CECOGEC : Investir dans la durée

La modernisation de la salle d’opérations du Centre de coordination et de gestion des crises constitue une avancée importante. Pouvoir centraliser plusieurs dizaines de flux vidéo, suivre certaines interventions, traiter les appels d’urgence et étendre la couverture à plusieurs régions renforce les capacités de réaction face aux situations sensibles.

Cet investissement mérite d’être salué. Mais, dans ce domaine, il est important de préciser que la qualité des équipements ne suffit pas. Une salle moderne n’a de valeur que si elle reste opérationnelle dans le temps, avec du personnel formé, des procédures claires et une maintenance assurée régulièrement.

Les crises n’attendent pas que les systèmes soient disponibles. Elles imposent des équipements fonctionnels, une circulation rapide de l’information et une coordination efficace entre les services concernés. Il faut ainsi penser dès maintenant à l’entretien régulier du matériel, au renouvellement des logiciels, à la formation continue des agents et à la disponibilité des pièces nécessaires en cas de panne.

La protection des données mérite également une attention particulière. Plus les informations centralisées sont nombreuses, plus leur sécurisation devient essentielle. Du coup, les modalités d’accès, de conservation et d’utilisation doivent être encadrées avec rigueur.

Il ne s’agit pas de minimiser l’importance de la modernisation engagée. Au contraire, il faut lui donner toutes les chances de produire les résultats attendus. L’État gagnerait à inscrire ce type d’équipement dans une véritable politique de suivi, avec des responsabilités clairement définies et des évaluations régulières.

Dans la gestion des crises, la technologie peut faire gagner un temps précieux. Encore faut-il qu’elle fonctionne bien lorsque l’urgence survient.

Hivernage : les sinistrés ont presque triplé en trois semaines

Treize personnes ont perdu la vie depuis le début de la saison des pluies. Le bilan national atteint désormais 2 790 sinistrés et 153 effondrements, alors que le mois de septembre reste exposé aux orages, aux vents violents et aux inondations localisées.

Les intempéries ont fait treize morts et dix-sept blessés au Mali depuis le début de l’hivernage. Le nouveau bilan, arrêté au 2 septembre, recense six épisodes d’inondation, dix accidents liés à la foudre et quatre épisodes de vents violents.
Au total, 355 ménages regroupant 2 790 personnes ont été touchés. Les autorités ont également enregistré 153 effondrements. Cette dernière catégorie peut concerner des habitations ou d’autres bâtiments, mais le communiqué national ne fournit pas de ventilation permettant d’en connaître la nature exacte.
L’évolution est rapide. Au 13 août, le pays comptait six morts, onze blessés, 927 personnes affectées et vingt effondrements. En moins de trois semaines, sept décès supplémentaires ont donc été enregistrés et le nombre de sinistrés a presque triplé.
Cette progression ne signifie pas nécessairement que chaque région connaît une dégradation comparable. Elle montre que la saison des pluies continue de provoquer des dommages humains et matériels alors même que la période la plus surveillée n’est pas terminée.
Un bilan encore trop global
Les chiffres ont été présentés lors d’une réunion du Comité technique interministériel de gestion des crises et catastrophes, organisée au Centre de coordination et de gestion des crises. Ils permettent de mesurer l’ampleur nationale, mais restent insuffisants pour suivre l’aide et cibler la prévention.
Le bilan ne précise pas combien de décès sont dus aux inondations, à la foudre, aux vents ou aux effondrements. Il ne répartit pas davantage les victimes, les ménages et les bâtiments touchés entre les régions, les cercles et les communes.
Cette information géographique est pourtant indispensable. Une inondation lente provoquée par la montée d’un cours d’eau ne demande pas la même réponse qu’une crue soudaine dans un marigot, l’effondrement d’une maison en banco ou un accident lié à la foudre.
Le décompte de six « cas d’inondation » doit également être interprété avec prudence. Un seul épisode peut toucher plusieurs quartiers, villages ou centaines de personnes. Le nombre d’événements ne mesure donc pas, à lui seul, leur étendue.
La publication d’un tableau par localité permettrait de savoir où les maisons ont été détruites, combien de familles ont dû être déplacées et quelle assistance a été remise. Elle faciliterait aussi la vérification des besoins par les communes, les services sociaux et les organisations humanitaires.
Septembre reste exposé
Les prévisions officielles annoncent une activité orageuse faible à modérée sur l’ensemble du territoire pendant le mois de septembre. Ces orages peuvent s’accompagner de pluies intenses, de vents forts et de foudre.
Les niveaux des cours d’eau sont en hausse, même si les débits observés restent globalement normaux à déficitaires. L’absence actuelle de menace fluviale majeure n’écarte pas les inondations localisées. À Bamako notamment, les marigots et collecteurs peuvent réagir rapidement à une forte pluie lorsque les passages sont rétrécis, encombrés ou occupés.
Le risque ne vient pas uniquement de la quantité totale de pluie reçue pendant une saison. Une précipitation très intense concentrée sur quelques heures peut submerger un quartier, même lorsque le cumul mensuel reste proche de la normale.
Les logements fragilisés constituent un autre danger. Après plusieurs semaines d’humidité, les murs en terre peuvent perdre leur résistance. Les ménages vivant dans des maisons fissurées ou proches d’un ouvrage d’écoulement ont besoin d’une évaluation rapide avant la prochaine pluie.
Agir avant la prochaine alerte
La Protection civile annonce avoir placé des unités d’intervention rapide dans ses différents services. Les autorités poursuivent également le curage des caniveaux et des collecteurs, le dégagement des servitudes et la libération des lits naturels des marigots dans le District de Bamako.
Ces actions répondent à l’urgence. Leur efficacité dépendra de la continuité de l’enlèvement des déchets. Un caniveau curé puis de nouveau obstrué quelques jours plus tard retrouve rapidement son niveau de danger.
Le dégagement des passages d’eau doit aussi être accompagné d’une solution pour les ménages installés dans les zones concernées. Une évacuation imposée sans recensement, hébergement temporaire ni protection des biens déplacerait le problème humain sans réduire durablement la vulnérabilité.
Les alertes hydrométéorologiques doivent parvenir aux habitants avant l’orage, dans un langage compréhensible et par plusieurs moyens. L’application SOS Sécurité peut contribuer au signalement, mais une partie de la population ne possède pas de smartphone ou de connexion permanente. Les radios, les autorités locales, les chefs de quartier et les relais communautaires restent essentiels.
Les familles déjà touchées ont besoin de bâches, d’abris, de vivres et de soins. Elles ont aussi besoin de savoir si leur logement peut être réoccupé. Après un effondrement, un simple retour sur place peut exposer les habitants à un second accident.
Le bilan actuel demeure inférieur à celui de l’hivernage exceptionnel de 2024, qui avait entraîné la déclaration de l’état de catastrophe nationale. Cette comparaison ne doit pas banaliser les treize décès de 2026. Elle rappelle plutôt que les dommages peuvent augmenter rapidement lorsque les pluies se répètent.
La prochaine étape consiste à rendre la situation lisible commune par commune. Savoir où les personnes sont mortes, quels bâtiments ont cédé et quelle aide a été livrée permettrait de transformer le bilan national en outil de prévention et de contrôle de l’action publique.
Massiré Diop

Prévention des inondations : Bamako muscle son dispositif avant l’hivernage

À l’approche de l’hivernage 2026, les autorités renforcent les mesures de prévention dans le district de Bamako, particulièrement exposé aux crues urbaines. Le nouveau plan met l’accent sur le curage des réseaux d’évacuation, la gestion des urgences et la protection des populations des quartiers à risque.

Le comité interministériel de gestion des crises et catastrophes, réuni autour du Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC), a validé un plan de prévention doté de 4,071 milliards de FCFA pour la saison des pluies 2026. L’objectif affiché est de limiter les risques d’inondation dans la capitale, où les débordements de caniveaux et l’occupation des lits de marigots continuent de menacer plusieurs zones habitées.
Le dispositif, élaboré sous la supervision du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, s’articule autour de quatre axes : la coordination institutionnelle, les mesures anticipatives, la gestion des urgences et la protection du système éducatif. Il prévoit des campagnes de sensibilisation dans les quartiers vulnérables, le prépositionnement de kits d’urgence, l’identification de sites d’accueil pour les éventuels sinistrés et des dispositions spécifiques pour préserver la continuité des cours pendant la saison des pluies.
Le volet urbain reste au cœur du plan. Selon les données présentées lors de la réunion, 5 des 11 marigots recensés dans Bamako ont déjà été dégagés, soit 40,6 kilomètres traités, pour un taux d’exécution de 55,54 %. Pour 2026, les services techniques annoncent le curage de 241 kilomètres de caniveaux et de 85 kilomètres de collecteurs, avec une attention particulière portée aux zones régulièrement touchées, notamment dans certaines communes du district.
Ce programme s’inscrit dans la continuité des opérations engagées l’année précédente. En 2025, 2,66 milliards de FCFA avaient été mobilisés pour les travaux de curage à Bamako, portant sur 131 kilomètres de collecteurs et 235 kilomètres de caniveaux. À cela s’ajoute un appui financier de 31,5 milliards de FCFA soutenu par la Banque mondiale pour l’assainissement urbain et la réduction des risques d’inondation.
L’enjeu reste particulièrement concret pour plusieurs quartiers de Bamako, notamment ceux installés à proximité des collecteurs naturels ou dans les zones basses, régulièrement exposés lors des fortes pluies. Les autorités cherchent ainsi à éviter la répétition des dégâts enregistrés en 2024, année durant laquelle les inondations avaient causé 75 décès et affecté près de 250 000 personnes à travers le pays.
À l’issue de la rencontre, le Premier ministre a annoncé que le comité de crise se réunira deux fois par mois avant l’entrée en phase opérationnelle du plan, afin d’assurer un suivi régulier des travaux et une meilleure réactivité pendant l’hivernage.

Hivernage 2025 : Les inondations causent une vingtaine de morts et plus de 9 000 personnes sinistrées

Le Comité Technique du Comité Interministériel de Gestion des Crises et Catastrophes, réuni le 14 août 2025 au Centre de Coordination et de Gestion des Crises (CECOGEC), a dressé un bilan actualisé de la situation des inondations au cours de l’hivernage. Au cours de la semaine du 4 au 11 août, quatre cas d’inondation, un épisode de vent violent et un cas de foudre ont été recensés.

Depuis le début de la saison des pluies, les autorités relèvent 31 cas d’inondation, 5 cas de foudre et 4 de vents violents. Ces événements ont entraîné 21 décès, 33 blessés, l’effondrement de 495 maisons, touchant au total 803 ménages, soit 9 155 personnes sinistrées.
Par comparaison, un précédent point de situation, au 31 juillet 2025, faisait état de 12 morts, 30 blessés et environ 5 307 sinistrés, répartis dans 657 ménages touchés (bilan du 31 juillet). Au 4 août, un autre bilan faisait état de 18 décès, 33 blessés, 837 effondrements d’habitations, et 6 118 sinistrés à travers les ménages touchés.
Le gouvernement malien renouvelle ses condoléances aux familles éprouvées et souhaite un prompt rétablissement aux blessés. Des opérations de sauvetage, d’évacuation et de mise en sécurité des populations sinistrées sont en cours, notamment dans les régions de Koulikoro, Kidal, Nara et San. Une assistance matérielle — vivres et biens non alimentaires — est également en cours de distribution.
Dans une perspective de prévention, plusieurs actions suivantes sont en cours de déploiement. Parmi celles-ci figurent le renforcement des piquets d’intervention rapide de la Protection civile, prépositionnement de kits d’urgence, la mobilisation des brigadiers citoyens et des volontaires dans le cadre du projet « mois citoyens » et la diffusion de messages de sensibilisation via les médias et l’application numérique SOS Sécurité.
La situation météorologique, selon les prévisions régionales, reste marquée par des pluies orageuses fréquentes et intenses sur l’ensemble du territoire, sauf dans l’extrême nord (région de Taoudéni). Les niveaux des cours d’eau, notamment du Niger et du Sénégal, sont en hausse, supérieurs aux données des trois dernières années, bien que sans risque de débordement imminent. Le remplissage des retenues de Manantali et de Sélingué se poursuit normalement, accompagné de lâchers d’eau maîtrisés à Sélingué.
Ce contexte souligne la nécessité de vigilance et le respect des consignes de sécurité. Les autorités nationales appellent la population à libérer les axes d’écoulement des eaux, à éviter les zones inondées ou à risque, à ne pas s’abriter sous les arbres pendant les orages, à ne pas utiliser d’appareil électrique ou téléphones en cas d’orage et à suivre les alertes hydrométéorologiques émises.

Inondations 2025 : déjà 8 décès et 705 personnes sinistrées à l’ouverture de l’hivernage

Le 3 juillet 2025, le Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes a dressé un premier état des lieux de la saison des pluies en cours. Malgré son lancement, le bilan est déjà alarmant, et le souvenir du déluge de 2024 renforce la vigilance.

Au cours de sa réunion au CECOGEC, ce 3 juillet, le Comité a enregistré neuf cas d’inondations dans le district de Bamako, trois impacts de foudre à Kayes, Koulikoro et Ségou, un épisode de vent violent à Kounda (Kayes) et trois effondrements à Bamako. Ces événements ont coûté la vie à huit personnes (deux à Kayes, trois à Bamako et trois à Kéniéba) et affecté 705 personnes sinistrées.
Le gouvernement a précisé que les efforts de sauvetage et d’évacuation se poursuivent et a prépositionné des stocks d’urgence par région : 250 tonnes de riz, 150 tonnes de lait, 95 tonnes de sucre, 100 cartons d’huile, 300 sacs de sel, 3 500 moustiquaires, 2 500 couvertures, 2 500 nattes plastiques, 2 000 cartons de savon et 500 kits scolaires. Ces stocks sont disponibles notamment à Tombouctou, Sikasso, Mopti, Gao et Kayes. Les opérations de curage des canaux et caniveaux sont réalisées à 81 %, et les structures sanitaires ont été renforcées pour prévenir les maladies hydriques.
Les bulletins hydrologiques indiquent que, dès début juillet, les niveaux d’eau des fleuves Niger, Sénégal et Bani dépassent les normales saisonnières, suggérant une crue plus précoce que lors des trois dernières années. Aucun débordement majeur n’est encore signalé, mais les zones marécageuses de Bamako présentent un risque accru de crues éclairs et d’inondations localisées.
La saison des pluies 2024 a été qualifiée de catastrophique. Un bilan consolidé fait état de 84 à 86 décès, de 148 à 153 blessés et de 249 000 à 350 000 sinistrés selon les sources. Les chiffres de la Banque mondiale, relayés en mars 2025, mentionnent 729 cas d’inondation, 47 306 maisons détruites, 2 915 greniers, des milliers de têtes de bétail perdues et 88 083 ménages affectés.
Le gouvernement avait alors décrété l’état de catastrophe nationale en août 2024 et lancé un plan de redressement de plus de 73 millions de dollars (43 milliards FCFA), axé sur la restauration des infrastructures, l’assainissement, la santé, l’agriculture et la relance économique.
Vigilance requise pour l’heure
La protection civile recommande à la population de maintenir les voies d’écoulement libres, d’éviter de traverser les eaux, de ne pas stationner près des berges ou sur des ponts, et de s’abriter en cas d’orage, jamais en plein air ni sous les arbres. Ces consignes visent à éviter les drames liés à la foudre et aux débordements soudains, particulièrement en zone urbaine confluente.