Des attaques simultanées d’une ampleur inédite ont frappé plusieurs villes du Mali le 25 avril 2026. En plus du choc militaire et politique, cette offensive révèle une évolution majeure : la coopération assumée entre groupes jihadistes et séparatistes, incarnée par l’alliance entre le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA).
Le Mali a connu le 25 avril 2026 l’une des journées les plus critiques de son histoire sécuritaire récente. À l’aube, des attaques coordonnées d’une rare violence ont visé simultanément plusieurs centres stratégiques du pays, de Bamako à Kidal, en passant par Kati, Sévaré, Mopti, Konna et Gao. Si les forces armées maliennes ont réussi à contenir l’offensive dans plusieurs zones, le choc est considérable, tant par son ampleur que par sa portée symbolique et stratégique.
Selon les informations recueillies, les premières détonations ont été entendues aux alentours de 5 heures du matin dans la capitale et sa périphérie, notamment à Kati, ville-garnison névralgique au cœur du dispositif militaire malien. Des combats ont éclaté à proximité d’installations militaires et autour de l’aéroport international Modibo Keïta. Dans le centre du pays, notamment à Sévaré et Konna, des affrontements ont également été signalés.
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Au nord, la situation a pris une tournure encore plus significative avec la prise de Kidal par les combattants du FLA, marquant un retour dans cette ville stratégique qu’ils avaient perdue trois ans auparavant. Selon le Chef d’état-major général des FAMa, l’armée s’est repositionnée à Anéfis – localité située à une centaine de kilomètres au sud de Kidal – et reste donc présente dans la région.
Le bilan humain de cette vague d’attaques coordonnées est difficile à établir avec précision actuellement, mais plusieurs victimes civiles et militaires sont à déplorer, parmi lesquelles le ministre de la Défense et des Anciens combattants, le Général Sadio Camara, tué lors d’une attaque contre sa résidence à Kati.
Ampleur sans précédent
Ce qui distingue ces attaques des précédentes, ce n’est pas seulement leur intensité, mais surtout leur degré de coordination. Jamais auparavant une offensive n’avait mobilisé un nombre aussi important de combattants et une logistique aussi complexe, ciblant simultanément des villes éloignées de plusieurs centaines de kilomètres.
Pour Yacouba Sogoré, analyste sécuritaire, cette évolution ne traduit pas nécessairement un changement de stratégie de fond, mais plutôt une montée en puissance opérationnelle : « en réalité, la stratégie des groupes armés n’a pas changé. Seulement, ce qui a peut-être changé c’est l’envergure, la complexité et aussi le nombre de combattants engagés ».
L’expert insiste également sur le caractère minutieux de l’opération, qui soulève des interrogations sur ses soutiens éventuels. « La simultanéité et la coordination des attaques sur des centres stratégiques comme Kati et Bamako démontrent une opération très minutieuse et très professionnelle. Cela nécessite des questionnements sur l’existence de mains invisibles derrière cette stratégie », soutient-il.
Outre l’aspect militaire, cette offensive démontre les vulnérabilités du dispositif sécuritaire, notamment en matière de renseignement et d’anticipation. Toutefois, comme le souligne Yacouba Sogoré, ces défaillances ne sauraient être imputées à un seul acteur, les services de renseignement s’inscrivant dans un système plus large d’alerte et de coordination.
Une alliance aux racines anciennes
L’autre fait marquant de ces attaques réside dans la collaboration entre le GSIM et le FLA. Une alliance qui, bien que surprenante en apparence, s’inscrit dans une continuité historique. Pour Bréhima Ely Dicko, enseignant-chercheur et spécialiste des questions sécuritaires, cette convergence n’a rien d’inédit. « En vérité, moi je ne suis pas surpris par cette alliance. Les passerelles existent depuis 2012 entre les deux camps. Ce n’est que de la récidive », avance-t-il.
Selon lui, les liens personnels et géographiques entre les leaders des deux mouvements, notamment leur ancrage commun à Kidal, facilitent ces rapprochements. Toutefois, ce qui change aujourd’hui c’est le degré de formalisation de cette coopération.
Selon plusieurs sources, un accord aurait été conclu dès mars 2025 entre les deux groupes, avec pour objectif d’éviter les divisions observées lors de la crise de 2012. Cet accord prévoirait une répartition des rôles en cas de conquête territoriale, le FLA étant chargé de l’administration urbaine, tandis que le GSIM conserverait une influence sur les zones rurales.
Un expert des mouvements jihadistes souligne également que cette alliance inclut des éléments structurants tels que l’application de la Charia, la mise en place de juges communs, le partage de compétences militaires et la coordination stratégique.
Convergence d’intérêts
L’alliance entre le GSIM et le FLA repose sur un paradoxe : elle unit deux organisations aux objectifs profondément différents. D’un côté, un mouvement jihadiste poursuivant un projet politico-religieux fondé sur l’instauration de la Charia ; de l’autre, un groupe séparatiste revendiquant une autonomie territoriale pour « l’Azawad ».
Cette convergence repose avant tout sur l’existence d’adversaires communs, à savoir les autorités maliennes et leurs partenaires russes, comme l’a expliqué Jean-Hervé Jezequel, Directeur du projet Sahel à International Crisis Group, chez nos confrères d’une agence de presse étrangère.
Face à cette situation, l’alliance apparaît comme une stratégie pragmatique, fondée sur des intérêts immédiats plutôt que sur une vision idéologique partagée. Elle permet au FLA de renforcer ses capacités militaires grâce à l’expertise du GSIM, notamment en matière d’engins explosifs improvisés et de tactiques de combat.
En retour, le GSIM bénéficie d’un ancrage territorial et d’une légitimité locale accrue dans certaines zones, facilitant son implantation et son influence.
Implications multiples
Les attaques du 25 avril s’inscrivent également dans une stratégie plus large visant à affaiblir l’État malien sur plusieurs fronts. Selon Yacouba Sogoré, elles pourraient être liées à une logique d’asphyxie économique et logistique, notamment en lien avec des perturbations dans l’approvisionnement en carburant.
« Ces attaques étaient déjà planifiées au même moment que le blocus sur le carburant. Mais, en raison de la réponse prompte et énergique du gouvernement, ils ont réajusté ce plan pour frapper maintenant en comptant sur l’effet surprise », analyse-t-il.
Cette combinaison d’actions militaires et de pression économique traduit une volonté d’éroder progressivement les capacités de l’État, tout en envoyant un signal fort sur la capacité des groupes armés à frapper au cœur du pouvoir.
Malgré l’ampleur de l’offensive, les forces maliennes ont réussi à contenir les attaques dans plusieurs zones, empêchant les assaillants d’atteindre leurs objectifs stratégiques. Néanmoins, les pertes humaines et l’impact psychologique de ces événements soulignent la fragilité persistante de la situation sécuritaire.
Une nouvelle phase ?
En plus de l’événement en lui-même, les attaques du 25 avril pourraient marquer un tournant dans la dynamique du conflit au Mali. Elles illustrent une évolution vers des opérations plus complexes, mieux coordonnées et potentiellement plus déstabilisatrices.
Pour Bréhima Ely Dicko, la facilité apparente avec laquelle ces attaques ont été menées appelle à une réflexion approfondie : « des décisions doivent être prises pour qu’il n’y ait pas d’autres attaques, au moins à court terme ».
Si l’alliance entre le GSIM et le FLA, désormais matérialisée sur le terrain, repose aujourd’hui sur des intérêts convergents, son évolution à moyen terme est incertaine. Mais une chose est sûre : elle redéfinit les contours du conflit malien et complique davantage la recherche d’une solution durable.
Face à cette menace, la question de la réponse se pose avec acuité. Si certains estiment que l’approche militaire a atteint ses limites, d’autres, à l’image de Yacouba Sogoré, considèrent qu’elle reste incontournable.
« La réponse, elle est d’abord militaire, quoi qu’on dise. À côté de l’action militaire, d’autres initiatives peuvent être menées et cela a toujours été le cas », estime l’analyste sécuritaire.
Pour lui, en adoptant une Charte pour la paix et la réconciliation et en créant un Observatoire pour sa mise en œuvre, le gouvernement a déjà ouvert une porte au dialogue.
Mohamed Kenouvi




