Canicule : L’angle mort de l’eau en sachets

Sous la chaleur qui écrase Bamako et les grandes villes du pays, la question de l’eau dépasse la simple soif. Elle devient un sujet de santé publique. À chaque hausse du thermomètre, l’eau en sachets s’impose comme le réflexe le plus accessible, vendue 25, 50 ou 100 francs CFA selon sa fraîcheur. Mais cette commodité a un revers que l’on ne peut plus ignorer.

Le vrai problème n’est pas seulement ce que contient le sachet. C’est aussi ce qu’il subit. Exposés à l’air libre, aux vents, à la chaleur et au soleil, entassés devant les boutiques ou dans les véhicules de livraison, les sachets perdent leur prétendue innocuité. Des études ont montré que le stockage et l’exposition prolongée à la chaleur peuvent altérer la qualité de l’eau, favoriser la prolifération microbienne et entraîner la migration de composés issus du plastique.

Le phénomène dépasse largement le cadre local. Au Nigeria, des milliards de sachets d’eau sont consommés chaque année, faisant de cette pratique un enjeu majeur de santé et de gestion des déchets. Au Sénégal, des mesures ont été prises pour limiter les plastiques à usage unique, tandis que d’autres pays renforcent progressivement les contrôles sanitaires sur ces productions souvent informelles.

Face à la canicule, il ne suffit pas d’aménager les horaires scolaires. Il devient nécessaire d’encadrer la production des sachets d’eau, de surveiller leurs conditions de stockage et d’informer les consommateurs. Certes, l’eau en sachets répond à un besoin réel, mais sa banalisation ne doit pas masquer ses risques. Ainsi, sous le soleil, le danger ne vient pas seulement du manque d’eau, mais parfois de celle que l’on boit sans y penser.

Canicule au Mali : les écoles réaménagent leurs horaires face à la forte chaleur

Face à une vague de chaleur marquée en ce mois d’avril, les autorités éducatives maliennes ont décidé de réorganiser les horaires de cours dans les écoles fondamentales. La mesure, annoncée le 17 avril 2026, vise à limiter l’exposition des élèves et des enseignants aux températures élevées.

Le ministère de l’Éducation nationale a instruit un réaménagement temporaire des emplois du temps dans l’ensemble des écoles fondamentales du pays. Les cours sont désormais dispensés de 7h30 à 12h30, sur une plage horaire recentrée sur la matinée, afin d’éviter les heures les plus chaudes de la journée.

Selon les données relevées au cours de la première quinzaine d’avril, plusieurs localités ont enregistré des températures comprises entre 41 et 44 degrés en journée, avec des pointes plus élevées dans certaines zones du nord et de l’ouest. Cette période correspond traditionnellement à la phase la plus chaude de la saison sèche dans la bande sahélienne, avant l’installation progressive de l’hivernage.

Le ministère précise que cette réorganisation n’affecte pas le volume horaire hebdomadaire. Les cours prévus dans l’après-midi doivent être redistribués sur les autres jours de la semaine ou faire l’objet de séances de récupération, selon un calendrier établi par chaque établissement. Les structures pédagogiques locales sont chargées d’en assurer le suivi.

Dans de nombreux établissements, cette décision intervient dans des conditions matérielles limitées, les salles de classe étant rarement équipées pour atténuer la chaleur en milieu de journée. La mesure vise ainsi à adapter le fonctionnement des écoles aux contraintes climatiques observées sur l’ensemble du territoire.

 

Vague de chaleur : les risques sanitaires en hausse

Une alerte de Mali-Météo fait état d’une hausse généralisée des températures sur l’ensemble du territoire, avec des pointes pouvant atteindre 45°C. Cet épisode relance les préoccupations sur les effets de la chaleur sur la santé, alors que les populations font face à des conditions particulièrement éprouvantes.

Cette période de forte chaleur coïncide avec la dernière décade du Ramadan, un mois marqué par le jeûne quotidien. L’absence d’hydratation durant la journée expose davantage les organismes à la fatigue, aux malaises et aux risques de déshydratation, notamment lors des pics de température.

Dans les structures de santé, les effets sont déjà perceptibles. « On reçoit des malades dont les pathologies sont aggravées par la chaleur, notamment l’hypertension et la déshydratation », explique le Dr Boubacar Bathily, médecin au CSRéf de Yorosso. Plusieurs centres signalent une hausse des consultations en période de fortes températures, une situation accentuée par le jeûne.

Sur le plan météorologique, cette chaleur correspond à la phase la plus intense de l’année, liée à un fort ensoleillement et à la remontée du front intertropical. Les régions du Nord et de l’Ouest du pays, notamment Kayes, Tombouctou et Gao, restent les plus exposées, même si l’ensemble du pays est concerné. Les spécialistes évoquent aussi l’influence du réchauffement climatique, qui renforce l’intensité et la durée de ces épisodes. Le météorologue Amadou Diakité souligne que ces températures résultent de facteurs atmosphériques combinés dans un environnement de plus en plus chaud.

Les conséquences sanitaires sont bien connues. Une exposition prolongée peut entraîner déshydratation, épuisement ou coup de chaleur, une urgence médicale potentiellement grave. Les enfants, les personnes âgées, les malades chroniques figurent parmi les plus exposés, tout comme les travailleurs en extérieur.

Rappelons qu’en avril 2024, un épisode similaire avait été associé à une surmortalité à Bamako, selon des analyses de la plateforme World Weather Attribution. Des températures proches de 48°C ont déjà été enregistrées dans certaines zones ces dernières années, et les scientifiques estiment que ces épisodes deviennent plus fréquents et plus intenses.

Fait notable, des températures dépassant les 40°C ont également été observées à Sikasso, pourtant considérée comme une zone plus tempérée. Cette évolution traduit une extension du phénomène à des régions jusque-là moins exposées.

Face à ces conditions, les recommandations restent simples : s’hydrater régulièrement, limiter l’exposition au soleil et veiller sur les personnes vulnérables. La prévention demeure essentielle pour réduire les effets de ces fortes chaleurs sur la santé.

 

Vague de chaleur : le Mali suffoque

Si les mois de mars et avril marquent habituellement la période de pic pour la chaleur au Mali, cette année s’annonce particulière avec dès ce début avril des jours et des nuits très chauds. Une vague de chaleur qui devrait se poursuivre jusqu’en fin de semaine avec des températures au-dessus de 40°C partout au Mali. Ces températures extrêmes, qui concernent l’Afrique et au-delà, s’expliquent selon les experts par le changement climatique.

Déjà signalée par la World Weather Attribution (WWA), la « chaleur anormale » enregistrée dans la zone sud de l’Afrique de l’Ouest début février est selon les observations l’une des conséquences du changement climatique induit par l’homme. « L’indice de chaleur moyen par zone est aujourd’hui environ 4°C plus élevé dans le climat actuel, plus chaud de 1,2°C. En outre, une telle chaleur humide est devenue beaucoup plus probable. Elle est au moins 10 fois plus probable dans le monde d’aujourd’hui », note le rapport de WWA.

Absence d’anticipation

Alors que le coût de l’adaptation pour les pays en développement se situe entre 215 et 387 milliards de dollars par an au cours de cette décennie, les données et les recherches, limitées, des services de météorologie dans la zone concernée semblent caractériser la situation. Ainsi, beaucoup de pays « ne semblent pas avoir procédé à une planification en cas de chaleur extrême ». Or « des investissements majeurs sont nécessaires en Afrique pour renforcer la résilience face aux chaleurs dangereuses ».

Au Mali, la période coïncide cette année avec le mois de Ramadan et une crise énergétique qui complique davantage la situation. Avec des températures minimales d’environ 30°C, les premières heures de la matinée sont déjà éprouvantes pour les individus. Avec des maximales prévues à 44°C, notamment à Bamako, les nuits, habituellement plus douces, enregistrent aussi des pics.

L’épisode de cette année sera plus intense et plus fort que durant les 30 dernières années, avaient expliqué les services de la météorologie début mars. Un mois d’avril  où les nuits seront aussi chaudes que la journée, surtout dans les régions de l’ouest (Kayes), où la température a atteint 46°C le 2 avril, et dans les régions du nord. Cette augmentation de la chaleur, due à un dérèglement climatique mondial entraînant une hausse globale des températures, est aussi liée à une forte urbanisation, notamment dans la capitale malienne. L’augmentation des émissions de gaz à effets de serre contribuant au réchauffement de l’atmosphère et la « saharisation » de Bamako, avec la diminution significative des arbres, sont aussi des causes évoquées par les spécialistes.