Art contemporain au Mali : Une vitalité créative en quête de structuration

À l’occasion de la Journée mondiale de l’Art, la scène malienne révèle une dynamique artistique réelle, portée par une nouvelle génération, mais confrontée à des défis structurels majeurs.

Chaque 15 avril, la Journée mondiale de l’Art met en lumière la créativité sous toutes ses formes. Au Mali, cette célébration résonne avec une scène contemporaine en pleine effervescence, particulièrement à Bamako, où artistes plasticiens, photographes et collectifs indépendants multiplient les initiatives.

Portée par une nouvelle génération engagée, cette scène se distingue par sa capacité à interroger les identités et à dialoguer avec les traditions locales ainsi qu’avec les réalités contemporaines.

« Aujourd’hui, la scène de l’art contemporain au Mali est à la fois très vivante et en construction », observe l’artiste plasticien Ibrahim Bemba Kébé. Il évoque « une réelle énergie créative », nourrie par des projets indépendants et des dynamiques collectives, malgré un environnement encore fragile.

Cette vitalité se traduit également par une reconnaissance croissante à l’international, notamment à travers des événements comme les Rencontres de Bamako, organisées depuis 1994 pour promouvoir la photographie africaine contemporaine.

Pourtant, ce rayonnement extérieur ne s’accompagne pas toujours d’une valorisation équivalente au niveau local. « Cela crée un décalage entre la richesse de la production artistique et sa visibilité auprès du public malien », souligne l’artiste.

Un écosystème encore fragile

Outre cette effervescence, les acteurs du secteur s’accordent sur les difficultés structurelles qui freinent son développement. Le manque d’infrastructures, de financements et d’espaces d’exposition constitue un frein majeur pour les artistes.

À cela s’ajoute une question centrale, à savoir le marché local. Selon Ibrahim Bemba Kébé, il reste à construire une « véritable culture de collection et de soutien à la création contemporaine » au sein du public et de la classe moyenne.

« Il y a un public naissant, mais il n’y a pas vraiment de grands acheteurs », explique pour sa part Lassina Igo Diarra, promoteur de la Galerie Médina. Pour lui, le défi réside autant dans la sensibilisation que dans l’engagement des élites économiques : « c’est un travail d’éducation des élites afin qu’elles s’intéressent à cette discipline pour qu’elle perdure ».

Le galeriste insiste également sur la nécessité de structurer l’ensemble de la chaîne artistique. « Ce qui manque, c’est l’écosystème, de l’atelier jusqu’à l’acquisition des œuvres », affirme-t-il, évoquant le rôle essentiel des galeries, des critiques d’art et des médias dans la valorisation du secteur.

Mohamed Kenouvi

Biennale africaine de la photographie : La 14ème édition lancée

La cérémonie de lancement de la 14ème édition des Rencontres de Bamako / Biennale africaine de la photographie s’est tenue le 4 octobre, au Centre International de Conférences de Bamako (CICB), présidée par le ministre de de la Culture, Andogoly Guindo.

Le thème choisi pour cette édition est « Kuma », qui signifie « Parole » en bamanankan. L’événement est prévu du 16 novembre 2024 au 16 janvier 2025 et regroupera une trentaine d’artistes venus d’Afrique et de la diaspora. Créées en 1994 sous la présidence d’Alpha Oumar Konaré, les Biennales de Bamako se sont imposées au fil des ans dans l’agenda photographique à l’échelle du continent. Véritable plateforme de visibilité pour les artistes photographes et vidéastes d’Afrique et de sa diaspora, elles ont contribué à développer la carrière de nombre d’entre eux et permis à certains d’acquérir un statut international, voire mondial. Elles participent ainsi à la fois à la reconnaissance et à la consécration de la photographie africaine. Cette année, plusieurs sites ont été retenus pour les expositions des photographies des différents lauréats, notamment le Musée National, le Palais de la Culture, le Musée du District, etc. Plus de 300 professionnels et une centaine de journalistes sont attendus. Parmi les 30 artistes sélectionnés sur plus de 500 candidatures figurent 4 Maliens, dont 2 femmes.

Des discours forts 

Dans son discours d’introduction, le ministre Guindo a expliqué le choix du mot « Kuma » comme thème principal de cette édition. Pour lui, « le choix du mot Kuma peut paraître étrange, mais c’est dans ce paradoxe que réside l’intérêt. La photographie parle sans mots. En observant et par la sensation, il est aisé de comprendre tout le langage qui y est déroulé ». De son côté, Lassina Igo Diarra, Directeur artistique de cette 14ème édition, a ajouté : « l’inspiration du mot Kuma est venue parce que nous avons estimé qu’il n’y avait pas assez de discours forts du continent africain, aussi bien en Afrique que dans le reste du monde. C’est par rapport à ce manque de voix que nous avons choisi le mot Kuma, pour que la voix de l’Afrique porte dans le monde et en Afrique ».

Lors de cette cérémonie, le Réseau des Communicateurs Traditionnels pour le Développement, à travers son porte-parole Amadou Dagamaissa, a exprimé sa volonté de voir revenir la parole aux mains des Niamakalaw afin de préserver la paix dans nos sociétés. Pour cette édition, l’artiste malien Salif Keïta a été choisi comme Ambassadeur.

Fatouma Cissé