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Miser sur la protection sociale pour renforcer la résilience climatique

L’idée selon laquelle la crise climatique détourne l’attention et les financements mondiaux de l’éradication de la pauvreté et de la…

L’idée selon laquelle la crise climatique détourne l’attention et les financements mondiaux de l’éradication de la pauvreté et de la faim perpétue une dangereuse méconnaissance de ces deux problèmes. Pour des millions de personnes parmi les plus pauvres du monde, le changement climatique n’est pas un risque futur mais une réalité présente, qui exacerbe les vulnérabilités et les inégalités qui bloquent les voies de sortie de l’extrême pauvreté. Malheureusement, la tendance à traiter la pauvreté et le climat comme des questions distinctes a créé des cloisonnements politiques, gaspillant ainsi des occasions d’élaborer des stratégies intégrées qui créent un cercle vertueux de justice climatique, de résilience renforcée et de croissance inclusive.

 

L’impact négatif des chocs climatiques sur la pauvreté est de plus en plus visible. En 2022, de graves inondations ont dévasté le Pakistan et causé au moins 30 milliards de dollars de dégâts, ruinant de vastes étendues de terres agricoles, emportant des habitations et détruisant des routes, des écoles et des dispensaires. Les taux de pauvreté ont bondi, passant de 21 % avant les inondations à 28 % aujourd’hui. La même année, la Corne de l’Afrique a connu sa cinquième saison des pluies consécutive infructueuse, entraînant la pire sécheresse depuis 40 ans. Des millions d’enfants subissent aujourd’hui les conséquences de la malnutrition aiguë qui s’en est suivie.

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De plus, les pays sont de plus en plus confrontés à des chocs climatiques simultanés. Au Brésil, la sécheresse dans le bassin amazonien représente une menace réelle et immédiate pour les moyens de subsistance de plus de 30 millions de personnes, ainsi que pour l’intégrité d’écosystèmes fragiles et des infrastructures hydroélectriques. Pendant ce temps, l’État du Rio Grande do Sul se remet encore des inondations dévastatrices de 2024, qui ont déplacé plus d’un demi-million de personnes et entraîné une augmentation de la pauvreté.

 

Si aucun pays ni aucune communauté n’est à l’abri des chocs climatiques, ce sont les populations les plus pauvres du monde qui sont touchées en premier et le plus durement. Selon une estimation, le changement climatique pourrait faire grimper le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté de près de 122 millions d’ici 2030, en grande partie à cause des pertes de récoltes et de la hausse des prix alimentaires en Afrique et en Asie du Sud. Dans les mégapoles comme Lagos, Dhaka et Manille, les quartiers informels densément peuplés sont exposés à des risques aigus liés aux vagues de chaleur et aux inondations.

 

Les chocs climatiques enferment les ménages pauvres dans une spirale descendante. Les sécheresses et les inondations ne se contentent pas de détruire les récoltes, elles détruisent également les habitations et tuent le bétail. Dépourvus d’assurance ou d’accès à des filets de sécurité, les pauvres sont souvent contraints de procéder à des ventes forcées des biens mêmes dont ils ont besoin pour se relever rapidement. L’aide humanitaire peut sauver des vies, mais elle est invariablement insuffisante et arrive trop tard pour empêcher les populations de sombrer davantage dans la pauvreté.

 

Comment empêcher la crise climatique de réduire à néant des décennies de progrès en matière de réduction de la pauvreté ? À notre avis, deux impératifs s’imposent. Premièrement, nous devons maintenir à portée de main l’objectif de l’accord de Paris de 2015 visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Cela signifie que nous ne pouvons pas nous permettre d’avancer au rythme des négociateurs les plus récalcitrants. C’est pourquoi le Brésil a appelé à la formation de coalitions multilatérales prêtes à travailler à la vitesse et à l’échelle nécessaires pour accélérer la transition vers la neutralité carbone.

 

Deuxièmement, nous devons donner aux populations pauvres les moyens de s’adapter à une crise qu’elles n’ont pas contribué à créer. Là encore, la rapidité et l’ampleur sont essentielles. Lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques au Brésil (COP30), les gouvernements ont reconnu que leurs plans nationaux d’adaptation devaient s’inscrire dans leurs stratégies de développement. Financés en grande partie par les budgets nationaux, ces plans offrent l’occasion d’intégrer l’adaptation au changement climatique à la réduction de la pauvreté. Les pays riches se sont désormais engagés à tripler le financement de l’adaptation par rapport au niveau annuel actuel, certes faible, de 40 milliards de dollars.

 

Nous devons désormais veiller à ce que l’augmentation des financements pour l’adaptation produise des résultats efficaces et équitables là où cela compte : dans la vie des plus démunis. L’architecture actuelle n’est pas adaptée à cet objectif, car elle est trop fragmentée et structurée autour de distinctions de plus en plus anachroniques entre financement climatique, financement du développement et financement humanitaire, comme si ces volets pouvaient être clairement compartimentés.

 

Les donateurs bilatéraux, les banques multilatérales de développement (BMD) et des mécanismes tels que le Fonds vert pour le climat, le Fonds pour l’environnement mondial et le Fonds d’adaptation représentent la majeure partie de ce qui est actuellement classé comme financement de l’adaptation au changement climatique. Comme l’ont souligné les ministres des Finances avant la COP30, la mise en œuvre se caractérise par une coordination insuffisante, des chevauchements de compétences et des conflits de territoire associés, une prédilection pour les initiatives à petite échelle, ainsi que des délais interminables entre l’approbation des projets et le décaissement des fonds. Les gouvernements doivent généralement décomposer les plans nationaux d’adaptation en demandes de financement projet par projet — un processus qui s’accompagne de coûts de transaction considérables.

 

D’autres interventions ont été minimisées, en partie parce qu’elles sont considérées comme relevant d’un domaine parallèle, celui du « financement de la lutte contre la pauvreté ». La protection sociale en est un bon exemple. Les programmes nationaux offrant des transferts en espèces aux ménages vulnérables en réponse aux chocs climatiques ont fait leurs preuves. Grâce à l’identification numérique, ils peuvent rapidement intensifier leur soutien pour faire face aux conséquences des sécheresses et des inondations. Le programme de filet de sécurité alimentaire du Kenya apporte une aide régulière à environ 800 000 personnes, mais ce chiffre grimpe à environ 4,5 millions en période de sécheresse. Des programmes similaires en Somalie, en Éthiopie et dans les pays du Sahel démontrent que des filets de sécurité efficaces peuvent être mis en place même lorsque les gouvernements ont des capacités limitées et sont enlisés dans des conflits armés.

 

Du point de vue des personnes les plus touchées par la crise climatique, le système actuel n’a guère de sens. Nous avons besoin de financements pour l’adaptation au changement climatique qui améliorent l’accès aux informations météorologiques, aux semences résistantes à la sécheresse et aux nouvelles technologies d’irrigation. En l’absence d’un accroissement des investissements dans la protection sociale, les chocs climatiques deviendront le catalyseur d’un recul sans précédent dans la réduction de la pauvreté. Actuellement, seule une personne sur cinq dans les pays les plus pauvres est couverte par un filet de sécurité.

 

L’expérience du Brésil est instructive. Sous la présidence de Luiz Inácio Lula da Silva, la protection sociale a joué un rôle central non seulement dans la réduction de la pauvreté et la lutte contre la faim, mais aussi dans l’adaptation au changement climatique. Des efforts ont été déployés pour exporter ce modèle à travers la création d’une Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté, mise en place sous la présidence brésilienne du G20. Cette plateforme internationale pourrait permettre aux bailleurs de fonds, aux banques multilatérales de développement et aux agences des Nations unies de mettre en commun leurs ressources et de les acheminer via des systèmes nationaux de protection sociale qui répondent aux risques climatiques. Comme le souligne un rapport de l’ODI Global, une telle approche contribuerait à éviter les doublons, à réduire les coûts de transaction et à limiter les inefficacités.

 

Alors que la coopération internationale est remise en cause et que les budgets d’aide diminuent, il est tout à fait clair que nous devons changer de cap. Les communautés vulnérables qui vivent en première ligne de la crise climatique ont le droit d’attendre davantage du multilatéralisme.

 

Ana Toni est secrétaire nationale chargée du changement climatique au ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Brésil. Kevin Watkins, ancien directeur général de Save the Children UK, est professeur invité à l’Institut Firoz Lalji pour l’Afrique de la London School of Economics.

 

Project Syndicate, 2026.
www.project-syndicate.org

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