiction afin qu’elle enquête sur les crimes commis sur son territoire dans le contexte d’un conflit armé. La Cour dispose toujours d’un bureau à Bamako, relevant du Greffe, organe administratif chargé du soutien aux activités judiciaires.

Deux affaires sont actuellement publiques. La première concerne Al-Hassan Ag Abdoul Aziz, ancien membre de la police islamique d’Ansar Eddine, condamné en juin 2024 à 10 ans d’emprisonnement pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La seconde porte sur un mandat d’arrêt délivré en 2017 contre Iyad Ag Ghali, chef du Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans, toujours en fuite.

Précédents

Des précédents existent dans d’autres pays. En 2016, l’Afrique du Sud avait engagé une procédure de retrait, avant qu’elle ne soit suspendue pour des raisons constitutionnelles. En Gambie, une annonce similaire avait été abandonnée en 2017 à la suite d’un changement politique. À l’inverse, le Burundi (2016 – 2017) et les Philippines (2018 – 2019) ont mené à terme leur retrait, sans que cela n’empêche la CPI de poursuivre les enquêtes ouvertes antérieurement.

Ces expériences montrent que seules les démarches formalisées conformément au Statut de Rome produisent des effets juridiques. Dans l’espace AES, le processus demeure donc, à ce stade, au niveau déclaratif.

L’évolution du dossier dépendra de la transmission éventuelle d’actes officiels aux instances compétentes et de leur enregistrement. En attendant, les règles du droit international continuent de s’appliquer, la distinction entre annonce politique et effectivité juridique restant au cœur de la compréhension de cette procédure.

Extradition de Paul-Henri Damiba : le Togo applique la procédure judiciaire

Le gouvernement togolais a confirmé, à la mi-janvier 2026, l’extradition vers le Burkina Faso de l’ancien chef de l’État burkinabè, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, renversé en septembre 2022 et installé depuis lors au Togo.

Dans un communiqué officiel daté du 19 janvier 2026, les autorités togolaises indiquent avoir reçu, le 12 janvier, une demande d’extradition formulée par les autorités judiciaires du Burkina Faso. Cette requête visait l’ancien président de la transition burkinabè, poursuivi notamment pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite, corruption, blanchiment de capitaux et incitation à la commission de crimes et délits.

Après examen de la régularité de la demande, les autorités compétentes togolaises ont engagé la procédure prévue par le droit interne. Paul-Henri Damiba a été interpellé le 16 janvier 2026 à Lomé, en exécution du mandat d’arrêt joint à la demande d’extradition, avant d’être placé sous écrou.

Le dossier a ensuite été transmis à la chambre d’instruction de la cour d’appel de Lomé, juridiction compétente en matière d’extradition. À l’issue d’une audience publique tenue le même jour, la juridiction a rendu un avis favorable à la remise de l’intéressé aux autorités burkinabè. Cette décision s’est appuyée sur plusieurs éléments, notamment les garanties fournies par le Burkina Faso quant au respect de l’intégrité physique de l’ancien dirigeant, de ses droits au cours de la procédure judiciaire, ainsi que l’absence de peine de mort.

Le communiqué précise également que l’avis favorable s’inscrivait dans le cadre des instruments internationaux auxquels le Togo est membre, ainsi que sur le principe de réciprocité entre États. Paul-Henri Damiba a été remis aux autorités burkinabè le 17 janvier 2026.

Ancien officier de l’armée burkinabè, Paul-Henri Damiba avait accédé au pouvoir en janvier 2022 à la suite du renversement du président Roch Marc Christian Kaboré. Il avait lui-même été écarté huit mois plus tard, en septembre 2022, lors d’un nouveau coup d’État conduit par le capitaine Ibrahim Traoré, avant de quitter le Burkina Faso pour s’installer au Togo.

L’extradition intervient alors que le Burkina Faso demeure sous régime de transition, sans pouvoir issu d’élections nationales. Sur le plan juridique, toutefois, la demande émane des autorités judiciaires burkinabè et non d’une instance politique, ce qui constitue la base formelle retenue par la justice togolaise pour instruire la procédure.

Aucune communication officielle n’a encore précisé les suites judiciaires attendues.

 

Burkina Faso : un gouvernement redessiné

Les autorités de la transition ont procédé, ce 12 janvier 2026, à un remaniement ministériel marqué par des changements d’hommes et une refonte notable de l’intitulé de plusieurs départements. Au-delà des nominations, cette recomposition traduit une volonté assumée de redéfinir le rôle de l’État et le sens de l’action publique.

Le remaniement intervenu au Burkina Faso s’inscrit dans la continuité de la transition conduite par le président Ibrahim Traoré, mais il en accentue les marqueurs idéologiques. Sans bouleverser l’équilibre général de l’exécutif, les autorités ont choisi de renforcer certains pôles stratégiques et de revoir la dénomination de ministères jugés centraux dans la conduite du projet politique actuel.
La nomination du général de division Célestin Simporé comme ministre d’État, ministre de la Guerre et de la Défense patriotique constitue le changement le plus structurant. Le choix du terme « Guerre », absent jusque-là de l’architecture gouvernementale, rompt avec la prudence lexicale habituelle de l’administration burkinabè. Il acte une lecture frontale de la situation sécuritaire et confère à la défense nationale une dimension idéologique clairement assumée, plaçant la souveraineté et la reconquête du territoire au cœur de l’action gouvernementale.
Dans le même temps, la réorganisation du portefeuille des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi, confié à Annick Zingué Ouattara, répond à un enjeu démographique et social majeur. En associant explicitement jeunesse et emploi, l’exécutif entend dépasser les politiques sectorielles classiques pour proposer une approche plus intégrée, dans un pays où la pression sociale liée au chômage et à la déscolarisation demeure forte, notamment dans les zones affectées par l’insécurité.
Le secteur éducatif n’est pas en reste avec l’arrivée de Moumouni Zoungrana à la tête du ministère de l’Enseignement secondaire et de la Formation professionnelle et technique. Cette nomination intervient dans un contexte où l’enseignement post-primaire et la formation qualifiante sont perçus comme des leviers essentiels pour stabiliser les parcours des jeunes et répondre aux besoins d’une économie en quête de compétences techniques.
Au-delà des personnes, ce remaniement se distingue surtout par une révision en profondeur de l’intitulé de plusieurs ministères, révélatrice d’un repositionnement politique. Le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’Extérieur devient simplement ministère des Affaires étrangères, suggérant un recentrage diplomatique et une volonté de simplifier l’appareil institutionnel dans un environnement international marqué par des recompositions régionales sensibles.
Le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme est rebaptisé ministère de la Construction de la Patrie, une appellation qui dépasse les seules questions techniques pour inscrire l’aménagement du territoire dans un registre national et symbolique. Cette même logique traverse la transformation du ministère de la Fonction publique en ministère des Serviteurs du Peuple, qui vise à redéfinir la posture de l’administration et à rappeler sa vocation première au service des citoyens.
La justice connaît également une clarification institutionnelle avec le retour à l’appellation de ministère de la Justice, abandonnant un intitulé long et composite. Ce choix semble traduire une volonté de renforcer la lisibilité et l’autorité de l’institution judiciaire dans un contexte de fortes attentes sociales en matière d’équité et de régulation.
Enfin, le ministère de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale devient le ministère de la Famille et de la Solidarité, recentrant l’action sociale sur la cellule familiale, considérée comme un socle de cohésion dans un pays confronté à des déplacements internes massifs et à des fragilités sociales durables.
Pris dans son ensemble, ce remaniement ne se limite pas à un simple ajustement gouvernemental. Il révèle une stratégie politique fondée sur la symbolique des mots, la centralité de la souveraineté et la volonté de refaçonner l’image de l’État. À travers cette nouvelle architecture, les autorités de la transition entendent imprimer une direction claire à l’action publique et affirmer une vision du pouvoir où l’État se veut à la fois combattant, bâtisseur et serviteur.

Confédération AES : Une feuille de route consolidée pour la souveraineté, la sécurité et le développement

Réunis le 23 décembre 2025 à Bamako, les Chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES) ont clos leur 2ème session ordinaire par une série de décisions majeures. Sécurité collective renforcée, approfondissement de l’intégration institutionnelle, affirmation diplomatique et priorités de développement endogène ont marqué les conclusions de ce sommet stratégique pour l’avenir de l’espace confédéral.

Le Collège des Chefs d’État a d’abord passé en revue l’état d’exécution des décisions issues de la première session tenue à Niamey en juillet 2024. Les dirigeants ont pris note, avec satisfaction, du relevé des conclusions de la première session du Conseil des ministres de l’AES, organisée à Bamako les 20 et 21 décembre 2025, et en ont entériné les recommandations jugées pertinentes. Les rapports relatifs à la mise en œuvre de la feuille de route de l’An I ainsi qu’aux négociations entre l’AES et la CEDEAO ont également été examinés et approuvés.

Le sommet a salué le leadership exercé par le Président Assimi Goïta dans la phase de mise en place de la Confédération. Les Chefs d’État se sont félicités des progrès réalisés dans la consolidation de l’identité politique et institutionnelle de l’AES, matérialisée notamment par l’adoption d’un logo, d’un drapeau, d’un hymne, d’une devise, de documents d’identité confédéraux, ainsi que par la création d’outils médiatiques et financiers communs, dont la Télévision et la Radio AES et la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement.

Quatre protocoles structurants adoptés

L’un des temps forts de cette session a été l’adoption de plusieurs protocoles additionnels destinés à renforcer l’architecture institutionnelle de la Confédération. Les Chefs d’État ont ainsi validé des instruments juridiques relatifs à la défense et à la sécurité, à la coordination diplomatique, à la coordination des actions de développement, ainsi qu’à l’organisation des sessions confédérales des Parlements. Il a été instruit au Conseil des ministres de veiller à leur mise en œuvre diligente et efficace.

Dans le domaine sécuritaire, le Collège a réaffirmé sa détermination à éradiquer le terrorisme sous toutes ses formes. Les tentatives de déstabilisation des États membres, y compris celles soutenues par des acteurs étatiques étrangers, ont été fermement condamnées.

Les Chefs d’État se sont également félicités de l’excellence de la coordination entre les Forces de défense et de sécurité, notamment à travers les opérations conjointes ayant permis de réduire significativement les capacités de nuisance des groupes terroristes.

Sécurité et souveraineté renforcées

La session a également consacré l’entrée en activité officielle de la Force unifiée de la Confédération AES (FU-AES), marquée par la remise solennelle de son étendard le 20 décembre 2025.

Dans un contexte géopolitique jugé complexe, les Chefs d’État ont appelé à un renforcement de la coopération judiciaire afin de mieux défendre la souveraineté juridique des États membres et de contrer les campagnes de désinformation et de harcèlement judiciaire visant les ressources naturelles de la Confédération.

Sur le plan diplomatique, le Collège a salué les efforts ayant permis à l’AES de s’imposer comme un acteur géopolitique crédible dans la sous-région et au-delà. La concertation préalable aux grandes rencontres internationales et la coordination des positions communes ont été encouragées, tout comme l’implication accrue de la diaspora dans la dynamique de développement et de communication confédérale.

Développement endogène

En matière de développement, les Chefs d’État se sont réjouis des résultats enregistrés, notamment l’opérationnalisation du prélèvement confédéral et la création de la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement, instruments clés du financement endogène.

La convergence des politiques économiques, la transformation locale des matières premières, ainsi que l’implication des jeunes et des femmes ont été identifiées comme des priorités pour bâtir une AES des peuples.

Ibrahim Traoré prend les commandes

À l’issue des travaux, le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré a été désigné Président de la Confédération des États du Sahel pour un mandat d’un an.

Dans son discours d’acceptation, il a placé son action sous le sceau de la continuité, tout en appelant à une mobilisation accrue pour répondre aux aspirations des populations.

En clôturant la session, le Président Assimi Goïta a exprimé sa confiance dans l’avenir de l’AES, affirmant que la Confédération poursuit sa marche résolue vers l’émancipation, la stabilité et la prospérité partagée.

Mohamed Kenouvi

Confédération AES : Bamako accueille l’ouverture de la 2ᵉ session du collège des Chefs d’État

La 2ᵉ session du collège des Chefs d’État de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) s’est ouverte solennellement ce mardi 23 décembre 2025 au Centre international de conférences de Bamako. Réunis autour d’une vision commune de souveraineté et d’intégration, les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont dressé le bilan de la première année de la Confédération et réaffirmé leur détermination à consolider ce projet stratégique.

Aux côtés des Chefs d’État, l’ensemble des membres des gouvernements des trois pays, des représentants du corps diplomatique ainsi que des autorités administratives, coutumières et religieuses, ont assisté à la cérémonie, témoignant de l’importance politique et symbolique de cette session.

La cérémonie s’est ouverte par la projection d’un film institutionnel retraçant les réalisations de la première année d’existence de la Confédération AES. Cette rétrospective a permis de mettre en lumière les avancées enregistrées depuis la création de l’organisation, malgré un environnement régional et international jugé complexe.

Prenant la parole, le Capitaine Ibrahim Traoré a livré un discours aux accents mobilisateurs. Évoquant les défis à venir, le Président du Faso a parlé d’un « hiver noir » qui menacerait l’Afrique de l’Ouest, soulignant que la création de l’AES répondait à la nécessité d’anticiper et de faire face collectivement à ces périls. Pour lui, l’unité des trois États constitue un rempart face aux épreuves annoncées. Il a reconnu que le chemin emprunté n’est pas exempt de difficultés, tout en affirmant que la Confédération progresse avec sérénité vers ses objectifs. « Une chose est sûre, l’AES vaincra », a-t-il martelé, réaffirmant la foi des dirigeants dans le projet confédéral.

Le Président nigérien, le Général d’armée Abdourahamane Tiani, a pour sa part insisté sur la dimension souverainiste de l’Alliance. Selon lui, la création de l’AES marque une prise en main effective du destin des peuples concernés. Il a souligné que la souveraineté recherchée n’est pas un simple slogan, mais un engagement quotidien qui se traduit par des actes concrets. Pour le Chef de l’État nigérien, le combat mené par l’AES s’inscrit dans une dynamique plus large de renaissance africaine, porteuse des germes d’une Afrique libre et souveraine.

Abdourahamane Tiani a également replacé cette session dans un contexte mondial en pleine mutation, caractérisé par des défis multiformes. Il a indiqué que cette rencontre offre l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis un peu plus d’un an, malgré les adversités internes et externes, tout en réfléchissant collectivement aux perspectives d’approfondissement et d’opérationnalisation de la Confédération afin de répondre aux aspirations des populations.

Clôturant la série d’interventions, le Général d’armée Assimi Goïta a rappelé le contexte ayant présidé à la création de l’AES et a dressé le bilan de la présidence malienne de la Confédération, exercée depuis le 6 juillet 2024. Il a estimé que la Confédération a posé, en une année, les fondations d’une coopération renforcée et intégrée entre les États membres, guidée par l’intérêt exclusif et le bien-être des populations.

Le Président de la Transition a salué l’engagement des peuples de l’AES, qu’il a qualifiés de vaillants et résilients. Selon lui, leur adhésion précoce aux idéaux portés par la Confédération constitue un facteur déterminant dans la consolidation du projet commun et dans la poursuite des choix stratégiques opérés.

À noter que cette cérémonie d’ouverture a été précédée de deux inaugurations majeures à Bamako : celle de la Télévision de l’AES et celle de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BICD-AES). Deux instruments présentés comme essentiels pour accompagner la visibilité, le financement et l’opérationnalisation de la Confédération.

Par cette 2ᵉ session, les dirigeants de l’AES entendent ainsi franchir une nouvelle étape dans la structuration de leur alliance, en consolidant les acquis et en traçant les perspectives d’un espace sahélien plus souverain, solidaire et intégré.

Mohamed Kenouvi

Dr Bréhima Ely Dicko :  » Le rendez-vous de Bamako doit désormais confirmer la continuité politique de l’AES et clarifier son mode de fonctionnement ».

Une année après sa création, la confédération des Etats du Sahel tient son deuxième sommet à Bamako. Une réunion décisive pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger réunis au sein de la confédération. Bréma Ely Dicko, sociologue, répond aux questions de Journal du Mali.

Le sommet de Bamako marque-t-il un tournant pour l’AES ?

Ce sommet constitue d’abord un moment d’évaluation. Deux ans après la création de la Confédération, il permet de mesurer ce qui a été effectivement mis en place. Des avancées sont déjà visibles, notamment la force conjointe réunissant des contingents des trois pays sous un commandement commun, ainsi que la régularité des concertations ministérielles et institutionnelles. Le rendez-vous de Bamako doit désormais confirmer la continuité politique de l’AES et clarifier son mode de fonctionnement.

La multiplication des instruments confédéraux suffit-elle à crédibiliser le projet ?

La crédibilité tient avant tout à la volonté politique et à l’exécution. L’AES reprend des mécanismes déjà éprouvés, comme le passeport commun ou la coordination sécuritaire. Leur pertinence se mesurera à leur cohérence et à leurs effets concrets sur la sécurité et l’accès aux services essentiels, conditions du soutien des populations.

Quelle posture extérieure l’AES doit-elle adopter après la sortie de la CEDEAO ?

La sortie de la CEDEAO n’efface pas l’environnement régional. Enclavés, les pays de l’AES restent liés aux États côtiers par des interdépendances économiques et sécuritaires. Des relations pragmatiques s’imposent donc. À l’échelle internationale, la crédibilité de l’AES dépendra aussi de sa capacité à éviter les partenariats exclusifs et à diversifier ses coopérations dans un contexte mondial fragmenté.

Alliance des États du Sahel : L’architecture confédérale se dessine

À l’approche du deuxième sommet de l’AES, prévu les 22 et 23 décembre 2025 à Bamako, le Mali, le Burkina Faso et le Niger veulent installer dans la durée ce qui n’était il y a encore un an qu’une promesse d’intégration accélérée. Force unifiée, banque confédérale et modalités de cohabitation avec l’espace CEDEAO après la sortie effective du 29 janvier 2025 structurent l’attente autour de ce rendez-vous.

La tenue du sommet s’inscrit dans une montée en régime voulue par les autorités des trois pays. Une réunion de hauts fonctionnaires a ouvert le cycle, suivie d’une session confédérale du Conseil des ministres, avant la rencontre des chefs d’État en clôture. Les documents examinés portent notamment sur l’évaluation de la mise en œuvre de la feuille de route de la première année et sur les instruments juridiques destinés à accélérer l’opérationnalisation de la Confédération.

L’architecture institutionnelle est récente et son calendrier est balisé. Rappelons que l’Alliance des États du Sahel a été créée le 16 septembre 2023, puis érigée en Confédération lors du sommet de Niamey du 6 juillet 2024. À Bamako, l’enjeu est donc moins de proclamer un projet que d’établir sa capacité à fonctionner, dans un environnement régional où l’interdépendance économique et sécuritaire demeure une donnée centrale.

Bilan

Pour le chercheur Bréhima Ely Dicko, le rendez-vous de Bamako relève d’abord d’un exercice d’inventaire. Il y voit un moment de consolidation et de continuité au sommet de la Confédération, dans un schéma de présidence tournante qui, selon lui, doit donner de la lisibilité à l’édifice en construction. Son propos s’attache à une mécanique interne qu’il estime déjà enclenchée, faite de réunions ministérielles tenues alternativement dans les trois pays, d’échanges entre institutions et d’une circulation plus régulière de délégations.

Dicko met également en avant des dispositifs encore inachevés mais présentés comme structurants, dont la mise en place d’une force conjointe avec commandement commun, la préparation d’outils de communication confédéraux et la construction d’une agence de développement. Il insiste sur un fil directeur qui traverse la plupart des annonces officielles : prouver que des décisions peuvent être prises ensemble et traduites en mécanismes, au-delà de la seule coordination politique.

Dans le même temps, l’AES a cherché à se doter d’une identité visible. Les symboles ont été publiquement mis en avant et des instruments administratifs ont été annoncés, dont le passeport biométrique de l’AES, mis en circulation le 29 janvier 2025, souvent présenté comme l’un des marqueurs les plus concrets car il touche directement la mobilité. La question, toutefois, ne se résume pas à l’affichage. La crédibilité dépend des textes d’application, des procédures, du financement et de la capacité d’exécution, éléments encore inégalement documentés dans le détail.

Sécurité

Le socle du projet demeure sécuritaire. L’AES a annoncé la montée en puissance d’une force unifiée rassemblant des contingents des trois pays, avec un commandement commun. L’effectif est fréquemment évoqué autour d’environ 5 000 hommes et un poste de commandement est souvent cité à Niamey. À ce stade, ce qui est publiquement observable renvoie surtout à une coordination accrue, sans que l’ensemble des règles d’engagement, de financement et d’intégration opérationnelle ne soit rendu public de manière exhaustive.

C’est pourtant sur ce passage vers l’opérationnel que se concentrent les attentes. Dicko souligne le signal politique que constitue un commandement commun et l’utilise comme argument de cohérence interne. Il insiste aussi sur l’idée que l’organisation doit démontrer sa capacité à transformer les décisions en actes, en assumant le coût d’une telle trajectoire, qu’il qualifie d’exigeante pour des États soumis à de fortes contraintes.

L’ancien ambassadeur Birahim Soumaré place la sécurité dans une logique régionale plus large. Il rappelle que les groupes armés ne se conforment ni aux frontières ni aux cadres institutionnels et que la coopération est, au minimum, une nécessité en matière d’information et de coordination. Son raisonnement s’appuie sur une contrainte que les autorités ne contestent pas : les populations sont exposées dans des espaces imbriqués et une rupture institutionnelle ne supprime pas les continuités de terrain.

Soumaré revient aussi sur la dimension logistique, indissociable du sujet. Les trois États étant enclavés, leur ravitaillement dépend de corridors traversant des pays côtiers. Il cite les difficultés d’approvisionnement en carburant comme illustration de la fragilité des chaînes logistiques lorsqu’une tension politique se traduit en blocage matériel. Dans cette logique, la coopération sécuritaire ne peut être pensée sans arrangements pragmatiques avec les voisins, car les mêmes routes servent à la fois aux échanges économiques, à l’aide humanitaire et à la stabilité quotidienne.

Banque

Le chantier économique le plus structurant s’est précisé avec la Banque confédérale d’investissement et de développement. L’économiste Modibo Mao Makalou indique que la création de l’institution a été actée le 11 décembre 2025 par la finalisation des statuts constitutifs, avec l’objectif de financer des priorités communes et des projets structurants, dans une logique d’autonomie économique et financière de l’ensemble confédéral.

La question du financement reste centrale. Makalou évoque un capital initial de 500 milliards de francs CFA engagé par les trois États, complété par un prélèvement confédéral et par la recherche de ressources additionnelles pour soutenir l’activité de la banque. Il présente l’institution comme un outil de financement endogène, tout en soulignant que son efficacité dépendra aussi de sa capacité à attirer des financements externes et à clarifier un point déterminant, l’ouverture éventuelle du capital à d’autres pays ou à des institutions financières régionales ou internationales.

Sur les secteurs prioritaires, le mandat décrit est large mais cohérent avec les urgences publiques des trois pays. Les infrastructures de transport et de désenclavement, l’énergie et les interconnexions régionales, l’agriculture et la sécurité alimentaire figurent au premier rang. Makalou y associe l’appui à des initiatives privées alignées sur les priorités nationales et cite également des domaines sociaux comme l’éducation et la santé, l’habitat social, l’assainissement et l’agriculture familiale, qu’il présente comme une source de revenus essentielle pour une grande partie des populations des trois pays.

Dans ses réponses, Makalou replace cette banque dans une logique de politique publique. Les banques publiques de développement, explique-t-il, servent à orienter l’investissement vers des secteurs jugés prioritaires par l’État et à intervenir dans des domaines peu attractifs pour le privé à court terme, alors même qu’ils sont essentiels à la cohésion sociale et au fonctionnement de l’économie. L’intérêt, dans la trajectoire AES, est d’adosser un discours de transformation à un outil capable de financer des infrastructures, de réduire certains coûts structurels et de soutenir des projets à impact visible.

Sur l’indicateur permettant, à l’horizon d’un an, d’évaluer un début d’impact, Makalou renvoie à l’Indice de développement humain, en rappelant son origine et sa logique composite, combinant revenu, éducation et espérance de vie. Il en souligne les limites, mais le considère comme un repère utile pour apprécier dans le temps l’évolution du bien-être et des inégalités. Dans une logique de banque de développement orientée vers l’énergie, le désenclavement et les services essentiels, une progression graduelle de ces paramètres constituerait selon lui un signal de trajectoire.

Voisinage

La consolidation interne de l’AES se déroule dans un environnement régional qui continue de structurer les échanges. La CEDEAO s’est réunie à Abuja le 14 décembre 2025 en sommet ordinaire, dans une configuration ramenée à douze États membres après le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Dans le même temps, des passerelles techniques demeurent et certaines structures régionales restent des points de contact possibles.

Ainsi, deux repères reviennent dans le communiqué final de la rencontre des dirigeants ouest-africains. La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO constitue un outil régional de financement des infrastructures et du développement. Le GIABA, organisme intergouvernemental ouest-africain, est chargé de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Le fait que des formules de participation soient évoquées pour les pays sortants, même sous un statut spécifique, nourrit l’idée qu’une coexistence fonctionnelle peut se maintenir sur certains instruments, malgré la rupture politique.

C’est précisément cette cohabitation que certains interrogent. Soumaré insiste sur la nécessité d’une diplomatie unifiée et d’une diversification des partenariats, en estimant qu’une fermeture durable risquerait de se heurter à la réalité des échanges et des contraintes sécuritaires. Il défend l’idée d’arrangements bilatéraux ou ad hoc avec les voisins, sans remise en cause de l’affirmation politique, parce que la géographie impose une interdépendance que ni l’AES ni la CEDEAO ne peuvent effacer. Sur ce sujet, Bréhima Ely Dicko met également en garde contre le risque d’un partenariat perçu comme exclusif avec la Russie. Il estime que la crédibilité de l’AES passera par une diversification de ses relations extérieures, en citant l’exemple de la Côte d’Ivoire, qui coopère avec plusieurs partenaires sans s’enfermer dans un seul alignement.

L’analyste Alassane Maïga formule une hypothèse de coexistence structurée. Il avance l’idée d’un cadre parallèle de concertation entre l’AES et la CEDEAO sur des normes institutionnelles et politiques, afin de préserver les liens économiques, et propose une répartition pragmatique des priorités, la CEDEAO gardant une portée macro-régionale tandis que l’AES concentrerait son effort sur la lutte antiterroriste dans son espace. Il évoque aussi, pour l’après-sommet, des scénarios attendus sur trois registres, une intégration soutenue des moyens de défense, une banque capable de fluidifier les échanges internes et des projections politiques qui pourraient inclure des élections synchronisées, tout en observant que la sortie rapide des transitions ne paraît pas, à ce stade, être l’axe prioritaire.

Le sommet de Bamako intervient à un moment où la Confédération AES est attendue sur des résultats mesurables. La capacité à traduire les annonces sécuritaires et financières en mécanismes opérationnels, tout en organisant une relation fonctionnelle avec un environnement régional interdépendant, constitue désormais le principal test de crédibilité de l’architecture confédérale.

MD

Confédération AES : les experts en conclave à Ouagadougou avant la réunion des ministres  

Les hauts fonctionnaires de la Confédération des États du Sahel se sont retrouvés à Ouagadougou ce 24 novembre pour deux jours de travaux préparatoires à la réunion des ministres des Affaires étrangères attendue le 26 novembre.

Les délégations du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont ouvert leurs sessions en présence des experts des trois piliers de la Confédération : la diplomatie, la défense-sécurité et le développement.
Cette rencontre intervient un an après la première session du Collège des Chefs d’État, tenue en juillet 2024 à Niamey. Depuis cette date, les trois pays travaillent à structurer les mécanismes internes de l’espace confédéral, en lien avec la feuille de route adoptée sous présidence malienne. Les travaux d’Ouagadougou visent à évaluer les acquis de cette période, actualiser les documents stratégiques et consolider les textes qui régissent les organes de la Confédération.
Le chef de la délégation burkinabè, l’ambassadeur Yirigouin Hermann Toe, a rappelé que cette étape doit permettre d’harmoniser les positions diplomatiques pour que l’AES s’exprime d’une voix cohérente sur les scènes régionale et internationale. Cette harmonisation, selon lui, est indispensable avant la rencontre ministérielle et la session du Collège des Chefs d’État prévue en décembre 2025.
Pour l’ambassadeur Mahamane Amadou Maïga, chef de la délégation malienne, les travaux doivent dégager des perspectives communes dans les domaines de la paix, de la coopération et de la souveraineté. L’ambassadeur nigérien Ousmane Alhassane a indiqué que plusieurs documents seront finalisés, dont les projets de protocole additionnel relatifs aux trois piliers, les dispositions encadrant les sessions des Parlements confédéraux, le projet de règlement intérieur du Conseil des ministres et le document préparatoire à la réunion des ministres des Affaires étrangères.
Les résultats des 48 heures de concertation seront soumis mercredi aux ministres du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Ils constitueront la base de travail de la deuxième session du Collège des Chefs d’État, attendue en décembre 2025, un rendez-vous qui doit marquer une nouvelle étape dans l’opérationnalisation de la Confédération des États du Sahel.

Sikasso : près de 3 000 personnes fuient les violences aux frontières

Les attaques récentes dans la zone frontalière avec le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire ont provoqué un déplacement soudain vers Sikasso et Kapala. Les populations, prises entre incursions armées et peur de représailles, réclament une aide urgente.

Depuis la fin octobre, les villages situés aux confins du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et du Mali subissent une montée brutale de l’insécurité, marquée par des incursions de groupes armés non étatiques et par des menaces directes contre les habitants. Les données de la matrice de suivi des déplacements (DTM) de l’OIM indiquent que 787 ménages, soit 2 974 personnes, ont quitté quinze localités entre les 11 et 12 novembre pour se réfugier principalement à Sikasso et Kapala. Dans plusieurs villages, notamment autour de Loulouni, la pression exercée par ces groupes — patrouilles non autorisées, intimidation et accusations de collaboration avec les forces maliennes — a provoqué une fuite préventive avant que la situation ne dégénère.
À l’arrivée, la plupart des déplacés sont accueillis dans des familles hôtes déjà fragilisées par la hausse des prix et les tensions sur les ressources locales. Les équipes de terrain signalent des hébergements saturés, des difficultés d’accès à l’eau potable, ainsi qu’un risque élevé de séparation familiale, certaines personnes ayant fui dans la précipitation sans documents d’identité ni effets personnels. Les sites d’accueil font aussi face à un besoin urgent de soins, en particulier pour les enfants et les personnes âgées, qui représentent une part importante des déplacés.
Les autorités locales ont tenu des réunions d’urgence avec les services techniques et les acteurs humanitaires afin d’évaluer la situation et coordonner l’assistance. Des patrouilles de sécurisation ont été annoncées sur certains axes, mais leur présence reste encore limitée dans une zone vaste et difficile d’accès. Pendant ce temps, les villages d’origine se retrouvent à moitié vides : les champs sont laissés en friche, certains marchés hebdomadaires ont été suspendus, et les habitants craignent de retrouver leurs biens pillés ou détruits en cas de retour prématuré.
Ce déplacement massif, décrit comme préventif par la DTM, révèle les fragilités d’une région frontalière où les groupes armés exploitent les failles de l’État, les tensions communautaires et la porosité des frontières. Il témoigne aussi du rôle déterminant joué par les communautés d’accueil, en première ligne pour absorber un afflux soudain de personnes. Si les violences persistent, les besoins humanitaires pourraient rapidement dépasser les capacités locales, rendant indispensable un appui renforcé pour éviter l’enracinement d’une crise prolongée.

Réfugiés : le Mali accueille plus de 230 000 Burkinabè et Nigériens

Publié le 31 octobre 2025, le rapport conjoint du gouvernement malien et du HCR confirme une hausse marquée des arrivées de réfugiés burkinabè et nigériens dans plusieurs régions du pays. Le document montre l’ampleur d’un mouvement de population étroitement lié à la crise sécuritaire qui frappe le Sahel.

Depuis début 2024, le Mali est devenu l’un des principaux territoires d’accueil pour les populations fuyant les violences au Burkina Faso et au Niger. Selon les données officielles, 150 300 Burkinabè et Nigériens ont été enregistrés au 31 octobre 2025, tandis qu’environ 83 400 personnes supplémentaires de ces deux nationalités n’ont pas encore pu être enregistrées, faute d’accès ou en raison de déplacements récents. Le total estimé dépasse ainsi 230 000 réfugiés, concentrés notamment dans les régions de Gao, Ménaka, Ansongo, Tombouctou, Gourma-Rharous et Niono.
Les causes de cet afflux sont clairement identifiées dans le rapport : attaques contre des villages, incursions répétées de groupes armés, intimidations, enlèvements, affrontements entre acteurs armés non étatiques et forces engagées dans des opérations contre les groupes radicaux. En un peu moins de deux ans, 154 637 nouveaux arrivants ont été recensés, avec un pic exceptionnel dépassant 120 000 personnes en un seul mois lorsque les violences se sont intensifiées dans le Sahel burkinabè.
Ces mouvements touchent des populations particulièrement vulnérables. Les femmes représentent 56 % des réfugiés enregistrés, les hommes 44 %, et les enfants constituent une proportion très importante dans les tranches d’âge 0–17 ans. Le rapport identifie également plus de 41 000 personnes ayant des besoins de protection spécifiques, qu’il s’agisse de femmes exposées aux risques, de personnes âgées vulnérables, de personnes vivant avec un handicap, d’enfants non accompagnés ou de cas médicaux critiques nécessitant une prise en charge urgente.
Les opérations conjointes d’enregistrement menées par l’État et le HCR ont permis de structurer la réponse, mais de nombreuses zones restent difficiles d’accès en raison de l’insécurité. Cela explique la présence d’un nombre élevé de personnes non enregistrées et complique l’évaluation précise des besoins, notamment en matière de santé, d’abris, de protection et d’aide alimentaire. Le HCR souligne que les chiffres disponibles pourraient être en deçà de la réalité, compte tenu de la dynamique encore active des déplacements.
Cet afflux s’ajoute à une situation interne déjà tendue. Le Mali compte par ailleurs plus de 400 000 déplacés internes, principalement dans le nord et le centre, où les populations subissent les effets conjugués des violences, de l’effondrement des services sociaux de base et des chocs climatiques. Les régions d’accueil doivent ainsi gérer des besoins croissants dans un contexte de ressources limitées, ce qui renforce la pression sur les mécanismes humanitaires et institutionnels.
Le rapport appelle à un renforcement de l’enregistrement, de la protection et de l’assistance, tout en soulignant la nécessité de maintenir un accès humanitaire régulier dans les zones concernées. Il insiste sur l’importance des efforts conjoints entre les autorités et les partenaires humanitaires pour faire face à une situation qui évolue rapidement et dont les implications touchent autant la stabilité locale que la cohésion des communautés.

Afflux de réfugiés burkinabè à Koro : près de 51 000 arrivées depuis avril

Le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara, fait face depuis avril 2025 à une arrivée massive de réfugiés venus du Burkina Faso. En l’espace de cinq mois, près de 51 000 personnes se sont installées dans la zone, doublant le nombre de réfugiés déjà présents. Les autorités locales, le HCR, la Commission nationale chargée des réfugiés (CNCR) et plusieurs partenaires humanitaires s’efforcent de répondre à une situation qualifiée d’urgence.

Les évaluations multisectorielles menées sur le terrain font ressortir plusieurs besoins prioritaires. Dans le domaine de l’éducation, plus de 200 ménages réfugiés occupent encore des salles de classe, qui doivent être libérées avant la rentrée prévue le 1er octobre. La question des abris reste centrale, des milliers de familles vivant dans des conditions de surpopulation, dans des écoles, des maisons de fortune ou auprès de familles hôtes.

La santé est également un secteur critique : le bloc opératoire du centre de référence de Koro fonctionne sans source d’électricité fiable, ce qui a de graves conséquences lors des interventions chirurgicales, notamment les césariennes. Le centre de traitement de la malnutrition manque par ailleurs de produits essentiels. Les structures locales sont soutenues par Médecins Sans Frontières, tandis que l’UNICEF, l’OMS, le PAM et l’UNFPA participent au renforcement des services.

Sur le plan alimentaire, le PAM a déjà distribué des vivres à plus de 4 500 familles, soit environ 22 000 réfugiés. Dans le domaine des abris, le HCR a lancé, le 19 septembre, la construction de 200 logements transitoires à cinq kilomètres au nord de Koro. L’objectif est de reloger 200 ménages actuellement installés dans des classes, afin de permettre la reprise de l’année scolaire. Le HCR a également distribué des articles essentiels à plus de 2 000 familles.

Les besoins en eau, assainissement et hygiène demeurent un défi majeur, accentué par l’augmentation rapide de la population. Les réfugiés manquent aussi d’articles non alimentaires tels que vêtements, ustensiles de cuisine, moustiquaires ou kits d’hygiène menstruelle. L’énergie et la protection figurent également parmi les priorités, avec une demande d’installation de lampadaires et lampes solaires pour réduire les risques liés à l’insécurité et limiter la pression sur l’environnement.

Le HCR a déjà enregistré plus de 65 000 personnes avec l’appui de la CNCR, du PAM et d’ONG partenaires, garantissant ainsi leur identité et l’accès à l’assistance. L’UNICEF travaille parallèlement à l’intégration des enfants réfugiés dans le système éducatif malien. Selon les derniers chiffres, 203 cas de vulnérabilités ont été référés, dont 172 femmes enceintes bénéficiant désormais d’un suivi prénatal.

Face à cette crise, le HCR appelle les donateurs et les partenaires à mobiliser davantage de ressources afin de soutenir la réponse humanitaire et de renforcer la résilience des communautés hôtes, déjà fortement sollicitées par l’afflux.

 

Dr. Amidou Tidiani : « C’est du fait que l’AES ait permis à ses États membres de résister collectivement face à la CEDEAO qu’a résulté l’idée d’en faire un outil politique et idéologique ».  

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont crée l’Alliance des Etats du Sahel, devenue confédération AES en juillet 2024. De quoi raviver le rêve fédéral du Mali. Dr Amidou Tidiani, enseignant-chercheur à l’Université Paris 13, répond à nos questions. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.

65 ans après l’échec de la Fédération du Mali, la Confédération AES pourrait-elle aboutir à une Fédération des États du Sahel ?

Par comparaison à la fédération du Mali, l’AES a une construction paradoxale. Initialement, il s’agissait d’une alliance d’infortune et de circonstance, dans un contexte d’opposition à la CEDEAO. Cette alliance n’avait initialement aucune consistance politique, ni idéologique.

C’est du fait que l’AES ait permis à ses États membres de résister collectivement face à la CEDEAO qu’a résulté l’idée d’en faire un outil politique et idéologique. On est ainsi passé d’une alliance de protection de régimes militaires à un projet politique.

Aujourd’hui, force est de constater que ce projet se renforce, se concrétise et prend un air beaucoup plus concret. Cependant, on est encore loin d’un véritable État fédéral comme le Mali d’il y a 65 ans.

En tant que précurseur de l’aspiration fédérale sous Modibo Keita, quel rôle pourrait jouer le Mali dans la concrétisation d’un État fédéral sahélien ?

Le Mali fait déjà office de locomotive de l’AES. C’est le précurseur de la résistance d’un régime militaire issu d’un coup d’Etat face à la CEDEAO. Les autres ont capitalisé sur l’expérience malienne. À cet égard, le Mali détermine le tempo de l’Alliance. Tant que l’AES restera gouvernée par des régimes militaires comme c’est le cas aujourd’hui, la dynamique malienne perdurera.

La consistance politique et idéologique de la fédération au sens de Modibo Keita est totalement différente de celle de Assimi Goita. Mais il me semble effectivement que l’AES inspire l’intégration sous régionale, idée chère à Modibo Keita.

Aujourd’hui, un peu plus d’un an après la création de la Confédération AES, quel regard portez-vous sur son évolution ?

S’il faut faire bilan, force est de constater que l’AES a réussi son  premier combat : celui de la résistance de ses membres face à la CEDEAO.

Cependant, le second volet sur lequel s’est construite l’AES (le volet sécuritaire) offre un bilan assez mitigé. La communication est importante mais les résultats restent à percevoir. Si l’AES atteint l’objectif de la sécurisation des territoires de ses Etats membres, elle s’inscrira définitivement dans le décor institutionnel sous-régional comme un acteur incontournable et attirera alors de nouveaux membres.

 

Le Sahel central en crise prolongée selon OCHA

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) alerte dans son rapport couvrant la période de janvier à août 2025 sur la gravité de la situation au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Le document indique que les besoins humanitaires sont importants alors que les financements restent très limités.

Près de trois mille incidents sécuritaires ont été enregistrés au cours des huit premiers mois de l’année, entraînant des déplacements massifs. Plus de 2,7 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées internes et environ 390 000 ont trouvé refuge à l’étranger, soit une hausse de 14 % depuis janvier. Au Mali, l’éducation est particulièrement touchée avec plus de 2 036 écoles fermées en juin, ce qui concerne plus de 610 000 élèves et 12 216 enseignants.

Dans l’ensemble de la région, plus de 8 200 écoles sont non fonctionnelles et plus de 900 centres de santé hors service. L’alimentation reste un point sensible avec 8,26 millions de personnes classées en phase de crise et 906 000 enfants admis pour malnutrition aiguë sévère.

Le financement disponible reste faible par rapport aux besoins. Sur 2,1 milliards de dollars recherchés pour 2025, seuls 379 millions ont été mobilisés à la mi-septembre, soit 18 % du total. Ces chiffres s’appuient sur plusieurs sources regroupées par OCHA, dont ACLED pour les incidents sécuritaires, UNICEF pour la nutrition et le Cluster Éducation pour la scolarité.

Le rapport souligne enfin que sans un renforcement rapide des financements, la réponse humanitaire restera limitée face à l’ampleur des besoins, laissant des millions de personnes sans assistance dans le Sahel central.

 

 

Burkina Faso : visa gratuit pour les Africains

Le Burkina Faso a annoncé la gratuité des frais de visa pour tous les ressortissants africains. La décision a été adoptée en Conseil des ministres le 11 septembre 2025 et figure dans la loi des finances rectificative.

Le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, a précisé que la demande de visa reste obligatoire et doit continuer à se faire en ligne. Les dossiers seront examinés selon les procédures habituelles, mais aucun frais ne sera exigé pour les citoyens africains.

La date précise d’application n’a pas encore été communiquée. Le portail officiel de demande de visa affiche toujours les anciens barèmes, ce qui laisse entrevoir une phase de transition avant la mise en œuvre effective de la gratuité.

Des clarifications sont attendues concernant les types de visas concernés, qu’il s’agisse de séjours touristiques, d’affaires ou de transit, ainsi que sur les modalités de traitement des demandes pendant la période de transition. Pour l’heure, seule la suspension des frais a été confirmée, tandis que la procédure de demande reste inchangée.

Les autorités présentent cette réforme comme un instrument de facilitation de la mobilité sur le continent. Elle vise aussi à encourager les échanges économiques, culturels et touristiques avec les autres pays africains.

Plusieurs pays africains ont, ces dernières années, assoupli leur régime d’entrée pour les ressortissants du continent. La décision du Burkina Faso s’inscrit dans cette tendance visant à favoriser la libre circulation et à renforcer les échanges intra-africains.

Zapad-2025 : le Mali et le Burkina Faso figurent parmi les pays présents

Le Mali et le Burkina Faso font partie des pays cités dans l’exercice militaire stratégique « Zapad-2025 », lancé le 12 septembre en Russie et au Bélarus. Leur rôle exact n’a pas encore été précisé, mais cette participation intervient dans un contexte de guerre en Ukraine et de rapprochement militaire renforcé avec Moscou.

L’exercice militaire stratégique « Zapad-2025 » s’est ouvert le 12 septembre en Russie et au Bélarus et doit se poursuivre jusqu’au 16 septembre. Prévu tous les quatre ans, il constitue l’une des principales manœuvres conjointes de l’Union Russie-Bélarus. Selon les déclarations officielles, l’objectif affiché est de tester la préparation défensive commune et les capacités d’armes combinées, tout en incluant des scénarios liés à l’emploi simulé d’armes à potentiel nucléaire. Le Kremlin a insisté sur le fait que ces manœuvres ne sont pas dirigées contre des États tiers.

Le Mali et le Burkina Faso figurent parmi les pays mentionnés comme présents, aux côtés d’autres États africains tels que le Congo. La nature exacte de leur participation reste toutefois inconnue à ce stade, aucune précision n’ayant été communiquée par les autorités de Bamako ou de Ouagadougou. Il n’est pas établi si leur rôle consiste à envoyer des troupes, du matériel ou s’il se limite à une présence d’observateurs.

Cette édition de Zapad se déroule dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, qui mobilise une grande partie des forces russes. Plusieurs médias internationaux estiment que cette situation pourrait avoir un impact sur l’ampleur de l’exercice. Côté ukrainien, les gardes-frontières ont indiqué ne pas avoir observé de formation de groupes de frappe en Biélorussie liés aux manœuvres, tandis que la Pologne a rapporté, deux jours avant l’ouverture, avoir neutralisé des objets ayant violé son espace aérien.

La présence du Mali et du Burkina Faso dans Zapad-2025 s’inscrit dans le prolongement du rapprochement militaire engagé avec la Russie ces derniers mois, dans le cadre de la Confédération des États du Sahel.

AES : Bamako accueillera un forum sur le développement de l’agriculture

La capitale malienne abritera les 18, 19 et 20 septembre prochain, au CICB, un forum sur le développement de l’Agriculture, dans l’espace de la Confédération des États du Sahel. Ce forum servira de cadre d’échanges et de partage d’expériences entre les professionnels du secteur agricole des pays membres de l’AES, en vue d’identifier les actions de synergie dans le domaine Agricole.

 

La capitale malienne servira de cadre à un forum sur le développement agricole, secteur stratégique pour les pays de l’AES. Pour aider à bien préparer la rencontre, une commission d’organisation a été mise en place et comprend des représentants de plusieurs départements ministériels maliens. Elle s’est réunie ce mardi 09 septembre 2025, dans la salle de réunion du ministère de l’Agriculture, sous la co présidence des Secrétaires Généraux des ministères de l’Agriculture et de celui de l’Élevage et de la Pêche.

 

Placé sous le parrainage du Général Assimi GOÏTA, président de la Confédération AES et placé sous la présidence du Premier Ministre, Abdoulaye MAÏGA, ce forum s’inscrit dans la perspective de parvenir à une vison partagée du développement agricole, afin d’accélérer la transformation durable des systèmes agricoles dans l’espace de la confédération. L’agriculture est le pilier clé de l’économie des Etats du sahel. Au Mali, il emploie près de 80 % de la population et contribue à hauteur de 38 % au PIB. Selon le rapport de revue du secteur agricole de la banque mondiale, le Mali possède un potentiel agricole considérable.

 

Environ 44 millions d’hectares sont utilisables pour l’agriculture et l’élevage, dont seulement 7 millions d’hectares (soit 16%) sont cultivés à l’heure actuelle. Cette grande rencontre servira de cadre d’échanges et de partage d’expériences entre les professionnels du secteur agricole des pays membres de l’AES, dans l’optique d’identifier les actions de synergie dans le domaine Agricole dont la mise en œuvre pourrait contribuer à l’atteinte de la souveraineté alimentaire et l’amélioration des conditions de vie des exploitantes et exploitants agricoles de la zone AES. Les échanges de cette première réunion ont porté essentiellement sur la tenue et la réussite du forum.

Joseph Amara DEMBELE

 

 

Koro : Une crise humanitaire face à l’afflux massif de réfugiés

Dans la région de Bandiagara, la ville de Koro fait face depuis plusieurs semaines à un afflux continu de réfugiés burkinabè. La proportion des déplacés par rapport à la population locale illustre l’ampleur d’une urgence humanitaire qui dépasse les capacités d’accueil.

Au 30 juin 2025, le HCR estimait à plus de 121 500 le nombre de réfugiés burkinabè et nigériens installés au Mali, dont environ 85 700 Burkinabè encore en attente d’enregistrement officiel. Ces hommes, femmes et enfants fuient l’insécurité provoquée par les attaques répétées de groupes armés et les opérations militaires qui ravagent plusieurs zones frontalières.

La tendance s’est brutalement accélérée en août. Entre le 7 et le 15 du mois, le nombre de personnes enregistrées à Koro est passé de 1 733 à près de 12 000, soit une moyenne de plus de 1 500 arrivées par jour. Le 31 août, 265 ménages supplémentaires, représentant environ 1 509 personnes, sont venus s’ajouter aux flux précédents. À ces nouveaux arrivés s’additionnent plus de 83 000 réfugiés déjà présents dans la localité, soit quasiment l’équivalent de la population résidente, estimée à 100 400 habitants.

Les réfugiés arrivent souvent sans ressources, contraints d’abandonner leurs biens et leurs champs. Leur survie dépend largement de la solidarité des familles hôtes, elles-mêmes confrontées à une pression inédite sur leurs moyens de subsistance. Les besoins prioritaires sont nombreux : abris, vivres, eau potable, articles d’hygiène, biens ménagers essentiels et accompagnement psychosocial.

Le HCR et ses partenaires tentent d’apporter une réponse, mais les moyens restent très en deçà de la demande. Fin août, des kits comprenant couvertures, lampes solaires, moustiquaires et jerricans ont été distribués à 1 478 ménages sur 1 733 préenregistrés. Toutefois, la crise budgétaire qui touche la plupart des organisations humanitaires limite fortement la continuité des opérations.

Les données recueillies par le HCR soulignent également la fragilité des nouveaux arrivants. Près de 55 % d’entre eux présentent des besoins spécifiques liés à la protection, notamment des femmes exposées aux violences, des enfants non accompagnés, des personnes handicapées et des malades nécessitant une prise en charge régulière. Cette dimension rend l’urgence encore plus pressante et complique la tâche des acteurs humanitaires sur le terrain.

Dans cette ville de la région de Bandiagara, la population locale fait preuve d’une solidarité exemplaire, mais l’équilibre reste précaire. Les autorités multiplient les appels pour éviter une détérioration rapide de la situation. Sans un appui renforcé, des milliers de vies risquent de basculer dans une détresse encore plus profonde, au détriment à la fois des réfugiés et des communautés qui les accueillent.

Le Premier ministre burkinabè achève une visite de quatre jours à Bamako

Le Premier ministre du Burkina Faso, Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo, a quitté Bamako ce vendredi matin au terme d’un séjour de quatre jours au Mali.

Son départ de l’aéroport international Modibo Keïta-Sénou a été marqué par la présence de son homologue malien, le général de division Abdoulaye Maïga, de plusieurs membres du gouvernement et de représentants de la communauté burkinabè vivant au Mali.

Arrivé le 18 août, M. Ouédraogo a effectué cette visite en qualité d’invité d’honneur de la célébration du deuxième anniversaire de la Brigade citoyenne, organisée par le ministère malien de la Jeunesse et des Sports. L’initiative, lancée en 2023, mobilise des jeunes autour de l’instruction civique, de la solidarité et de la discipline collective. Les cérémonies commémoratives ont réuni des délégations venues de plusieurs régions du Mali.
Durant son séjour, le Premier ministre burkinabè a eu une séance de travail avec son homologue malien. Il a également été reçu par le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, pour un entretien centré sur la coopération bilatérale et les projets communs de la Confédération des États du Sahel.
La délégation burkinabè, composée de membres du gouvernement et de conseillers techniques, a également pris part à des rencontres avec leurs homologues maliens autour de questions de sécurité, de jeunesse et de développement.

Burkina Faso : la coordinatrice de l’ONU déclarée persona non grata

Le gouvernement burkinabè a annoncé, ce lundi 18 août, l’expulsion de la coordinatrice résidente du Système des Nations Unies, Carol Flore-Smereczniak, déclarée persona non grata sur le territoire national. La décision a été rendue publique par le porte-parole du gouvernement, Gilbert Ouédraogo, à la télévision nationale.

Les autorités reprochent à la responsable onusienne d’avoir coprésidé l’élaboration d’un rapport intitulé « Les enfants et le conflit armé au Burkina Faso », jugé mensonger et dépourvu de fondements objectifs. Selon le communiqué officiel, le document cite indistinctement groupes armés et forces nationales. Il avance également des accusations de violations contre des enfants sans annexer d’éléments vérifiables, tels que des enquêtes ou décisions judiciaires.
Le rapport, produit par une équipe spéciale des Nations Unies sur le Burkina Faso, traite de la situation politique, militaire et sécuritaire du pays et recense des atteintes graves contre les enfants conformément à la résolution 1612 du Conseil de sécurité adoptée en 2005. Il mentionne notamment des cas de recrutement forcé, d’attaques contre des écoles et de restrictions à l’aide humanitaire.
Le gouvernement affirme n’avoir pas été associé au processus d’élaboration du rapport, estimant que cette exclusion a conduit à une lecture biaisée de la situation. Dans son communiqué, il accuse certaines agences onusiennes d’user de formulations équivoques qui, selon lui, risquent de minimiser la violence exercée par les groupes armés et de jeter le discrédit sur les forces de défense et de sécurité burkinabè.
À Ouagadougou, l’exécutif explique que cette mesure vise à préserver la coopération avec les Nations Unies, tout en jugeant que Mme Flore-Smereczniak n’est plus une interlocutrice crédible. Les Nations Unies n’a pas encore réagi officiellement.

Alino Faso retrouvé mort à Abidjan : les accusations ivoiriennes dévoilées 

L’activiste burkinabè Alain Christophe Traoré, connu sous le pseudonyme Alino Faso, a été retrouvé pendu dans sa cellule à l’École de gendarmerie d’Abidjan le jeudi 24 juillet 2025 à 7 h 30. Le procureur a précisé que l’examen médico-légal concluait à un suicide après une tentative d’auto-mutilation du poignet avec une lame.

Alino Faso avait été arrêté en Côte d’Ivoire le 10 janvier 2025. Les autorités l’ont visé pour des motifs précis : intelligence avec un État étranger susceptible de compromettre la stabilité militaire ou diplomatique de la Côte d’Ivoire, complot contre l’autorité de l’État, espionnage et diffusion de fausses informations visant à atteindre le moral de la population et la défense nationale.
Le porte-parole du gouvernement ivoirien avait déclaré en janvier que son arrestation s’était déroulée « en bonne et due forme », sans mettre en cause sa disparition. Aucune charge n’a été rendue publique pendant les mois de détention qui ont suivi.
La révélation du décès le 27 juillet 2025, soit trois jours après les faits, a suscité scepticisme au Burkina Faso. Ni la famille, ni l’ambassade burkinabè n’a reçu d’informations officielles avant la diffusion du communiqué du procureur. Plusieurs acteurs de la société civile et internautes demandent à présent une autopsie indépendante et une enquête impartiale pour vérifier les circonstances de cette mort.
En Côte d’Ivoire, Alino Faso était considéré comme un soutien actif au régime militaire du Burkina Faso. Son influence médiatique reposait notamment sur son appartenance supposée aux “Bataillons d’intervention rapide de la communication (BIR‑C)”, un groupe de cyberactivistes liés aux autorités burkinabè. Il était aussi suspecté d’avoir noué un contact avec un activiste influent des États-Unis pour propager des messages très virulents à l’encontre d’Abidjan.
Installé à Abidjan depuis 2021, il avait ouvert un restaurant communautaire et menait des actions sociales en faveur des déplacés internes du Burkina Faso. Il organisait aussi des événements pour soutenir les autorités de son pays traçant sa propre narration politique au sein de la diaspora.
Au-delà du décès d’un individu, cette affaire interroge sur l’encadrement juridique des influenceurs et activistes ouest‑africains engagés politiquement à l’étranger. Alors que certains États africains mettent en place des mécanismes de médiation et de suivi pour leurs ressortissants en difficulté, le Burkina Faso est resté discret jusqu’à l’annonce publique du décès, ce qui a nourri un sentiment d’abandon ou de postérité.

Terrorisme en 2025 : Le Mali, 4ᵉ pays le plus touché au monde selon le Global Terrorism Index  

L’Institute for Economics and Peace (IEP) a publié, le 5 mars dernier, le Global Terrorism Index (GTI) 2025, qui analyse l’impact du terrorisme dans le monde pour l’année 2024. Ce rapport révèle que le Mali est désormais le quatrième pays le plus touché par le terrorisme, derrière le Burkina Faso, le Pakistan et la Syrie, et devant le Niger, le Nigeria et la Somalie.

L’étude, qui mesure l’impact du terrorisme à travers des indicateurs tels que le nombre d’attaques, de morts, de blessés et de destructions matérielles, confirme que le Sahel central est aujourd’hui l’épicentre mondial du terrorisme.
Avec un score de 7,907, le Mali a enregistré une recrudescence des attaques en 2024. Selon le rapport, plus de 1 000 à 1 200 personnes ont été tuées au cours de l’année, principalement dans les régions de Mopti, Gao, Tombouctou, Ségou et Ménaka, où les groupes armés terroristes ont multiplié les offensives. Le rapport souligne que l’État Islamique dans le Grand Sahara (EIGS) a particulièrement consolidé son emprise, occupant certaines localités stratégiques comme Tidermène en avril 2023. Le Jama’at Nasr al-Islam wal-Muslimin (JNIM) ou GSIM, affilié à Al-Qaïda, continue également de mener des attaques coordonnées, notamment dans les régions de Mopti et de Gao, ciblant aussi bien les populations civiles que les forces armées maliennes. Les affrontements entre les groupes terroristes et l’armée, ainsi que les attaques contre les populations civiles, ont aggravé la situation humanitaire, entraînant des déplacements massifs de populations.
Le Burkina Faso, avec un score de 8,581, est le pays le plus touché par le terrorisme dans le monde en 2024. Le rapport indique que le pays a subi plus de 1 500 décès liés au terrorisme, principalement causés par le GSIM et l’EIGS, qui contrôlent désormais de vastes portions du territoire. Des attaques de grande ampleur, comme celles de Seytenga qui avait fait plus de 100 morts, se sont poursuivies en 2024, touchant particulièrement les régions du Sahel, du Nord et de l’Est. L’armée burkinabè, malgré des offensives contre les groupes armés, peine à stabiliser la situation.
Le Niger, avec un score de 7,776, occupe la cinquième place mondiale. Le pays a enregistré environ 900 à 1 000 morts en 2024, particulièrement dans les régions de Tillabéri et Diffa, où sévissent respectivement l’EIGS et Boko Haram. L’une des attaques les plus marquantes a eu lieu le 21 mars 2024, lorsqu’une embuscade contre un convoi militaire dans la région de Tillabéri a causé la mort de 23 soldats nigériens. Malgré des efforts militaires et des coopérations régionales, la menace djihadiste demeure forte dans le pays.
Le rapport révèle aussi les tendances mondiales du terrorisme. Le Pakistan, qui a enregistré une augmentation de 45 % des décès liés au terrorisme, devient le deuxième pays le plus touché, avec un score de 8,374. La Syrie, toujours en proie à une guerre civile prolongée, occupe la troisième place, avec un score de 8,006. Le Nigeria, qui fait face aux violences de Boko Haram et de l’État Islamique en Afrique de l’Ouest, est classé sixième, avec 565 décès terroristes recensés en 2024.
Par rapport au classement de 2023, on observe une aggravation de la situation au Sahel. Le Burkina Faso, qui était deuxième en 2023, est désormais le pays le plus touché. Le Mali a progressé du sixième au quatrième rang, enregistrant une augmentation du nombre d’attaques et de victimes. Le Niger, qui était septième, est désormais cinquième, confirmant l’intensification de l’insécurité dans la région. En revanche, l’Afghanistan, qui était historiquement l’un des pays les plus touchés, a vu une diminution de l’impact du terrorisme, notamment après le retrait des forces étrangères et la consolidation du pouvoir des Talibans.
L’édition 2025 du Global Terrorism Index met en évidence l’ancrage durable du terrorisme au Sahel central, qui représente désormais plus de 50 % des morts liés au terrorisme dans le monde. La montée en puissance de l’EIGS et du JNIM, la faiblesse des États face à ces menaces malgré les efforts consentis et la prolifération des conflits intercommunautaires exacerbent la crise. Le rapport insiste sur l’urgence d’une réponse coordonée au niveau régional, associant une approche militaire et une politique de stabilisation économique pour contrer cette dynamique destructrice.

FESPACO 2025 : Le Burkina Faso triomphe avec l’Étalon d’or de Yennenga

La 29ᵉ édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) s’est déroulée du 22 février au 1ᵉʳ mars 2025, réunissant des cinéastes, critiques et passionnés de cinéma venus de tout le continent et d’ailleurs. Considéré comme le plus grand événement cinématographique africain, le festival a dévoilé la richesse et la diversité du cinéma africain.

Le réalisateur burkinabè Dani Kouyaté a remporté l’Étalon d’or de Yennenga, la récompense la plus prestigieuse du festival, avec son film « Katanga, la danse des scorpions ». Ce long-métrage, tourné en langue mooré, met en avant les complexités du pouvoir et la richesse des traditions africaines. Ce sacre marque un retour triomphal du Burkina Faso au sommet du cinéma africain, 28 ans après la dernière victoire d’un Burkinabè dans cette catégorie.
Les autres lauréats du palmarès
L’Étalon d’argent de Yennenga a été attribué au réalisateur somalien Mo Harawe pour son film « The Village Next to Paradise ». Quant à l’Étalon de bronze de Yennenga il a été décerné à la réalisatrice zambienne Rungano Nyoni pour son film « On Becoming a Guinea Fowl », un drame familial surréaliste qui explore les secrets et tensions d’une famille zambienne.
Une forte participation du Mali
Le Mali a marqué cette édition du FESPACO en présentant 11 films en compétition. Ainsi, le prix de l’UEMOA (Long métrage documentaire) a été décerné au malien Fousseyni Maiga pour « Fatow / Les fous ». S’y ajoute « Klema, saison sèche » de Boubacar Gakou Touré, qui a reçu une mention spéciale dans la section Perspectives, témoignant de la vitalité du cinéma malien sur la scène africaine.
Un hommage à Souleymane Cissé
Le festival a également été marqué par la disparition de Souleymane Cissé, grand cinéaste malien et pionnier du cinéma africain, décédé le 19 février 2025 à l’âge de 84 ans. Réalisateur de « Yeelen », qui avait remporté le Prix du Jury à Cannes en 1987, son œuvre a profondément marqué l’histoire du septième art africain. Un hommage spécial lui a été rendu lors du festival.
Un festival sous le signe de la diversité
Le thème de cette édition, « Cinéma d’Afrique et identités culturelles », a permis d’explorer les multiples facettes des réalités africaines à travers des films provenant de 53 pays. La programmation a offert un large éventail de genres et d’histoires, consolidant la place du FESPACO comme vitrine incontournable du cinéma africain.
Le succès de cette édition confirme le rôle central du FESPACO dans la promotion du cinéma africain. Malgré les défis de financement et de distribution, le dynamisme des réalisateurs africains témoigne d’un avenir prometteur pour l’industrie cinématographique du continent.
Cette édition du FESPACO restera gravée dans l’histoire, notamment par la victoire du Burkina Faso, l’hommage à Souleymane Cissé et la célébration de la diversité culturelle à travers le cinéma.

Crise au Sahel central : une situation humanitaire alarmante

Selon un récent rapport onusien, au Sahel central, les populations du Burkina Faso, du Mali et du Niger continuent de subir les conséquences tragiques d’une insécurité persistante, exacerbée par la violence et les conflits.

À la fin de 2024, la région reste en proie à des déplacements massifs et à des besoins humanitaires criants, nécessitant une mobilisation accrue de la communauté internationale.

Entre octobre et décembre 2024, 619 incidents de sécurité ont été enregistrés dans la région, marquant une hausse par rapport aux 569 incidents recensés entre août et septembre. Paradoxalement, le nombre de décès a diminué, passant de 1 946 à 1 526 sur la même période. Cette évolution témoigne de la complexité du contexte sécuritaire, où l’intensité des affrontements varie selon les zones et les acteurs impliqués.
En septembre 2024, le Mali comptait déjà plus de 378 000 personnes déplacées internes (PDI), un chiffre qui reflète l’ampleur du défi auquel fait face le pays. Au Niger, 162 000 PDI étaient recensées à la même période, tandis que le Burkina Faso enregistrait un total effarant de 2,1 millions de PDI. Ensemble, les trois pays comptent actuellement 2,6 millions de personnes déplacées internes, soit une légère diminution de 3 % par rapport aux mois précédents.
Le Sahel central accueille également un nombre croissant de réfugiés. À la fin de 2024, leur population avait augmenté de 3 %, atteignant un total de 329 500 personnes. Ces réfugiés, fuyant des zones de violence intense, trouvent asile dans des conditions souvent précaires, aggravées par le manque de ressources et d’infrastructures.
L’insécurité alimentaire et l’accès limité aux services de base
Les populations vulnérables du Sahel central font face à une insécurité alimentaire aiguë et à des niveaux élevés de malnutrition. Les estimations révèlent que plus de 8 millions de personnes dans la région sont en situation de crise alimentaire (phase 3 ou plus selon le Cadre Harmonisé). Les enfants sont particulièrement touchés, avec des milliers de cas de malnutrition sévère signalés.
L’accès limité aux services de base aggrave encore la situation. De nombreuses écoles et centres de santé restent non fonctionnels en raison de l’insécurité et du manque de financement. Ces lacunes mettent en péril l’avenir de millions de jeunes et compliquent les efforts pour contenir la crise humanitaire.
Un financement insuffisant
Malgré les contributions des donateurs internationaux, qui ont permis de mobiliser 997 millions de dollars à ce jour, cela ne représente que 43 % des 2,3 milliards de dollars nécessaires pour soutenir les 9 millions de personnes ciblées par les efforts humanitaires. Cet écart de financement menace de compromettre les interventions importantes et de laisser des millions de personnes sans assistance adéquate.
La crise au Sahel central nécessite une réponse collective et immédiate. Les gouvernements, les organisations internationales et les acteurs locaux sont appelés à redoubler d’efforts pour répondre aux besoins urgents des populations affectées. Cela inclut une intensification des initiatives de paix, une augmentation des financements humanitaires et une coopération renforcée pour garantir l’accès à des services essentiels.

Éliminatoires du CHAN 2025 : Le Burkina Faso prive la Côte d’Ivoire de la qualification  

Le Burkina Faso a réalisé une performance remarquable en éliminant la Côte d’Ivoire lors des éliminatoires du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) 2025. Après une défaite 2-0 au match aller, les Étalons A’ ont renversé la situation en s’imposant sur le même score lors du match retour au stade du 26 Mars à Bamako, avant de l’emporter 4-2 lors de la séance de tirs au but.

Privés de stades homologués par la Confédération Africaine de Football (CAF), le Niger et le Burkina Faso ont disputé leurs rencontres à Bamako, bénéficiant ainsi d’un soutien local significatif. Cette situation a conféré aux deux équipes un avantage comparable à celui de jouer à domicile.
Le match retour entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire a été dominé par les Burkinabè, qui ont ouvert le score à la 30ᵉ minute grâce à Aboubacar Traoré. Ils ont doublé la mise en seconde période par l’intermédiaire de Franck Kanté. La séance de tirs au but a ensuite tourné en leur faveur, scellant leur qualification pour le CHAN 2025.
Par ailleurs, le Niger a également validé son billet pour la phase finale en obtenant un match nul 0-0 contre le Togo, profitant d’un but inscrit à l’extérieur lors du match aller (1-1 à Lomé). Les Mena A’ ont ainsi décroché leur cinquième participation au CHAN, confirmant leur régularité dans cette compétition.
Il ne reste plus que le Mali, qui affrontera la Mauritanie demain, dimanche 29 décembre 2024, au stade du 26 Mars à Bamako. Après une défaite 1-0 à Nouakchott, les Aigles locaux auront à cœur de renverser la situation devant leur public pour rejoindre le Niger et le Burkina Faso au CHAN 2025.
La phase finale du CHAN 2025 se déroulera du 1ᵉʳ au 25 février 2025 et sera co-organisée par le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie.  Cette édition sera la première à être organisée conjointement par trois pays, offrant une opportunité unique de tester leurs capacités en vue de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2027, qu’ils accueilleront également.
Les qualifications pour le CHAN 2025 ont débuté en octobre 2024, avec une nouveauté majeure. Les équipes ont désormais la possibilité de convoquer des joueurs expatriés en Afrique, une décision qui marque un tournant dans l’histoire du CHAN, traditionnellement réservé aux joueurs évoluant dans les championnats locaux.

Le Sénégal, vainqueur de l’édition précédente, défendra son titre lors de cette compétition, qui s’annonce déjà comme un événement majeur du football africain.

Développement du Liptako-Gourma : Bamako accueille le 1er Forum International

Du 10 au 13 décembre 2024, Bamako a abrité le Premier Forum International sur le Développement Territorial du Liptako-Gourma. Cet événement majeur, placé sous le thème : « Relèvement et Stabilisation : Facteurs Clés du Développement Territorial de la Région du Liptako-Gourma », a été lancé le mardi 10 décembre sous la présidence du Général de Corps d’Armée Ismaël Wagué, Ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion Nationale.

Organisé avec l’appui de l’Autorité du Liptako-Gourma (ALG) et du Projet Communautaire de Relèvement et de Stabilisation du Sahel (PCRSS), ce forum a rassemblé un large éventail d’acteurs : des représentants des gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger, des partenaires techniques et financiers, ainsi que des experts et membres des comités scientifiques des trois pays.
La cérémonie d’ouverture a été marquée par des interventions de haut niveau. Le Général Ismaël Wagué a salué la résilience des populations face aux défis régionaux et souligné l’importance d’une approche intégrée et inclusive associant paix, sécurité et développement durable.
Madame Hawa Cissé, Secrétaire Exécutive de l’ALG, a quant à elle présenté ce forum comme un cadre unique pour la stabilisation et le relèvement de la région, permettant d’aborder des problématiques essentielles telles que la gestion durable des ressources naturelles, l’amélioration des infrastructures et la cohésion sociale.
L’activité a également été marquée par la présence effective de plusieurs personnalités dont le Directeur des programmes de développement durable, le représentant du Gouverneur de la région Nord du Burkina Faso, le Secrétaire Général du Ministère de l’Enseignement Supérieur du Niger, les Coordonnateurs des projets communautaires du PCRSS des trois pays…
Cette mobilisation exceptionnelle témoigne de l’importance accordée à la région du Liptako-Gourma, carrefour stratégique reliant les trois nations.
Des recommandations ambitieuses pour la stabilisation et le développement
Les trois jours de travaux intenses ont permis d’élaborer des recommandations concrètes pour répondre aux défis complexes de la région. Parmi celles-ci, nous pouvons citer la mise en place d’une force régionale intégrée pour sécuriser les frontières et garantir une paix durable, le renforcement des programmes de déradicalisation et des initiatives de réinsertion socio-économique des jeunes, dans une perspective de résilience, l’accélération des projets de développement territorial, grâce à une approche concertée et inclusive, la valorisation des pratiques culturelles locales pour renforcer la cohésion sociale et promouvoir l’unité nationale.
Une Déclaration de Bamako pour l’avenir
Les échanges fructueux de ce forum seront consolidés par la Déclaration de Bamako, véritable feuille de route stratégique pour orienter les actions futures dans la région du Liptako-Gourma. Cette déclaration incarne une vision commune, visant à instaurer une stabilité durable et à promouvoir une prospérité partagée pour les populations locales.
Un jalon décisif pour le Sahel
La clôture, présidée avec solennité le 12 décembre par le Général de Corps d’Armée Ismaël Wagué, a dévoilé le caractère historique de cette initiative. En réunissant les acteurs clés autour d’une même table, ce forum marque est une étape majeure dans la coordination des efforts pour la stabilisation et le développement socio-économique du Liptako-Gourma.
En mobilisant les gouvernements, les partenaires techniques et financiers, et les communautés locales, ce premier forum ouvre la voie à des actions coordonnées, concrètes et porteuses d’espoir pour une région longtemps éprouvée. Le Liptako-Gourma s’affirme ainsi comme un terrain d’innovation et de coopération, unissant les trois nations dans un même élan pour la paix et la prospérité.