Coton : Bamako accueille un forum d’investissement

Du 23 au 25 Octobre 2025, la capitale malienne abritera au centre International de Conférence de Bamako ( CICB), la grande rencontre des investisseurs nationaux et internationaux. Elle a pour objectif de relancer la filière coton, cœur battant de l’économie rurale et premier produit agricole exporté au Mali.

Face aux multiples problèmes qu’endurent les producteurs de cette filière dans les zones rurales, ce forum s’inscrit dans une optique de valorisation de l’économie et de l’industrie cotonnières tout en facilitant les échanges et la collaboration entre les différents producteurs et acteurs industriels. Ce dialogue qui augure une nouvelle ère pour cette filière au Mali, symbole de la richesse agricole, permettra d’améliorer la productivité et la rentabilité des producteurs et actionnaires, favorisera la création des emplois locaux notamment dans les communautés rurales. Au cours de cette rencontre qui enregistrera la présence de producteurs aguerris, un partage d’expérience sur les enjeux et solutions, les impacts environnementaux de la production, se fera afin de minimiser les dangers écologiques de la culture du coton. Ce cadre d’échange ouvrira aussi non seulement les portes à de nouveaux partenariats innovants, mais sera le lieu de comprendre et d’expérimenter de nouvelles méthodes de rendement qui faciliteront une accélération à de nouveaux marchés et à la croissance.

Joseph Amara DEMBELE

CICR : le programme d’appui à l’élevage fait son bilan

Le ministère de l’Élevage et de la Pêche, en collaboration avec le CICR, organise du 19 au 20 août 2025 un atelier de planification de la campagne de vaccination 2025/2026. Durant deux jours, les acteurs partageront les résultats de la campagne 2024/2025, avant d’évoquer les difficultés et les perspectives pour un secteur plus résilient.

Le CICR met en œuvre depuis 2011 un programme d’appui à l’élevage qui intervient dans la campagne de vaccination annuelle contre certaines maladies prioritaires, dont la Peste des petits ruminants (PPR), la Péripneumonie contagieuse bovine (PPCB) et le charbon bactéridien. Le CICR soutient également la mise en œuvre d’actions comme la formation et le recyclage des auxiliaires d’élevage, la réalisation d’infrastructures pastorales et l’insémination artificielle.

Depuis 2019/2020, le programme a entrepris une transition vers la prise en charge des coûts de la prestation par les éleveurs dans le cadre de la vaccination des bovins contre la PPCB. Cet objectif a été atteint lors de la campagne 2022/2023.

Pour la campagne 2024/2025, le programme visait la vaccination de plus de 3 millions de petits ruminants. Les résultats ont atteint plus de 2 millions de sujets vaccinés, soit un taux de réussite de 99 %. Ce bilan inclut également l’assistance directe à plus de 90 000 ménages pasteurs et agropasteurs.

Perspectives

Pour la campagne 2025/2026, le ministère de l’Élevage offrira 3 millions de doses contre la PPR. Un engagement salutaire qui permettra au CICR d’allouer à d’autres activités le fonds prévu pour les vaccins, tel que le renforcement du marquage des animaux faisant partie du plan national de lutte contre la maladie. Le CICR contribuera aussi à renforcer la chaîne du froid pour favoriser la conservation des vaccins.

Pour remédier aux difficultés d’accès dans les zones d’intervention, des agents communautaires de santé animale, également formés avec la contribution du CICR, participent aux côtés des services vétérinaires et des détenteurs de mandats sanitaires pour assurer le suivi de la santé des animaux. L’autre contrainte reste l’acceptation du marquage, pourtant nécessaire pour l’efficacité de la vaccination. La campagne de vaccination 2024/2025 vise 3 millions de têtes de petits ruminants pour contribuer à l’éradication de la peste des petits ruminants à l’horizon 2030.

La Cour suprême ordonne le mandat de dépôt de Choguel Maïga

Après huit jours de garde à vue au Pôle économique et financier, l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga a été présenté ce mardi devant la Chambre d’instruction de la Cour suprême. La juridiction a confirmé les charges d’atteinte aux biens publics retenues par le procureur général et décidé de son placement sous mandat de dépôt.

L’enquête, ouverte à la suite d’un rapport du Bureau du Vérificateur général, met en cause la gestion de plusieurs structures publiques placées sous la responsabilité de Choguel Maïga lorsqu’il dirigeait la Primature. Le document pointe des irrégularités financières à l’Agence de gestion du fonds d’accès universel et à l’Autorité malienne de régulation des télécommunications et des postes, avec des dépenses jugées injustifiées et des contrats conclus en dehors des procédures légales.
La procédure judiciaire a connu plusieurs étapes depuis le début du mois. Le 1er août, l’ancien chef du gouvernement avait répondu à une première convocation des enquêteurs. Dix jours plus tard, une nouvelle audition l’avait conduit à une garde à vue prolongée jusqu’au 19 août, aux côtés de son ancien directeur de cabinet, le professeur Issiaka Ahmadou Singaré, et de trois anciens responsables financiers de la Primature. Si tous ont été inculpés, seul Choguel Maïga a été placé en détention, le professeur Singaré, âgé de 80 ans, bénéficiant d’une liberté provisoire.
Dans une déclaration transmise par son avocat, Maître Cheick Oumar Konaré, l’ancien Premier ministre a affirmé qu’il affrontait cette décision avec sérénité, considérant qu’un homme politique doit s’attendre à toutes les épreuves, « y compris la prison et la mort ».
Chef de file du Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des forces patriotiques, Choguel Maïga avait été nommé Premier ministre en juin 2021 par les autorités de transition. Il a dirigé le gouvernement pendant trois ans avant d’être remercié en novembre 2024, à la suite de divergences avec les dirigeants militaires. Le sort judiciaire de l’ancien Premier ministre dépendra des prochaines étapes de l’instruction, dont le calendrier reste encore à déterminer.

Burkina Faso : la coordinatrice de l’ONU déclarée persona non grata

Le gouvernement burkinabè a annoncé, ce lundi 18 août, l’expulsion de la coordinatrice résidente du Système des Nations Unies, Carol Flore-Smereczniak, déclarée persona non grata sur le territoire national. La décision a été rendue publique par le porte-parole du gouvernement, Gilbert Ouédraogo, à la télévision nationale.

Les autorités reprochent à la responsable onusienne d’avoir coprésidé l’élaboration d’un rapport intitulé « Les enfants et le conflit armé au Burkina Faso », jugé mensonger et dépourvu de fondements objectifs. Selon le communiqué officiel, le document cite indistinctement groupes armés et forces nationales. Il avance également des accusations de violations contre des enfants sans annexer d’éléments vérifiables, tels que des enquêtes ou décisions judiciaires.
Le rapport, produit par une équipe spéciale des Nations Unies sur le Burkina Faso, traite de la situation politique, militaire et sécuritaire du pays et recense des atteintes graves contre les enfants conformément à la résolution 1612 du Conseil de sécurité adoptée en 2005. Il mentionne notamment des cas de recrutement forcé, d’attaques contre des écoles et de restrictions à l’aide humanitaire.
Le gouvernement affirme n’avoir pas été associé au processus d’élaboration du rapport, estimant que cette exclusion a conduit à une lecture biaisée de la situation. Dans son communiqué, il accuse certaines agences onusiennes d’user de formulations équivoques qui, selon lui, risquent de minimiser la violence exercée par les groupes armés et de jeter le discrédit sur les forces de défense et de sécurité burkinabè.
À Ouagadougou, l’exécutif explique que cette mesure vise à préserver la coopération avec les Nations Unies, tout en jugeant que Mme Flore-Smereczniak n’est plus une interlocutrice crédible. Les Nations Unies n’a pas encore réagi officiellement.

Tentative de déstabilisation : la France exige la libération de son diplomate arrêté à Bamako

Le ministère français des Affaires étrangères a réagi à l’arrestation au Mali de Yann Christian Bernard Vezilier, diplomate accrédité à l’ambassade de France à Bamako. Paris dénonce des accusations « sans fondement » et rappelle qu’il bénéficie des immunités prévues par la Convention de Vienne. La France réclame sa libération immédiate.

Selon le communiqué diffusé par Bamako, M. Vezilier a été interpellé dans le cadre d’une enquête visant un réseau soupçonné de complot contre les institutions. Les autorités maliennes l’accusent de travailler pour les services de renseignement français et d’entretenir des liens avec des responsables militaires et politiques locaux. Deux généraux maliens, Abass Dembélé et Néma Sagara, ont également été arrêtés.

Âgé de 45 ans, Yann Vezilier est officier mécanicien de l’air. Entré à l’École militaire de l’air en 1998, il a été promu lieutenant-colonel en 2016 et décoré chevalier de l’Ordre national du Mérite en 2020, après vingt-sept années de service. En poste à Bamako comme deuxième secrétaire de l’ambassade de France, son statut diplomatique a été confirmé par le Quai d’Orsay.

Côté malien, la communication officielle insiste sur son rôle supposé dans la constitution de cercles d’influence mêlant civils et militaires, dans le but de fragiliser le pouvoir de transition. Le gouvernement présente son arrestation comme l’aboutissement d’un plan concerté de déstabilisation.

Cette affaire survient dans un contexte de vives tensions entre Bamako et Paris. La coopération militaire française a pris fin en 2022, et les autorités maliennes ont renforcé leurs partenariats sécuritaires avec la Russie. Sur le plan intérieur, les autorités ont prolongé la transition pour cinq années supplémentaires, voire plus. Une décision loin de faire l’unanimité.

Paris réaffirme sa demande de libération immédiate et multiplie les démarches diplomatiques, Bamako maintient ses accusations et affirme détenir des preuves d’un projet de complot. Le dossier reste suivi de près pour ses implications bilatérales et régionales.

 

Hivernage 2025 : Les inondations causent une vingtaine de morts et plus de 9 000 personnes sinistrées

Le Comité Technique du Comité Interministériel de Gestion des Crises et Catastrophes, réuni le 14 août 2025 au Centre de Coordination et de Gestion des Crises (CECOGEC), a dressé un bilan actualisé de la situation des inondations au cours de l’hivernage. Au cours de la semaine du 4 au 11 août, quatre cas d’inondation, un épisode de vent violent et un cas de foudre ont été recensés.

Depuis le début de la saison des pluies, les autorités relèvent 31 cas d’inondation, 5 cas de foudre et 4 de vents violents. Ces événements ont entraîné 21 décès, 33 blessés, l’effondrement de 495 maisons, touchant au total 803 ménages, soit 9 155 personnes sinistrées.
Par comparaison, un précédent point de situation, au 31 juillet 2025, faisait état de 12 morts, 30 blessés et environ 5 307 sinistrés, répartis dans 657 ménages touchés (bilan du 31 juillet). Au 4 août, un autre bilan faisait état de 18 décès, 33 blessés, 837 effondrements d’habitations, et 6 118 sinistrés à travers les ménages touchés.
Le gouvernement malien renouvelle ses condoléances aux familles éprouvées et souhaite un prompt rétablissement aux blessés. Des opérations de sauvetage, d’évacuation et de mise en sécurité des populations sinistrées sont en cours, notamment dans les régions de Koulikoro, Kidal, Nara et San. Une assistance matérielle — vivres et biens non alimentaires — est également en cours de distribution.
Dans une perspective de prévention, plusieurs actions suivantes sont en cours de déploiement. Parmi celles-ci figurent le renforcement des piquets d’intervention rapide de la Protection civile, prépositionnement de kits d’urgence, la mobilisation des brigadiers citoyens et des volontaires dans le cadre du projet « mois citoyens » et la diffusion de messages de sensibilisation via les médias et l’application numérique SOS Sécurité.
La situation météorologique, selon les prévisions régionales, reste marquée par des pluies orageuses fréquentes et intenses sur l’ensemble du territoire, sauf dans l’extrême nord (région de Taoudéni). Les niveaux des cours d’eau, notamment du Niger et du Sénégal, sont en hausse, supérieurs aux données des trois dernières années, bien que sans risque de débordement imminent. Le remplissage des retenues de Manantali et de Sélingué se poursuit normalement, accompagné de lâchers d’eau maîtrisés à Sélingué.
Ce contexte souligne la nécessité de vigilance et le respect des consignes de sécurité. Les autorités nationales appellent la population à libérer les axes d’écoulement des eaux, à éviter les zones inondées ou à risque, à ne pas s’abriter sous les arbres pendant les orages, à ne pas utiliser d’appareil électrique ou téléphones en cas d’orage et à suivre les alertes hydrométéorologiques émises.

L’ère du soft power de l’IA

Les leaders de l’IA tels qu’OpenAI et DeepMind s’estiment engagés dans une course à la création d’une intelligence artificielle générale (IAG) : un modèle capable d’accomplir n’importe quelle tâche intellectuelle réalisable par un être humain. Dans le même temps, les gouvernements américain et chinois considèrent la course à l’IA comme une priorité de sécurité nationale, nécessitant des investissements massifs, comparables à ceux du projet Manhattan. Dans les deux cas, l’IA est envisagée comme une nouvelle forme de hard power, uniquement accessible aux superpuissances disposant de ressources informatiques considérables, ainsi que des moyens de convertir celles-ci en domination économique et militaire.

 

Cette vision est en réalité incomplète, et de plus en plus dépassée. Nous sommes en effet entrés dans une nouvelle ère depuis que le développeur chinois DeepSeek a lancé en début d’année son modèle performant et moins coûteux que ceux de ses concurrents. La capacité à concevoir des outils d’IA de pointe n’est plus l’apanage d’une poignée de géants technologiques. Divers modèles de grande qualité émergent à travers le monde, démontrant combien le véritable potentiel de l’IA réside dans sa faculté à étendre le soft power.

 

L’époque de la surenchère dans la dimension des modèles a pris fin en 2024. Depuis, la supériorité d’un modèle n’est plus seulement déterminée par son échelle (par le recours à toujours plus de données et de puissance de calcul). DeepSeek a non seulement prouvé qu’il était possible de bâtir des modèles de premier plan sans quantité massive de capitaux, mais également que le recours à des techniques de développement avancées pouvait radicalement accélérer les progrès de l’IA au niveau planétaire. Considérée comme le Robin des Bois de la démocratisation de l’IA, l’entreprise a en effet pris la décision de fonctionner en open source, ce qui a déclenché une vague d’innovations.

 

Le monopole d’OpenAI (ou la concentration du marché entre les mains d’une poignée d’entreprises) que l’on observait il y a encore quelques mois a cédé la place à un paysage multipolaire hautement concurrentiel. Alibaba (Qwen) et Moonshot AI (Kimi) en Chine ont elles aussi lancé de puissants modèles en open source, l’entreprise japonaise Sakana AI (dont je suis cofondateur) ouvre également l’accès à ses innovations en matière d’IA, de même que le géant américain Meta investit massivement dans son programme en open source Llama, recrutant activement des talents en matière d’IA issus d’autres leaders du secteur.

 

Il ne suffit plus de vanter les performances d’un modèle de pointe pour répondre aux besoins des applications industrielles. Prenons l’exemple des chatbots d’IA : ces assistants virtuels sont capables d’apporter des réponses que l’on pourrait noter 7/10 à des questions d’ordre général, mais ne parviennent pas à atteindre la précision ou la fiabilité de 9,99/10 qu’imposent la plupart des tâches du monde réel – qu’il s’agisse d’évaluation de crédit ou de planification de la production, qui dépendent profondément du savoir-faire commun des experts. Autrement dit, l’ancien cadre, dans lequel les modèles fondamentaux étaient considérés indépendamment d’applications spécifiques, a atteint ses limites.

 

L’IA adaptée au monde réel doit être capable de gérer des tâches indépendantes, des procédures ambiguës, une logique conditionnelle ainsi que des cas d’exception – autant de variables désordonnées qui imposent des systèmes étroitement intégrés. Il est par conséquent nécessaire que les développeurs de modèles endossent une plus grande responsabilité dans la conception d’applications spécifiques, et que les développeurs d’applications s’engagent plus profondément dans la technologie fondamentale.

 

Cette intégration revêt autant d’importance pour l’avenir de la géopolitique que pour celui des entreprises, comme l’illustre le concept d’« IA souveraine », qui implique pour un État de réduire sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs technologiques étrangers, aux fins de l’autonomie nationale en matière d’IA. Historiquement, l’inquiétude des pays étrangers face aux États-Unis réside en ce que le fait d’externaliser des infrastructures critiques – moteurs de recherche, médias sociaux, smartphones – en les confiant aux mastodontes de la Silicon Valley, risque de créer pour eux des déficits commerciaux persistants en matière numérique. Si l’IA devait suivre le même chemin, les pertes économiques pourraient croître de manière exponentielle. Beaucoup redoutent par ailleurs l’existence potentielle de dispositifs d’arrêt susceptibles de couper à tout moment une infrastructure d’IA externalisée à l’étranger. Pour toutes ces raisons, le développement national de l’IA est désormais considéré comme crucial.

 

L’IA souveraine ne signifie pas pour autant la nécessité de développer chaque outil au niveau national. Du point de vue de la rentabilité et de la diversification des risques, il demeure aujourd’hui préférable de combiner des modèles issus du monde entier. L’objectif majeur de l’IA souveraine ne doit pas simplement résider dans l’autosuffisance, mais plutôt dans l’accumulation d’un soft power en matière d’IA, via la conception de modèles que d’autres souhaiteront volontiers adopter.

 

Le soft power fait traditionnellement référence à l’attraction suscitée par des principes tels que la démocratie et les droits de l’homme, par la culture associée à titre d’exemple aux films hollywoodiens, plus récemment par les technologies numériques et les plateformes telles que Facebook, ou encore, de manière plus discrète, par différentes applications telles que WhatsApp ou WeChat, qui façonnent la culture au travers des habitudes quotidiennes. Lorsque divers modèles d’IA coexisteront, ceux qui seront les plus largement adoptés deviendront des sources subtiles mais profondes de soft power, compte tenu de leur intégration dans les décisions que prendront chaque jour les individus.

 

Du point de vue des développeurs d’IA, l’acceptation par le grand public sera indispensable à la réussite. D’ores et déjà, bon nombre d’utilisateurs potentiels se méfient des systèmes d’IA chinois (mais également américains), voyant dans leur utilisation un risque de coercition, de surveillance et de violations de la vie privée, entre autres freins à une adoption généralisée. Il est par conséquent facile d’imaginer qu’à l’avenir, seules les IA les plus fiables seront pleinement adoptées par les États, les entreprises et les individus. Si le Japon et l’Europe parviennent à proposer ces modèles et systèmes, ils seront idéalement placés pour gagner la confiance des pays du Sud – une perspective aux implications géopolitiques considérables.

Une IA digne de confiance n’est pas seulement une IA supprimant les biais ou empêchant la fuite de données. À long terme, l’IA devra également incarner les principes de l’être humain, et renforcer plutôt que remplacer le potentiel des individus. Si l’IA finit par concentrer la richesse et le pouvoir entre les mains de quelques-uns, elle ne fera qu’accentuer les inégalités et mettre à mal la cohésion sociale.

 

L’histoire de l’IA ne fait que commencer, et rien ne nous oblige à ce qu’elle consiste en une course du tout au vainqueur. Au sein d’un hémisphère nord vieillissant et d’un Sud global en pleine jeunesse, les inégalités induites par l’IA risquent néanmoins de créer des fractures durables. Il est dans l’intérêt des développeurs de veiller à ce que la technologie soit un outil fiable d’autonomisation, plutôt qu’un instrument de contrôle omniprésent.

 

Ren Ito, ancien diplomate japonais, est cofondateur de Sakana AI.

 

 Project Syndicate, 2025.
www.project-syndicate.org

Rapport SIGRH : 36 151 agents non identifiés

Le processus de réalisation du Système Intégré de Gestion des Ressources Humaines des fonctions publiques de l’État et des collectivités territoriales (SIGRH) s’est achevé par la remise au chef de l’Etat du rapport SIGRH. De 2022 à 2024, il a permis le recensement de 158 317 agents de l’État et des collectivités, parmi lesquels 122 166 ont été identifiés physiquement et biométriquement. En revanche, 36 151 agents ne se sont pas présentés, représentant 4,57 % de la masse salariale, soit 48,28 milliards de FCFA par an.

La salle de banquets du palais de Koulouba a abrité, vendredi 15 Août 2025, la cérémonie de remise du rapport d’exécution du SIGRH au président de la transition Assimi GOÏTA par le ministre de la Refondation de l’État, chargé des Relations avec les institutions, en présence des membres du gouvernement et du président du CNT.

La remise de ce document est la suite de l’initiative entreprise par les autorités pour la modernisation de l’administration publique. Son plan d’étude repose sur trois phases : Le recensement à l’aide de fiches individuelles ; l’enrôlement biométrique à travers tout le pays, y compris les zones difficiles d’accès et les missions diplomatiques et l’intégration des données dans un logiciel conçu et hébergé au Mali, financé sur fonds nationaux. Selon le Président de la Transition, ce projet est une recommandation pour combler l’absence d’informations fiables sur les effectifs des fonctionnaires, sur la mise à jour insuffisante, sur le manque d’interconnexion entre services et de l’absence de mécanismes unifiés de gestion salariale. Face à ce fléau, il avait instruit la création d’un système intégré, sécurisé et basé sur des données biométriques.

Absences à justifier

Mme MAÏGA Fatoumata Housseni MAÏGA, membre du comité technique a mis en lumière les atouts de cette nouvelle plateforme, en insistant sur son rôle dans la modernisation de la gestion des ressources humaines. Parmi les fonctionnalités clés : un fichier unique des salaires pour plus de transparence, une interconnexion des services RH pour un meilleur suivi, des données fiables pour anticiper les besoins en personnel, et un pilotage renforcé du capital humain. Elle a également annoncé son évolution prochaine, notamment dans la gestion des concours administratifs, afin de simplifier et fluidifier les processus de recrutement dans la fonction publique.

Sans pourtant qualifier les absents de fictifs, le Ministre de la refondation, Bakary Traoré a ordonné aux agents ciblés de se régulariser dans un délai de trois mois avant toute sanction. A rappeler que le SIGRH est né des recommandations fortes des Assises nationales de la refondation et s’inscrit dans le plan d’action du gouvernement.

Joseph Amara DEMBELE

 

 

Banque nationale de développement agricole : l’Etat devient actionnaire unique

Le capital social de la Banque nationale de Développement agricole est désormais détenu à 100% par l’État du Mali. De quoi élargir la marge de manœuvre de cette institution financière dans le développement rural et l’économie du Mali

L’Etat malien est désormais le seul actionnaire de la Banque malienne de développement agricole (BNDA). Le conseil des ministres du 13 août 2025, a annoncé l’acquisition par le gouvernement des parts détenues par l’Agence française de développement (AFD), faisant passer sa participation de 77,33% à 100% au capital social.

« Conformément au droit de sortie conjointe consigné dans le pacte d’actionnaires et dans le cadre de la mise en œuvre de sa stratégie à long terme », l’AFD a décidé de céder les actions qu’elle détenait dans le capital social, explique le communiqué du conseil des ministres.

C’est en décembre 2024 que l’Etat est devenu actionnaire majoritaire avec l’acquisition des parts de la société allemande d’investissement et de développement (DEC) et le Crédit coopératif. La DEG et le Crédit coopératif détenaient respectivement 21,43% et 9,70% des actions de la BNDA.

Cette nouvelle acquisition renforce l’emprise de l’Etat sur cette institution financière stratégique pour le développement économique du pays.

Implications

Cette position d’actionnaire unique donne à l’Etat « une marge de manœuvre assez importante pour financer le développement rural et l’économie malienne », estime l’économiste Modibo Mao Makalou.

Cette prise de contrôle vise à assurer une meilleure emprise de l’Etat sur les institutions financières clés et surtout améliorer l’orientation des ressources vers des secteurs prioritaires, comme l’agriculture. Créée en 1981, la BNDA est le principal partenaire financier de plus de 6 000 organisations paysannes et d’une vingtaine de systèmes financiers décentralisés. Il injecte en moyenne annuellement plus de 60 milliards FCFA dans le secteur agricole.

De 55,08 milliards de FCFA, le capital social de la BNDA s’est établi à 61,6 milliards FCFA. En 2023, la BNDA a affiché une augmentation de plus de 13% de son actif, passant de 776,9 milliards FCFA en 2022, à 881,9 milliards FCFA en 2023. Une augmentation attribuée à celle des « Effets publics et valeurs assimilées ». Mais dans le même temps, la banque avait enregistré une baisse de son résultat net, passant de 11,8 milliards FCFA en 2022, à 5,1 milliards FCFA en 2023. Une diminution due à l’augmentation des charges d’intérêt et des investissements stratégiques entrepris par la banque.

La nationalisation de la BNDA s’inscrit dans une orientation  plus globale des autorités de renforcer la maîtrise de l’Etat sur les secteurs stratégiques de l’économie et la volonté d’une souveraineté économique accrue et un contrôle sur les ressources nationales.

Afrique : l’aide au développement subit des coupes historiques

Un rapport d’Oxfam daté du 8 août 2025, intitulé Changing Face of Aid in Africa : Outlook, failures, and reform potential, montre l’ampleur des réductions prévues dans l’aide publique au développement de l’Afrique par les bailleurs majeurs.

Le document signale que dix-sept donateurs membres du comité d’aide au développement de l’OCDE envisagent une réduction totale de 31,1 milliards USD dans leurs budgets d’aide pour l’Afrique en 2025. Parmi ces bailleurs, les États-Unis prévoient un retrait de l’ordre de 90 %, tandis que la France envisage une coupe d’environ 40%.
Plus globalement, d’autres estimations évoquent une baisse potentielle de 74 milliards USD de l’aide mondiale en 2025, soit près de 30 % des dotations d’aide publique au développement.
Le rapport insiste sur la concentration de la réduction de l’aide dans les secteurs critiques tels que la santé, la sécurité alimentaire et l’éducation.
Il rappelle que l’aide destinée aux pays les moins avancés est extrêmement faible. En 2023, elle représentait seulement 0,06 % du revenu national brut des pays donateurs du CAD, contre des engagements internationaux situés entre 0,15 et 0,20 %. Les chiffres relatifs aux inégalités soulignés dans d’autres rapports d’Oxfam font écho à cette situation. Entre 2018 et 2023, seuls 20 % des financements ont été dirigés vers des secteurs essentiels comme l’éducation, l’agriculture, l’assainissement et la protection sociale. Un rapport publié en juillet 2025 souligne que les quatre Africains les plus riches détiennent plus de richesse que la moitié de la population du continent. Depuis cinq ans, la richesse des milliardaires africains aurait progressé de 56 % ; celle des cinq plus riches a augmenté de 88 %.
À ces déséquilibres s’ajoutent des coûts élevés liés à la gestion de l’aide, qui réduisent son efficacité. Selon d’autres analyses, la part des fonds humanitaires versée directement à des organisations locales reste très faible ; les organisations de défense des droits des femmes reçoivent à peine 0,4 % de l’aide dédiée aux questions de genre. Sur le plan climatique, 70 % des financements sont attribués sous forme de prêts, ce qui alourdit la dette des pays les plus vulnérables.
Le rapport évoque aussi les pertes financières massives liées à des flux illégaux. Chaque année, le continent perd 88,6 milliards USD à ce titre, soit plus que l’ensemble des aides et investissements étrangers combinés.
Les données spécifiques au Mali ne figurent pas dans ce rapport, mais d’autres sources montrent des effets concrets des coupes budgétaires. Au Mali, le programme de littératie “Shifin ni Tagne”, financé par l’USAID à hauteur de 25 millions USD sur cinq ans, a été interrompu en 2025 à la suite d’une réduction de 90 % du financement. Ce programme touchait 20 000 jeunes et assurait le soutien de 1 000 établissements scolaires.

Le nouveau représentant du HCR reçu par le ministre de la Justice

Le nouveau Représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Mali, Pierre Camara, a été reçu en audience le jeudi 14 août 2025 par le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué. Les échanges ont porté sur la lutte contre l’apatridie et sur l’accompagnement du HCR aux côtés du gouvernement malien.
Cette rencontre intervient dans le prolongement de l’adoption par le Mali, le 30 juin 2025, d’une loi destinée à protéger les personnes apatrides. Le texte, composé de vingt-huit articles, définit le statut d’apatride et garantit l’accès à la santé, à l’éducation, à l’emploi, au logement et à la justice. Il interdit toute expulsion sauf cas exceptionnels et ouvre des possibilités d’acquisition ou de confirmation de la nationalité malienne. Le Mali a adhéré aux Conventions de 1954 et de 1961 relatives à l’apatridie, un engagement réaffirmé par ce nouveau cadre légal (HCR).
Pierre Camara a souligné la volonté du HCR de soutenir les efforts du Mali dans la mise en œuvre de cette loi et dans la consolidation des progrès réalisés. Le ministre Kassogué a salué la collaboration avec l’agence onusienne et a adressé ses vœux de succès au nouveau représentant dans l’exercice de ses fonctions.
La nomination de Pierre Camara est intervenue en juillet 2025. Le 21 juillet, il avait présenté ses lettres de créance au ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, transmettant à cette occasion les salutations du Haut-Commissaire et rappelant que le Mali accueille environ 200 000 réfugiés et demandeurs d’asile (Media Elles).
Selon les informations disponibles, Pierre Camara est diplômé d’un Master en finance de l’Université d’État de Biélorussie et d’une Licence en sciences économiques de l’Université de Conakry. Son parcours professionnel est marqué par une longue expérience dans le domaine humanitaire et du développement.

AFG Holding finalise l’acquisition de la Société Générale Guinée  

AFG Holding a annoncé, le 11 août 2025 à Abidjan, avoir finalisé l’acquisition de la participation majoritaire du Groupe Société Générale dans le capital de sa filiale guinéenne.

L’opération, validée par les autorités réglementaires compétentes, marque une étape importante dans l’expansion du groupe panafricain dans le secteur bancaire du continent.

Avec cette transaction, AFG Holding entend renforcer sa présence en Afrique tout en soutenant le financement des économies locales, l’inclusion financière et la digitalisation des services bancaires. La direction assure que la continuité des services sera pleinement garantie pour les clients particuliers, entreprises et institutionnels, avec le maintien de l’ensemble des effectifs mobilisés pour offrir un service optimal.
Pour faciliter la transition, un contrat de services a été signé avec le Groupe Société Générale. Celui-ci couvre notamment les systèmes informatiques et les services de correspondance bancaire, afin d’assurer une intégration harmonieuse et sans interruption pour la clientèle.
Fondée en 1985, la Société Générale Guinée a joué un rôle clé dans le développement économique du pays, en accompagnant des secteurs stratégiques. « Nous nous réjouissons d’accueillir AFG, une institution financière de premier plan, pour poursuivre notre marche et entrer dans une nouvelle phase de notre histoire », a déclaré Thierno Diallo, Directeur Général de SG Guinée. « Nous sommes convaincus que ce choix alliera continuité, innovation et croissance durable, au bénéfice des clients, des collaborateurs et de l’économie guinéenne. »
De son côté, Léon Konan Koffi, Président du Conseil d’Administration d’AFG Holding, a affirmé : « Cette opération reflète notre ambition de bâtir un groupe bancaire africain fort, au service des économies du continent. Nous avons la conviction que la Guinée présente un immense potentiel de développement, et nous sommes déterminés à accompagner durablement sa dynamique de croissance. »
AFG Holding est le pôle financier d’Atlantic Group, conglomérat panafricain fondé il y a plus de quarante ans par M. Koné Dossongui. Présent dans treize pays en Afrique centrale, de l’Ouest, de l’Est et dans l’océan Indien, le groupe est également actif dans l’agriculture, l’agro-industrie, l’industrie, l’hôtellerie et les télécommunications. Il opère dans les secteurs de la banque, de l’assurance et de la microfinance, se positionnant comme un partenaire financier de référence sur le continent.

Transition : 5 ans après, quel bilan ?

Depuis le coup d’État du 18 août 2020, le Mali vit une transition charnière, marquée par des bouleversements politiques, des choix stratégiques majeurs et des mutations profondes dans les domaines sécuritaire, économique, socio-politique et de gouvernance. Cinq ans après, le bilan reste contrasté, entre acquis indéniables et insuffisances persistantes.

Débutée officiellement en septembre 2020, avec l’investiture du Colonel-major à la retraite Bah Ndaw à la Présidence, la première phase de la Transition s’est étendue jusqu’au coup de force de mai 2021, qui a porté le Colonel Assimi Goïta, alors Vice-président chargé des questions de Défense et de Sécurité, à la tête de l’État.

Ces huit premiers mois n’ont pas connu de réalisations majeures, si ce n’est la mise en place des organes institutionnels de la Transition. Depuis mai 2021, une nouvelle dynamique a été engagée, avec un recentrage des priorités sur la Défense, la souveraineté économique et la refondation politique.

Reconquête territoriale et montée en puissance des FAMa

Dès sa prise de fonction, le Président de la Transition, Assimi Goïta, a donné pour instruction de « remettre l’armée sur pied ». La priorité accordée à la Défense s’est traduite par le recrutement de 9 500 personnels supplémentaires, toutes catégories confondues, afin de répondre aux engagements opérationnels et de stabiliser les zones autrefois contrôlées par les groupes armés terroristes.

Selon le ministre de la Défense, Sadio Camara, la situation sécuritaire du pays est « totalement sous contrôle ». « Le Mali est capable de contrôler son ciel, ses frontières et d’assumer ses choix. »

Pour sa part, le Premier ministre Abdoulaye Maïga affirme : « en 2012, nous avons perdu plus de 70% de notre territoire au profit des groupes terroristes. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Peu de pays peuvent se targuer d’une telle inversion de tendance en deux ou trois ans ».

Des efforts ont été portés sur la modernisation des infrastructures militaires, l’implantation stratégique sur le territoire et l’acquisition d’équipements militaires : avions de combat, drones, véhicules tactiques blindés, engins logistiques et ambulances.

Malgré ces avancées, les attaques persistent le long des axes routiers et dans certaines zones urbaines. Les autorités reconnaissent ces incursions, tout en estimant qu’elles ne sont que « des tentatives de marquer une présence » de groupes terroristes « presque en fin de vie », selon les mots de Sadio Camara. L’amélioration de la sécurité reste toutefois un objectif prioritaire du Plan d’action gouvernemental.

Réformes et controverses

Sur le plan institutionnel, la Transition a vu, entre autres réformes, l’adoption d’une nouvelle Constitution, la création de l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE) et une nouvelle Loi électorale.

En mai 2025, la dissolution de tous les partis politiques a provoqué une vive controverse, suivie de la saisie des juridictions nationales par certains responsables des formations dissoutes, dont les jugements sont prochainement attendus.

Le Premier ministre Abdoulaye Maïga s’en défend : « il n’y a aucune volonté de porter un coup au multipartisme, qui est consacré par la Constitution. Il s’agit de mieux encadrer le monde politique ».

Parallèlement, des organisations de défense des droits humains dénoncent un rétrécissement de l’espace démocratique, évoquant des arrestations extrajudiciaires et des détentions d’opinion.

Par ailleurs, la lutte contre la corruption a été érigée en priorité. Des procès sur les questions de détournement et de corruption ont été tenus, parmi lesquels l’affaire de l’achat de l’avion présidentiel et des équipements militaires, où les principaux accusés ont été condamnés.

Une Stratégie nationale, avec son Plan d’actions 2023-2027 met l’accent sur la prévention et la sensibilisation, mais aussi sur la répression. Les rapports d’audit sont désormais transmis systématiquement au Pôle économique et financier et une Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis a été créée.

Résilience économique et réformes structurelles

Selon le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, « l’économie du Mali se porte bien », avec un taux d’inflation de 3,2%, le deuxième taux le plus bas de la sous-région. A l’en croire, le chômage est passé de 6,5% en 2020 à 3,5% en 2024. L’institut national de la statistique (INSTAT) explique que ce taux bas est le  « reflet d’une économie dominée par le secteur informel et l’agriculture de subsistance, qui absorbe une grande partie de la main-d’œuvre, même si les emplois générés sont souvent précaires et peu rémunérés »

L’État a maintenu un effort massif de subventions, notamment à l’Énergie du Mali (461 milliards de francs CFA entre 2021 et 2024), aux sociétés de production de ciment, à la transformation du blé et aux produits pétroliers.

La relance de la filière coton a constitué un levier majeur. En réglant les impayés de 69 milliards de francs CFA et en fixant un prix incitatif (De 290 à 300 francs CFA/kg), le gouvernement a permis à la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) d’atteindre une production record de 795 000 tonnes en 2021-2022. Quatre millions de Maliens vivent directement de cette filière, qui a retrouvé son rôle moteur dans l’économie nationale. Toutefois la campagne cotonnière 2025-2026 est minée par des retards de paiements, des livraisons d’intrants insuffisantes et une nouvelle invasion de jassides.

D’autres entreprises en difficulté ont été relancées, comme la COMATEX et l’UMPP, avec des injections financières ciblées. Le Fonds de garantie pour le secteur privé est passé de 20 à 28 milliards de francs CFA, permettant de générer 150 milliards de crédits et de créer 17 000 emplois.

En dépit des indicateurs économiques au vert, une grande partie de la population malienne reste confrontée à des difficultés au quotidien. Selon un ancien responsable politique, les maux dont se plaignaient les Maliens sous le régime d’IBK sont toujours d’actualité. « Les Maliens se plaignaient de la cherté de la vie et d’un pouvoir d’achat insuffisant. Aujourd’hui, ces difficultés persistent et leurs charges ont largement augmenté avec la flambée des prix », déplore-t-il.

Un secteur minier stratégique

Le secteur minier a connu une réforme majeure, avec l’adoption en 2023 d’un nouveau Code minier et d’une loi sur le Contenu local. L’État a désormais la possibilité de détenir jusqu’à 30% des actions dans les nouveaux projets miniers, auxquels s’ajoutent 5% pour le secteur privé national.

Ce changement a permis d’accroître les recettes publiques. « Nous sommes passés de 235,5 milliards à 767,4 milliards de recettes, soit un gain de 531,9 milliards », se félicite Alousseini Sanou. La création en 2022 de la Société de recherche et d’exploitation des ressources minérales du Mali (SOREM) a ouvert la voie à la relance des mines déjà acquises, comme celles de Morila, Yatéla et Tassiga.

Le pays a inauguré en décembre 2024 la mine de lithium de Goulamina, où 85 000 tonnes ont déjà été produites et 35 000 exportées. La mine de Bougouni est en phase finale de préparation. En juin 2025, la première pierre d’une raffinerie nationale d’or d’une capacité de 200 tonnes par an a été posée, l’État y détenant 62% du capital, afin de contrôler la production aurifère et sa traçabilité.

Crise énergétique et efforts de relance

Depuis 2022, le Mali traverse une crise énergétique sans précédent, qui a lourdement pesé sur les entreprises dans plusieurs domaines et sur le secteur informel. Cependant, depuis le mois de mars 2025, une amélioration sensible de la fourniture électrique a été constatée, avec 12 à 19 heures d’électricité par jour contre 6 heures auparavant.

À la base de cette amélioration se trouvent les subventions continues de l’État à Énergie du Mali (EDM-SA), mais aussi, et surtout, l’instauration de taxes pour le Fonds de soutien aux infrastructures de base et de développement social. Trois centrales solaires sont également en construction à Safo, Sanankoroba et Tiakadougou Dialakoro depuis mai 2024, mais accusent du retard. « Les difficultés rencontrées sont indépendantes de notre volonté, mais nos objectifs seront atteints », promet le Premier ministre, qui évoque aussi le développement futur de l’énergie nucléaire.

Bilan contrasté

Au terme de cinq années de transition, le Mali a enregistré des avancées notables, notamment dans la reconquête territoriale, le renforcement de l’armée, la réforme du secteur minier et la relance de filières économiques stratégiques comme le coton. La baisse du chômage et la stabilité relative des indicateurs macroéconomiques témoignent d’une certaine résilience.

Cependant, des défis majeurs subsistent, alors que la Transition a été prolongée de cinq ans, renouvelable autant de fois que nécessaire jusqu’à la pacification du pays. Les attaques terroristes continuent de perturber la vie quotidienne, la crise énergétique n’est pas complètement résolue et les restrictions des libertés inquiètent une partie de la société civile et des partenaires extérieurs.

Mohamed Kenouvi

 

Manuscrits de Tombouctou : Le retour qui crée l’espoir

Le 11 août 2025, les manuscrits de Tombouctou sont retournés au bercail. Plus de dix ans après avoir été exfiltrés vers Bamako, ces écrits ont été conservés et sauvés de la destruction. Avec leur retour, la ville retrouve une partie « de son âme ».

Les 39 000 manuscrits du Centre de recherche Ahmed Baba, dont 29 000 avaient été exfiltrés, retrouvent désormais leur place. Les manuscrits connus sont estimés à un total de 777 000, dont 416 000 sont détenus par une vingtaine de bibliothèques privées.

Lors de la crise en 2012, plus de 4 000 de ces documents, datant pour certains du 13ème siècle, ont été détruits. Durant les dix ans écoulés, ces écrits ont été précieusement conservés, en particulier contre l’humidité, et ceux qui étaient en mauvais état ont été réparés. Des catalogues ont été préparés pour faciliter ce travail. Pour permettre à cette mémoire de traverser le temps, un processus de numérisation a été entrepris pour l’ensemble des manuscrits.

L’âme de Tombouctou

Un travail indispensable pour sauver l’âme de Tombouctou, se réjouit Sane Chirfi Alpha, Vice-président de l’ONG SAVAMA DCI, chargé du patrimoine écrit et du développement durable. Ces manuscrits sont le symbole d’un lieu de connaissance, attesté par l’existence de l’université de Sankoré, qui, à l’époque de sa splendeur, était constituée de 3 mosquées principales et de près de 180 écoles. L’un de ses plus grands représentants est Ahmed Baba, auquel l’on doit 56 ouvrages et qui a vécu 14 ans en exil au Maroc.

Les manuscrits vont au-delà des connaissances théologiques et religieuses. Ils traitent de tous les domaines du savoir, comme les mathématiques, la médecine, la protection de l’environnement, etc. Le retour des manuscrits crée l’espoir, mais ils doivent permettre de renouer avec les activités, plaide Sane Chirfi Alpha. Car il ne sert à rien qu’ils existent sans être exploités. Et leur existence recouvre deux aspects; car leur présence physique révèle des œuvres d’art, une calligraphie d’une qualité exceptionnelle ou encore de la décoration.

Mais les manuscrits ont encore beaucoup de secrets à livrer, dans des domaines aussi divers qu’utiles pour la société actuelle. La résolution des conflits, les droits des femmes, la protection de l’environnement sont autant de thèmes traités par ces réservoirs de savoirs et de savoir-faire. Pour les exploiter, il faut une certaine maîtrise et de l’expertise.

Les copies coûtaient cher car elles étaient faites à la main et prenaient du temps, mais elles permettaient de retracer l’histoire. En effet, les marges servaient à noter les événements importants qui se déroulaient durant la période de copie, comme la révélation d’un tremblement de terre ayant touché la ville, comme indiqué lors d’un archivage.

Délégations spéciales : Une gestion temporaire à réexaminer

Depuis plusieurs années, le Mali fait face à une gestion par Délégations spéciales dans de nombreuses collectivités locales, en raison de l’absence de conseillers élus. Ces organes temporaires, bien qu’indispensables pour assurer la continuité des services publics locaux, suscitent un débat intense concernant leur légitimité démocratique, leur impact sur la gouvernance locale et l’efficacité de la gestion publique.

Les Délégations spéciales sont mises en place lorsqu’un conseil communal ou régional ne peut plus fonctionner. Cela peut résulter de la dissolution des conseils, de démissions collectives ou de l’incapacité à organiser les élections dans les délais prévus. Selon le Code des Collectivités Territoriales, elles sont composées de sept membres, dont un Président, et leur mandat ne doit pas dépasser 12 mois. Toutefois, des prolongations ont eu lieu, suscitant des questions sur la gestion à long terme et l’impact de ces délégations sur la gouvernance locale.

L’une des principales critiques des Délégations spéciales réside dans leur absence de légitimité démocratique. Ces délégations sont nommées par l’État sans consultation populaire, créant un fossé entre les autorités locales et les citoyens. La situation de la Commune VI de Bamako, qui, bien que son conseil communal ait été dissous, reste sans délégation spéciale à ce jour, en est un exemple. Cette absence de gestion claire a alimenté un sentiment de frustration parmi les habitants, soulignant la nécessité de renforcer la légitimité locale.

La prorogation des mandats des Délégations spéciales au-delà de la période légale de 12 mois soulève également des inquiétudes. C’est le cas du mandat de Balla Traoré, qui a débuté en février 2022 après la dissolution du conseil communal du District de Bamako. Bien qu’il ait succédé à une période d’instabilité, il a dirigé la Délégation spéciale du District de Bamako avec un mandat prolongé à plusieurs reprises jusqu’à juillet 2025, date de l’arrivée de la nouvelle équipe sous la direction de Abdoulaye Mahamane. Certes, cela a permis de maintenir l’ordre administratif, mais a aussi été perçu comme une atteinte aux principes de décentralisation et de démocratie locale. La gestion prolongée de cette délégation a dévoilé la nécessité de respecter les délais légaux et de garantir que les collectivités maliennes soient administrées de manière légitime.

Gestion critiquée

La gestion des finances dans les municipalités sous Délégations spéciales a également fait l’objet de critiques. Lors de la gestion de la Mairie du District de Bamako par Balla Traoré, une augmentation significative des recettes a été observée, mais cette amélioration a été contrebalancée par une dette de 18 milliards de francs CFA héritée de la gestion précédente. Cette situation a alimenté les critiques sur l’efficacité des stratégies de gestion financière. De plus, des irrégularités dans la gestion des marchés publics ont été signalées, notamment des contrats passés sans respecter les normes administratives requises. Ces critiques soulignent l’importance d’un contrôle rigoureux et d’une gestion plus transparente des fonds publics.

Des anomalies en région aussi

Les préoccupations concernant les Délégations spéciales ne se limitent pas à Bamako. En effet, des communes comme Dabia dans la région de Kayes, et dans d’autres collectivités rurales, ont aussi vu leurs conseils dissous, laissant place à des Délégations spéciales. Cependant, ces zones souffrent souvent d’un manque d’infrastructures de gestion et d’une délégation de pouvoir insuffisante, entraînant une dérive de la gestion et des tensions avec les populations locales.

L’absence de gestion démocratique, renforcée par le caractère temporaire des Délégations spéciales, a exacerbé les tensions entre les autorités et les citoyens. En régions, le manque de ressources humaines et d’infrastructures administratives complique davantage la mise en place d’une gestion locale efficace et transparente. Cette situation crée un sentiment de marginalisation parmi certaines populations locales qui se sentent souvent coupées des décisions prises par les autorités centrales.

Vers une gouvernance locale renforcée et démocratique

Pourtant, les experts s’accordent à dire qu’une gouvernance locale renforcée au Mali passe par la mise en place de mécanismes transparents et participatifs. Ils plaident également pour le respect scrupuleux des délais légaux pour la mise en place des Délégations spéciales. Des voix appellent à l’organisation d’élections municipales régulières afin de restaurer la légitimité démocratique et de permettre aux citoyens de choisir leurs représentants locaux. Des appels ont également été lancés pour une gouvernance locale participative et une gestion rigoureuse, pour renforcer l’autonomie et l’efficacité des collectivités.

MD

Les grandes vacances : Un temps pour apprendre et se former

Au Mali, les grandes vacances sont généralement un moment de repos bien mérité pour les élèves, après une année scolaire marquée par des défis multiples. Toutefois, cette période ne doit pas se réduire à de simples vacances de « vadrouilles ». Elle représente une occasion unique pour consolider les acquis et renforcer les connaissances.

Au-delà du simple repos, les cours de vacances et les ateliers ludiques et éducatifs sont des moyens efficaces pour prévenir la perte de savoirs et stimuler la curiosité des élèves. Ces activités peuvent aussi servir à ouvrir les jeunes à de nouvelles perspectives et à des compétences complémentaires, tout en leur offrant un cadre sûr et stimulant.

L’État malien a une responsabilité majeure à cet égard. Il doit déployer des programmes éducatifs adaptés, surtout pour les enfants des zones sensibles du pays, notamment dans le Centre et le Nord, où plus de 500 000 élèves sont particulièrement vulnérables. Dans un contexte d’insécurité grandissante, ces jeunes ne doivent pas être oubliés. Les laisser sans cadre structuré et sans opportunités éducatives serait les exposer davantage aux risques de recrutement par des groupes armés ou d’activités criminelles.

L’État doit garantir des programmes de soutien qui répondent aux besoins de ces élèves, leur offrant à la fois des opportunités d’apprentissage et des moments de loisirs créatifs. Les vacances doivent être un temps de ressourcement, mais aussi de formation et d’engagement, pour que la jeunesse malienne soit préparée à se construire un avenir meilleur.

Kadia Cissé, enseignante-chercheure :« La recherche n’aime pas l’isolement »

Au Mali, les femmes chercheures affrontent des défis imbriqués — entre pressions socioculturelles, obstacles financiers, techniques et stéréotypés — qui ralentissent leur pleine affirmation scientifique. Dr Kadia Cissé, enseignante-chercheure, livre un regard lucide et inspirant, ainsi que des conseils concrets pour surmonter ces freins.

En tant que jeune chercheuse, quels sont selon vous les principaux obstacles que rencontrent les femmes dans la recherche au Mali ?
Dr Kadia Cissé : Les freins sont multiples et s’entremêlent. D’abord, il y a le poids des attentes sociales et familiales : la pression pour remplir des rôles domestiques rend très difficile la conciliation entre recherche et responsabilités personnelles. Ensuite, l’accès aux financements et aux opportunités — telles que les bourses, conférences, collaborations internationales — est souvent limité, soit par manque d’information, soit à cause de réseaux dominés par les hommes. Pourtant, mener des projets de recherche exige des ressources financières conséquentes.
L’un des enjeux techniques majeurs réside dans l’accès aux données. Que celles-ci soient qualitatives ou quantitatives, leur inaccessibilité, combinée parfois à une maîtrise insuffisante des outils d’analyse, freine fortement l’avancée scientifique, surtout chez les jeunes chercheures sans formation ciblée ni mentorat.
Enfin, les stéréotypes sur la compétence des femmes — notamment dans les disciplines quantitatives ou techniques — nuisent à leur crédibilité professionnelle. Ces préjugés peuvent ralentir leur progression, réduire leur visibilité dans les publications ou les conférences, et amener certains enseignants à refuser de les encadrer, particulièrement si elles sont mariées ou mères.
Existe-t-il des différences selon les générations, entre jeunes chercheuses et doyennes ?
Dr Kadia Cissé : En réalité, les obstacles sont les mêmes, génération après génération. Les difficultés ne disparaissent pas avec l’expérience : qu’il s’agisse d’accès à la reconnaissance, aux financements ou de faire face aux préjugés, les freins structurels persistent.
Comment parvenez-vous à concilier vos responsabilités académiques et vos engagements personnels ?
Dr Kadia Cissé : J’adopte une organisation rigoureuse et réaliste. Je hiérarchise constamment mes tâches en distinguant l’urgent de l’important, et je planifie mes activités selon les priorités. Je m’efforce de maintenir un équilibre entre les attentes sociales et mes projets personnels. Lorsqu’une opportunité de mobilité ou de bourse se présente, j’ose solliciter le soutien de mes proches, consciente que tout ne sera pas parfait, mais que chacune de mes réussites peut servir d’exemple pour d’autres femmes.
Quels conseils pratiques donneriez-vous aux jeunes femmes souhaitant se lancer dans la recherche scientifique ?
Dr Kadia Cissé : Apprenez à organiser efficacement votre temps et à trouver un équilibre entre vie personnelle et professionnelle. Croyez en votre légitimité, refusez d’être intimidée ou influencée, et n’hésitez pas à demander de l’aide, qu’elle soit académique ou familiale. Postulez activement à des appels à candidatures, des séminaires, des colloques, des bourses. Intégrez des groupes de doctorantes, des réseaux de chercheurs — car la recherche n’aime pas l’isolement ; c’est en cultivant la collaboration, l’échange et la solidarité que l’on avance plus loin et plus loin.

Onze personnes interpellées dans une affaire de déstabilisation présumée

Les autorités de transition ont rendu publique, ce jeudi 14 août 2025, l’interpellation de onze individus soupçonnés de préparer une action visant à compromettre la stabilité des institutions.

L’annonce, faite au journal télévisé de l’ORTM, fait suite à une opération menée le 1ᵉʳ août par les services spécialisés, qui affirment avoir neutralisé un réseau incluant des éléments des forces armées et de sécurité, ainsi que des soutiens extérieurs présumés.

Parmi les personnes arrêtées figure Yann Christian Bernard Vézilier, ressortissant français, officier mécanicien de l’air. Entré en service en 1993, il est passé par les grades de sous-lieutenant en 2001, lieutenant en 2003, capitaine en 2009, commandant en 2015 et lieutenant-colonel en 2016. Décoré en 2020 comme chevalier de l’Ordre national du Mérite pour ses vingt-sept ans de service, il est présenté par Bamako comme travaillant pour le renseignement français.

Le communiqué cite également le général de brigade Abass Dembélé, ancien gouverneur de Mopti de 2020 à 2025 et fils du colonel Koké Dembélé, ex-chef d’état-major de l’armée de terre. Blessé en 2012 à Konna, il a occupé plusieurs postes stratégiques, notamment la direction de l’École d’état-major de Koulikoro, le commandement de la région militaire de Tombouctou, et a suivi une formation à l’École de guerre en France.

Autre personnalité de haut rang, la générale de brigade Néma Sagara est la première femme à atteindre ce grade dans l’Armée de l’air malienne. Formée au Mali, en France et aux États-Unis, elle a commandé à Gao et Bamako, participé à des missions de l’ONU en Côte d’Ivoire et au Liberia, et dirige depuis 2017 le Secrétariat permanent de lutte contre la prolifération des armes légères.

Huit autres noms figurent sur la liste communiquée : lieutenant-colonel Baba Dembélé, lieutenant-colonel Saybou Keïta, lieutenant-colonel Mamadou dit Tiekoro Diarra, lieutenant-colonel Tagalo Diop, capitaine Mohamed Ouattara, caporal Amadou Bouba Coulibaly, sergent-chef Boucary Karacodjo et Yacouba Kodio.

Le gouvernement affirme que la situation est « maîtrisée » et que l’enquête se poursuit pour identifier d’éventuels complices. Les autorités appellent les citoyens à signaler toute information utile aux forces de sécurité.


Camp des jeunes : Un tremplin pour le civisme

Les camps de jeunesse sont pour de nombreuses organisations l’occasion de transmettre aux jeunes les valeurs de civisme et de citoyenneté. Pour leurs initiateurs, ces cadres sont des tremplins nécessaires pour redonner à ces valeurs leur place dans une société qui cherche ses repères.

Le camp fait partie de la formation des Pionniers. L’organisation, qui existe depuis 1960, forme aux questions de citoyenneté et de civisme, explique Amadou Diawara, Commissaire au sein de l’organisation en charge du projet du Camp de la Commune III du District de Bamako. Si l’association organise régulièrement des regroupements de deux ou trois jours, cela faisait quelques années qu’elle n’avait pas pu mettre en place ce camp de deux semaines.

Dans un contexte de relance de la citoyenneté, qui est devenue une question cruciale, le Camp des Pionniers s’inscrit dans une dynamique de construction citoyenne.

Impacts positifs

L’objectif du Camp est de former les Pionniers aux principes de citoyenneté, de civisme et de don de soi pour une participation à la vie de la nation. Le camp est ouvert aux jeunes de 7 à 16 ans qui souhaitent apprendre la citoyenneté et partager l’esprit des Pionniers.

Durant deux semaines, ces jeunes seront initiés à des métiers à travers des ateliers et apprendront les techniques pionnières. Des feux de camp seront également animés, permettant une expression des talents dans divers domaines. Réservé à une centaine de participants venant des communes de Bamako et des environs, le Camp suscite l’engouement chez de nombreux jeunes en quête de repères.

Encadrés par des Pionniers et engagés à respecter un règlement, les jeunes formés sont souvent « transformés », témoignent certains parents. En collaboration avec les autorités locales, le Camp est aussi l’occasion de familiariser les jeunes avec les institutions communautaires. Les sorties de terrain qui rythment la vie au Camp permettent aux jeunes de visiter des lieux symboliques et d’effectuer un reboisement.

Financé par une participation des jeunes et une contribution de l’Association des Pionniers, le Camp se tient également grâce à des soutiens bénévoles. S’il accueille aussi bien des jeunes scolarisés que non scolarisés, il requiert surtout d’avoir « l’esprit Pionnier », insistent ses initiateurs. Donc d’intégrer les valeurs de civisme, de vivre ensemble et de cohésion sociale.

Le Camp est aussi un mode de transmission de valeurs sociétales en perte de vitesse. Ainsi, « il est certain que si chaque jeune participe à un Camp, les questions de civisme seront réglées », assure son premier responsable.

Fatoumata Maguiraga

L’économie américaine prospérera malgré les politiques économiques de Trump

Depuis le « Jour de la libération » proclamé par Trump le 2 avril, date à laquelle le président des États-Unis a annoncé l’imposition de droits de douane très élevés à l’encontre de ses adversaires comme de ses alliés, l’opinion générale est pessimiste quant aux perspectives de l’économie américaine à court, moyen et long terme : ces droits de douane démesurés provoqueront une récession aux États-Unis et à travers le monde, c’en est fini de l’exceptionnalisme américain, le déficit budgétaire et celui de la balance courante du pays deviendront insoutenables, le statut du dollar américain en tant que monnaie de réserve mondiale disparaîtra, et le billet vert s’affaiblira considérablement au fil du temps, entend-on actuellement.

 

Ce pessimisme est certes justifié par plusieurs des politiques annoncées par Trump. Droits de douane, protectionnisme et guerre commerciales sont en effet de nature à provoquer une stagflation (augmentation de l’inflation et ralentissement de la croissance), tout comme les restrictions draconiennes sur l’immigration, les expulsions massives de travailleurs sans papiers, les importants déficits budgétaires non financés, ou encore les démarches contraires à l’indépendance de la Réserve fédérale des États-Unis. De même, l’économie américaine ne tirerait aucun bénéfice d’un accord de Mar-a-Lago consistant à affaiblir le dollar, de nouvelles atteintes à l’État de droit dans le pays et à travers le monde, ou de restrictions plus sévères sur les talents étrangers – scientifiques et étudiants – accueillis aux États-Unis.

 

Je maintiens pour autant (depuis l’hiver dernier) que l’économie américaine continuera de bien se porter – non pas grâce aux politiques de Trump, mais en dépit de celles-ci. Pour commencer, je m’attendais à ce que la discipline de marché, les conseillers plus raisonnables de Trump ainsi que l’indépendance de la Fed l’emportent, et c’est précisément ce qui s’est produit. Trump a systématiquement reculé, et il a préféré conclure des accords commerciaux plutôt que d’appliquer les droits de douane annoncés le Jour de la libération.

 

Si Trump a pour défaut de toujours s’emporter (« TALO », « Trump Always Lashes Out »), les justiciers obligataires et les marchés financiers l’ont davantage conduit à toujours finir par se dégonfler (« TACO », « Trump Always Chickens Out »). Ses politiques économiques les plus préjudiciables s’assouplissant, l’économie américaine connaîtra certes des difficultés, mais le scénario le plus probable pour la fin de l’année réside davantage dans ce que l’on appelle une récession de croissance (taux inférieur à la croissance potentielle) que dans une récession à proprement parler (généralement définie comme deux trimestres consécutifs de croissance négative).

 

Deuxièmement, dans la mesure où les effets positifs de la technologie l’emporteront toujours sur les effets négatifs des droits de douane, il est erroné de parler de fin de l’exceptionnalisme économique américain. Les États-Unis demeurent en avance sur tous les pays du monde – Chine incluse – en ce qui concerne la plupart des innovations révolutionnaires qui façonneront l’avenir. La croissance annuelle potentielle des États-Unis devrait par conséquent augmenter à un taux de 2 à 4 % jusqu’à la fin de cette décennie, avant d’afficher un taux bien supérieur dans les années 2030. Supposons que les nouvelles technologies conduisent sa croissance potentielle à augmenter de 200 points de base, et que les politiques commerciales et autres mauvaises décisions la réduisent de 50 points de base ; l’Amérique conserverait pour autant son exceptionnalisme. C’est le secteur privé singulièrement dynamique des États-Unis qui déterminera les futures perspectives de croissance du pays, pas les politiques de Trump.

 

Troisièmement, si la croissance potentielle s’accélère au fil du temps jusqu’à atteindre 4 %, la dette publique et la dette extérieure des États-Unis en part du PIB demeureront viables, et se stabiliseront puis diminueront progressivement (sauf imprudence budgétaire encore plus conséquente). Si le Bureau du budget du Congrès prévoit une augmentation du ratio dette publique/PIB, c’est parce qu’il présume que la croissance potentielle américaine plafonnera à 1,8 %.

 

Quatrièmement, tant que l’exceptionnalisme économique américain perdurera, il ne faut pas s’attendre à voir disparaître le « privilège exorbitant » conféré par la primauté mondiale du dollar. Malgré l’augmentation des droits de douane, les déficits extérieurs américains resteront probablement élevés, l’investissement en part du PIB augmentant grâce à un boom technologique prolongé, et le taux d’épargne demeurant relativement stable. Le creusement qui en résultera du côté du déficit de la balance courante sera financé par les flux entrants de capitaux (investissements de portefeuille et investissements directs étrangers).

 

Dans ce contexte, il est peu probable que le rôle du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale soit significativement remis en cause, même en cas de légère diversification des actifs libellés en dollars. De même, ces flux entrants structurels limiteront les risques de baisse des taux de change, et pourraient même renforcer le dollar à moyen terme.

 

En résumé, il faut s’attendre à ce que les États-Unis se portent bien au cours de cette décennie, pas grâce à Trump, mais malgré lui. Il ne fait aucun doute que bon nombre de ses politiques sont potentiellement stagflationnistes. Pour autant, les États-Unis s’inscrivent au cœur de certaines des innovations technologiques les plus importantes de l’histoire de l’humanité, qui produiront un important choc positif sur l’offre globale, lequel entraînera avec le temps une augmentation de la croissance et une réduction de l’inflation. Cet effet sera certainement sans commune mesure avec les dégâts susceptibles de résulter des politiques stagflationnistes de Trump.

 

Il ne s’agit pas de se satisfaire de politiques préjudiciables, dont l’impact pourrait être sérieux. Mais tant que les marchés et les acteurs vigilants du marché obligataire feront leur travail, les pires instincts de Trump demeureront sous contrôle.

 

Nouriel Roubini, conseiller principal chez Hudson Bay Capital Management LP, est professeur émérite à la Stern School of Business de l’Université de New York. Son ouvrage le plus récent s’intitule Megathreats : Ten Dangerous Trends That Imperil Our Future, and How to Survive Them (Little, Brown and Company, 2022).

 

Project Syndicate, 2025.
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